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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Voix, de quels fonds venues ?</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<dc:subject>_&#171; O&#249; que je sois encore&#8230;</dc:subject>
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		<dc:subject>_Samuel Beckett</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Postface du livre&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt; Postface | &lt;i&gt;&lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/publications-parutions/livres/article/ou-que-je-sois-encore-seuil' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; O&#249; que je sois encore&#8230;&lt;/a&gt; &lt;/i&gt;(Seuil, 2008)&lt;/small&gt;&lt;/h2&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dessinez sans intention particuli&#232;re, griffonnez machinalement, il appara&#238;t presque toujours sur le papier des visages. Menant une excessive vie faciale, on est aussi dans une perp&#233;tuelle fi&#232;vre du visage. D&#232;s que je prends un crayon, un pinceau, il m&#180;en vient sur le papier, les uns apr&#232;s les autres, dix, quinze, vingt. Et sauvages la plupart. Est-ce moi tous ces visages ? Sont-ce d&#180;autres ? De quels fonds venus ? &#187;
&lt;br/&gt;Henri &lt;a href=&#034;#13&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Michaux&lt;/a&gt; , &lt;i&gt;Passages&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1.
&lt;br/&gt;De cette sauvagerie obtenue, gagn&#233;e sur le vide contre la ligne claire, de cette sauvagerie remport&#233;e malgr&#233; tout contre les forces puissantes de la volont&#233;, que dire sinon l'&#233;puisement &#8211; qu'&#233;crire sinon. S'il suffisait de nommer le geste contre l'intention, on s'en tiendrait l&#224; &#8211; sauvagerie du survenu, de l'accident, de l'accident n&#233;cessaire &#224; la reconnaissance d'une sauvagerie qui frappe au c&#339;ur des choses. Alors, de quels fonds venus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.
&lt;br/&gt;Dans cette chambre, ici, d'o&#249; fen&#234;tres ouvertes je peux entendre les bruits de Paris et voir entrer, avec le vent, la lumi&#232;re, la violence et le froid ; &#233;crire sans intention particuli&#232;re &#8211; c'est se d&#233;faire des dogmes de l'origine, et ceux de la m&#233;moire ; c'est se refuser aussi, et au contraire, aux tentations de l'automatisme, ou de l'effusion : c'est se d&#233;poss&#233;der de part et d'autre des alibis de la conscience propres &#224; faire figure d'autorit&#233;. T&#226;tonner le noir, les yeux ouverts, pr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.
&lt;br/&gt;Premier mot pos&#233;, engendre l'intention qui en r&#233;sulte, d&#233;fait celle qui l'a produit ; deuxi&#232;me mot pos&#233; contre le premier annule chaque intention qui voudrait prendre le dessus &#8211; cr&#233;e un peu de la r&#233;alit&#233; qui sert &#224; nommer le monde. Ce qui appara&#238;t, quand on se refuse &#224; se donner comme point de d&#233;part le fin mot de l'histoire &#8211; quand on se refuse &#224; &#233;crire pour dire, mais qu'on s'efforce d'inqui&#233;ter la possibilit&#233; de l'histoire, modestement &#8211; ce qui appara&#238;t donc, imm&#233;diatement : des voix. Rien d'autre d'abord, ce n'est pas une d&#233;cision, c'est l'acte m&#234;me. Les unes apr&#232;s les autres, il en vient : et sauvages pour la plupart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.
&lt;br/&gt;De ces voix comme des visages, on ne saurait dire qu'ils viennent d'une partie de soi plus ou moins cach&#233;e, plus ou moins honteuse que l'&#233;criture lib&#232;re &#8211; remontent &#224; la surface des cadavres d&#233;compos&#233;s par la lumi&#232;re qui les d&#233;figure. Quoique. Mais ce n'est pas important. De ces voix qui parlent, tissent les r&#233;seaux de circulation de la parole, les perspectives, l'espace d&#233;chir&#233; entre chacune, sutur&#233; par le silence, l'espace &#171; o&#249; le tu est la lumi&#232;re du dit &#187; (Beckett), de ces voix qui parlent, ne rien en faire. Les faire parler. Parler au-dedans d'elles, et se frotter &#224; leur surface, ou se plonger dans leurs plis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.
&lt;br/&gt;L'une apr&#232;s l'autre, et &#231;a n'en finit pas &#8211; des voix comme log&#233;es l'une en l'autre produisant par diffraction une seule et m&#234;me et longue et diffuse tra&#238;n&#233;e de poudre &#8211; sans solution de continuit&#233; &#8211; juste voix apr&#232;s voix tissent la fuite ininterrompue des corps sans visage, des corps comme des visages o&#249; chaque corps porte sur son dos une parcelle de la nuit inaboutie : o&#249; chaque visage porte sur le front le signe d'une appartenance possible et insoluble : &#171; Que l'on regarde enfin l'histoire des hommes, &#224; la longue, homme par homme, en entier comme une fuite, d'abord devant la vie, c'est le p&#233;ch&#233; ; puis devant le p&#233;ch&#233;, c'est la longue nuit travers&#233;e de rires b&#234;tes, avec un arri&#232;re-fond d'angoisse seulement. Chacun, pour finir, a conquis le droit &#224; l'absence, &#224; la certitude, chaque rue est le visage born&#233; de cette conqu&#234;te &#187; (Georges Bataille, &lt;i&gt;Le Supplice&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.
&lt;br/&gt;Et ce n'est pas formalisme &#8211; ce n'est pas exp&#233;rience de laboratoire sur langage pour voir. Ce n'est pas refuge dans l'&#233;criture. Une voix apr&#232;s l'autre, c'est toujours le monde ; une voix apr&#232;s l'autre, quel autre acc&#232;s sur le dehors que le dedans qui s'expulse, que l'expulsion du dedans tout charg&#233; de l'ignorance du dehors, du dehors ignor&#233; parcouru avec le non-savoir du dedans qui va, qui avance, qui cherche le dehors auquel s'affronter, se mesurer, ce dehors qui gronde rendu au visible du dehors, comme une chambre claire des n&#233;ons qui la r&#233;v&#232;lent, qui font voir la profondeur de l'ombre, le relief des cavit&#233;s, qui d&#233;signent l'invisible comme une torche jet&#233;e dans un puits laisse voir &#224; mesure qu'elle tombe des instants de sa paroi, l'immensit&#233; de son espace &#224; travers le temps de la chute, dessine sur la nuit son ombre qui s'efface &#8211; et produit lentement son effacement sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.
&lt;br/&gt;Des moments se brisent sur des moments qui s'amorcent, toujours suspendus entre l'imminence et le retard &#8211; retard sur ma propre langue, et retard sur l'avanc&#233;e des choses qui exigent, autant qu'elle, une exactitude sans laquelle tout s'effondre. Imminence du basculement qu'annonce chaque commencement &#8211; imminence surtout de la minute suivante quand s'engendre la minute qui s'&#233;crit. Ainsi, tension constante qui ne se r&#233;sout jamais ; les voix se l&#232;vent et se superposent, s'ab&#238;ment, produisent, de leur brisure, une voix qui bifurque, reprend, relance en amont l'aval de la page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.
&lt;br/&gt;Contre l'id&#233;e du dispositif, seulement limites et perspectives ; &#224; partir d'elles, la recherche de l'ad&#233;quation du monde et de ce qui pourrait le dire, de ce qui pourrait, sans le r&#233;p&#233;ter : l'articuler. Alors, ce qui para&#238;t le plus simple, le plus direct toujours &#8211; l'articulation d'une seule nuit travers&#233;e par des voix, et le faisceau des voix recompose la nuit au-devant d'elle, la nomme, creuse la faille en son milieu et ouvre la possibilit&#233; d'un retour apr&#232;s l'enfoncement jusqu'&#224; son c&#339;ur. Le moment le plus loin dans la nuit : toujours celui o&#249; elle commence &#224; devenir du jour. Prendre soin d'articuler chaque mot &#8211; quand on suit les voix, on ne se trompe pas ; on arrache un peu des peaux mortes qui la cachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.
&lt;br/&gt;De l'incompr&#233;hension. Et de l'effort pour revenir &#224; elle. Simultan&#233;it&#233; du monde, lin&#233;arit&#233; qu'on nous impose &#224; force de livres et d'images, densit&#233; du temps et de l'espace permise par l'agrandissement des vides, d&#233;sirs imm&#233;diatement satisfaits qui demeurent, et se dressent sans ressource pour d&#233;signer le manque institu&#233; en norme, en projet politique &#8211; on est d&#233;pouill&#233; de tout, on pourrait bien tenter la lin&#233;arit&#233; du r&#233;cit pour expliquer, on ne ferait que donner au monde sa justification ; le b&#233;gaiement du monde partout impos&#233; comme hyperstructure morale, mentale, id&#233;ologique, et en dehors de laquelle : folie, opacit&#233; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e, ignorance. &#192; rebours des lignes droites orient&#233;es vers le temps unique, en dehors des &#339;koum&#232;nes organis&#233;s ; peut-&#234;tre qu'approcher la r&#233;sistance du monde &#224; se nommer autrement qu'en ligne droite, ce serait &#231;a, &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.
&lt;br/&gt;Des voix donc. Des voix qui creusent de la mani&#232;re la plus directe et la plus simple la saisie du monde un temps offert &#224; sa prof&#233;ration possible. Alors seulement, voix du dehors (de la ville qui p&#233;n&#232;tre ici, et qui &#233;crit), voix du dedans (de la langue qui lui r&#233;pond) articulent une appartenance possible. Que cette ville, cette &#233;poque-l&#224;, ce monde qui eut un nom, et qu'on &#233;crit dans son oubli, qu'on &#233;crit dans sa perte, que cette ville et ce monde demeurent, est la seule chose dont nous puissions t&#233;moigner &#8211; et de cette mise en demeure prononc&#233;e, la seule chose que nous pouvons faire du langage &#8211; que ce langage soit d&#233;sormais sans artifice le lieu commun du monde, sa trace parmi nous conc&#233;d&#233;e, arrach&#233;e donc, trac&#233;e et dont le passage de conscience en conscience figure cette r&#233;sistance aux &#233;vidences, le risque pris d'une appartenance qui ne serait plus re&#231;ue, mais obtenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.
&lt;br/&gt;Par &#233;clats, les voix dessinent l'avanc&#233;e vers le jour ; plong&#233;e en profondeur de cette nuit qui s'&#233;crit (je suis &#224; la dict&#233;e), et remont&#233;e vers la lumi&#232;re qui les r&#233;alisera. Pris dans ce mouvement englobant, chaque &#233;clat trace les contours d'une histoire possible, du r&#233;cit qu'elles auraient pu produire, et qu'elles recouvrent. Les &#233;clats finissent par donner l'image la plus proche possible des vies innombrables qui portent chaque vie, solitudes que l'on doit aux foules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12.
&lt;br/&gt;Devant un muet tout d'abord, c'est le silence qui s'impose, que le langage impose pour instaurer la distance, et apprivoiser le territoire de l'autre. Dans la chambre d'un mort, comment ne pas dans le silence reconna&#238;tre toute l'&#233;paisseur de langage qui leste chaque seconde alors, et chaque d&#233;tail sur le mur prend l'importance d'une fresque centenaire, t&#233;moin des guerres victorieuses, et des batailles perdues. Et dans cette chambre o&#249; j'&#233;cris, &#233;paisseur du langage offert par la solitude, entrer peu &#224; peu dans la mesure du monde, essayer de parler sa langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a id=&#034;13&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; je pose les yeux et qui r&#233;sonne, cette autre phrase de Michaux &#171; Je ne peux pas me reposer, ma vie est une insomnie, je ne travaille pas, je ne dors pas, je fais de l'insomnie, tant&#244;t mon &#226;me est debout sur mon corps couch&#233;, tant&#244;t mon &#226;me couch&#233;e sur mon corps debout, mais jamais il n'y a sommeil pour moi, ma colonne vert&#233;brale a sa veilleuse, impossible de l'&#233;teindre. Ne serait-ce pas la prudence qui me tient &#233;veill&#233;, car cherchant, cherchant et cherchant, c'est dans tout indiff&#233;remment que j'ai chance de trouver ce que je cherche puisque ce que je cherche je ne le sais. &#187; Fuite en avant &#8211; en avant de moi, en avant du r&#234;ve et de la fatigue qui me tient debout et marchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14.
&lt;br/&gt;Un cadre entoure l'image, une fen&#234;tre ouverte sur la ville &#8211; et pendant une nuit enti&#232;re passer &#224; &#233;pouser ses mouvements, ses temps forts et ses temps faibles, on &#233;prouve la r&#233;sistance de la fiction &#224; se nommer elle-m&#234;me ; et c'est cette r&#233;sistance-l&#224; que l'on nomme (&#171; impouvoir &#224; cristalliser inconsciemment, le point rompu de l'automatisme &#224; quelque degr&#233; que ce soit &#187;, Artaud), cette r&#233;sistance-l&#224; qui nomme le livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15.
&lt;br/&gt;La chose la plus importante que je connaisse, et qu'il faudrait &#233;crire &#8211; non pas pour l'&#233;crire seulement, et lui donner une r&#233;alit&#233; de papier, ent&#233;riner le r&#233;el en lui offrant son &#233;crin de fiction bien &#224; lui, non, mais au contraire pour faire rendre gorge &#224; la r&#233;alit&#233; &#8211;, la chose la plus importante que je connaisse : l'exp&#233;rience d'une heure s&#233;par&#233;e de toutes les autres, et qui justifie toutes les autres, qui les rend toutes possibles, qui les rend toutes semblablement contraires &#224; cette heure-ci isol&#233;e comme italique sur la ligne des heures habituelles ; l'exp&#233;rience d'une possibilit&#233; &#233;trang&#232;re &#224; soi, qui s'est pos&#233;e sur nous, exp&#233;rience o&#249; fut visible l'autre que soi ; exp&#233;rience d'o&#249; d&#233;coule n&#233;cessairement l'&#233;criture : haine de soi d'abord, haine de la subjectivit&#233; ensuite, haine de toute esp&#232;ce de transcendance enfin, que l'autre soit ma mani&#232;re de resplendir. La chose la plus importante que je connaisse : faire de cette exp&#233;rience un lieu d'o&#249; serait visible le monde. (&#171; Pour ma part, j'ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un d&#233;sir, une &#233;motion, un lieu, de la lumi&#232;re et des bruits, n'importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne &#224; tous &#187;, Kolt&#232;s.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16.
&lt;br/&gt;Le d&#233;compte pourrait se poursuivre, il s'arr&#234;terait finalement sur cette question &#8211; cette envie simple et profonde : cette exigence plus forte encore qu'&#233;crire. Exigence d'&#234;tre travers&#233;. Celle d'aller, lampe &#233;teinte, dos pli&#233; au vent, rompu presque, mais toujours avan&#231;ant, cherchant, marchant. Encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17.
&lt;br/&gt;Pendant toute une ann&#233;e, ne pas toucher vraiment &#224; la langue pour soi &#8211; autre chose l'emp&#234;chait, lame de fond qui d&#233;pla&#231;ait les forces, refondait les &#233;vidences &#8211; toute une ann&#233;e, une lecture sans cesse, La Nuit juste avant les for&#234;ts, la pi&#232;ce de Kolt&#232;s qui avait, quand j'&#233;tais adolescent, tourn&#233; le coin de ma rue, et d&#233;figur&#233; le monde. Toute cette ann&#233;e durant (2006), y revenir, lecture ancr&#233;e, lecture renversant les p&#244;les, lecture travers&#233;e en tous sens, lecture qui n'&#233;puise aucune lecture, mais qui s'ouvre comme une plaie &#224; mesure qu'on y enfonce les doigts. C'est l'&#233;vidence qu'il n'y a pas de paroles de, sans parole adress&#233;e &#224;. C'est davantage le pressentiment que cette parole adress&#233;e ne cl&#244;t jamais le mouvement qui lui donne naissance &#8211; que ce mouvement, nous sommes quelques-uns &#224; y entrer et ne pas y renoncer. Dans les cercles qu'il trace et qui continuent de bouger, nous prenons place et si nous le pouvons : d&#233;gager des angles permis par ces ouvertures, emprunter des passages incertains &#8211; donner sa plus grande chance &#224; l'erreur, aussi. De cette lecture, de ces angles vifs d'o&#249; je lis en retour Blanchot, Bataille, Beckett, Faulkner &#8211; le sentiment d&#233;sormais que certaines r&#233;alit&#233;s ont besoin d'&#234;tre nomm&#233;es pour &#234;tre visibles : qu'en les d&#233;signant, un livre ne fait pas qu'abattre des cloisons et passer la lumi&#232;re &#8211; qu'en les nommant, il rend possible le trajet propre &#224; la reconnaissance : celle du monde, des corps, des langues, et des fr&#232;res en partage qui les parlent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18.
&lt;br/&gt;&#201;t&#233; 2006. Au terme de l'ann&#233;e, c'est cette nuit qui s'&#233;crit &#8211; je ne m'en souviens pas vraiment comme de quelque chose &#224; laquelle je pense, et m'applique. Pas vraiment comme de quelque chose s&#233;par&#233;e de cette ann&#233;e ; la lecture s'est d&#233;plac&#233;e, et a trouv&#233; sans heurt, sans solution de continuit&#233;, une forme qui la prolongeait. Ombre port&#233;e de celui qui le soir voit se dessiner sur les murs la trace de la nuit qui a silhouette de son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19.
&lt;br/&gt;Il y a le d&#233;but de &lt;i&gt;Compagnie&lt;/i&gt; &#8211; &#171; Une voix parvient &#224; quelqu'un dans le noir. Imaginer &#187; &#8211; ou du &lt;i&gt;D&#233;peupleur&lt;/i&gt; &#8211; &#171; S&#233;jour o&#249; des corps vont cherchant chacun son d&#233;peupleur &#187;. Investir les voix, le noir, les corps &#224; d&#233;peupler. Beckett, comme incitation ; prendre au pied de la lettre les injonctions qui d&#233;livrent, ouvrent. Pas vraiment &#233;crire &#8211; mais continuer. Poursuivre.&lt;i&gt; L'Innommable&lt;/i&gt;, Beckett encore : &#171; O&#249; maintenant ? Quand maintenant ? Qui maintenant ? Sans me le demander. Dire je. Sans le penser. Appeler &#231;a des questions, des hypoth&#232;ses. Aller de l'avant, appeler &#231;a aller, appeler &#231;a de l'avant. &#187; Et d'autres routes o&#249; aller : appeler &#231;a o&#249; aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20.
&lt;br/&gt;Non pas au hasard, mais dans sa provocation, non pas sans intention, mais sans intention particuli&#232;re : dessiner les visages qui se forment &#8211; qui forment ensemble l'histoire de cette nuit couverte sur des nuits enti&#232;res. Aller ailleurs, voir si je n'y suis pas ; trouver quelque part la trace d'une appartenance. L'encore arrach&#233; aux habitudes. Ici, ailleurs, et sous n'importe quelle forme, o&#249; que je sois encore, non pas pour trouver une image de moi ad&#233;quate &#224; l'id&#233;e que je m'en fais &#8211; pour m'en d&#233;poss&#233;der plut&#244;t, et voir, au terme de cette d&#233;possession, ce qu'il reste de ma voix, de mon visage, d'ici emport&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21.
&lt;br/&gt;Ainsi d&#233;poss&#233;d&#233;. Se laisser investir par les voix qui dans les r&#234;ves parlent toutes seules. Sont-ce nous ces voix ? Sont-ce d'autres ? De quels fonds venus ? Sans doute l'origine est &#224; chercher en avant de nous. Sauvageries sans forme qui se d&#233;ploient, doublent et d&#233;bordent le souvenir. Visages sans masque, ni pudeur, qui r&#233;v&#232;lent tels qu'en eux-m&#234;mes la nudit&#233; de la reconnaissance &#8211; celle du monde tant cherch&#233;e, celle des corps d&#233;sir&#233;e, celle des paroles muette, appels sourds, adresses tendues, des esquisses abandonn&#233;es &#233;pousent les contours de cette d&#233;possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22.
&lt;br/&gt;O&#249; que je sois encore, je peux les entendre ; je peux voir les visages, je peux compter les heures ; me coucher doucement sur la fin de l'histoire, la vie d&#233;roul&#233;e comme on mime la fiction dans la fiction &#233;puis&#233;e. O&#249; que je sois, elles me r&#233;veillent, les voix qu'on entend quand on se tait profond. Quand la musique s'arr&#234;te, le silence soudain si fort. Et la rumeur du monde s'&#233;choue jusqu'ici, se laisse recouvrir par les voix. Le dehors et le dedans ne connaissent plus leurs fronti&#232;res, s'&#233;changent quelque temps les pens&#233;es ignor&#233;es. Cueilli par leur &#233;vidence. O&#249; que je sois, sauvagement pris &#224; la gorge, somm&#233; de r&#233;pondre. Il n'est pas d'endroit o&#249; leur &#233;chapper, o&#249; renoncer &#224; elles sans renoncer au reste. Fonds venus de cette nuit qui d&#233;borde sur tout ce qui, envers du jour, d&#233;place les perspectives, redistribue les cartes de la perception du temps et de l'espace, du monde &#224; la recherche d'une langue qui puisse le dire &#8211; fonds venus des lieux inconnus, seules ressources pour d&#233;chiffrer l'inconnu. Voix dans le noir qui se dressent, voix &#233;trang&#232;res, voix dont l'&#233;tranget&#233; redonne, &#224; la langue et au monde, possibilit&#233;s de la reconnaissance. Voix qui se donnent, et s'&#233;changent &#8211; voix qui t&#233;moignent d'une violence inflig&#233;e aux habitudes. Voix enfin qui d&#233;livrent.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>premi&#232;re heure du soir</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;ext&#233;rieur nuit&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#65532; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Ext&#233;rieur nuit. Ext&#233;rieur grand ouvert sur la nuit. Ouverte en deux comme un fruit qu'on arrache de l'arbre. Et cracher le noyau. Ici, vous entrez partout, il n'y a pas de sortie. Ici, il n'est pas de tapis rouge d&#233;pli&#233; vers les le&#231;ons de l'histoire, l'apprentissage du destin, de ses lois, de ses codes. Ici non. C'est une machine immense, sans logique ni sujet. Il n'y a pas de sujet. Il y a des noyaux qu'on crache par-dessus la nuit ouverte dehors. Ce n'est pas l'histoire. Ce n'est pas une histoire de plus, non ; de moins, ce serait l'id&#233;al. Mais non. Une machine seulement sans ordre et sans fin, qui voudrait cro&#238;tre par unique d&#233;sir de remplacer la nuit, la recouvrir. C'est insupportable, la nuit qui se d&#233;plie toute seule, qui nous recouvre sous elle. Vous fermez les yeux, attendez qu'elle passe, qu'elle s'&#233;loigne. Elle fait son &#339;uvre seule, sans t&#233;moin. Ici il n'y a pas de t&#233;moin. Personne ne voit personne tomber, et pourtant &#8211; la nuit qui nous recouvre sous elle nous entra&#238;ne dans sa chute, c'est certain. Quand la nuit tombe, ce n'est pas seulement le jour qui s'&#233;croule. Pensez-y. C'est autre chose, et vous en faites partie. Vous fermez les yeux &#8211; et la nuit passe, vous n'&#234;tes m&#234;me pas s&#251;rs. Le temps r&#234;ve &#224; un temps possible o&#249; tout s'arr&#234;terait. Vous dormez, vous ne sentez pas combien le temps p&#232;se diff&#233;remment la nuit, combien la nuit est plus lente que le jour, laisse tra&#238;ner les choses dans l'air. Quand la nuit tombe, vous ne sentez pas ce qu'elle entra&#238;ne avec elle &#8211; vous ne vous sentez pas tomber avec elle. On ne voit rien. On ferme les yeux le temps qu'elle passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ext&#233;rieur nuit &#8211; ouvrir les yeux, comme la nuit en deux, de haut en bas. Arracher aux voix dehors qui continuent, un peu de leur pulpe. Arracher au monde qui se poursuit, poursuit sa propre id&#233;e seul sans ordre et sans fin, un peu de son &#233;paisseur, de son bruit &#8211; ses voix &#233;parpill&#233;es dans les rues sont sa propre rumeur qui s'&#233;teint, qui est en train de s'&#233;teindre &#8211; voil&#224; pourquoi nous ne sommes capables de l'entendre qu'aujourd'hui seulement. Ici est la caisse d'enregistrement. Ici est la voix des mondes qui s'&#233;chappent. Ici pour toujours le t&#233;moin de cette disparition. C'est pourquoi la machine n'a pas de sens. La machine sort. D'elle-m&#234;me, le plus possible ; d'ici, toujours. Elle passe par la fen&#234;tre, et s'accroche &#224; une voix pour ne pas avoir &#224; parler. Vous verrez. Ce n'est pas compliqu&#233;. Il suffit de ne rien en attendre. Il n'y a pas de. Aucune. C'est l'apprentissage du chaos, il faut bien y arriver un jour &#8211; ou une nuit. Il fallait bien qu'on y arrive, depuis le temps que maintenant a commenc&#233;, le jour o&#249; tout s'est fini, o&#249; tout a commenc&#233; &#224; se finir. Mais. Le chaos n'a pas besoin qu'on le raconte. On raconterait autre chose, on ne dirait rien. On parlerait aux murs. Alors je laisserai ma voix dans un coin, et j'irai dehors &#233;couter les rumeurs du chaos, &#233;pouser sa courbe, m'y confondre je ne sais pas. P&#233;n&#233;trer les voix du monde qui disent le mieux les temps qui courent, les temps ici maintenant de fins du monde recommenc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlerai des voix. Parce que je voudrais encore avoir prise &#8211; prise sur ce que le monde produit depuis toujours ; et des voix, encore &#8211; o&#249; que je sois, c'est toujours des voix ; je serai pire qu'aveugle sans. Pire que sourd. Les voix racontent mieux que les histoires, les origines o&#249; se pr&#233;cipiter, les projets o&#249; se perdre, les actes qui s'accomplissent : elles disent la croyance encore en une &#233;coute possible ; elles disent le d&#233;sespoir d'une entente, aussi. Je serai les voix. Je prendrai les voix, comme on prend la parole. Au milieu du hasard, et je continuerai. Je dirai les voix, et je ne dirai qu'elles &#8211; jamais les remplacer, ce serait mal. Ce serait s'imposer au dessus de la m&#234;l&#233;e &#8211; et je n'ai rien &#224; dire ; mais j'endosse le r&#244;le de celui qui parle dans les voix, et se tait en elles, parce que les voix disent le mieux ce que nous sommes au monde &#8211; des lambeaux d'une rumeur qui parcourt l'histoire &#8211; et je n'en raconterai pas d'autres : je ne connais qu'une histoire : celle des voix qui s'&#233;changent depuis le petit matin. Elle touche d&#233;sormais &#224; sa fin. Les voix mieux que n'importe quoi d'autres la disent, nue, et froide, terr&#233;e dans un coin, attendant qu'on l'appelle, qu'elle se l&#232;ve pour sauter d'ici, et tomber pour de bon ; la chute de l'histoire qui n'attend qu'un geste, qu'une voix pour s'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il suffisait de parler de sentiment, de raconter l'incarnation pour produire des mots incarn&#233;s &#8211; alors nous n'avons pas besoin d'histoire, ni de voix. Seulement d'images, et de corps. S'il suffisait d'imaginer une histoire possible, d'en faire une histoire &#224; lire qui remplacerait celles que l'on n'a pas v&#233;cues, alors ce n'est pas de livre dont on a besoin, mais d'imagination, de draps, de lits ouverts sur la nuit. S'il suffisait de faire comme si. Mais ce n'est pas possible. Alors se taire et &#233;couter. Ecouter les voix plut&#244;t, chacune d'entre elles &#224; son secret, peut-&#234;tre sont-elles une seule voix. Je ne sais pas. Peut-&#234;tre suis-je une d'entre elles. Ecouter les voix parce que peut-&#234;tre ce n'est pas de sentiment dont elle s'occupe, mais de ce qui le provoque ; et au moins elles ne racontent pas d'histoire &#8211; soyez en s&#251;r : elles les produisent. Elles les forcent. Elles les font taire quand elles crient plus haut. Et crier est ce qu'elles font le mieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces voix n'ont pas de parole &#224; laquelle se rattacher, ou de figure &#224; dessiner dans le noir pour exister. Je ne leur appartiens pas, et au juste sont-elles ma voix, des instants de ma voix, sont-elles des fragments &#233;parpill&#233;s de ma voix dont par &#233;clats, je discerne les &#233;lans. A nouveau, je ne sais pas. Ces voix inventent la mienne, et je suis sans doute ce qu'elles d&#233;sirent le moins. De leur sortie, elles n'ont qu'une mince appr&#233;hension. Ce qu'elles produisent, c'est l'instant de leur effacement, toujours entrepris, toujours recommenc&#233;, toujours d&#233;bord&#233; dans la voix qui pr&#233;c&#232;de, et dans celle qui suit. Ce qu'elles &#233;puisent, c'est les contours d'un visage d&#233;sir&#233;. Ces voix ne tissent pas un faisceau coh&#233;rent d'intentions : mais des trou&#233;es de sens qu'elles d&#233;gagent, elles voudraient s'emparer d'un visage comme d'un masque, et sous un cri, le d&#233;figurer. Voil&#224; ici. Une machine qui crie. Son propre nom effac&#233; est le cri qui le d&#233;signe, et qui dispara&#238;t sous le cri. Ici. Une machine qui ne s'interrompt pas au milieu de l'histoire, qui n'a pas de milieu &#8211; qui est partout son milieu, sa vitesse. Remplacer la lin&#233;arit&#233; par la profondeur. Remplacer l'histoire par la nuit. Remplacer le sujet par l'ext&#233;rieur. La logique des choses par le chaos. La navigation ne fut qu'une suite de naufrages ininterrompus qui n'&#233;chou&#232;rent jamais. Quand on regardera dehors, il y aura un fruit m&#251;r tomb&#233; au milieu du jardin ; ouvert en deux, et le noyau arrach&#233;, le noyau jet&#233; plus loin, bient&#244;t recouvert de terre. Il y aura. Ici, t&#233;moin d'un maintenant auquel on finit d'appartenir, d'un maintenant qui n'a pas de lieu, qui a lieu partout, ici et maintenant, maintenant o&#249; tout s'ach&#232;ve, et pendant qu'on continue de raconter sur les livres l'histoire inutile ; maintenant, et ici, les voix portent, les voix portent &#224; bout de bras la rumeur d'un monde sur le point de ne plus appartenir &#224; personne, sur le point de prendre le large, de ne plus parler aucune langue, de se perdre sous les voix qui l'appellent et le repoussent. Sur le point de ne plus savoir son nom. Ici, t&#233;moin d'un nom en instance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, encore, o&#249; que je sois, t&#233;moin d'ici, &#224; jamais.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>un faux pas</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;il a fallu commencer&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu commencer. Par le pire. Je ne sais pas. Par le hasard. Il a fallu continuer &#8211; mais commencer non ; bien trop long. Commencer est bien trop long : et c'est trop tard. Alors, elle reste en travers de la gorge, et du reste &#8211; l'h&#233;sitation liminale. Ce premier pas jamais r&#233;ellement lanc&#233;, mais les pas se sont ajout&#233;s derri&#232;re. On ne peut s'en d&#233;faire &#8211; ce regret de n'avoir pas commenc&#233;. Le premier souvenir provisoirement arrach&#233; au froid. La nudit&#233; des ann&#233;es qui tremblent. D'autres avant lui. D'autres souvenirs qu'on a perdus pr&#233;c&#232;dent le premier qu'il nous reste &#8211; le seul qui demeure vivant au milieu de l'enfance ; un doigt tranch&#233; sur l'enfance. Car avant ce premier souvenir d'autres. Et avant d'autres encore. Et encore. Qu'on a oubli&#233; &#8211; qu'on n'a pas su retenir &#8211; et d&#233;sormais pr&#233;cipit&#233;s au bas des humiliations, des hontes dont on n'ose plus s'avouer l'esclave. Le premier pas lanc&#233; maladroitement. Le deuxi&#232;me joue la r&#233;p&#233;tition born&#233;e du temps qui n'est pas pass&#233; lorsqu'il s'est mis a exist&#233; en travers de la route. Sur lequel on tr&#233;buche. Un faux pas. Une longue chute s'ensuivit. Qui ne s'est pas termin&#233;. Nous prolongeons le mouvement. Deux est le commencement de la fin. Les causes perdues &#8211; les regards obliques. Les lumi&#232;res artificielles ; dans la vase tranquille de l'enfance. Les for&#234;ts bruissent de mouvements magiques et silencieux &#8211; dans les terres vierges du monde s'alignent les habitudes. La peau grelotte ; se souvient. Les tribus dansent. Les totems sont dress&#233;s &#8211; le feu se r&#233;pand dans les nuages. Les cicatrices couvrent soudain les peaux qui sous les cendres br&#251;lantes s'ouvrent en deux au m&#234;me moment que les bouches dans un cri de joie et de larmes bless&#233;es. La c&#233;r&#233;monie du temps. Mais qui s'en souvient ; faux pas toujours &#8211; tr&#233;bucher sur les cailloux. On souffle sur les plants de riz pour leur apprendre &#224; pousser. On peut aussi porter des masques comme le soleil pour l'allumer &#224; nouveau. Aujourd'hui, qui s'en soucie. Dieu n'est pas un caillou devant lequel se prosterner. Dans les couvertures de lin, les peaux se cherchent et voudraient se toucher parce qu'il fait si froid. Les secousses &#233;branlent le corps en entier, on ne sait pas si c'est la peur ou la couleur bleue de l'air &#8211; la bu&#233;e qui s'&#233;chappe de nos l&#232;vres coup&#233;es. Le premier pas jamais v&#233;ritablement pos&#233; mais bien plut&#244;t lanc&#233; et pourtant suivis de centaines jusqu'&#224; ce soir de fatigue et de lumi&#232;re p&#226;les et transparentes &#233;tal&#233;e dans la nuit. Confondues dans la nuit. Le premier pas se d&#233;robe. Il s'effondre sur lui-m&#234;me et la chute est immense. La chute de l'homme. Par hasard et sans but. Voil&#224; qu'elle se termine sur les &#233;vidences et la peur ; et le froid de n'&#234;tre pas tout seul. Mais innombrables et fr&#232;res de solitudes. Dans le trou, mon corps rebondit sur les corps inertes qui m'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Et quand je l&#232;ve la t&#234;te &#8211; des centaines encore me tombent sur les yeux. Leur chute grotesque me recouvre. On ne me voit plus ; mon cri se noie au milieu des cris plus puissants de ceux qui au dessus de moi continuent de tomber. Ce trou immense o&#249; nous sommes tous rassembl&#233;s dans le froid. Premier pas lanc&#233; &#8211; &#233;choue sur les autres &#233;croul&#233;s. Ch&#226;teau de cartes souffl&#233;. Vagues successives de corps &#233;chou&#233;s sur la mer. Jusqu'&#224; ce gouffre vide. Ce tombeau sans lumi&#232;re recueille la chute des corps &#8211; la chute de l'histoire qui n'en finit pas.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#233;trangers</title>
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		<dc:date>2006-08-06T14:12:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;passe l'&#233;trange sentiment que je suis&lt;/p&gt;

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&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passe l'&#233;trange sentiment que je suis moi d'un continent autre. Et de ma voix s'&#233;coule cette certitude. Elle n'est plus s&#233;par&#233;e de la conscience que j'ai d'&#234;tre moi. D'un continent si minuscule et lointain qu'&#224; peine il me revient &#224; la m&#233;moire comme un fil. Je suis moi issu de la nuit des temps. Quand j'entends ma voix &#233;crire le silence qui partout accable et d&#233;soriente je saisis une boussole et le nord et le sud s'&#233;carte pour laisser place au continent &#233;trange d'o&#249; moi je suis natif. Passe ce sentiment et rien d'autre ne le remplace que l'ignorance. Dans le vide laiss&#233; par ce sentiment se loge pr&#233;cis&#233;ment le vide. Non pas l'oubli. L'oubli est de m&#234;me nature que le souvenir &#8211; traces au lieu d'empreintes, mais cela revient au m&#234;me. Non pas l'oubli mais vague et &#233;trange trou. Etrange puisqu'il ne m'appartient pas. Je ne le reconnais pas. Nullement. B&#233;ance myst&#233;rieuse et &#233;vidente de mon origine mythique, voil&#224; mon histoire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>le poids du ciel</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;presque sans cesse le d&#233;p&#244;t de la nuit&lt;/p&gt;

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&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque sans cesse le d&#233;p&#244;t de la nuit sur les jours et la peau. Dans l'eau les rides se rassemblent pour se tenir chauds et sur le visage aussi la vieillesse creuse son trou. C'est la fin des &#226;ges. Moi je suis encore jeune ; et j'ai v&#233;cu toute ma vie pass&#233;e &#8211; soyez en s&#251;rs. Avant c'&#233;tait le pass&#233;. Maintenant non. Quoique. L'instant d&#233;pos&#233; n'est plus aussi assur&#233; que celui qui le pr&#233;c&#232;de. Je suis pour le moment le visage tremp&#233; et mes doigts essuient chacun de mes mots. Je suis pour le moment seul &#8211; oui. Sans personne &#224; qui parler et sans doute*. La peur n'est pas install&#233;e. Elle tourne autour de moi, elle attend que le trou am&#233;nag&#233; pour elle dans mes pupilles commence &#224; se creuser. Elle pense qu'elle n'attendra plus bien longtemps. Juste le temps que la nuit s'&#233;tende et au hasard essaime ses gouttes de torpeur. Pour ne plus respirer elle prend son temps. Mais c'est moi qui ne respire plus. Et qui cherche dans l'air, l'air qui manque &#224; mes poumons. Je croyais tourner autour des vides quand les vides perforent chaque pore de ma peau. L'air est[ rempli de ce vide qui me remplit &#224; mon tour et voil&#224; le cycle de la vie. La fuite est mortelle. J'ai pourtant longtemps depuis toujours dans la ville. Oui j'ai fui sans cesse et presque sans respirer*. Mais la nuit toujours m'a rattrap&#233;. Que peut-on faire face &#224; cela. Quand le temps ploie si fort sur moi qu'il devient de la pluie et du noir secr&#233;t&#233; en forme de pluie noire et p&#233;nible. Alors je ploie sous le ciel &#8211; et le temps prend le dessus. Il y a deux couches de ciel : l'une surmonte les nuages &#8211; elle est plus lourde que celle qui dessous s&#233;pare la terre des nuages. C'est une lutte formidable. &#199;a craque de toutes parts et ne c&#232;de pas. Sauf sur moi. Sur nous tous. Alors si fatigu&#233;s tellement. Mais moi je n'aurai plus jamais peur.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>je suis l&#224;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;je&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/2006-voix/" rel="directory"&gt;voix&lt;/a&gt;


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&lt;p&gt;Je suis l&#224;. De ma pesanteur insignifiante je suis au monde tout comme vous. Nous partageons le poids par lequel en m&#234;me temps nous faisons souffrir la terre. Nous appuyons nos pieds ensemble &#224; sa surface et parfois m&#234;me nous nous allongeons de tout notre &#234;tre pour le reposer. Nos vies sont les m&#234;mes. Voyez. Nous sommes l'ignorance dont nos pr&#233;tentions sont faites. Et nous ne rechignons pas &#224; la t&#226;che que nous assigne le temps. Durer. Tant que dure l'instant s'y installer et le parcourir d'un bout &#224; l'autre de sa courbe. Il nous am&#232;ne &#224; l'autre instant toujours pressenti comme si nous &#233;tions immortels. Nous sommes immortels comme si. Jusqu'au jour de notre mort c'est un fait donnons nous le pain pour se faire battre. Qui peut faire autrement. Quand le jour s'&#233;paissit c'est toujours le noir de la nuit qui arrive &#8211; car toujours le matin sur le point de se rompre envisage le soir dans sa ligne bris&#233;e &#8211; et le noir se laisse mieux contempler que le jour. Le noir l'emporte sur la lumi&#232;re comme l'eau dans le puit. C'est ainsi. Ainsi sont nos vies ; &#231;a ne m'emp&#234;che pas d'&#234;tre l&#224;. De peser comme je le peux sur la terre pour qu'elle s'&#233;croule.&lt;/p&gt;
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		<title>going anywhere &#65532; </title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



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&lt;p&gt;Dix, vingt, cent fois essayer. Recommencer mille. Echouer encore, mille, un millier de fois reprendre et repartir ; quarante, cinquante et des centaines. Des milliers partout sur des kilom&#232;tres. Il y a des heures enfouies sous des milliers d'autres et des centaines &#224; la cime des nuits que des voix traversent. La tienne. La v&#244;tre qui s'enfuit soudain quand je veux me rappeler. Les fois o&#249; vous m'entra&#238;niez, ici, comme l&#224;. Partout. Il y a celui que je suis, et en toi, l'exil que je cherche, le visage que je trouve. Le d&#233;sir, l'attente. Et des corps, comme les n&#244;tres, qui me font sortir du mien. Et partout encore. Un d&#233;dain ; ta voix. Son &#233;cho. Je me souviens d'une petite chambre aux murs blancs, rideaux rouges, il fait nuit &#224; pr&#233;sent ; de nouveau : nuit ; et les gens dorment, &#224; m&#234;me le sol, r&#234;vent qu'ils dorment. Un peu de sang &#233;parpill&#233; sur les draps, et sur mes mains, sous ton corps. Au petit jour, tout sera termin&#233;. Danse la nuit, le jour sur les &#233;corces des villes, la lumi&#232;re d'ailleurs. Partout. Dansent les pas de ceux qui bient&#244;t s'affaisseront, noy&#233;s par l'alcool, la musique, la sueur de la nuit.&lt;/p&gt;
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		<title>soifs</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;les voix se sont arr&#234;t&#233;es dehors&lt;/p&gt;

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&lt;p&gt;Les voix se sont arr&#234;t&#233;es dehors mais c'est une feinte. En moi plus fortes &#8211; trente cinq fois plus fortes. Et sourdes aux menaces. Et muettes quand on les interroge. Seulement des cris qu'on ne distingue plus de la rumeur. Vaste et plane. Longue rumeur en fer blanc. La rumeur du monde incessante &#8211; interminable. Epuisant chaque centim&#232;tre carr&#233; de ma peau et de mon esprit. Pourtant dehors dans la rue il pleut bien trop fort et noir pour qu'on s'appesantisse dans le hasard des rencontres. On est rentr&#233;. Les trottoirs claquent seuls dans l'inutile des ombres. Une goutte apr&#232;s l'autre. La rumeur n'a que faire de son anonymat. Depuis des milliers de si&#232;cles elle a pris son &#233;lan et aujourd'hui on ne la distingue plus des cris qui pourraient &#234;tre son &#233;cho diffract&#233; sur nos vies, ou son ombre la pr&#233;c&#233;dant &#8211; sa cape en velours noir. Je ne sais rien d'elle que son poids avachi sur moi comme une armure. On voudrait se croire prot&#233;ger mais on &#233;touffe et &#224; petit feu l'air se vide et s'en va &#8211; et crisp&#233; dans nos poings l'air devient de minuscules gouttes de sueur qui font les fleuves et les mers de ce monde. Dans le fleuve la nuit vient &#233;pancher sa soif de matins &#224; engloutir. Et le poids dont elle se leste vient se poser sur nos poumons encore et encore.&lt;/p&gt;
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		<title>de ce c&#244;t&#233; du mur</title>
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		<dc:date>2006-08-06T14:07:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;si je me dirige&lt;/p&gt;

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&lt;p&gt;Si je me dirige de ce c&#244;t&#233; du mur, je ne sais pas. Je n'entends plus rien. Sans doute mon ombre s'&#233;lancera sur la paroi pour finir par gratter fatalement le plafond. Pour finir en haut du mur par ne plus pouvoir avancer. Et pour finir reculera avant de dispara&#238;tre &#224; mes pieds quand je me retournerai. Ton visage &#233;parpill&#233; sur le bureau tra&#238;ne dans ma m&#233;moire. Depuis tout &#224; l'heure je voudrais m'en saisir et le porter comme un masque. Immanquablement le souvenir vient s'&#233;chouer sur un autre, et rien ne se forme sous mes yeux qu'un peu de regret, le go&#251;t acide dans la bouche de madeleine vomie. Je voudrais savoir encore reconna&#238;tre ta voix, camarade. Mais quand je parle pour la faire rena&#238;tre, je m'avance et tends les mains &#8211; je touche le mur et je ne sais pas. D&#232;s que je dis un mot pour entendre &#224; nouveau ta voix dans la mienne, c'est alors pr&#233;cis&#233;ment qu'elle s'&#233;teint et je me retrouve plus profond&#233;ment encore et toujours dans le noir.&lt;/p&gt;
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		<title>une voix de plus</title>
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		<dc:date>2006-08-06T13:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;je ne suis rien d'autre&lt;/p&gt;

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&lt;p&gt;Je ne suis rien d'autre. Une voix en plus qui voudrait ne pas s'en tenir l&#224;. Je ne cherche pas les &#224; faire taire &#8211; qui le pourrait. J'ai connu des mains moins scrupuleuses : devant les bouches elles serraient si fort et plus fort encore qu'elles s'emparaient m&#234;me de l'air et des langues. J'ai connu des pays. Des rues vides &#8211; et parfois vid&#233;es. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Non. Je ne parle pas &#224; leur place &#8211; ni pour eux, ni d'eux, non. Ne pas s'en tenir l&#224;. J'ai connu des royaumes &#233;clair&#233;s de derri&#232;re par des princes muets. Ils dictaient leurs lois sous des gestes lisibles seulement par les oracles s&#233;niles. Des fronti&#232;res encercl&#233;es. J'ai vu cela que des centaines ignorent. Les couchers de soleil par milliers abattus sur le sol et incapables de se relever sous le poids des armures ; alors ne me demandez pas o&#249; tout cela me m&#232;ne. Si tout cela m&#232;ne quelque part &#8211; issue de la nuit des temps encore, ma voix n'a pas de fin. Elle ne se termine pas. Plonge dans le cadavre du si&#232;cle. Des royaumes &#233;parpill&#233;es par les si&#232;cles ; des rues qui les cherchent. Le chemin s'efface et sous vos pas, vous avez l'impression qu'il vous suit tout de m&#234;me &#8211; et vous n'en revenez pas. Les rues ne sont pas vides &#8211; mais parfois vid&#233;es elles se remplissent de cris. Vous ne revenez jamais alors &#224; quoi bon. Les princes agenouill&#233;s sont maintenant aveugles et t&#226;tonnent le noir o&#249; ils croient se trouver. Les oracles hurlent le ciel. Fronti&#232;res d&#233;pass&#233;es. Les ennemis marchent au pas. Chemins de rondes balay&#233;s. Au milieu des invasions, que suis-je. Vous vous demandez ce que je suis mais la question ne se pose pas. Elle n'y arrive pas. Commence et se dilue. Et se confond avec ma propre voix. Ce que je suis &#8211; mais je suis ma propre voix, et contre toutes les autres effondr&#233;s sous les soleils tomb&#233;s, couch&#233;s sur vous, votre poitrine en feu, lascivement ex&#233;cut&#233;s sous ses bourrasques, son poids accumul&#233;s depuis mille ans &#8211; contre toutes les autres, ma voix se poursuit, cherche un endroit &#224; refuser encore, un espace o&#249; se perdre, un royaume &#224; s'emparer. Sceptre d'argent. Je veux de l'or moi aussi. Couronne ceinte d'ivoire. Princes aveugles &#224; poignarder. Les fronti&#232;res invisibles sont maintenant si loin qu'elles font le tour de la terre. Voil&#224; mon territoire. Les ventres des femmes d&#233;chir&#233;s. Les premiers n&#233;s tordus sous le fer. Terres br&#251;l&#233;es d'o&#249; je s&#232;me le sel des larmes. Le m&#234;me sel que je r&#233;pands sous vos plaies &#8211; vos l&#232;vres ouvertes &#224; l'air empoisonn&#233;. Dans les fleuves l'eau ne coule pas, mais davantage des corps. Ils vont mais ces fleuves ne tendent pas leurs bras vers les mers, portent plut&#244;t &#224; leurs l&#232;vres &#233;corch&#233;es des doigts interminables. Rongent leurs ongles noirs. Moi je continue. Je regarde. Je disperse les fronti&#232;res jusqu'&#224; les voir se rejoindre. Visage d&#233;sordre des royaumes grands ouverts. Visages effondr&#233;s d'o&#249; sortent des voix. Elles remontent le fil de l'eau. Une chanson passe. Les Supplici&#233;s pour toujours &#8211; vous endossez ce r&#244;le. Costumes ajust&#233;s. Masques blancs sans expression pour les contenir toutes. J'ai vu cela que des centaines ignorent, cach&#233;s sous leur posture d'apparat. Un galon pour tous &#8211; une solde &#224; chacun. Un baiser sur les yeux et rien ne compte plus vraiment. Les Princes ont le regard crev&#233;. Deux trous profonds fouillent jusque dans les r&#234;ves les tombeaux de marbre blanc qu'ils n'ont pas su habiter. Et &#224; travers le silence qui r&#232;gne maintenant partout dans vos t&#234;tes et dans les rues, ma voix perce et l'on n'entend que sa disparition. Je suis l&#224; o&#249; personne. Et personne ne me voit. Vous lisez dans le noir les oracles du si&#232;cle &#8211; les lois du march&#233;. Les r&#233;ponses aux ordres anonymes. Dieu, donne moi la nuit de tes yeux aveugles ! Je suis l&#224; qui regarde &#8211; rien d'autre que cette voix &#8211; et vous ne l'entendez pas, c'est elle qui fait tomber le soleil chaque soir jusqu'&#224; la fin abrutie des temps.&lt;/p&gt;
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