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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Rimbaud | Une Am&#233;rique secr&#232;te</title>
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		<dc:date>2026-03-12T18:23:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_04.png?1773339336' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png?1773339351&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/&#034;&gt;carnets Rimbaud&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/&#034;&gt;Des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt; (des signes adress&#233;es outre-tombe)
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-vie/&#034;&gt;Les vies irracont&#233;es&lt;/a&gt; (une contre-bio)
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/&#034;&gt;Anthologies&lt;/a&gt; (textes &amp; br&#251;lots)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Une &lt;i&gt;illumination&lt;/i&gt; apr&#232;s l'autre, voil&#224; qu'une rose des vents recompose le monde. C'est peut-&#234;tre le geste absent, et premier, de ce mince livre &#8212; qu'on r&#233;duit &#224; tort &#224; cette seule puissance de d&#233;flagration &#224; m&#234;me de renverser les assises de la pens&#233;e occidentale, mais non : c'est si peu dire. Comme sur le capot d'une voiture on d&#233;ploie la carte du monde, et qu'on d&#233;ciderait, parce que c'est ainsi, que l'ouest n'est plus &#224; l'ouest, et le sud, et le nord, ni l'est : et qu'il n'y a plus ni carte ni territoire, mais pur d&#233;sir de les voir tel que le d&#233;sir les exige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aimant&#233;e par la brutalit&#233; d'affects qui gouvernent d&#233;sormais les pens&#233;es, la rose des vents dessine les trajectoires : au nord s'&#233;paississent les brouillards de l'abjection, lourds d'une noirceur compacte, hostile &#8212; d'une hostilit&#233; m&#234;me qui pourrait presque para&#238;tre d&#233;sirable : Bruxelles, Londres ; au sud se tend d'&#233;vidence la ligne du d&#233;sir &#233;toil&#233; d'or, la soif qu'attise la chaleur, et la chaleur qui appelle l'in&#233;puisable soif ; &#224; l'est se dresse l'&#233;blouissement, fascination presque intouchable o&#249; miroite Java, soleils lev&#233;s, aubes sans cesses naissantes de la r&#233;alit&#233; maudite &#8212; mais &#224; l'ouest ? On se penche. Le dessin ici s'estompe &#224; mesure qu'il d&#233;vore le couchant. C'est le p&#244;le quasi silencieux, presque secret, qui incline la pens&#233;e vers un horizon qu'elle pressent sans rien d&#233;signer &#8212; silencieux ? Non pas muet. Il suffit alors d'un seul mot murmur&#233; pour soulever, comme on le ferait d'un caillou d'une tonne pos&#233; lourdement sur la fourmili&#232;re cach&#233;e, les cit&#233;s grouillantes du Grand Ouest. Celui, par exemple, et au hasard (non) : d'&lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alleghanys ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient de la page corn&#233;e : du po&#232;me ancien et pourtant plus jeune que le monde qui portait ce mot. Alleghany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant de tels mots, sid&#233;rants et s&#251;rs d'eux, on ne sait vraiment que faire &#8212; souvent m&#234;me, on ne fait rien ; on passe ; on ne sait faire que cela : que passer. Voil&#224; un autre mot impossible, et alors ? On est embarrass&#233;, oui, mais il y en a tant, de ces mots qu'on m&#226;che comme des cailloux et tout le po&#232;me, toute cette langue et ce monde sont peut-&#234;tre de cet acabit ; il suffit de passer. On enjambe m&#234;me et l'acabit et l'embarras. Et puis, c'est commode : on a tant dit de tout ce fatras qu'il &#233;tait envoutant, autant se livrer &#224; l'envo&#251;tement : &lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;, moins un nom qu'un mot, et moins un mot qu'un sort, une formule. Et voici le Rimbaud vaporeux des ma&#238;tres d'&#233;cole qui tiennent l&#224; r&#233;servoir d'explication de textes o&#249; le myst&#232;re tiendra lieu de &lt;i&gt;probl&#233;matique&lt;/i&gt;. Tentant, oui, de voir partout ce r&#234;ve sans attaches, vapeur, d&#233;rive purement verbale et th&#233;&#226;tre de signes qui se regardent jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que ce sort n'est pas seulement un mot, c'est surtout un nom : pas m&#234;me : un lieu du monde que l'orthographe a peu &#224; peu d&#233;form&#233; jusqu'&#224; nous &#8211; et qui s'&#233;crit de toutes les fa&#231;ons possible, Alleghanie tout aussi bien qu'Allegheny. Oui, voici que se dresse Cobb Hill, dans le comt&#233; de Potter, en Pennsylvanie, plus qu'un nom : un mince filet d'eau qui va depuis le lac &#201;ri&#233; pour se jeter infiniment dans l'Ohio, nom qui prend corps dans le cours du temps et d'un fleuve, errant dans Pittsburg pour nommer comt&#233;, parc, bouche de m&#233;tro et salle de conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ouvrir de nouveau le livre et revenir &#224; la page corn&#233;e, et plonger dans la page sid&#233;rante, s'y perdre pour voir lentement le monde s'organiser autrement, plus douloureusement, plus brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/bday11_skyline_33_hdr-e1572460361435.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/bday11_skyline_33_hdr-e1572460361435.jpg?1773342028' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des villes ! C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent m&#233;lodieusement dans les feux. Des f&#234;tes amoureuses sonnent sur les canaux pendus derri&#232;re les chalets. La chasse des carillons crie dans les gorges. Des corporations de chanteurs g&#233;ants accourent dans des v&#234;tements et des oriflammes &#233;clatants comme la lumi&#232;re des cimes. Sur les plates-formes au milieu des gouffres les Rolands sonnent leur bravoure. Sur les passerelles de l'ab&#238;me et les toits des auberges l'ardeur du ciel pavoise les m&#226;ts. L'&#233;croulement des apoth&#233;oses rejoint les champs des hauteurs o&#249; les centauresses s&#233;raphiques &#233;voluent parmi les avalanches. Au-dessus du niveau des plus hautes cr&#234;tes une mer troubl&#233;e par la naissance &#233;ternelle de V&#233;nus, charg&#233;e de flottes orph&#233;oniques et de la rumeur des perles et des conques pr&#233;cieuses, &#8212; la mer s'assombrit parfois avec des &#233;clats mortels. Sur les versants des moissons de fleurs grandes comme nos armes et nos coupes, mugissent. Des cort&#232;ges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. L&#224;-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs t&#232;tent Diane. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune br&#251;le et hurle. V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites. Des groupes de beffrois chantent les id&#233;es des peuples. Des ch&#226;teaux b&#226;tis en os sort la musique inconnue. Toutes les l&#233;gendes &#233;voluent et les &#233;lans se ruent dans les bourgs. Le paradis des orages s'effondre. Les sauvages dansent sans cesse la f&#234;te de la nuit. Et une heure je suis descendu dans le mouvement d'un boulevard de Bagdad o&#249; des compagnies ont chant&#233; la joie du travail nouveau, sous une brise &#233;paisse, circulant sans pouvoir &#233;luder les fabuleux fant&#244;mes des monts o&#249; l'on a d&#251; se retrouver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On comprend que la critique parle de brume : tout y est &#8211; th&#233;&#226;tre et machinerie, m&#233;tal et mythologie, beffrois, gouffres, rails et avalanches ; on comprend aussi que cette brume soit un charme, et son pi&#232;ge, une capture &#8212; parce qu'elle a la densit&#233; d'une mati&#232;re et qu'elle arrime au r&#234;ve. Pi&#232;ge pourtant : oui, il suffit de relire. Non, le myst&#232;re n'est pas un &#233;cran pos&#233; sur le monde, mais cette seule fa&#231;on de le rendre plus proche, ou exact, et plus violent, douloureux et n&#233;cessaire, qui le force &#224; passer par l'allusion afin qu'on puisse en traverser les atours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Confusion de r&#234;ves &#187;. C'est ainsi que la critique parle du Po&#232;me, sid&#233;r&#233;e peut-&#234;tre, embarrass&#233;e plut&#244;t : sont-ce des villes ces montagnes ? Puis pourquoi cette exaltation lyrique pour une telle &lt;i&gt;confusion&lt;/i&gt; ? Pr&#233;sence effarante du monde ainsi lev&#233; ou son retrait &#224; force de mots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Adam &#8211; dans sa v&#233;n&#233;rable Pl&#233;iade mill&#233;sime 1972 &#8211; &#233;voque, incertain, le grouillement indistinct, l'image d'une image : celle, donc, d'une &lt;i&gt;confusion intime&lt;/i&gt; (intime ?) ; Andr&#233; Guyaux, dans l'Autre Pl&#233;iade, plus r&#233;cente, d&#233;pla&#231;ait ailleurs le d&#233;cor vers l'int&#233;riorit&#233;, faisant des &#171; Alleghanys &#187; et des &#171; Libans &#187; tels reliefs psychiques ; Antoine Raybaud pr&#233;f&#232;re discerner un tohu-bohu bab&#233;lien livr&#233; aux aimantations du signifiant ; John E. Jackson assume l'autot&#233;lie d'un &#171; op&#233;ra fabuleux &#187; ; Marie-Claire Bancquart parle tout de go d'un th&#233;&#226;tre conscient de sa machinerie ; Pierre Brunel d'une parade mythologique o&#249; l'enthousiasme, port&#233; &#224; l'exc&#232;s, fr&#244;le le d&#233;risoire. Tous semblent faire du r&#234;ve et du langage l'objet et le sujet du po&#232;me. Personne, jamais, ne parle de Far West, des canyons ocres au fond desquels serpentent des Cow-Boys poursuivis par les Indiens, du soleil qui se couche devant la solitude du hors-la-loi ivre d'un mauvais tort-boyaux de saloon et couvert de poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/unnamed-2.jpg?1773339719' width='500' height='362' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Personne ou presque : en 2004, Bruno Claysse &#8211; apr&#232;s avoir propos&#233; une premi&#232;re &#233;tude, en 1990, o&#249; il voyait l&#224; le plus magnifique r&#234;ve d'&#226;ge d'or de Rimbaud, renverse la perspective : non pas un r&#234;ve, mais la parodie d'un r&#234;ve : lequel ? Claysse d&#233;pose, au d&#233;tour de son article, l'hypoth&#232;se : le Mont Liban du po&#232;me ne renverrait pas au Liban &#8212; ce serait trop simple &#8212; mais &#224; un Mount Lebanon de Pennsylvanie, au pied duquel coule la rivi&#232;re Allegheny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#233;cid&#233;ment se pencher sur la carte ainsi retourn&#233;e, suivre du doigt o&#249; conduit cette Allegheny am&#233;ricaine, de sa naissance sur Cobb Hill, Potter County, au nord de la Pennsylvanie et descendant des for&#234;ts sombres du Allegheny Plateau pour fr&#244;ler Coudersport, longeant Port Allegany et franchissant la ligne de New York State avant de traverser Olean, Salamanca, terres de la Seneca Nation, puis de s'&#233;largir dans les eaux du Allegheny Reservoir, retenue par le Kinzua Dam et de reprendre vers le sud-ouest, coupant la Allegheny National Forest, Warren, la Conewango Creek et Tidioute, Tionesta, Franklin, puis recevant la French Creek &#224; Oil City, m&#233;moire du p&#233;trole, et Emlenton, Parker, Kittanning, Ford City, Freeport, entrant dans la vall&#233;e industrielle, Tarentum, New Kensington, Oakmont et enfin les faubourgs de Pittsburgh &#8211; Highland Park, Lawrenceville, Strip District &#8211;, avant la pointe exacte du Golden Triangle, Point State Park, rejoignant alors la Monongahela River, d'o&#249; surgit soudain l'Ohio River &#8212; Pittsburgh Downtown, &#224; l'ombre du Mount Lebanon, les &#171; Monts Liban &#187; du po&#232;me &#8212; qui sent moins le c&#232;dre que le fer, montagne creus&#233;e de mines que gravie en effet un chemin de fer en colima&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire l'Am&#233;rique. Et pour la voir na&#238;tre sous la main du Po&#232;te, il faut aller plus amont encore que Cobb Hill et suivre Claysse dans une autre de ses hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1871. Rimb. entre dans la librairie du bon imprimeur Lemerre &#8212; &lt;i&gt;j'ai vue quelques nouveaut&#233;s chez Lemerre &lt;/i&gt; &#8212;, &#233;crit-il presque aussit&#244;t &#224; Demeny. Mais pas seulement. Il ne dit pas ce qu'il fait, quand il sort du 47 Passage Choiseul et d&#233;bouche rue des Petits Champs alors il faut inventer. Mais est-ce qu'on invente, quand on sait, que trois cents m&#232;tres s&#233;parent la librairie Lemerre de la librairie Dentu, et qu'un gar&#231;on de 16 ans qui fait le tour des libraires du passage Choiseul au Palais-Royal ne saute pas une vitrine. Il suffit de fermer les yeux et on le voit, regarder la vitrine Dentu, l'&#233;diteur de r&#233;cits de voyage : voil&#224;, il est entr&#233;. Il observe les couvertures, pose les mains sur l'une d'entre elles, regarde le titre. &lt;i&gt;&#192; travers l'Atlantique et dans le Nouveau Monde&lt;/i&gt;, tableau d'une Am&#233;rique en fusion &#8211; c'est sign&#233; C&#233;sar Pascal, il l'emporte &#233;videmment, un titre pareil, vous n'y pensez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rentre on ne sait o&#249;. On sait seulement que le gar&#231;on a vendu sa montre en argent pour payer le train jusqu'&#224; Paris, les combats faisaient encore rage &#8212; ces premiers jours de mars, les troupes prussiennes ont d&#233;fil&#233; sur les Champs-&#201;lys&#233;es. Vraiment, on ne sait pas, ces quelques jours de mars, ce qu'il fait, o&#249; il dort &#8212; certainement pas chez le caricaturiste Gill, chez qui il s'est rendu d'abord, et qu'il a effray&#233;. Rimb ne dira rien de ces quelques jours, et ne rapportera qu'une liste de livres &#8212; &lt;i&gt;Le Sacre de Paris&lt;/i&gt; de Leconte de Lisle, &lt;i&gt;Le Soir d'une bataille&lt;/i&gt; du m&#234;me, la &lt;i&gt;Lettre d'un Mobile breton&lt;/i&gt; de Copp&#233;e, &lt;i&gt;Col&#232;re d'un Franc tireur&lt;/i&gt; de Mend&#232;s, &lt;i&gt;L'Invasion&lt;/i&gt; de Theuriet, &lt;i&gt;Vae victoribus&lt;/i&gt; de Lacaussade, un &lt;i&gt;Si&#232;ge de Paris&lt;/i&gt; de Claretie qu'il dit &#171; fort volume &#187;, des po&#232;mes de F&#233;lix Franck, d'&#201;mile Bergerat, et chez un autre libraire le &lt;i&gt;Fer rouge&lt;/i&gt; de Glatigny, &lt;i&gt;Nouveaux ch&#226;timents&lt;/i&gt;. Rien que de la circonstance : des vers de Parnassiens sur la guerre, des r&#233;cits de si&#232;ge &#8212; &#171; que chaque libraire ait son &lt;i&gt;Si&#232;ge&lt;/i&gt;, son &lt;i&gt;Journal de Si&#232;ge&lt;/i&gt; &#8212; le &lt;i&gt;Si&#232;ge de Sarcey&lt;/i&gt; en est &#224; sa 14e &#233;dition &#8212; que j'aie vu des ruissellements fastidieux de photographies et de dessins relatifs au &lt;i&gt;Si&#232;ge&lt;/i&gt;, vous ne douterez jamais &#187;. Seize ans, sans feu ni lieu et moins encore d'argent, le voil&#224; qu'il ricane devant les vitrines patriotiques. Mais du livre de C&#233;sar Pascal, pas un mot. Bien s&#251;r : est-ce qu'il devait signaler &#224; l'ami po&#232;te qu'il a feuillet&#233; un r&#233;cit de voyage am&#233;ricain qui n'a rien de circonstance, qui semble plut&#244;t m&#234;me l'envers de la circonstance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il attend d'&#234;tre dans sa chambre pour ouvrir le livre et voir se lever la fournaise. De C&#233;sar Pascal, un nom qui sonne comme une invention de Balzac, on ne sait l&#224; encore presque rien &#8211; inutile de faire l'effort d'inventer. Deux livres chez Dentu &#8212; celui-ci, et quinze ans plus tard une &#233;tude sur la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes. Un lettr&#233; qui voyage ; un patriote qui se souvient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.58_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.58_14.png?1773339434' width='500' height='747' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &lt;i&gt;&#192; travers l'Atlantique et dans le Nouveau Monde&lt;/i&gt; suffit sans doute &#224; justifier une vie &#8212; Hugo poss&#233;dait ce livre de voyage dans sa biblioth&#232;que de Guernesey. Un in-18, petit format qu'on peut emporter sur la route, et &#231;a tombe bien, c'est l&#224; qu'il fut &#233;crit. L'homme a travers&#233; l'oc&#233;an en 1869, et plus que l'Atlantique tout le pays qui vient en travers de la route et d&#233;chire les oc&#233;ans en deux &#8212; il le raconte dans la langue des voyageurs du Second Empire encombr&#233;e de comparaisons rassurantes, pr&#233;cises et inutiles. Le livre s'ouvre sur la mer et se referme sur le retour ; entre les deux : New York, les chemins de fer et les plaines. Un d&#233;sert apr&#232;s l'autre interrompu par des bourgades de poussi&#232;res, le Grand Ouest qui s'&#233;tend devant soi, la Destin&#233;e Manifeste d'un monde neuf qui se baptise dans le sang, le fer des chemins et la croix de toutes les sectes chr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms des chapitres s'&#233;gr&#232;nent de noms propres inconnus &#8212; au chapitre XIII par exemple &#8212; &#171; les Alleghanys &#187;. Les voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_14.00_05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_14.00_05.jpg?1773339501' width='500' height='807' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Suffit de se pencher et de ramasser un tel mot. Dans ce chapitre, le voyageur prend halte dans la ville au nom difficilement pronon&#231;able de Pittsburgh &#8212; sous le regard et la phrase du voyageur Cesar Pascal, la ville y respire sous un nuage de charbon que ni vent ni soleil ne percent ; il essaie d'approcher la ville en cherchant des comparaisons : cet enfer industriel lui semble une sorte de &#171; Saint-&#201;tienne ou Birmingham de l'Am&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.59_57.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.59_57.png?1773339434' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les Allegheny Mountains, portion des Appalaches, forment la barri&#232;re des colons, la muraille &#224; franchir pour gagner l'Ouest ; cha&#238;nes parall&#232;les, vall&#233;es longitudinales, gorges transversales &#8212; des &lt;i&gt;gaps&lt;/i&gt; &#8212; que traverse le rail. Voil&#224; aussi le mot &#171; gorges &#187; qui va r&#233;sonner dans le po&#232;me et qu'il suffisait aussi de ramasser, de le jeter dans ce paysage : &#171; La chasse des carillons crie dans les gorges. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allegheny. Soulevons ce mot je vous prie, et secouons le lentement pour en d&#233;gager l'ombre : nom qui d&#233;signe cette rivi&#232;re de plus de cinq cents kilom&#232;tres qui, &#224; la confluence avec la Monongahela, engendre l'Ohio, la &#171; Belle Rivi&#232;re &#187; dont Thomas Jefferson vante tant la splendeur. Nom qui vient de l'unami des Lenapes &#8211; peut-&#234;tre signifie-t-il &#171; belle rivi&#232;re &#187; justement, ou peut-&#234;tre conserve-t-il la m&#233;moire des Allegewi, l'ancien peuple de ces terres chass&#233; vers le sud. Mot-monde et mot-m&#233;moire : montagne et fleuve ensemble, et territoire et peuple effac&#233; sous les massacres. On ne passe pas &#224; c&#244;t&#233; d'un nom qui porte tant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16741 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/12474a_900x.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/12474a_900x.jpg.webp?1773339715' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la confluence de la rivi&#232;re et du fleuve qui na&#238;t sous lui, les Fran&#231;ais avaient b&#226;ti le fort Duquesne d&#232;s 1754 ; l'ann&#233;e suivante, le g&#233;n&#233;ral Braddock, accompagn&#233; d'un jeune officier nomm&#233; George Washington, &#233;choue &#224; s'en emparer &#8211; mais les Fran&#231;ais l'abandonnent apr&#232;s l'avoir tant d&#233;fendu. En 1758, les Anglais reconstruisent sur les ruines le fort Pitt. La ville na&#238;t de la cendre et du combat. Au XIX&#7497; si&#232;cle, fer, acier, charbon font de la r&#233;gion une matrice ardente : hauts fourneaux, ruisseaux incandescents, colonnes de fum&#233;e &#8211; le minerai tombe de la mine dans la fonderie et le feu retourne au ciel en panache noir. En 1907, Pittsburgh annexera Allegheny City et l'absorbe ; la ville d&#233;vore la ville qu'elle a enfant&#233;e, le nom dispara&#238;t pour ne baptiser que p&#226;t&#233;s de maisons, square, un General Hospital et une High School d&#233;labr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.52_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.52_14.png?1773339558' width='500' height='549' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Relisons ? &#171; C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! &#187; L'attaque appelle la machinerie et l'&#233;difice, l'architecture d'une sc&#232;ne &#8211; &#233;pouse &#224; merveille cette r&#233;gion industrielle, spectacle et dispositif &#224; la fois. Quant aux &#171; chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles &#187;, ils dessinent sans doute les funiculaires &#8212; la Monongahela Incline, inaugur&#233;e en 1870, qui hisse les ouvriers des vall&#233;es vers les cr&#234;tes de Coal Hill : l'invisibilit&#233; du m&#233;canisme et la transmutation du verre en cristal donnait &#224; la technique (et aux yeux de C&#233;sar Pascal) l'aura d'une f&#233;erie scientifique sans pareil dans la Vieille Europe. Et les &#171; vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre &#187; convoquent, supposent Breuil, le vocabulaire m&#233;taphorique de l'&#233;poque &#8212; crat&#232;res, chemin&#233;es colossales, cand&#233;labres moul&#233;s &#8212; tandis que l'oxymore &#171; rugissent m&#233;lodieusement &#187; accuse froidement la friction entre la violence r&#233;elle et l'enchantement rh&#233;torique. Puis, il y a ces &#171; f&#234;tes amoureuses &#187; sur les &#171; canaux pendus &#187;, qui rappellent peut-&#234;tre les voies ferr&#233;es et les canaux qui quadrillent les Alleghanys : les steamers embarquent des musiciens quand la modernit&#233; danse au-dessus des gouffres. Les &#171; carillons &#187; ? Les trembleurs &#233;lectriques des chemins de fer dont parlent les ouvrages techniques de 1869 &#8212; et le train de crier sa pr&#233;sence dans les gorges conquises. Les &#171; Rolands &#187; qui &#171; sonnent leur bravoure &#187; renvoient (hypoth&#232;se du toujours pr&#233;cieux Abardel) alors &#224; la cloche l&#233;gendaire de Gand &#8212; Roelandt &#8212; qui appelait au soul&#232;vement &#8212; autant qu'au Roland de Roncevaux ? &#8211; et la constellation nordique des carillons et des corporations, avec force oriflammes et beffrois installe en filigrane la m&#233;moire communarde des brumes d'Europe, Moyen &#194;ge r&#233;invent&#233; par la r&#233;volution industrielle qui s'&#233;tend jusque dans les faubourgs de ce Western. Lorsque &#171; l'&#233;croulement des apoth&#233;oses &#187; rejoint les hauteurs o&#249; &#233;voluent des &#171; centauresses s&#233;raphiques &#187;, la mythologie hugolienne de la locomotive se voit brutalement d&#233;plac&#233;e vers une sorte de syncr&#233;tisme ironique &#8212; V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et croise Vulcain et la R&#233;publique invoqu&#233;e par Edgar Quinet ; les cerfs t&#234;tent Diane pour figurer l'&#226;ge d'or invers&#233;, adunaton qui mime la proph&#233;tie d'Isa&#239;e &#8212; et les &#171; ch&#226;teaux b&#226;tis en os &#187; r&#233;activent l'imaginaire civilisateur du Paris-Guide de Victor Hugo o&#249; les &#171; groupes de beffrois &#187; chantent les id&#233;es des peuples, tandis que &#171; des compagnies &#187; c&#233;l&#232;brent la joie d'un travail nouveau dont l'&#233;clat garde sa pointe d'ironie mauvaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie trop que Rimbaud est le fr&#232;re a&#238;n&#233; de cinq ans de Billy The Kid, qui meurt dix ans avant lui : qu'il en est aussi un fr&#232;re d'arme, et de tous ces cavaliers maigres des plaines, silhouettes au chapeau large tirant derri&#232;re elles la poussi&#232;re des pistes, gardiens de troupeaux sur les routes du b&#233;tail, hommes de selle et de colt r&#244;dant entre les gares neuves, les rails encore chauds, les saloons de planches et les villes surgies du d&#233;sert, o&#249; les rails traversent les plaines, o&#249; les premi&#232;res nations r&#233;sistent une derni&#232;res fois avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;es &#224; Sand Creek, Wounded Knee ou Little Bighorn &#8212; mots qui s'impriment imm&#233;diatement sans distinguer l'histoire de la l&#233;gende dans l'imaginaire d'un adolescent ardennais. L'Am&#233;rique industrielle de l'Ouest lui appara&#238;t alors fatalement comme un Orient moderne, Bagdad d'acier et de cuivre o&#249; la &#171; magie bourgeoise &#187; &#233;tend sa ma&#238;trise sur toutes choses, b&#234;tes et jungles et d&#233;serts. Les Alleghanys et les Libans de r&#234;ve :ne peuvent &#234;tre que des territoires de fiction auxquels l'&#233;criture fait conqu&#234;te &#171; pour un peuple &#187; &#224; venir, th&#233;&#226;tre d'un affrontement entre le temps mythique et les &#226;ges industriels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png?1773339700' width='500' height='392' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Confuses, ces images ? Elles documentent pourtant avec force d&#233;tail l'imaginaire r&#233;el du Grand Ouest qui s'allonge derri&#232;re l'Atlantique et qui est alors encore une promesse, son horizon. Si c'est un r&#234;ve, il ne peut &#234;tre issu que du r&#233;el le plus tangible, celui qu'on forge en soi rien qu'en levant, d'un mot, le mot d'Am&#233;rique quand on cr&#232;ve d'ennui &#224; Charleville, qui est peut-&#234;tre, sur terre alors, le contraire absolu de Pittsburgh. Un seul nom suffit, oui, &#224; lever ce paysage am&#233;ricain hallucin&#233; par l'&#233;criture, mais dont l'hallucinant est documentaire. Mot qui dans le m&#234;me mouvement, exhibe et infl&#233;chit la rh&#233;torique du Progr&#232;s cherchant &#224; magnifier sa propre violence. &#171; Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ? &#187; installe peut-&#234;tre cette nostalgie paradoxale, d&#233;sir d'un lieu qui n'a pas encore eu lieu pour lui, Am&#233;rique r&#234;v&#233;e dont la promesse s'effondre d&#233;j&#224; comme le fort Duquesne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il suffisait d'entendre le mot : Alleghanys. Dans sa syllabe r&#233;sonnaient montagne, fleuve, peuple disparu, fournaise industrielle, conqu&#234;te et ruine. Et non, le po&#232;me ne flotte pas dans sa brume psychique, il s'adosse &#224; une g&#233;ographie pr&#233;cise que l'&#233;criture vient travailler au feu &#8211; qui fait entrer V&#233;nus chez les forgerons pour faire sonner Roland au-dessus des rails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique secr&#232;te de Rimbaud : ce qui de Bagdad, est l'enjambement de Paris pour poser pied sur l'Ohio, et d&#233;j&#224; le regard perdu dans la route de l'Ouest, au couchant, dans la solitude.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16743 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/pittsburgh__allegheny___birmingham.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/pittsburgh__allegheny___birmingham.jpg?1773339719' width='500' height='271' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Enfers artificiels </title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-enfers-artificiels</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-enfers-artificiels</guid>
		<dc:date>2026-01-27T09:31:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Maintenir pour parler &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rimbaud-numerique-66436e36a36bb187787934.jpg?1769506267' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette br&#232;ve, dans &lt;a href=&#034;https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/ardennes/charleville-mezieres/intelligence-artificielle-posez-vos-questions-au-poete-arthur-rimbaud-mort-il-y-a-133-ans-2969315.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le journal&lt;/a&gt; : &#171; Discuter avec Arthur Rimbaud, c'est d&#233;sormais possible. Un jumeau num&#233;rique du c&#233;l&#232;bre po&#232;te est install&#233; &#224; la Maison des Ailleurs &#224; Charleville-M&#233;zi&#232;res. Il pourra r&#233;pondre aux questions des visiteurs d&#232;s ce samedi 18 mai. &#187; On en est donc l&#224; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, s'il n'avait pas fait cette vilaine chute au retour d'une marche caravani&#232;re dans les premiers jours de 1891 sur les pistes en poussi&#232;re entre Harar et Entotto, chute qui lui aurait sans nul doute &#233;pargn&#233; cette l&#233;g&#232;re douleur au genou droit et la vilaine synovite infectieuse qui s'en est suivie &#8212; et le reste &#8212;, c'est un Arthur Rimbaud fringant qui aurait f&#234;t&#233; avec nous ses cent soixante et onze ans ; le regret et l'amertume ne nous quittent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#224; cela ne tienne. Pour donner le change &#224; la mort, broutille, on a touch&#233; aux codes, plong&#233; les mains dans les entrailles du chiffre lui-m&#234;me, et voil&#224;. Il suffisait d'y penser : puisqu'on sait fabriquer des phrases &#224; partir d'autres phrases, aucune raison de ne pas c&#233;der &#224; cette tentation ci. Un si&#232;cle durant, on a interrog&#233; chaque ligne, chaque po&#232;me, et demand&#233; des comptes aux lettres qui n'ont rien voulu entendre, pris de plein fouet leur opacit&#233; et leur vitesse, leur mani&#232;re particuli&#232;re de ne jamais r&#233;pondre &#224; ce qu'on leur demande &#8212; oui, tout cela devenait inutilement compliqu&#233;. Mais une &lt;i&gt;interface&lt;/i&gt;, des lignes de code, un corpus bien rang&#233; &#233;tale en son &#233;ternit&#233;, &lt;a href=&#034;https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/ardennes/charleville-mezieres/intelligence-artificielle-posez-vos-questions-au-poete-arthur-rimbaud-mort-il-y-a-133-ans-2969315.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;et voil&#224; le po&#232;te de nouveau frais et dispos, serviable m&#234;me et dispos&#233; &#224; r&#233;pondre &#224; toutes nos questions&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_16651 spip_document spip_documents spip_document_video spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;video-intrinsic-wrapper&#034; style='height:0;width:1920px;max-width:100%;padding-bottom:56.25%;position:relative;'&gt; &lt;div class=&#034;video-wrapper&#034; style=&#034;position: absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt; &lt;video class=&#034;mejs mejs-16651&#034; data-id=&#034;ff32a5d105fa82d03d114f663609cf64&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;pluginPath&#034;:&#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/&#034;,&#034;loop&#034;:false,&#034;videoWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;videoHeight&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:69}' width=&#034;100%&#034; height=&#034;100%&#034; controls=&#034;controls&#034; preload=&#034;none&#034; &gt; &lt;source type=&#034;video/mp4&#034; src=&#034;IMG/mp4/rimbaud.mp4&#034; /&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/mp4-d7cc4-f1e42.svg?1773502143' width='64' height='64' alt='Impossible de lire la video' /&gt; &lt;/video&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il pense de la vie, du temps qu'il fait dans les Ardennes en cet automne pourri, de la neige sur le Minnesota ou de la performance de l'Olympique Charleville Prix Ardenne M&#233;tropole, il le dit sans d&#233;tour. Il suffit de demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait pourquoi d&#233;sormais on d&#233;pense l'&#233;quivalent de la consommation annuelle mondiale de bouteilles d'eau dans quelques centrales de refroidissement, et que les centaines de t&#233;rawatt-heures par an sont bien d&#233;pens&#233;s : la conversation urbaine d'Arthur Rimbaud vaut bien ces douze millions d'arbres arrach&#233;es par semestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh, le visage de cire semble un peu engonc&#233; dans quelques poses num&#233;riques, et la voix de m&#233;tal nous parvenir avec ce grain compass&#233; que poss&#232;de parfois la machine du GPS quand elle nous indique la route vers les Orients d&#233;sirables, mais, comme on n'arr&#234;te pas le progr&#232;s, c'est lui qui finira par nous enjamber, cadavres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Install&#233; &#224; la &lt;i&gt;Maison des Ailleurs&lt;/i&gt;, 7 quai Arthur-Rimbaud &#8212; puisque le sort affreux pousse l'ironie du sort jusque dans les noms qui ram&#232;nent tout d&#233;sir de lointain &#224; la cit&#233; &lt;i&gt;sup&#233;rieurement idiote&lt;/i&gt; &#8212; l'avatar nous attend, pr&#234;t &#224; r&#233;pondre, affable et civil. Sans doute qu'il sait m&#234;me trouver les mots pour dire la cruaut&#233; d'&#234;tre r&#233;duit &#224; r&#233;gurgiter des formulations brass&#233;es &#224; partir d'un corpus donn&#233;, lui qui s'&#233;tait donn&#233; pour t&#226;che de donner naissance &#224; un langage invent&#233; lui-m&#234;me en acte. L'&#233;cho assourdi de sa voix, l'entend-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce leurre. Ce qu'on demande &#224; Jean Nicolas Arthur Rimbaud, il l'a d&#233;j&#224; dit : la preuve. Et pourtant : ce qui se dit dans ce qu'il a d&#233;j&#224; dit reste ouvert comme un ventre sous le poignard effil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IA n'est pas un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;, c'est le double d'un catafalque de papier qui n'est capable que de reformuler l'ic&#244;ne, et mal synth&#233;tiser l'envers de l'inou&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait de rendre la culture &lt;i&gt;proche&lt;/i&gt; &#8212; nous dit la brochure &#8212; &lt;i&gt;accessible&lt;/i&gt; : rien de plus loin pourtant que la figure de pixels parchemin&#233;s, tout au plus l'intelligence la rend digeste, autant dire bonne aux latrines ? L'&#233;change format&#233; par l'attente ne r&#233;pond qu'&#224; ce qui est d&#233;j&#224; pr&#233;vu, et ici comme ailleurs, le langage est moins g&#233;n&#233;r&#233; que simul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant, on ne peut m&#234;me pas serrer la main de l'avatar, qui pose sur nous le regard vide et d&#233;sesp&#233;r&#233; de celui qui ne mourra jamais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Poste restante en concession perp&#233;tuelle</title>
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		<dc:date>2025-12-11T20:41:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Appel &#224; projet&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/boite_aux_lettres_rimbaud__2_-660d560984eb4.jpg?1765485667' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; La mort est le commencement de l'immortalit&#233; &#187;, avait hurl&#233; Robespierre ; deux jours plus tard, il &#233;tait ex&#233;cut&#233; (peut-&#234;tre aussi pour ce mot)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout porte &#224; croire d'ailleurs qu'il ne l'a jamais prononc&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut aussi entendre la phrase comme une punition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir re&#231;u du courrier au 12, anciennement 10, rue Pierre-N&#232;gre (aujourd'hui rue du Quai Rimbaud), puis rue de la Porte-de-Bourgogne (actuel 22 rue d'Arches), puis &#8212; et surtout &#8212; au 8, quai de la Madeleine (d&#233;sormais 7 quai Rimbaud), &#224; Charleville, 08000 ;&lt;br&gt;
puis au 6, rue Campagne-Premi&#232;re, Paris 14&#7497; (c/o Paul Demeny), au 15, rue Monsieur-le-Prince, Paris 6&#7497; (c/o M. &amp; &#822;M&#822;m&#822;e&#822; Paul Verlaine), au 18, rue S&#233;guier, Paris 6&#7497;, au 22, rue Saint-Louis-en-l'&#206;le, Paris 4&#7497; (c/o Germain Nouveau), enfin au 110, rue du Bac, Paris 7&#7497; ;&lt;br&gt;
puis quelque part en Belgique &#8212; Bruxelles, poste restante ;&lt;br&gt;
puis au 8 Great College Street, Camden Town, et au 34 Howland Street, Fitzrovia, Londres ;&lt;br&gt;
puis au 17 Marienstrasse, Stuttgart ;&lt;br&gt;
puis &#8212; on ne sait o&#249; &#8212; sur un bateau entre la Hollande et l'Indon&#233;sie ;&lt;br&gt;
puis Maison Bardey, Tawila (Crater), Aden ;&lt;br&gt;
puis, enfin, au 147 boulevard Baille, H&#244;pital de la Conception, Marseille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud d&#233;cachette aujourd'hui son courrier en terre natale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car chaque jour, Arthur Rimbaud re&#231;oit du courrier. Il en vient de toute la France et d'ailleurs, et m&#234;me au-del&#224; : les lettres lui sont adress&#233;es directement chez lui, au 124, avenue Charles Boutet &#8212; depuis la Place Ducale, descendez la rue du Moulin jusqu'&#224; atteindre la Meuse ; l&#224;, prenez &#224; droite et suivez l'avenue Boutet pendant dix bonne minutes : c'est sur la gauche, vous &#234;tes arriv&#233;s, vous ne pourrez pas manquer le cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boite aux lettres est l&#224;. Le courrier y est d&#233;pos&#233; avec rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, c'&#233;tait pourtant pr&#233;visible. Cet automne 2023, la temp&#234;te Ciaran s'abat sur les Ardennes ; les d&#233;g&#226;ts sont, gr&#226;ce au ciel (ou en d&#233;pit de lui), assez limit&#233;s. Seulement, la boite aux lettres fut arrach&#233;e, enfer et damnation. Le courrier s'accumulait sur le bureau de la Poste de Charleville-Mezi&#232;res, et Arthur Rimbaud se retrouvait priv&#233; de son courrier &#8212; sans rien dire de l'impatience de ses &#171; correspondants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, plus que Dieu, l'administration sait pourvoir en tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &lt;i&gt;appel &#224; projet&lt;/i&gt; fut lanc&#233; presque aussit&#244;t qu'on ramassa les d&#233;bris. Avis donc aux talents : il s'agissait de cr&#233;er une nouvelle bo&#238;te &#224; lettres &#171; p&#233;renne &#187; (sic) &#8212; teintes taupe &#224; privil&#233;gier, le beige serait tol&#233;r&#233;. C'est qu'il s'agirait de se fondre dans le paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter : devis inf&#233;rieur &#224; 4000 euros. L'aust&#233;rit&#233; aussi est &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici l'appel &#224; projet, tel qu'en lui m&#234;me il fut cr&#233;&#233; : je n'invente rien (comment inventer pareille chose).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;b&gt;&lt;big&gt;&lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/[https:/www.charleville-mezieres.fr/blog/posts/appel-a-projet-creation-dune-nouvelle-boite-a-lettres-arthur-'&gt;Appel &#224; projet : cr&#233;ation d'une nouvelle bo&#238;te &#224; lettres Arthur Rimbaud&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, une bo&#238;te &#224; lettres a &#233;t&#233; install&#233;e &#224; l'entr&#233;e du cimeti&#232;re Boutet afin de recueillir les missives adress&#233;es &#224; Arthur Rimbaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bo&#238;te ayant &#233;t&#233; endommag&#233;e par une temp&#234;te en 2023, la Ville souhaite la remplacer par une nouvelle cr&#233;ation originale. Dans cette optique, elle lance un appel &#224; projet ouvert &#224; tous, y compris aux &#233;tablissements scolaires, pour cr&#233;er une nouvelle bo&#238;te &#224; lettres Arthur Rimbaud p&#233;renne. La date limite du d&#233;p&#244;t des candidatures est fix&#233;e au 31 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur Rimbaud (1854&#8211;1891) est inhum&#233; au cimeti&#232;re de l'avenue Charles Boutet &#224; Charleville-M&#233;zi&#232;res. Depuis plusieurs d&#233;cennies, des lettres sont r&#233;guli&#232;rement adress&#233;es au po&#232;te d&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la conception de cette nouvelle bo&#238;te &#224; lettres, plusieurs &#233;l&#233;ments seront &#224; prendre en compte. Etant install&#233;e en ext&#233;rieur, &#224; l'entr&#233;e du cimeti&#232;re, une attention particuli&#232;re devra &#234;tre port&#233;e au contexte paysager, &#224; la proximit&#233; de la s&#233;pulture du po&#232;te, ainsi qu'&#224; la p&#233;rennit&#233; des mat&#233;riaux et leur durabilit&#233;. De plus, le cimeti&#232;re &#233;tant situ&#233; dans le p&#233;rim&#232;tre des abords de monuments historiques, les teintes brun, taupe, beige seront &#224; privil&#233;gier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, recevant aussi bien du courrier d&#233;livr&#233; par le facteur que des lettres d&#233;pos&#233;es directement par les personnes se rendant sur la tombe du po&#232;te, elle devra &#234;tre &#171; normalis&#233;e &#187; et respecter la r&#233;glementation en vigueur quant &#224; ses dimensions et son implantation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jury examinera les diff&#233;rents projets selon plusieurs crit&#232;res comme la qualit&#233; et l'originalit&#233; de la proposition artistique ou la capacit&#233; &#224; consid&#233;rer le site environnant et le contexte d'un haut lieu rimbaldien dans la proposition artistique et informera le candidat retenu en juin 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle bo&#238;te &#224; lettres devra &#234;tre livr&#233;e pr&#234;te &#224; &#234;tre install&#233;e avec son support et &#234;tre mise en place pour le 15 octobre 2024 au plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les modalit&#233;s pratiques sont pr&#233;cis&#233;es dans l'appel &#224; projet t&#233;l&#233;chargeable ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;a href=&#034;https://musear.fr/documents/20240011_AAP_BOITE_A_LETTRES_RIMBAUDv2.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ici&lt;/a&gt;&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;J'ignore qui remporta la timbale. &#192; quoi ressemble aujourd'hui la boite aux lettres du cimeti&#232;re de l'avenue Charles-Boutet ? On peut &#234;tre certain en tous cas que le courrier arrive d&#233;sormais en toute s&#233;r&#233;nit&#233; &#224; destination, que le brave postier fait son office et glisse, chaque matin que le Seigneur accomplit, les lettres qu'il faut dans la bo&#238;te &#8212; qu'un spectre endimanch&#233;, un peu boiteux, mais le geste s&#251;r, vient relever son courrier. Et, qui sait, r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tous &#233;crit &#224; Arthur Rimbaud dans le secret terrible de nos vies int&#233;rieures : mais qui d'entre nous auraient os&#233; lui envoy&#233; sa lettre ? Visiblement, des milliers de milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On esp&#232;re malgr&#233; tout que personne, aux PTT, n'aura l'id&#233;e de lui ouvrir une bo&#238;te mail.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tout porte &#224; croire d'ailleurs qu'il ne l'a jamais prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud, une vie | D&#233;lires. Suites et fin</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-vie/article/rimbaud-une-vie-delires-suites-et-fin</link>
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		<dc:date>2025-11-10T09:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_vies</dc:subject>
		<dc:subject>_Arthur Rimbaud</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_Marseille</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Chapitre I
&lt;br/&gt;R&#234;ves et agonies&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-vie/" rel="directory"&gt;Rimbaud, une vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies" rel="tag"&gt;_vies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_arthur-rimbaud" rel="tag"&gt;_Arthur Rimbaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies-des-morts" rel="tag"&gt;_vies des morts&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_marseille" rel="tag"&gt;_Marseille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1592.jpg?1470323708' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1592.jpg?1470323716&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;Un projet : raconter les vies irracont&#233;es de Jean Nicolas Arthur Rimbaud.&lt;br&gt;
Imaginer sa vie dans les silences qu'elle nous a laiss&#233;s,&lt;i&gt; d'outre tombe&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;
T&#226;cher de soulever &#224; nous les forces r&#233;clam&#233;es &#224; la vie apr&#232;s sa mort.&lt;br&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-vies-imaginaires/&#034;&gt;Voir le sommaire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; et mes autres &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique41&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#234;ves autour de Rimbaud&lt;/a&gt; .&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p&gt;10 novembre 1891 - 10 novembre 2025 : on est 134 ans apr&#232;s, mais on ne sait toujours o&#249;, et on se demande si nous ne sommes pas depuis lors &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; cette fin des yeux ferm&#233;s soudain.&lt;/p&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;10 novembre 1891 - 10 novembre 2024 : on est 133 ans apr&#232;s la derni&#232;re seconde qui pr&#233;c&#233;da ce qu'on ignore et dans quoi pourtant depuis on se d&#233;bat, nous qui sommes d&#233;sormais cet autre c&#244;t&#233; de la fen&#234;tre de l'h&#244;pital de la Conception par o&#249; passe le jour sur lequel il ferma les yeux soudain.&lt;/p&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;10 novembre 1891 - 10 novembre 2023 : on est 132 ans apr&#232;s le dernier regard pos&#233; sur nous et qui nous a d&#233;poss&#233;d&#233; d'une partie de nous, ne nous laissant que l'autre part, plus am&#232;re, plus lointaine et dans la bouche ce go&#251;t de fer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;10 novembre 1891 - 10 novembre 2020 : on est 129 ans apr&#232;s le dernier souffle crach&#233; sur nous et qui nous maintient dans l'air des choses vivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re publication 10 novembre 2015 : on est 124 ans apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es aussi, je fixais le vertige de ce jour. &lt;br /&gt;&#8212; Le 10 novembre 2014, &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-naissance-de-la-mort&#034;&gt;jour de la naissance de la mort&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Le 10 novembre 2011, &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-les-vies-posthumes&#034;&gt;ses vies posthumes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;big&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chapitre I&lt;/big&gt;&lt;br&gt;
D&#233;lires. Suites et fin&lt;br&gt;
&lt;i&gt;R&#234;ves et agonies&lt;/i&gt;&lt;/center&gt; &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_4874 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/arton1592.png?1470323733' width='500' height='407' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1891. Marseille&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un r&#234;ve qui dure depuis pr&#232;s de deux semaines maintenant. Jour et nuit, cet automne l&#224;, &#224; l'abri du vent furieux, il ne dort plus, il r&#234;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les yeux grands ouverts, il r&#234;ve chaque minute de chaque heure. Des r&#234;ves &#233;tranges. On dit qu'il d&#233;lire, que c'est la fi&#232;vre, qu'elle va passer. Elle ne passe pas. La fi&#232;vre qui s'est pos&#233;e sur lui est d&#233;sormais sa pens&#233;e, son &#226;me et son corps et son sang qui coule &#224; grosses gouttes le long de son front jusqu'&#224; ses l&#232;vres qui les boit toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui dit &lt;i&gt;Ce n'est rien, ne t'en fais pas, dors maintenant&lt;/i&gt;. Comment dormir quand de tels r&#234;ves l'assaillent et que le vent dehors se d&#233;cha&#238;ne ? Des chiens, des for&#234;ts, des d&#233;serts. Des amours immenses et perdues. De l'or qui tombe du ciel comme de la sueur, une pluie d'or qui donne soif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas sa vie qui d&#233;file, mais des images affol&#233;es d'autres vies que la sienne, des d&#233;sirs de vies qui le sid&#232;rent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des cascades insens&#233;es. Des monceaux de cadavres. Sous ses pieds, de la terre &#233;tendue qui se fend. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#234;ves par centaines d&#233;filent dans un long cort&#232;ge de terreurs et de beaut&#233;s. Un seul et m&#234;me r&#234;ve pulv&#233;ris&#233; &#224; la place d'une r&#233;alit&#233; abjecte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis dix jours, son corps d&#233;j&#224; en d&#233;composition de son vivant d&#233;gage une odeur de putr&#233;faction ; on a renonc&#233; &#224; ouvrir la fen&#234;tre &#224; cause du vent terrible dehors, l'odeur est maintenant tenace. Mais dans le r&#234;ve, d'autres parfums remplace pour lui cette odeur : jasmin, paille br&#251;l&#233;e, encens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, il racontait ses r&#234;ves aux visiteurs qui venaient le voir, mais il a vite compris que ces visiteurs faisaient partie des r&#234;ves, alors il s'est tu et se contente de r&#234;ver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des caravanes vers Chao. Des chiens encore et des cadavres d'&#233;l&#233;phants d&#233;pec&#233;s. De l'ivoire qu'on arrache et l'or qu'on en tirera sur les march&#233;s du Harar. Des fusils qu'on transporte. De la fatigue qui rend vivant. De la mort qui n'attendra pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il r&#234;ve tout cela &#224; la fois et parfois ces r&#234;ves lui arrachent des cris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne pour les entendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Personne sauf Isabelle, sa s&#339;ur ; c'est-&#224;-dire personne. Isabelle est l&#224;, le matin et le soir ; l&#224; pour lui faire lecture de la Bible et du journal &#8211; quelle diff&#233;rence &#8211;, du courrier qui lui parvient encore. L&#224; pour r&#233;pondre et &#233;crire &#224; sa place, l&#224; pour noter la dict&#233;e qu'il murmure dans ses r&#234;ves : qu'on l'attende surtout, qu'on soit convaincu de son retour, qu'il se r&#233;tablit lentement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au fid&#232;le Djami, aux camarades rest&#233;s en Afrique, Savour&#233;, Tian, Illg et Pino, Br&#233;mond, il leur dit : &lt;i&gt;J'arrive&lt;/i&gt;. On lui r&#233;pond dans des lettres pleines d'affection &lt;i&gt;Nous t'attendons. Quand tu reviendras, on te mariera. Viens. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui, allong&#233; sur le dos, immobile, conna&#238;t toutes les douleurs. La fi&#232;vre d&#233;lire en lui seule. Il r&#234;ve continuellement dans les frissons, l'&#233;touffement et l'effroi d'une mort incessamment imminente. Oui, l&#224;-bas, il est vrai qu'on l'attend pourtant. L'Afrique est de l'autre c&#244;t&#233; de Marseille, il suffit d'enjamber la mer. Mais dans son lit, quand il soul&#232;ve les draps, il ne voit plus qu'une jambe, et elle est aussi inerte et dure que du bois. Il pleure. Il dit &lt;i&gt;On m'attend pourtant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois il se dresse, il hurle &lt;i&gt;Il faut se d&#233;p&#234;cher. Pr&#233;parer les chameaux, tenir les &#233;critures, faire les lettres. Vite. On nous attend, vite, il faut fermer les valises, Djami h&#226;te-toi, nous arriverons en retard. Djami, je t'en prie, je t'en supplie, h&#226;te-toi.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un sanglot, brutalement, il l&#226;che encore &lt;i&gt;Pourquoi m'a-t-on laiss&#233; dormir ?&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pourquoi ne m'aide-t-on pas &#224; m'habiller ? &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'effondre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Que dira-t-on si nous n'arrivons pas au jour dit ? &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se tait. Il ne dit pas quel jour. Le sait-il ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il pleure. Il murmure &#224; Djami : &lt;i&gt;Je vais &#234;tre en retard.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Djami n'est pas l&#224;. &#192; c&#244;t&#233; de lui, c'est Isabelle qui r&#233;pond, Isabelle sa s&#339;ur venue des Ardennes &#224; sa demande dans ce sud chaud qu'elle ex&#232;cre comme elle ex&#232;cre le vent d'ici, ce Mistral qui rend fou, Isabelle qui dit : &lt;i&gt;Repose-toi.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir, elle &#233;crira &#224; leur m&#232;re : &lt;i&gt;Ce qu'il dit, ce sont des r&#234;ves&lt;/i&gt;. Elle ajoutera, pour cette m&#232;re qui ne r&#233;pondra jamais, pour nous alors, pench&#233;s sur ces lettres comme sur un cadavre op&#233;r&#233; vivant par le d&#233;lire : &lt;i&gt;C'est un &#234;tre immat&#233;riel presque, et sa pens&#233;e s'&#233;chappe malgr&#233; lui. Il ach&#232;ve sa vie dans une sorte de r&#234;ve continuel. Il dit des choses bizarres, tr&#232;s doucement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa chambre, seul, il hurle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut changer les draps tous les jours &#224; cause de la sueur et des larmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un matin, Isabelle lui lit la lettre que lui envoie le roi M&#233;n&#233;lik II, N&#233;gus du Shewa, Empereur d'&#201;thiopie qui lui souhaite &lt;i&gt;la bonne sant&#233;&lt;/i&gt;. Une lettre d'un Empereur ? Alors c'est bien vrai qu'il d&#233;lire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais non, cette fois, il ne d&#233;lirait pas. La lettre porte le sceau du souverain qui lui aussi l'attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;decins lui disent : &lt;i&gt;Vous vous r&#233;tablissez&lt;/i&gt;. &#192; Isabelle ces m&#234;mes m&#233;decins confient que c'est &#233;videmment sans espoir. Qu'il mourra bient&#244;t. Peut-&#234;tre demain, comment savoir ? Les m&#233;decins ne comprennent rien &#224; ce cas. La mort est sur lui, et la vie r&#233;siste. Un cadavre op&#233;r&#233; vivant par le d&#233;lire, comment comprendre ? Les m&#233;decins sont les premiers pench&#233;s sur ce corps qui disent : on ne comprend rien &#224; cette vie qui continue en d&#233;pit du bon sens. Une longue liste suivra, de m&#233;decins et de savants et de po&#232;tes ou de critiques qui ausculteront cette vie dans les traces qu'elle aura laiss&#233;es, et n'y entendront rien, ne saisiront rien du sens qui sera tout sauf bon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le docteur Trastoul le premier &#233;coute le c&#339;ur et les poumons, prend dans sa main la main de l'homme qui jadis, s'il se souvient bien, avait &#233;crit des mots qui avait soulev&#233; &#224; lui ce qui dans la vie la rendait possible, mais le docteur Trastoul n'entend rien. Le pouls est fuyant, labile, irr&#233;gulier. Le souffle parfois cesse, parfois s'amplifie. Le c&#339;ur se d&#233;robe. La gangr&#232;ne monte, insatiable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, il ne passera pas l'hiver. Pas m&#234;me l'automne. &lt;i&gt;Il faut &#234;tre raisonnable.&lt;/i&gt; Pr&#233;parer l'&#226;me &#224; reconna&#238;tre ses fautes et accueillir l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme au condamn&#233; &#224; mort, on ne lui refuse rien. La soupe est chaude et le pain blanc et frais. Lui, dans son lit de souffrance, refuse la compassion et le pain. Derri&#232;re la compassion et le pain il sait bien qu'il y a la condamnation, le soin qu'on doit au tr&#233;pass&#233; du lendemain. Lui refuse la mort parce que la vie en lui n'a pas achev&#233; l'&#339;uvre de sa vie, alors il refuse avec la mort la compassion. Mais en refusant le pain, il h&#226;te la mort : c'est une fatalit&#233; sans issue. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mort n'a pourtant pas besoin qu'on la repousse : elle vient, elle est d&#233;j&#224; l&#224; qui gagne le corps et monte le long de la jambe inerte, gagne le ventre, les bras, bient&#244;t le c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle dit &lt;i&gt;Mange&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Demain tu recevras la visite de l'abb&#233; Charlier, il te faudra confesser. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abb&#233; Charlier vient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que lui dit-il ? La porte restera ferm&#233;e sur Isabelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allong&#233; dans son lit, il voit sans doute l'homme en aube noire approcher. Est-ce Dieu le P&#232;re lui-m&#234;me ? On ne sait pas ce qu'ils se disent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand l'abb&#233; Charlier sort, il ne donne pas de d&#233;tails. Il racontera seulement la grande faiblesse du corps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec des mots timides, il racontera aussi comment, les yeux ferm&#233;s, l'homme a vomi l'hostie dans ses derniers crachats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui dit : &lt;i&gt;Sois raisonnable&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il pleure et dans ses larmes, Isabelle viendra lire le salut et la foi, la foi d&#233;vorante et v&#233;ritable, l'adoration de Dieu, la force de s'&#234;tre reconnu p&#233;cheur, la conscience r&#233;unie aupr&#232;s de celle du Christ Sauveur. Elle recueille les larmes et lit en elles ce qu'elle viendra lire ensuite dans les vers qu'il aura laiss&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle voudrait d&#233;chiffrer ce que le docteur Tratsoul n'avait pas su lire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; l'&#233;nigme, il n'y a que deux r&#233;ponses : celle d'&#338;dipe devant le Sphinx, ou celle d'Isabelle pench&#233;e au-dessus de ce corps. L'homme ou Dieu : deux r&#233;ponses qui sont aussi deux fa&#231;ons de refuser de r&#233;pondre. L'&#233;nigme que propose le corps de celui qui, allong&#233; dans son lit, pleure et tremble dans son d&#233;lire, est labile et fuyant, c'est un fait. L'odeur qui se d&#233;gage de son corps est inhumaine, et ses paroles d&#233;lirent la peur sacr&#233;e du vent dans l'inou&#239;, c'est l'&#233;nigme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabelle jusqu'&#224; sa propre mort continuera de r&#233;pondre Dieu &#224; l'&#233;nigme de son fr&#232;re, dessinant sans faute un signe de croix &#224; chaque page, &#224; chaque mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui avait simplement vomi l'hostie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant il tourne le visage vers la fen&#234;tre, les arbres fous secou&#233;s par le Mistral. Dans ses sanglots il &#233;touffe une injure qu'Isabelle n'entend pas ; il voudrait dire que ce ne sont pas des larmes mais de la sueur et du sang qui coule hors de son corps, du sang transparent et sal&#233; ; on lui dit &lt;i&gt;Tu d&#233;lires&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-dessus de son corps, dans le bruit des arbres livr&#233;s &#224; la folie du vent, Isabelle d&#233;lire les larmes et la foi intacte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et lui r&#234;ve encore et toujours. Du Christ br&#251;l&#233; dans le d&#233;sert de sable, d'un corps transform&#233; en pain et en compassion qu'il vaut vomir, encore et toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle se l&#232;ve : elle lui dit &lt;i&gt;Enfin ne pleure pas&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, il ne pleure pas, c'est le sang qui ruisselle sur sa peau, blanc et sal&#233;. Elle dit &lt;i&gt;Ne parle plus, tu dis n'importe quoi&lt;/i&gt;. Elle ajoute encore avec un sourire comme &#224; un enfant &lt;i&gt;Tu d&#233;lires&lt;/i&gt;. Lui voudrait ni se taire ni crier, mais ces r&#234;ves lui arrachent des cris qu'on prend pour des larmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabelle &#233;ponge son front et lui demande de se taire. De manger. Il ne mange plus. Il boit la sueur de son front en pensant : c'est mon sang et c'est l'or du ciel qui tombe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il tourne la t&#234;te vers la vitre de la chambre. Dehors, le vent redouble qui pourrait arracher les arbres. Le ciel est si bleu qu'il semble venir de plus loin, d'Afrique peut-&#234;tre. Le Mistral frappe la vitre ; il murmure peut-&#234;tre : le vent veut entrer, qu'on le laisse entrer. Isabelle lui demande de se taire encore, et de manger, de prendre des forces. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'a aucune force, pas m&#234;me celle de dire non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 24 ao&#251;t il est l&#224;, et ce r&#234;ve dure. Septembre puis octobre sont pass&#233;s. La f&#234;te des morts est pass&#233;e aussi sur lui de tout son poids et l'a laiss&#233; plus mort que vivant, mais toujours d&#233;lirant, r&#234;vant mille vies qui l'appellent encore. Et toujours la soif. Et toujours le vent du Nord, et le bleu du ciel du Sud, et la lutte au-dessus de lui. Toujours les cris qui ne cessent de l'arracher &#224; la mort et de l'&#233;loigner de la vie. Novembre est tout entier l&#224; dans ses yeux qui d&#233;lirent une vie et une mort enlac&#233;es sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il ferme les yeux ; les r&#234;ves ne cessent pas. Le mal dans le cr&#226;ne s'est confondu avec le poids de son cr&#226;ne et la forme de ses r&#234;ves, il dit : &lt;i&gt;je n'ai plus mal.&lt;/i&gt; Le mal maintenant est partout. Il dit : &lt;i&gt;je ne sens plus ma jambe. L'autre jambe, la jambe que j'ai encore. Et je ne sens plus mon bras droit, ni mon bras gauche&lt;/i&gt;. Soudain il comprend : &lt;i&gt;Mon Dieu je ne peux plus bouger&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il hurle silencieusement les mots qu'il avait &#233;crit &#224; sa m&#232;re, il y a quelques semaines :&lt;i&gt;O&#249; sont les courses &#224; travers les monts, les cavalcades, les promenades, les d&#233;serts, les rivi&#232;res et les mers ?&lt;/i&gt; C'est d&#233;j&#224; une autre vie, si lointaine, comment s'en souvenir ? Il regarde le ciel pour chercher en lui le souvenir des marches et de la fatigue, celles qui entre Charleville et Paris, ou entre Rotterdam et Bruxelles, ou entre Londres et Douvres, &#224; Java, Aden ou dans les hauteurs d'Addis-Abeba le faisaient aller, jour et nuit. Il regarde le ciel et ne trouve que le vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jour et nuit maintenant il r&#234;ve qu'il marche, et r&#234;ver, cela veut dire qu'il est immobile dans ce lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de lui, la chambre de l'h&#244;pital de la Conception ressemble &#224; un bureau de fonctionnaire. Une petite table pour recevoir le courrier, une commode. C'est tout. Une fen&#234;tre minuscule o&#249; des fragments de ciels tournoient dans le vent. Un bureau avec un lit qui semble de trop, comme son corps, comme ses membres immobiles pos&#233;s sur son corps lourd de toute une vie qui cesse. Il voudrait porter la main &#224; sa jambe, la soulever et se mettre debout. Il oublie parfois que sa jambe, on lui a arrach&#233; comme l'ivoire aux &#233;l&#233;phants. Il oublie que son autre jambe ne le porte plus. Qu'il est immobile dans cette chambre minuscule o&#249; il va mourir. Il ne veut pas mourir. Il sait qu'il va mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regarde Isabelle qui lit la Bible &#224; c&#244;t&#233; de lui. Il r&#234;ve tellement de revoir Djami : alors il pense que c'est Djami &#224; c&#244;t&#233; de lui qui veille. Dans ces cris il dit &lt;i&gt;Djami !,&lt;/i&gt; et la figure qui lit &#224; c&#244;t&#233; de lui r&#233;pond &lt;i&gt;je suis l&#224; ;&lt;/i&gt; il r&#233;p&#232;te &lt;i&gt;Djami&lt;/i&gt;. Djami n'est pas l&#224;. Ce n'est qu'Isabelle et Isabelle lit la Bible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il regarde le visage d'Isabelle et ses mains, ses cheveux noirs et blancs, ses yeux bleus comme les siens. Comme ceux de leur p&#232;re peut-&#234;tre, comment le savoir ? Leur m&#232;re a les yeux noirs comme la terre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il regarde Isabelle, et de nouveau comme chaque jour depuis deux mois, il la supplie de rester avec lui. Elle dit &lt;i&gt;oui&lt;/i&gt;. Elle ajoute sans quitter des yeux le texte sacr&#233; : &lt;i&gt;Je reste, ne t'en fais pas, dors.&lt;/i&gt; Il ferme les yeux et ne dormira pas avant de mourir et cette pens&#233;e pourrait le faire pleurer. &lt;i&gt;Ne pleure pas&lt;/i&gt;, dit Isabelle. &lt;i&gt;Sois fort, tu iras mieux. &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se tait longuement, puis il dit avec tendresse et f&#233;rocit&#233; : &lt;i&gt;J'irai sous la terre et toi, tu marcheras dans le soleil. &lt;/i&gt; Les mots sont v&#233;ritables. Tendresse pour le soleil, et f&#233;rocit&#233; pour tout, la mort, la terre et le vent, lui et Isabelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois il pleure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pleure longtemps et soudain la nuit est l&#224;, celle du huit au neuf novembre. Isabelle n'est pas l&#224;, elle dort dans un h&#244;tel en ville. Il est seul dans la chambre de souffrance avec ses r&#234;ves. Il crie, il ne sait pas pourquoi il crie. La douleur est tellement forte. Chaque battement de son c&#339;ur r&#233;pand dans son corps le poison qui infecte ses membres. Bient&#244;t le c&#339;ur sera lui m&#234;me empoisonn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses r&#234;ves, il voit alors le visage de son p&#232;re dont il n'a aucun souvenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il crie encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne sait pas quoi. De ses l&#232;vres sortent tous les cris possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il crie pour le chasser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il insulte. Son p&#232;re et Dieu, et la terre et les femmes, et les hommes et tout ce qui respire, et les fleurs, et les chiens. Se souvient-il des paroles de la femme de Job dans le livre Sacr&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son cri quelque chose s'&#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y avait dans ces cris, ces jours pass&#233;s, se figent alors dans un long cri qui le d&#233;visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regarde autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fi&#232;vre semble cesser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cri qu'il vient de pousser, il y a la r&#233;ponse &#224; sa douleur. Et il y a la certitude de pouvoir la surmonter. Il y a la consolation et la rage d'&#234;tre sauv&#233;. Il y a l'insoumission des r&#234;ves, la force d'en &#234;tre ma&#238;tre et possesseur. Il y a surtout la beaut&#233; des d&#233;parts qu'on d&#233;cide comme d'une vie qui s'est tout entier log&#233; dans ce cri.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il sourit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Demain, il dictera une lettre, c'est d&#233;cid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit l&#224; il s'apaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ferme les yeux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour la premi&#232;re fois il va dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une longue nuit peupl&#233;e de r&#234;ves effrayants, mais une nuit simple et humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube, ce neuf novembre, il demande &#224; Isabelle d'&#233;crire cette lettre pour lui. Tu l'adresses au Directeur des Messageries Maritimes et tu &#233;cris. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il parle lentement mais avec une telle assurance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle prend une feuille de papier qu'elle pose sur sur ses genoux ; dans sa main droite, elle serre le long stylet noir, dans sa main gauche, l'encrier. Elle est &#224; la dict&#233;e. Il dit&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Un lot : une dent seule. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lot : deux dents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lot : trois dents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lot : quatre dents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lot : deux dents &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une bonne chose de faite. Les comptes sont &#233;tablis. L'ivoire r&#233;parti, &#233;quitablement. Peu importe &#224; qui. Son propre squelette peut-&#234;tre adress&#233; aux quatre vents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabelle est terrifi&#233;e. Mais elle &#233;crit. Si cela peut l'apaiser, un peu, et faire taire les cris et les larmes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une seule et longue respiration, il continue la lettre, en fermant les yeux. Isabelle note sans comprendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Monsieur&lt;/i&gt;, demande-t-il au Directeur, &lt;i&gt;je veux monter &#224; bord. Dites-moi le prix et le lieu et l'heure o&#249; il me faudra monter &#224; bord. Je ne trouve nullement ces informations qui me sont essentiels. Oui, moi, impotent, malheureux, je ne peux rien trouver, le premier chien dans la rue vous dira cela. Envoyez moi donc le prix des services d'Aphinar &#224; Suez.&lt;/i&gt; (Aphinar est-il le nom d'un bateau, d'un port ? C'est la derni&#232;re Atlantide de cette vie. Une cit&#233; lacustre enfouie dans l'ultime d&#233;lire.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il termine la lettre sur cette supplique : &lt;i&gt;Dites-moi &#224; quelle heure je dois &#234;tre transport&#233; &#224; bord.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabelle &#233;crit. Elle dit en elle-m&#234;me : &lt;i&gt;il d&#233;lire&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Je t'en prie, dors&lt;/i&gt;, lui dit-elle doucement en quittant la chambre, portant cette lettre dict&#233;e pour solde de tout compte qu'elle n'enverra jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lui se retourne vers la vitre et de nouveau il pleure. Ce ne sont pas les m&#234;mes larmes. Il sourit aussi. Il pense au premier chien dans la rue peut-&#234;tre. Il a de la compassion pour ce chien et de la col&#232;re. Mais peu importe. Maintenant, tout est pr&#234;t pour le voyage, le dernier voyage. Reste &#224; attendre d&#233;sormais qu'on me dise l'heure de me pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e passe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#234;ves effrayants ne cessent pas. Lui les regarde maintenant avec le sourire, sans cesser de pleurer cette fi&#232;vre qui le ravage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il attend seulement qu'on lui dise l'heure d'embarquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dix heures du matin, ce dix novembre, et le Mistral souffle davantage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le visage pos&#233; sur le c&#244;t&#233;, le corps immobile, il garde les yeux ouverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;ves cette fois ont cess&#233; en m&#234;me temps que le d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Nicolas Arthur Rimbaud a soudain 37 ans pour l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | La m&#233;sintelligence artificielle</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-la-mesintelligence-artificielle</link>
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		<dc:date>2025-08-08T08:25:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de &lt;i&gt;Rimbaud est vivant&lt;/i&gt; de Luc Loiseaux&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/vraidufauxrimbaud-64f6be47d7179882052107.jpg?1754641352' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Saisissantes de r&#233;alisme&lt;/i&gt;, dit la presse &#8212; peut-&#234;tre est-ce la d&#233;finition m&#234;me de la laideur apr&#232;s tout : quand la r&#233;alit&#233; nous saisit, deux mains serr&#233;es &#224; la gorge, et nous hurle d'avouer que, oui, c'est bien elle. Mais non, on tient bon, on pr&#233;f&#232;re garder le silence. D'ailleurs, comment parler quand on nous &#233;trangle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc ces images, &lt;i&gt;saisissantes de r&#233;alisme&lt;/i&gt;, l&#226;ch&#233;es sur un groupe Facebook en 2023 avant de se r&#233;pandre sur le web comme une train&#233;e de poudre, et &#171; d'affoler les r&#233;seaux sociaux &#187; &#8212; comme s'ils avaient besoin d'&#234;tre affol&#233;s davantage. J'apprends qu'en marine, le verbe &lt;i&gt;affoler&lt;/i&gt; est utile quand la foudre frappe le bateau et &lt;i&gt;affole&lt;/i&gt; la boussole. Des images, donc, plus r&#233;elles que la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me : leur laideur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprises, comment&#233;es, recadr&#233;es, pr&#233;sent&#233;es comme de nouvelles photos authentiques (&lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt;), et ainsi affubl&#233;es de &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/anneedelecture/posts/242858201784527?ref=embed_post&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#233;gende&lt;/a&gt; d&#233;finitives : &#171; Rarissime photo d'Arthur Rimbaud prise par Ernest Balthazar, photographe de rue, &#224; Paris le 1er novembre 1873 &#187;. Le pav&#233; qui luit pourrait &#234;tre celui de la rue Beauregard, c'est vrai ; la chemise, la redingote, les bottes de cuir, tout y est &#8212; jusqu'aux mains dans les poches. La r&#233;alit&#233; convoqu&#233;e tout enti&#232;re nous saisirait donc. On voudrait respirer un peu, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, &lt;a href=&#034;https://www.estrepublicain.fr/culture-loisirs/2023/06/19/d-ou-viennent-ces-photos-inedites-d-arthur-rimbaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la presse est all&#233;e tendre son micro&lt;/a&gt; vers les &lt;a href=&#034;https://x.com/PatriceFerus/status/1675478923537264640&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;savants&lt;/a&gt;, qui se perdent en &lt;a href=&#034;https://www.tf1info.fr/culture/video-tf1-cliche-inedit-d-arthur-rimbaud-quand-l-intelligence-artificielle-reinvente-le-passe-2268455.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;justifications&lt;/a&gt; : voyons, le grain est trop parfait pour une photo si ancienne, trop net pour un tel tirage &#8212; le ridicule s'ajoute au grotesque, l'embarras est complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, la supercherie cache (mal) son op&#233;ration commerciale : un auteur sur le point de faire para&#238;tre son &lt;a href=&#034;https://www.gallimard.fr/catalogue/rimbaud-est-vivant/9782073081759&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre&lt;/a&gt; a fait appel (comme on dit) &#224; &lt;i&gt;l'intelligence artificielle &lt;/i&gt; &#8211; d&#233;signation d'&#233;poque. Celle-ci a donc recrach&#233; cette r&#233;alit&#233;-l&#224;. Mais il suffisait de regarder les traits du visage pour s'apercevoir que, de visage, il n'y en avait pas ; ni de regard, rien qui t&#233;moigne d'une aventure terrestre et sa mal&#233;diction.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_visage.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_visage.jpg?1754642603' width='500' height='279' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'auteur &#8211; touchant de sinc&#233;rit&#233; &#8211; &lt;a href=&#034;https://actualitte.com/article/120315/interviews/rimbaud-version-ia-quoi-qu-on-en-dise-l-homme-pilote-toujours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;explique&lt;/a&gt; que ces images seraient n&#233;es d'une frustration : celle d'une iconographie fam&#233;lique (seules huit photos v&#233;ridiques, dont deux de l'adolescence), et du r&#234;ve d'&#171; &lt;i&gt;illustrer&lt;/i&gt; &#187; la vie du po&#232;te. Qu'il ait envisag&#233; costumes, d&#233;cors et &#233;clairages avant de se rabattre sur l'IA pour des raisons budg&#233;taires ne change rien au fond : l'entreprise rel&#232;ve moins d'une exploration esth&#233;tique que d'une exhumation imaginaire, comme si l'on pouvait combler le manque d'images par un fac-simil&#233; num&#233;rique. L'auteur assure qu'il avait pr&#233;venu de leur nature fabriqu&#233;e, mais le mal &#8212; ou le mythe &#8212; &#233;tait fait : l'emballement num&#233;rique avait d&#233;j&#224; r&#233;&#233;crit l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16320 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_avecverlaine.jpg?1754642555' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Luc Loiseaux a pu d&#233;fendre, bien s&#251;r, la &#171; somme de travail &#187; que lui ont demand&#233; (dans quelle langue ?) ces images : dizaines d'essais, retouches minutieuses, &#171; ingr&#233;dient secret &#187; pour fixer les visages. Ce perfectionnisme revendiqu&#233; pourrait s'honorer. Mais vouloir fabriquer un visage de Rimbaud, c'est rappeler qu'il n'en reste aucun, sinon m&#234;l&#233; quelque part &#224; la terre meuble du cimeti&#232;re de l'avenue Charles-Boutet &#224; Charleville-M&#233;zi&#232;res. Et qu'&#224; traquer la proie du regard, on oublie l'ombre que fait le corps lorsqu'il s'&#233;loigne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_banc_avril71.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_banc_avril71.jpg?1754642556' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rimbaud est vivant &#8211;&lt;/i&gt; c'est le titre de l'ouvrage de &lt;a href=&#034;https://actualitte.com/article/120315/interviews/rimbaud-version-ia-quoi-qu-on-en-dise-l-homme-pilote-toujours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'auteur&lt;/a&gt; du prompt augment&#233;e d'une biographie de son cru. Il y propose un &#171; double num&#233;rique &#187; du camarade, et recompose, &#224; l'aide (?) d'IA g&#233;n&#233;rative, des sc&#232;nes illustr&#233;es, suppos&#233;es r&#233;alistes, de la vie de Jean-Nicolas Arthur R., entre 70 et 75 &#224; partir des correspondances.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_vent.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_vent.jpg?1754642597' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Loiseaux insiste sur le fait que &#171; rien n'est invent&#233; &#187;, que tout est &#171; sourc&#233; &#187; &#224; partir de t&#233;moignages directs et de recherches &#224; la BNF. Dont acte. C'est pourtant l&#224; que se niche l'illusion : comme si le relev&#233; scrupuleux des d&#233;tails pouvait abolir la distance et ressusciter la chair. &#212;, cruelle obsession documentaire maquill&#233;e en hommage, et qui devient l'avatar de l'idol&#226;trie rimbaldienne : on ne lit plus les mots, on scrute la redingote.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16322 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_ecritavecverlaine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_ecritavecverlaine.jpg?1754642562' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rimb. n'&#233;chappera donc &#224; aucun des pi&#232;ges de la vie dite moderne, absolument. Et comme la modernit&#233; ne cesse de l'&#234;tre davantage, il devait bien &#234;tre condamn&#233; aussi &#224; cela : simulacre du simulacre, l'image g&#233;n&#233;r&#233;e produit alors le contraire de la r&#233;alit&#233; (mais cela a-t-il un nom ?) et sombre dans cet au-del&#224; du kitsch qui n'en poss&#232;de m&#234;me pas la puissance corrosive. L'hyper-photor&#233;alisme finit par devenir ce cauchemar visuel qui vient hanter les pages de nos magazines artificiellement intelligents.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16323 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_groupe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_groupe.jpg?1754642595' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#234;me cas ne se vit encore&lt;/i&gt; : on a touch&#233; au script.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_verlaine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/r_verlaine.jpg?1754642602' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quoi qu'on en dise, l'homme pilote toujours &#187;, affirme Loiseaux, pour se d&#233;fendre d'un usage na&#239;f de l'IA. Soit. Mais piloter vers o&#249; ? Vers quelle rive d&#233;coup&#233;e par quelles falaises verticalement dress&#233;es entre le monde et la soif du monde, entre le besoin d'incarnation et l'illustration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout est authentique, rien n'est une fiction &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/video-tout-est-authentique-il-n-y-a-aucune-fiction-quand-rimbaud-rencontre-l-intelligence-artificielle-7232793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette phrase-ci est vraie&lt;/a&gt;, prononc&#233;e de vive voix par l'auteur.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/kq9ejHeZuHE?si=9mbpWiyNgUnPDOix&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Que Rimbaud soit devenu une franchise touristique, on le savait &#8211; un produit calibr&#233; &#224; l'export imaginaire : &#233;videmment. Qu'il soit condamn&#233; &#224; &#233;pouser toutes les formes de ce &#171; &lt;a href=&#034;https://actualitte.com/article/120074/edition/quand-gallimard-convoque-l-ia-pour-faire-revivre-rimbaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;merchandising culturel&lt;/a&gt; &#187;, f&#233;tiche, pour qui le po&#232;me trouve pleinement son sens empaquet&#233; dans un coffret cadeau visuel &#224; destination des classes de lyc&#233;e, voil&#224; qui devait &#234;tre fatal. Mais qu'on en appelle &#224; la r&#233;alit&#233; pour en fabriquer une fausse et lui &#244;ter son &#233;nigme, alors il ne reste plus rien : ni regard ni image, seulement l'&#233;clat froid d'un code qui pr&#233;tend avoir vu ce que l'algorithme a cru voir. On serait donc r&#233;duit &#224; feuilleter les photomatons d'une &lt;i&gt;ic&#244;ne&lt;/i&gt;. Et Rimbaud, confin&#233; dans son cadre cadr&#233;, trouverait l&#224; son ultime devenir : celui d'un cadavre impeccablement retouch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/files_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/files_2.jpg?1754641298' width='500' height='632' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Gallimard / L. Loiseaux
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Arthur Rimbaud | Illuminations</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/article/arthur-rimbaud-illuminations</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/article/arthur-rimbaud-illuminations</guid>
		<dc:date>2024-11-21T13:30:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Jadis&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/" rel="directory"&gt;Rimbaud | une anthologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rimbaud_arthur_les-illuminations_1886_edition-originale_tirage-de-tete_12_64589.jpg?1732195491' class='spip_logo spip_logo_right' width='130' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Le recueil, tel que paru en 1886 en feuilleton des &#233;ditions de La Vogue, puis en plaquette peu apr&#232;s chez le m&#234;me &#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_13152 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/h-3000-rimbaud_arthur_les-illuminations_1886_edition-originale_tirage-de-tete_10_64589.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/h-3000-rimbaud_arthur_les-illuminations_1886_edition-originale_tirage-de-tete_10_64589.jpg?1732195791' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#apres&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Apr&#232;s le d&#233;luge&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#enfance&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Enfance&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#conte&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Conte&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#parade&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Parade&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#antique&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Antique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#being&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Being Beauteous&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#vies&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Vies&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#depart&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;D&#233;part&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#royaute&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Royaut&#233;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#auneraison&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&#192; une Raison&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#matinee&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Matin&#233;e d'ivresse&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#phrases&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Phrases&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#ouvriers&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Ouvriers&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#ponts&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Les Ponts&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#ville&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Ville&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#ornieres&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Orni&#232;res&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#villesI&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Villes (&lt;i&gt;Ce sont des villes&#8230;&lt;/i&gt;)&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#vagabonds&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Vagabonds&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#villesII&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Villes (&lt;i&gt;L'acropole officielle&#8230;&lt;/i&gt;)&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#veillees&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Veill&#233;es&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#mystique&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Mystique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#aube&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Aube&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#fleurs&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Fleurs&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#nocturne&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Nocturne vulgaire&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#marine&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Marine&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#fete&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;F&#234;te d'hiver&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#angoisse&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Angoisse&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#metropolitain&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;M&#233;tropolitain&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#barbare&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Barbare&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#promontoire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Promontoire&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#scenes&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sc&#232;nes&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#soir&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Soir historique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#mouvement&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Mouvement&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#metropolitain&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;M&#233;tropolitain&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#bottom&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Bottom&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#h&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;H&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#devotion&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;D&#233;votion&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#d&#233;mocratie&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;D&#233;mocratie&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#fairy&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Fairy&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#guerre&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Guerre&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#genie&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;G&#233;nie&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#jeunesse&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Jeunesse&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#solde&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Solde&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;apres&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s le D&#233;luge&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Aussit&#244;t apr&#232;s que l'id&#233;e du D&#233;luge se fut rassise,&lt;br class='autobr' /&gt; Un li&#232;vre s'arr&#234;ta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes et dit sa pri&#232;re &#224; l'arc-en-ciel &#224; travers la toile de l'araign&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Oh ! les pierres pr&#233;cieuses qui se cachaient, &#8212; les fleurs qui regardaient d&#233;j&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la grande rue sale les &#233;tals se dress&#232;rent, et l'on tira les barques vers la mer &#233;tag&#233;e l&#224;-haut comme sur les gravures.&lt;br class='autobr' /&gt; Le sang coula, chez Barbe-Bleue, &#8212; aux abattoirs, &#8212; dans les cirques, o&#249; le sceau de Dieu bl&#234;mit les fen&#234;tres. Le sang et le lait coul&#232;rent.&lt;br class='autobr' /&gt; Les castors b&#226;tirent. Les &#171; mazagrans &#187; fum&#232;rent dans les estaminets.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la grande maison de vitres encore ruisselante les enfants en deuil regard&#232;rent les merveilleuses images&lt;br class='autobr' /&gt; Une porte claqua, et sur la place du hameau, l'enfant tourna ses bras, compris des girouettes et des coqs des clochers de partout, sous l'&#233;clatante giboul&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Madame*** &#233;tablit un piano dans les Alpes. La messe et les premi&#232;res communions se c&#233;l&#233;br&#232;rent aux cent mille autels de la cath&#233;drale.&lt;br class='autobr' /&gt; Les caravanes partirent. Et le Splendide H&#244;tel fut b&#226;ti dans le chaos de glaces et de nuit du p&#244;le.&lt;br class='autobr' /&gt; Depuis lors, la Lune entendit les chacals piaulant par les d&#233;serts de thym, &#8212; et les &#233;glogues en sabots grognant dans le verger. Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c'&#233;tait le printemps.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Sourds, &#233;tang, &#8212; &#201;cume, roule sur le pont, et par-dessus les bois ; &#8212; draps noirs et orgues, &#8212; &#233;clairs et tonnerre, &#8212; montez et roulez ; &#8212; Eaux et tristesses, montez et relevez les D&#233;luges.&lt;br class='autobr' /&gt; Car depuis qu'ils se sont dissip&#233;s, &#8212; oh les pierres pr&#233;cieuses s'enfouissant, et les fleurs ouvertes ! &#8212; c'est un ennui ! et la Reine, la Sorci&#232;re qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu'elle sait, et que nous ignorons.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;enfance&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Enfance&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;I&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Cette idole, yeux noirs et crin jaune, sans parents ni cour, plus noble que la fable, mexicaine et flamande ; son domaine, azur et verdure insolents, court sur des plages nomm&#233;es, par des vagues sans vaisseaux, de noms f&#233;rocement grecs, slaves, celtiques.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; la lisi&#232;re de la for&#234;t &#8212; les fleurs de r&#234;ve tintent, &#233;clatent, &#233;clairent, &#8212; la fille &#224; l&#232;vre d'orange, les genoux crois&#233;s dans le clair d&#233;luge qui sourd des pr&#233;s, nudit&#233; qu'ombrent, traversent et habillent les arcs-en-ciel, la flore, la mer.&lt;br class='autobr' /&gt; Dames qui tournoient sur les terrasses voisines de la mer ; enfantes et g&#233;antes, superbes noires dans la mousse vert-de-gris, bijoux debout sur le sol gras des bosquets et des jardinets d&#233;gel&#233;s &#8212; jeunes m&#232;res et grandes s&#339;urs aux regards pleins de p&#232;lerinages, sultanes, princesses de d&#233;marche et de costume tyranniques petites &#233;trang&#232;res et personnes doucement malheureuses.&lt;br class='autobr' /&gt; Quel ennui, l'heure du &#034;cher corps&#034; et &#034;cher c&#339;ur&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;II&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; C'est elle, la petite morte, derri&#232;re les rosiers. &#8212; La jeune maman tr&#233;pass&#233;e descend le perron &#8212; La cal&#232;che du cousin crie sur le sable &#8212; Le petit fr&#232;re &#8212; (il est aux Indes !) l&#224;, devant le couchant, sur le pr&#233; d'&#339;illets. &#8212; Les vieux qu'on a enterr&#233;s tout droits dans le rempart aux girofl&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; L'essaim des feuilles d'or entoure la maison du g&#233;n&#233;ral. Ils sont dans le midi. &#8212; On suit la route rouge pour arriver &#224; l'auberge vide. Le ch&#226;teau est &#224; vendre ; les persiennes sont d&#233;tach&#233;es. &#8212; Le cur&#233; aura emport&#233; la clef de l'&#233;glise. &#8212; Autour du parc, les loges des gardes sont inhabit&#233;es. Les palissades sont si hautes qu'on ne voit que les cimes bruissantes. D'ailleurs il n'y a rien &#224; voir l&#224;-dedans.&lt;br class='autobr' /&gt; Les pr&#233;s remontent aux hameaux sans coqs, sans enclumes. L'&#233;cluse est lev&#233;e. &#212; les calvaires et les moulins du d&#233;sert, les &#238;les et les meules.&lt;br class='autobr' /&gt; Des fleurs magiques bourdonnaient. Les talus le ber&#231;aient. Des b&#234;tes d'une &#233;l&#233;gance fabuleuse circulaient. Les nu&#233;es s'amassaient sur la haute mer faite d'une &#233;ternit&#233; de chaudes larmes.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;III&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Au bois il y a un oiseau, son chant vous arr&#234;te et vous fait rougir.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une horloge qui ne sonne pas.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une fondri&#232;re avec un nid de b&#234;tes blanches.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une cath&#233;drale qui descend et un lac qui monte.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une petite voiture abandonn&#233;e dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une troupe de petits com&#233;diens en costumes, aper&#231;us sur la route &#224; travers la lisi&#232;re du bois.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;IV&lt;/center&gt; &lt;p&gt;Je suis le saint, en pri&#232;re sur la terrasse, &#8212; comme les b&#234;tes pacifiques paissent jusqu'&#224; la mer de Palestine.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent &#224; la crois&#233;e de la biblioth&#232;que.&lt;br class='autobr' /&gt; Je suis le pi&#233;ton de la grand-route par les bois nains ; la rumeur des &#233;cluses couvre mes pas. Je vois longtemps la m&#233;lancolique lessive d'or du couchant.&lt;br class='autobr' /&gt; Je serais bien l'enfant abandonn&#233; sur la jet&#233;e partie &#224; la haute mer, le petit valet, suivant l'all&#233;e dont le front touche le ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; Les sentiers sont &#226;pres. Les monticules se couvrent de gen&#234;ts. L'air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut &#234;tre que la fin du monde, en avan&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;V&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Qu'on me loue enfin ce tombeau, blanchi &#224; la chaux avec les lignes du ciment en relief &#8212; tr&#232;s loin sous terre.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'accoude &#224; la table, la lampe &#233;claire tr&#232;s vivement ces journaux que je suis idiot de relire, ces livres sans int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; une distance &#233;norme au-dessus de mon salon souterrain, les maisons s'implantent, les brumes s'assemblent. La boue est rouge ou noire. Ville monstrueuse, nuit sans fin !&lt;br class='autobr' /&gt; Moins haut, sont des &#233;gouts. Aux c&#244;t&#233;s, rien que l'&#233;paisseur du globe. Peut-&#234;tre des gouffres d'azur, des puits de feu. C'est peut-&#234;tre sur ces plans que se rencontrent lunes et com&#232;tes, mers et fables.&lt;br class='autobr' /&gt; Aux heures d'amertume je m'imagine des boules de saphir, de m&#233;tal. Je suis ma&#238;tre du silence. Pourquoi une apparence de soupirail bl&#234;mirait-elle au coin de la vo&#251;te ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;conte&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Conte&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Un Prince &#233;tait vex&#233; de ne s'&#234;tre employ&#233; jamais qu'&#224; la perfection des g&#233;n&#233;rosit&#233;s vulgaires. Il pr&#233;voyait d'&#233;tonnantes r&#233;volutions de l'amour, et soup&#231;onnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agr&#233;ment&#233;e de ciel et de luxe. Il voulait voir la v&#233;rit&#233;, l'heure du d&#233;sir et de la satisfaction essentiels. Que ce f&#251;t ou non une aberration de pi&#233;t&#233;, il voulut. Il poss&#233;dait au moins un assez large pouvoir humain.&lt;br class='autobr' /&gt; Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassin&#233;es. Quel saccage du jardin de la beaut&#233; ! Sous le sabre, elles le b&#233;nirent. Il n'en commanda point de nouvelles. &#8212; Les femmes r&#233;apparurent.&lt;br class='autobr' /&gt; Il tua tous ceux qui le suivaient, apr&#232;s la chasse ou les libations. &#8212; Tous le suivaient.&lt;br class='autobr' /&gt; Il s'amusa &#224; &#233;gorger les b&#234;tes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pi&#232;ces. &#8212; La foule, les toits d'or, les belles b&#234;tes existaient encore.&lt;br class='autobr' /&gt; Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruaut&#233; ! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.&lt;br class='autobr' /&gt; Un soir il galopait fi&#232;rement. Un G&#233;nie apparut, d'une beaut&#233; ineffable, inavouable m&#234;me. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe ! d'un bonheur indicible, insupportable m&#234;me ! Le Prince et le G&#233;nie s'an&#233;antirent probablement dans la sant&#233; essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir ? Ensemble donc ils moururent.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais ce Prince d&#233;c&#233;da, dans son palais, &#224; un &#226;ge ordinaire. Le prince &#233;tait le G&#233;nie. Le G&#233;nie &#233;tait le Prince.&lt;br class='autobr' /&gt; La musique savante manque &#224; notre d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;parade&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Parade&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Des dr&#244;les tr&#232;s solides. Plusieurs ont exploit&#233; vos mondes. Sans besoins, et peu press&#233;s de mettre en &#339;uvre leurs brillantes facult&#233;s et leur exp&#233;rience de vos consciences. Quels hommes m&#251;rs ! Des yeux h&#233;b&#233;t&#233;s &#224; la fa&#231;on de la nuit d'&#233;t&#233;, rouges et noirs, tricolores, d'acier piqu&#233; d'&#233;toiles d'or ; des faci&#232;s d&#233;form&#233;s, plomb&#233;s, bl&#234;mis, incendi&#233;s ; des enrouements fol&#226;tres ! La d&#233;marche cruelle des oripeaux ! &#8212; Il y a quelques jeunes, &#8212; comment regarderaient-ils Ch&#233;rubin ? &#8212; pourvus de voix effrayantes et de quelques ressources dangereuses. On les envoie prendre du dos en ville, affubl&#233;s d'un luxe d&#233;go&#251;tant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; le plus violent Paradis de la grimace enrag&#233;e ! Pas de comparaison avec vos Fakirs et les autres bouffonneries sc&#233;niques. Dans des costumes improvis&#233;s avec le go&#251;t du mauvais r&#234;ve ils jouent des complaintes, des trag&#233;dies de malandrins et de demi-dieux spirituels comme l'histoire ou les religions ne l'ont jamais &#233;t&#233;. Chinois, Hottentots, boh&#233;miens, niais, hy&#232;nes, Molochs, vieilles d&#233;mences, d&#233;mons sinistres, ils m&#234;lent les tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils interpr&#233;teraient des pi&#232;ces nouvelles et des chansons &#171; bonnes filles &#187;. Ma&#238;tres jongleurs, ils transforment le lieu et les personnes, et usent de la com&#233;die magn&#233;tique. Les yeux flambent, le sang chante, les os s'&#233;largissent, les larmes et des filets rouges ruissellent. Leur raillerie ou leur terreur dure une minute, ou des mois entiers.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai seul la clef de cette parade sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;antique&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Antique&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Gracieux fils de Pan ! Autour de ton front couronn&#233; de fleurettes et de baies tes yeux, des boules pr&#233;cieuses, remuent. Tach&#233;es de lies brunes, tes joues se creusent. Tes crocs luisent. Ta poitrine ressemble &#224; une cithare, des tintements circulent dans tes bras blonds. Ton coeur bat dans ce ventre o&#249; dort le double sexe. Prom&#232;ne-toi, la nuit, en mouvant doucement cette cuisse, cette seconde cuisse et cette jambe de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;being&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Being Beauteous&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Devant une neige un &#202;tre de Beaut&#233; de haute taille. Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s'&#233;largir et trembler comme un spectre ce corps ador&#233; ; des blessures &#233;carlates et noires &#233;clatent dans les chairs superbes. Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se d&#233;gagent autour de la Vision, sur le chantier. Et les frissons s'&#233;l&#232;vent et grondent et la saveur forcen&#233;e de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin derri&#232;re nous, lance sur notre m&#232;re de beaut&#233;, &#8212; elle recule, elle se dresse. Oh ! nos os sont rev&#234;tus d'un nouveau corps amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x.&lt;/center&gt; &lt;p&gt;&#212; la face cendr&#233;e, l'&#233;cusson de crin, les bras de cristal ! le canon sur lequel je dois m'abattre &#224; travers la m&#234;l&#233;e des arbres et de l'air l&#233;ger !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;vies&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Vies&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;I&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &#212; les &#233;normes avenues du pays saint, les terrasses du temple ! Qu'a-t-on fait du brahmane qui m'expliqua les Proverbes ? D'alors, de l&#224;-bas, je vois encore m&#234;me les vieilles ! Je me souviens des heures d'argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon &#233;paule, et de nos caresses debout dans les plaines poivr&#233;es. &#8212; Un envol de pigeons &#233;carlates tonne autour de ma pens&#233;e. &#8212; Exil&#233; ici, j'ai eu une sc&#232;ne o&#249; jouer les chefs-d'&#339;uvre dramatiques de toutes les litt&#233;ratures. Je vous indiquerais les richesses inou&#239;es. J'observe l'histoire des tr&#233;sors que vous trouv&#226;tes. Je vois la suite ! Ma sagesse est aussi d&#233;daign&#233;e que le chaos. Qu'est mon n&#233;ant, aupr&#232;s de la stupeur qui vous attend ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;II&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Je suis un inventeur bien autrement m&#233;ritant que tous ceux qui m'ont pr&#233;c&#233;d&#233; ; un musicien m&#234;me, qui ai trouv&#233; quelque chose comme la clef de l'amour. &#192; pr&#233;sent, gentilhomme d'une campagne aigre au ciel sobre, j'essaye de m'&#233;mouvoir au souvenir de l'enfance mendiante, de l'apprentissage ou de l'arriv&#233;e en sabots, des pol&#233;miques, des cinq ou six veuvages, et quelques noces o&#249; ma forte t&#234;te m'emp&#234;cha de monter au diapason des camarades. Je ne regrette pas ma vieille part de ga&#238;t&#233; divine : l'air sobre de cette aigre campagne alimente fort activement mon atroce scepticisme. Mais comme ce scepticisme ne peut d&#233;sormais &#234;tre mis en &#339;uvre, et que d'ailleurs je suis d&#233;vou&#233; &#224; un trouble nouveau, &#8212; j'attends de devenir un tr&#232;s m&#233;chant fou.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;III&lt;/center&gt; &lt;p&gt;Dans un grenier o&#249; je fus enferm&#233; &#224; douze ans j'ai connu le monde, j'ai illustr&#233; la com&#233;die humaine. Dans un cellier j'ai appris l'histoire. &#192; quelque f&#234;te de nuit dans une cit&#233; du Nord j'ai rencontr&#233; toutes les femmes des anciens peintres. Dans un vieux passage &#224; Paris on m'a enseign&#233; les sciences classiques. Dans une magnifique demeure cern&#233;e par l'Orient entier j'ai accompli mon immense &#339;uvre et pass&#233; mon illustre retraite. J'ai brass&#233; mon sang. Mon devoir m'est remis. Il ne faut m&#234;me plus songer &#224; cela. Je suis r&#233;ellement d'outre-tombe, et pas de commissions.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;depart&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;D&#233;part&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Assez vu. La vision s'est rencontr&#233;e &#224; tous les airs.&lt;br class='autobr' /&gt; Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.&lt;br class='autobr' /&gt; Assez connu. Les arr&#234;ts de la vie. &#8212; &#212; Rumeurs et Visions !&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;part dans l'affection et le bruit neufs !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;royaute&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;Royaut&#233;&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Un beau matin, chez un peuple fort doux, un homme et une femme superbes criaient sur la place publique. &#171; Mes amis, je veux qu'elle soit reine ! &#187; &#171; Je veux &#234;tre reine ! &#187; Elle riait et tremblait. Il parlait aux amis de r&#233;v&#233;lation, d'&#233;preuve termin&#233;e. Ils se p&#226;maient l'un contre l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt; En effet ils furent rois toute une matin&#233;e o&#249; les tentures carmin&#233;es se relev&#232;rent sur les maisons, et toute l'apr&#232;s-midi, o&#249; ils s'avanc&#232;rent du c&#244;t&#233; des jardins de palmes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;auneraison&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;&#192; une Raison&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Un coup de ton doigt sur le tambour d&#233;charge tous les sons et commence la nouvelle harmonie.&lt;br class='autobr' /&gt; Un pas de toi c'est la lev&#233;e des nouveaux hommes et leur en-marche.&lt;br class='autobr' /&gt; Ta t&#234;te se d&#233;tourne : le nouvel amour !&lt;br class='autobr' /&gt; Ta t&#234;te se retourne, &#8212; le nouvel amour !&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Change nos lots, crible les fl&#233;aux, &#224; commencer par le temps &#187;, te chantent ces enfants. &#171; &#201;l&#232;ve n'importe o&#249; la substance de nos fortunes et de nos v&#339;ux &#187; on t'en prie.&lt;br class='autobr' /&gt; Arriv&#233;e de toujours, qui t'en iras partout.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;matinee&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;Matin&#233;e d'ivresse&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#212; mon Bien ! &#244; mon Beau ! Fanfare atroce o&#249; je ne tr&#233;buche point ! chevalet f&#233;erique ! Hourra pour l'&#339;uvre inou&#239;e et pour le corps merveilleux, pour la premi&#232;re fois ! Cela commen&#231;a sous les rires des enfants, cela finira par eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines m&#234;me quand, la fanfare tournant, nous serons rendu &#224; l'ancienne inharmonie. &#212; maintenant, nous si digne1 de ces tortures ! rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite &#224; notre corps et &#224; notre &#226;me cr&#233;&#233;s : cette promesse, cette d&#233;mence ! L'&#233;l&#233;gance, la science, la violence ! On nous a promis d'enterrer dans l'ombre l'arbre du bien et du mal, de d&#233;porter les honn&#234;tet&#233;s tyranniques, afin que nous amenions notre tr&#232;s pur amour. Cela commen&#231;a par quelques d&#233;go&#251;ts et cela finit, &#8212; ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette &#233;ternit&#233;, &#8212; cela finit par une d&#233;bandade de parfums.&lt;br class='autobr' /&gt; Rire des enfants, discr&#233;tion des esclaves, aust&#233;rit&#233; des vierges, horreur des figures et des objets d'ici, sacr&#233;s soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commen&#231;ait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.&lt;br class='autobr' /&gt; Petite veille d'ivresse, sainte ! quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifi&#233;. Nous t'affirmons, m&#233;thode ! Nous n'oublions pas que tu as glorifi&#233; hier chacun de nos &#226;ges. Nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout enti&#232;re tous les jours.&lt;br class='autobr' /&gt; Voici le temps des Assassins.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;phrases&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;center&gt;Phrases&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Quand le monde sera r&#233;duit en un seul bois noir pour nos quatre yeux &#233;tonn&#233;s, &#8212; en une plage pour deux enfants fid&#232;les, &#8212; en une maison musicale pour notre claire sympathie, &#8212; je vous trouverai.&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'il n'y ait ici-bas qu'un vieillard seul, calme et beau, entour&#233; d'un &#171; luxe inou&#239; &#187;, &#8212; et je suis &#224; vos genoux.&lt;br class='autobr' /&gt; Que j'aie r&#233;alis&#233; tous vos souvenirs, &#8212; que je sois celle qui sait vous garrotter, &#8212; je vous &#233;toufferai.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Quand nous somme tr&#232;s forts, &#8212; qui recule ? tr&#232;s gais, qui tombe de ridicule ? Quand nous sommes tr&#232;s m&#233;chants, que ferait-on de nous ?&lt;br class='autobr' /&gt; Parez-vous, dansez, riez, &#8212; je ne pourrai jamais envoyer l'Amour par la fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt; &lt;/center&gt;
&lt;p&gt; &#8212; Ma camarade, mendiante, enfant monstre ! comme &#231;a t'est &#233;gal, ces malheureuses et ces man&#339;uvres, et mes embarras. Attache-toi &#224; nous avec ta voix impossible, ta voix ! unique flatteur de ce vil d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une matin&#233;e couverte, en Juillet. Un go&#251;t de cendres vole dans l'air ; &#8212; une odeur de bois suant dans l'&#226;tre, &#8212; les fleurs rouies &#8212; le saccage des promenades &#8212; la bruine des canaux par les champs &#8212; pourquoi pas d&#233;j&#224; les joujoux et l'encens ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; J'ai tendu des cordes de clocher &#224; clocher ; des guirlandes de fen&#234;tre &#224; fen&#234;tre ; des cha&#238;nes d'or d'&#233;toile &#224; &#233;toile, et je danse.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt; &lt;p&gt;Le haut &#233;tang fume continuellement. Quelle sorci&#232;re va se dresser sur le couchant blanc ? Quelles violettes frondaisons vont descendre ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt; &lt;p&gt;Pendant que les fonds publics s'&#233;coulent en f&#234;tes de fraternit&#233;, il sonne une cloche de feu rose dans les nuages.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Avivant un agr&#233;able go&#251;t d'encre de Chine une poudre noire pleut doucement sur ma veill&#233;e. &#8212; Je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et tourn&#233; du c&#244;t&#233; de l'ombre je vous vois, mes filles ! mes reines !&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;x x x&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ouvriers&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Ouvriers&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#212; cette chaude matin&#233;e de f&#233;vrier. Le Sud inopportun vint relever nos souvenirs d'indigents absurdes, notre jeune mis&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Henrika avait une jupe de coton &#224; carreau blanc et brun, qui a d&#251; &#234;tre port&#233;e au si&#232;cle dernier, un bonnet &#224; rubans, et un foulard de soie. C'&#233;tait bien plus triste qu'un deuil. Nous faisions un tour dans la banlieue. Le temps &#233;tait couvert, et ce vent du Sud excitait toutes les vilaines odeurs des jardins ravag&#233;s et des pr&#233;s dess&#233;ch&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Cela ne devait pas fatiguer ma femme au m&#234;me point que moi. Dans une flache laiss&#233;e par l'inondation du mois pr&#233;c&#233;dent &#224; un sentier assez haut elle me fit remarquer de tr&#232;s petits poissons.&lt;br class='autobr' /&gt; La ville, avec sa fum&#233;e et ses bruits de m&#233;tiers, nous suivait tr&#232;s loin dans les chemins. &#212; l'autre monde, l'habitation b&#233;nie par le ciel et les ombrages ! Le sud me rappelait les mis&#233;rables incidents de mon enfance, mes d&#233;sespoirs d'&#233;t&#233;, l'horrible quantit&#233; de force et de science que le sort a toujours &#233;loign&#233;e de moi. Non ! nous ne passerons pas l'&#233;t&#233; dans cet avare pays o&#249; nous ne serons jamais que des orphelins fianc&#233;s. Je veux que ce bras durci ne tra&#238;ne plus une ch&#232;re image.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ponts&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Les Ponts&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-l&#224; bomb&#233;s, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits &#233;clair&#233;s du canal, mais tous tellement longs et l&#233;gers que les rives charg&#233;es de d&#244;mes s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore charg&#233;s de masures. D'autres soutiennent des m&#226;ts, des signaux, de fr&#234;les parapets. Des accords mineurs se croisent, et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-&#234;tre d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics ? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. &#8212; Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, an&#233;antit cette com&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ville&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Ville&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Je suis un &#233;ph&#233;m&#232;re et point trop m&#233;content citoyen d'une m&#233;tropole crue moderne parce que tout go&#251;t connu a &#233;t&#233; &#233;lud&#233; dans les ameublements et l'ext&#233;rieur des maisons aussi bien que dans le plan de la ville. Ici vous ne signaleriez les traces d'aucun monument de superstition. La morale et la langue sont r&#233;duites &#224; leur plus simple expression, enfin ! Ces millions de gens qui n'ont pas besoin de se conna&#238;tre am&#232;nent si pareillement l'&#233;ducation, le m&#233;tier et la vieillesse, que ce cours de vie doit &#234;tre plusieurs fois moins long que ce qu'une statistique folle trouve pour les peuples du continent. Aussi comme, de ma fen&#234;tre, je vois des spectres nouveaux roulant &#224; travers l'&#233;paisse et &#233;ternelle fum&#233;e de charbon, &#8212; notre ombre des bois, notre nuit d'&#233;t&#233; ! &#8212; des &#201;rinyes nouvelles, devant mon cottage qui est ma patrie et tout mon c&#339;ur puisque tout ici ressemble &#224; ceci, &#8212; la Mort sans pleurs, notre active fille et servante, et1 un Amour d&#233;sesp&#233;r&#233;, et un joli Crime piaulant dans la boue de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;ornieres&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Orni&#232;res&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#192; droite l'aube d'&#233;t&#233; &#233;veille les feuilles et les vapeurs et les bruits de ce coin du parc, et les talus de gauche tiennent dans leur ombre violette les mille rapides orni&#232;res de la route humide. D&#233;fil&#233; de f&#233;eries. En effet : des chars charg&#233;s d'animaux de bois dor&#233;, de m&#226;ts et de toiles bariol&#233;es, au grand galop de vingt chevaux de cirque tachet&#233;s, et les enfants et les hommes sur leurs b&#234;tes les plus &#233;tonnantes ; &#8212; vingt v&#233;hicules, boss&#233;s, pavois&#233;s et fleuris comme des carrosses anciens ou de contes, pleins d'enfants attif&#233;s pour une pastorale suburbaine ; &#8212; M&#234;me des cercueils sous leur dais de nuit dressant les panaches d'&#233;b&#232;ne, filant au trot des grandes juments bleues et noires.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;villes&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Villes&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ce sont des villes ! C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent m&#233;lodieusement dans les feux. Des f&#234;tes amoureuses sonnent sur les canaux pendus derri&#232;re les chalets. La chasse des carillons crie dans les gorges. Des corporations de chanteurs g&#233;ants accourent dans des v&#234;tements et des oriflammes &#233;clatants comme la lumi&#232;re des cimes. Sur les plateformes1 au milieu des gouffres les Rolands sonnent leur bravoure. Sur les passerelles de l'ab&#238;me et les toits des auberges l'ardeur du ciel pavoise les m&#226;ts. L'&#233;croulement des apoth&#233;oses rejoint les champs des hauteurs o&#249; les centauresses s&#233;raphiques &#233;voluent parmi les avalanches. Au-dessus du niveau des plus hautes cr&#234;tes une mer troubl&#233;e par la naissance &#233;ternelle de V&#233;nus, charg&#233;e de flottes orph&#233;oniques et de la rumeur des perles et des conques pr&#233;cieuses, &#8212; la mer s'assombrit parfois avec des &#233;clats mortels. Sur les versants des moissons de fleurs grandes comme nos armes et nos coupes, mugissent. Des cort&#232;ges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. L&#224;-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs t&#234;tent Diane. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune br&#251;le et hurle. V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites. Des groupes de beffrois chantent les id&#233;es des peuples. Des ch&#226;teaux b&#226;tis en os sort la musique inconnue. Toutes les l&#233;gendes &#233;voluent et les &#233;lans se ruent dans les bourgs. Le paradis des orages s'effondre. Les sauvages dansent sans cesse la f&#234;te de la nuit. Et une heure je suis descendu dans le mouvement d'un boulevard de Bagdad o&#249; des compagnies ont chant&#233; la joie du travail nouveau, sous une brise &#233;paisse, circulant sans pouvoir &#233;luder les fabuleux fant&#244;mes des monts o&#249; l'on a d&#251; se retrouver.&lt;br class='autobr' /&gt; Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;vagabonds&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Vagabonds&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Pitoyable fr&#232;re ! Que d'atroces veill&#233;es je lui dus ! &#171; Je ne me saisissais pas fervemment de cette entreprise. Je m'&#233;tais jou&#233; de son infirmit&#233;. Par ma faute nous retournerions en exil, en esclavage. &#187; Il me supposait un guignon et une innocence tr&#232;s bizarres, et il ajoutait des raisons inqui&#233;tantes.&lt;br class='autobr' /&gt; Je r&#233;pondais en ricanant &#224; ce satanique docteur, et finissais par gagner la fen&#234;tre. Je cr&#233;ais, par-del&#224; la campagne travers&#233;e par des bandes de musique rare, les fant&#244;mes du futur luxe nocturne.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s cette distraction vaguement hygi&#233;nique, je m'&#233;tendais sur une paillasse. Et, presque chaque nuit, aussit&#244;t endormi, le pauvre fr&#232;re se levait, la bouche pourrie, les yeux arrach&#233;s, &#8212; tel qu'il se r&#234;vait ! &#8212; et me tirait dans la salle en hurlant son songe de chagrin idiot.&lt;br class='autobr' /&gt; J'avais en effet, en toute sinc&#233;rit&#233; d'esprit, pris l'engagement de le rendre &#224; son &#233;tat primitif de fils du Soleil, &#8212; et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi press&#233; de trouver le lieu et la formule.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;villes&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Villes&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'acropole officielle outre les conceptions de la barbarie moderne les plus colossales. Impossible d'exprimer le jour mat produit par le ciel immuablement gris, l'&#233;clat imp&#233;rial des b&#226;tisses, et la neige &#233;ternelle du sol. On a reproduit dans un go&#251;t d'&#233;normit&#233; singulier toutes les merveilles classiques de l'architecture. J'assiste &#224; des expositions de peinture dans des locaux vingt fois plus vastes qu'Hampton-Court. Quelle peinture ! Un Nabuchodonosor norw&#233;gien a fait construire les escaliers des minist&#232;res ; les subalternes que j'ai pu voir sont d&#233;j&#224; plus fiers que des Brahmas1 et j'ai trembl&#233; &#224; l'aspect de colosses des gardiens et officiers de constructions2. Par le groupement des b&#226;timents en squares, cours et terrasses ferm&#233;es, on a &#233;vinc&#233; les cochers. Les parcs repr&#233;sentent la nature primitive travaill&#233;e par un art superbe. Le haut quartier a des parties inexplicables : un bras de mer, sans bateaux, roule sa nappe de gr&#233;sil bleu entre des quais charg&#233;s de cand&#233;labres g&#233;ants. Un pont court conduit &#224; une poterne imm&#233;diatement sous le d&#244;me de la Sainte-Chapelle. Ce d&#244;me est une armature d'acier artistique de quinze mille pieds de diam&#232;tre environ.&lt;br class='autobr' /&gt; Sur quelques points des passerelles de cuivre, des plates-formes, des escaliers qui contournent les halles et les piliers, j'ai cru pouvoir juger la profondeur de la ville ! C'est le prodige dont je n'ai pu me rendre compte : quels sont les niveaux des autres quartiers sur ou sous l'acropole ? Pour l'&#233;tranger de notre temps la reconnaissance est impossible. Le quartier commer&#231;ant est un circus d'un seul style, avec galeries &#224; arcades. On ne voit pas de boutiques. Mais la neige de la chauss&#233;e est &#233;cras&#233;e ; quelques nababs aussi rares que les promeneurs d'un matin de dimanche &#224; Londres, se dirigent vers une diligence de diamants. Quelques divans de velours rouge : on sert des boissons polaires dont le prix varie de huit cents &#224; huit mille roupies. A l'id&#233;e de chercher des th&#233;&#226;tres sur ce circus, je me r&#233;ponds que les boutiques doivent contenir des drames assez sombres. Je pense qu'il y a une police, mais la loi doit &#234;tre tellement &#233;trange, que je renonce &#224; me faire une id&#233;e des aventuriers d'ici.&lt;br class='autobr' /&gt; Le faubourg aussi &#233;l&#233;gant qu'une belle rue de Paris est favoris&#233; d'un air de lumi&#232;re. L'&#233;l&#233;ment d&#233;mocratique compte quelques cents3 &#226;mes. L&#224; encore les maisons ne se suivent pas ; le faubourg se perd bizarrement dans la campagne, le &#171; Comt&#233; &#187; qui remplit l'occident &#233;ternel des for&#234;ts et des plantations prodigieuses o&#249; les gentilshommes sauvages chassent leurs chroniques sous la lumi&#232;re qu'on a cr&#233;&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;veillees&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Veill&#233;es&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;I&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; C'est le repos &#233;clair&#233;, ni fi&#232;vre ni langueur, sur le lit ou sur le pr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est l'ami ni ardent ni faible. L'ami.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est l'aim&#233;e ni tourmentante ni tourment&#233;e. L'aim&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; L'air et le monde point cherch&#233;s. La vie.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Etait-ce donc ceci ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et le r&#234;ve fra&#238;chit.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;II&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;clairage revient &#224; l'arbre de b&#226;tisse. Des deux extr&#233;mit&#233;s de la salle, d&#233;cors quelconques, des &#233;l&#233;vations harmoniques se joignent. La muraille en face du veilleur est une succession psychologique de coupes de frises, de bandes atmosph&#233;riques et d'accidences g&#233;ologiques. &#8212; R&#234;ve intense et rapide de groupes sentimentaux avec des &#234;tres de tous les caract&#232;res parmi toutes les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;III&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Les lampes et les tapis de la veill&#233;e font le bruit des vagues, la nuit, le long de la coque et autour du steerage.&lt;br class='autobr' /&gt; La mer de la veill&#233;e, telle que les seins d'Am&#233;lie.&lt;br class='autobr' /&gt; Les tapisseries, jusqu'&#224; mi-hauteur, des taillis de dentelle, teinte d'&#233;meraude, o&#249; se jettent les tourterelles de la veill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.....................................................................................................................&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La plaque du foyer noir, de r&#233;els soleils des gr&#232;ves : ah ! puits des magies ; seule vue d'aurore, cette fois.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;mystique&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Mystique&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Sur la pente du talus les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d'acier et d'&#233;meraude.&lt;br class='autobr' /&gt; Des pr&#233;s de flammes bondissent jusqu'au sommet du mamelon. &#192; gauche le terreau de l'ar&#234;te est pi&#233;tin&#233; par tous les homicides et toutes les batailles, et tous les bruits d&#233;sastreux filent leur courbe. Derri&#232;re l'ar&#234;te de droite la ligne des orients, des progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Et tandis que la bande en haut du tableau est form&#233;e de la rumeur tournante et bondissante des conques des mers et des nuits humaines,&lt;br class='autobr' /&gt; La douceur fleurie des &#233;toiles et du ciel et du reste descend en face du talus comme un panier, &#8212; contre notre face, et fait l'ab&#238;me fleurant et bleu l&#224;-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;aube&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Aube&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; J'ai embrass&#233; l'aube d'&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau &#233;tait morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai march&#233;, r&#233;veillant les haleines vives et ti&#232;des, et les pierreries regard&#232;rent, et les ailes se lev&#232;rent sans bruit.&lt;br class='autobr' /&gt; La premi&#232;re entreprise fut, dans le sentier d&#233;j&#224; empli de frais et bl&#234;mes &#233;clats, une fleur qui me dit son nom.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ris au wasserfall blond qui s'&#233;chevela &#224; travers les sapins : &#224; la cime argent&#233;e je reconnus la d&#233;esse.&lt;br class='autobr' /&gt; Alors je levai un &#224; un les voiles. Dans l'all&#233;e, en agitant les bras. Par la plaine, o&#249; je l'ai d&#233;nonc&#233;e au coq. &#192; la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les d&#244;mes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.&lt;br class='autobr' /&gt; En haut de la route, pr&#232;s d'un bois de lauriers, je l'ai entour&#233;e avec ses voiles amass&#233;s, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tomb&#232;rent au bas du bois.&lt;br class='autobr' /&gt; Au r&#233;veil il &#233;tait midi.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;fleurs&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Fleurs&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; D'un gradin d'or, &#8212; parmi les cordons de soie, les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil, &#8212; je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures.&lt;br class='autobr' /&gt; Des pi&#232;ces d'or jaune sem&#233;es sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un d&#244;me d'&#233;meraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau.&lt;br class='autobr' /&gt; Tels qu'un dieu aux &#233;normes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;nocturne&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Nocturne vulgaire&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Un souffle ouvre des br&#232;ches op&#233;radiques dans les cloisons, &#8212; brouille le pivotement des toits rong&#233;s, &#8212; disperse1 les limites des foyers, &#8212; &#233;clipse les crois&#233;es. &#8212; Le long de la vigne, m'&#233;tant appuy&#233; du pied &#224; une gargouille, &#8212; Je suis descendu dans ce carrosse dont l'&#233;poque est assez indiqu&#233;e par les glaces convexes, les panneaux bomb&#233;s et les sophas contourn&#233;s &#8212; Corbillard de mon sommeil, isol&#233;, maison de berger de ma niaiserie, le v&#233;hicule vire sur le gazon de la grande route effac&#233;e ; et dans un d&#233;faut en haut de la glace de droite tournoient les bl&#234;mes figures lunaires, feuilles, seins ;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Un vert et un bleu tr&#232;s fonc&#233;s envahissent l'image. D&#233;telage aux environs d'une tache de gravier. &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ici, va-t-on siffler pour l'orage, et les Sodomes, &#8212; et les Solymes, &#8212; et les b&#234;tes f&#233;roces et les arm&#233;es, &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; (Postillon et b&#234;tes de songe reprendront-ils sous les plus suffocantes futaies, pour m'enfoncer jusqu'aux yeux dans la source de soie).&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et nous envoyer, fouett&#233;s &#224; travers les eaux clapotantes et les boissons r&#233;pandues, rouler sur l'aboi des dogues...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Un souffle disperse les limites du foyer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;marine&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Marine&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Les chars d'argent et de cuivre &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les proues d'acier et d'argent &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Battent l'&#233;cume, &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Soul&#232;vent les souches des ronces. &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Les courants de la lande,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les orni&#232;res immenses du reflux,&lt;br class='autobr' /&gt;
Filent circulairement vers l'est,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers les piliers de la for&#234;t, &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers les f&#251;ts de la jet&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dont l'angle est heurt&#233; par des tourbillons de lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;fete&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;F&#234;te d'hiver&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La cascade sonne derri&#232;re les huttes d'op&#233;ra-comique. Des girandoles prolongent, dans les vergers et les all&#233;es voisins du M&#233;andre, &#8212; les verts et les rouges du couchant. Nymphes d'Horace coiff&#233;es au Premier Empire, &#8212; Rondes Sib&#233;riennes, Chinoises de Boucher.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;angoisse&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Angoisse&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Se peut-il qu'Elle me fasse pardonner les ambitions continuellement &#233;cras&#233;es, &#8212; qu'une fin ais&#233;e r&#233;pare les &#226;ges d'indigence, &#8212; qu'un jour de succ&#232;s nous endorme sur la honte de notre inhabilet&#233; fatale.&lt;br class='autobr' /&gt; ( &#212; palmes ! diamant ! &#8212; Amour, force ! &#8212; plus haut que toutes joies et gloires ! &#8212; de toutes fa&#231;ons, partout, &#8212; D&#233;mon, dieu, &#8212; Jeunesse de cet &#234;tre-ci, moi ! )&lt;br class='autobr' /&gt; Que des accidents de f&#233;erie scientifique et des mouvements de fraternit&#233; sociale soient ch&#233;ris comme restitution progressive de la franchise premi&#232;re ?...&lt;br class='autobr' /&gt; Mais la Vampire qui nous rend gentils commande que nous nous amusions avec ce qu'elle nous laisse, ou qu'autrement nous soyons plus dr&#244;les.&lt;br class='autobr' /&gt; Rouler aux blessures, par l'air lassant et la mer ; aux supplices, par le silence des eaux et de l'air meurtriers ; aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;metropolitain&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;M&#233;tropolitain&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Du d&#233;troit d'indigo aux mers d'Ossian, sur le sable rose et orange qu'a lav&#233; le ciel vineux viennent de monter et de se croiser des boulevards de cristal habit&#233;s incontinent par de jeunes familles pauvres qui s'alimentent chez les fruitiers. Rien de riche. &#8212; La ville !&lt;br class='autobr' /&gt; Du d&#233;sert de bitume fuient droit en d&#233;route avec les nappes de brumes &#233;chelonn&#233;es en bandes affreuses au ciel qui se recourbe, se recule et descend, form&#233; de la plus sinistre fum&#233;e noire que puisse faire l'Oc&#233;an en deuil, les casques, les roues, les barques, les croupes. &#8212; La bataille !&lt;br class='autobr' /&gt; L&#232;ve la t&#234;te : ce pont de bois, arqu&#233; ; les derniers potagers de Samarie ; ces masques enlumin&#233;s sous la lanterne fouett&#233;e par la nuit froide ; l'ondine niaise &#224; la robe bruyante, au bas de la rivi&#232;re : les cr&#226;nes lumineux dans les plans de pois &#8212; et les autres fantasmagories &#8212; la campagne.&lt;br class='autobr' /&gt; Des routes bord&#233;es de grilles et de murs, contenant &#224; peine leurs bosquets, et les atroces fleurs qu'on appellerait c&#339;urs et s&#339;urs, Damas damnant de longueur, &#8212; possessions de f&#233;eriques aristocraties ultra-Rh&#233;nanes, Japonaises, Guaranies, propres encore &#224; recevoir la musique des anciens &#8212; et il y a des auberges qui pour toujours n'ouvrent d&#233;j&#224; plus &#8212; il y a des princesses, et si tu n'es pas trop accabl&#233;, l'&#233;tude des astres &#8212; Le ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; Le matin o&#249; avec Elle, vous vous d&#233;batt&#238;tes parmi les &#233;clats de neige, les l&#232;vres vertes, les glaces, les drapeaux noirs et les rayons bleus, et les parfums pourpres du soleil des p&#244;les, &#8212; ta force.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;barbare&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Barbare&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Bien apr&#232;s les jours et les saisons, et les &#234;tres et les pays,&lt;br class='autobr' /&gt; Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas.)&lt;br class='autobr' /&gt; Remis des vieilles fanfares d'h&#233;ro&#239;sme &#8212; qui nous attaquent encore le c&#339;ur et la t&#234;te &#8212; loin des anciens assassins &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Oh ! Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas)&lt;br class='autobr' /&gt; Douceurs !&lt;br class='autobr' /&gt; Les brasiers pleuvant aux rafales de givre, &#8212; Douceurs ! &#8212; les feux &#224; la pluie du vent de diamants jet&#233;e par le c&#339;ur terrestre &#233;ternellement carbonis&#233; pour nous. &#8212; &#212; monde ! &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; (Loin des vieilles retraites et des vieilles flammes, qu'on entend, qu'on sent,)&lt;br class='autobr' /&gt; Les brasiers et les &#233;cumes. La musique, virement des gouffres et choc des gla&#231;ons aux astres.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; Douceurs, &#244; monde, &#244; musique ! Et l&#224;, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, &#8212; &#244; douceurs ! &#8212; et la voix f&#233;minine arriv&#233;e au fond des volcans et des grottes arctiques.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pavillon...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;promontoire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Promontoire&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'aube d'or et la soir&#233;e frissonnante trouvent notre brick en large en face de cette villa et de ses d&#233;pendances, qui forment un promontoire aussi &#233;tendu que l'&#201;pire et le P&#233;loponn&#232;se, ou que la grande &#238;le du Japon, ou que l'Arabie ! Des fanums qu'&#233;claire la rentr&#233;e des th&#233;ories, d'immenses vues de la d&#233;fense des c&#244;tes modernes ; des dunes illustr&#233;es de chaudes fleurs et de bacchanales ; de grands canaux de Carthage et des Embankments d'une Venise louche ; de molles &#233;ruptions d'Etnas et des crevasses de fleurs et d'eaux des glaciers ; des lavoirs entour&#233;s de peupliers d'Allemagne ; des talus de parcs singuliers penchant des t&#234;tes d'Arbres1 du Japon ; les fa&#231;ades circulaires des &#034;Royal&#034; ou des &#034;Grand&#034; de Scarbro ou de Brooklyn ; et leurs railways flanquent, creusent, surplombent les dispositions de cet H&#244;tel, choisies dans l'histoire des plus &#233;l&#233;gantes et des plus colossales constructions de l'Italie, de l'Am&#233;rique et de l'Asie, dont les fen&#234;tres et les terrasses &#224; pr&#233;sent pleines d'&#233;clairages, de boissons et de brises riches, sont ouvertes &#224; l'esprit des voyageurs et des nobles &#8212; qui permettent, aux heures du jour, &#224; toutes les tarentelles des c&#244;tes, &#8212; et m&#234;me aux ritournelles des vall&#233;es illustres de l'art, de d&#233;corer merveilleusement les fa&#231;ades du Palais-Promontoire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;scenes&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Sc&#232;nes&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'ancienne Com&#233;die poursuit ses accords et divise ses Idylles :&lt;br class='autobr' /&gt; Des boulevards de tr&#233;teaux.&lt;br class='autobr' /&gt; Un long pier en bois d'un bout &#224; l'autre d'un champ rocailleux o&#249; la foule barbare &#233;volue sous les arbres d&#233;pouill&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans des corridors de gaze noire, suivant le pas des promeneurs aux lanternes et aux feuilles.&lt;br class='autobr' /&gt; Des oiseaux de myst&#232;res s'abattent sur un ponton de ma&#231;onnerie m&#251; par l'archipel couvert des embarcations des spectateurs.&lt;br class='autobr' /&gt; Des sc&#232;nes lyriques accompagn&#233;es de fl&#251;te et de tambour s'inclinent dans des r&#233;duits m&#233;nag&#233;s sous les plafonds, autour des salons de clubs modernes ou des salles de l'Orient ancien.&lt;br class='autobr' /&gt; La f&#233;erie man&#339;uvre au sommet d'un amphith&#233;&#226;tre couronn&#233; par les taillis, &#8212; Ou s'agite et module pour les B&#233;otiens, dans l'ombre des futaies mouvantes sur l'ar&#234;te des cultures.&lt;br class='autobr' /&gt; L'op&#233;ra-comique se divise sur une sc&#232;ne &#224; l'ar&#234;te d'intersection de dix cloisons dress&#233;es de la galerie aux feux.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;soir&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Soir historique&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; En quelque soir, par exemple, que se trouve le touriste na&#239;f, retir&#233; de nos horreurs &#233;conomiques, la main d'un ma&#238;tre anime le clavecin des pr&#233;s ; on joue aux cartes au fond de l'&#233;tang, miroir &#233;vocateur des reines et des mignonnes ; on a les saintes, les voiles, et les fils d'harmonie, et les chromatismes l&#233;gendaires, sur le couchant.&lt;br class='autobr' /&gt; Il frissonne au passage des chasses et des hordes. La com&#233;die goutte1 sur les tr&#233;teaux de gazon. Et l'embarras des pauvres et des faibles sur ces plans stupides !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; sa vision esclave, &#8212; l'Allemagne s'&#233;chafaude vers des lunes ; les d&#233;serts tartares s'&#233;clairent &#8212; les r&#233;voltes anciennes grouillent dans le centre du C&#233;leste Empire, par les escaliers et les fauteuils de rocs2 &#8212; un petit monde bl&#234;me et plat, Afrique et Occidents, va s'&#233;difier. Puis un ballet de mers et de nuits connues, une chimie sans valeur, et des m&#233;lodies impossibles.&lt;br class='autobr' /&gt; La m&#234;me magie bourgeoise &#224; tous les points o&#249; la malle nous d&#233;posera ! Le plus &#233;l&#233;mentaire physicien sent qu'il n'est plus possible de se soumettre &#224; cet atmosph&#232;re personnel, brume3 de remords physiques, dont la constatation est d&#233;j&#224; une affliction.&lt;br class='autobr' /&gt; Non ! &#8212; Le moment de l'&#233;tuve, des mers enlev&#233;es, des embrasements souterrains, de la plan&#232;te emport&#233;e, et des exterminations cons&#233;quentes, certitudes si peu malignement indiqu&#233;es dans la Bible et par les Nornes et qu'il sera donn&#233; &#224; l'&#234;tre s&#233;rieux de surveiller. &#8212; Cependant ce ne sera point un effet de l&#233;gende !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;mouvement&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Mouvement&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouffre &#224; l'&#233;tambot,&lt;br class='autobr' /&gt;
La c&#233;l&#233;rit&#233; de la rampe,&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;norme passade du courant&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#232;nent par les lumi&#232;res inou&#239;es&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la nouveaut&#233; chimique&lt;br class='autobr' /&gt;
Les voyageurs entour&#233;s des trombes du val&lt;br class='autobr' /&gt;
Et du strom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les conqu&#233;rants du monde&lt;br class='autobr' /&gt;
Cherchant la fortune chimique personnelle ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sport et le comfort voyagent avec eux ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils emm&#232;nent l'&#233;ducation&lt;br class='autobr' /&gt;
Des races, des classes et des b&#234;tes, sur ce Vaisseau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Repos et vertige&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la lumi&#232;re diluvienne,&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux terribles soirs d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de la causerie parmi les appareils, &#8212; le sang, les fleurs, le feu, les bijoux &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des comptes agit&#233;s &#224; ce bord fuyard,
&lt;br /&gt;&#8212; On voit, roulant comme une digue au-del&#224; de la route hydraulique motrice,&lt;br class='autobr' /&gt;
Monstrueux, s'&#233;clairant sans fin, &#8212; leur stock d'&#233;tudes ; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Eux chass&#233;s dans l'extase harmonique,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'h&#233;ro&#239;sme de la d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux accidents atmosph&#233;riques les plus surprenants&lt;br class='autobr' /&gt;
Un couple de jeunesse s'isole sur l'arche,
&lt;br /&gt;&#8212; Est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ? &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et chante et se poste.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;bottom&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Bottom&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;alit&#233; &#233;tant trop &#233;pineuse pour mon grand caract&#232;re, &#8212; je me trouvai n&#233;anmoins chez ma dame, en gros oiseau gris bleu s'essorant vers les moulures du plafond et tra&#238;nant l'aile dans les ombres de la soir&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Je fus, au pied du baldaquin supportant ses bijoux ador&#233;s et ses chefs-d'&#339;uvre physiques, un gros ours aux gencives violettes et au poil chenu de chagrin, les yeux aux cristaux et aux argents des consoles.&lt;br class='autobr' /&gt; Tout se fait ombre et aquarium ardent. Au matin, &#8212; aube de juin batailleuse, &#8212; je courus aux champs, &#226;ne, claironnant et brandissant mon grief, jusqu'&#224; ce que les Sabines de la banlieue vinrent se jeter &#224; mon poitrail.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;h&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;H&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Toutes les monstruosit&#233;s violent les gestes atroces d'Hortense. Sa solitude est la m&#233;canique &#233;rotique, sa lassitude, la dynamique amoureuse. Sous la surveillance d'une enfance elle a &#233;t&#233;, &#224; des &#233;poques nombreuses, l'ardente hygi&#232;ne des races. Sa porte est ouverte &#224; la mis&#232;re. L&#224;, la moralit&#233; des &#234;tres actuels se d&#233;corpore en sa passion ou en son action. &#8212; &#212; terrible frisson des amours novices, sur le sol sanglant et par l'hydrog&#232;ne clarteux ! trouvez Hortense.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;devotion&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;D&#233;votion&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#192; ma s&#339;ur Louise Vanaen de Voringhem : &#8212; Sa cornette bleue tourn&#233;e &#224; la mer du Nord. &#8212; Pour les naufrag&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; ma s&#339;ur L&#233;onie Aubois d'Ashby. Baou. &#8212; l'herbe d'&#233;t&#233; bourdonnante et puante. &#8212; Pour la fi&#232;vre des m&#232;res et des enfants.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; Lulu, &#8212; d&#233;mon &#8212; qui a conserv&#233; un go&#251;t pour les oratoires du temps des Amies et de son &#233;ducation incompl&#232;te. Pour les hommes ! &#192; madame***.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; l'adolescent que je fus. &#192; ce saint vieillard, ermitage ou mission.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; l'esprit des pauvres. Et &#224; un tr&#232;s haut clerg&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi bien &#224; tout culte en telle place de culte m&#233;moriale et parmi tels &#233;v&#233;nements qu'il faille se rendre, suivant les aspirations du moment ou bien notre propre vice s&#233;rieux,&lt;br class='autobr' /&gt; Ce soir &#224; Circeto des hautes glaces, grasse comme le poisson, et enlumin&#233;e comme les dix mois de la nuit rouge, &#8212; (son c&#339;ur ambre et spunk), &#8212; pour ma seule pri&#232;re muette comme ces r&#233;gions de nuit et pr&#233;c&#233;dant des bravoures plus violentes que ce chaos polaire.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; tout prix et avec tous les airs, m&#234;me dans des voyages m&#233;taphysiques. &#8212; Mais plus alors.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;democratie&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;D&#233;mocratie&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois &#233;touffe le tambour.&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les r&#233;voltes logiques.&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Aux pays poivr&#233;s et d&#233;tremp&#233;s ! &#8212; au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires.&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Au revoir ici, n'importe o&#249;. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie f&#233;roce ; ignorants pour la science, rou&#233;s pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C'est la vraie marche. En avant, route !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;fairy&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Fairy&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Pour H&#233;l&#232;ne se conjur&#232;rent les s&#232;ves ornamentales dans les ombres vierges et les clart&#233;s impassibles dans le silence astral. L'ardeur de l'&#233;t&#233; fut confi&#233;e &#224; des oiseaux muets et l'indolence requise &#224; une barque de deuils sans prix par des anses d'amours morts et de parfums affaiss&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Apr&#232;s le moment de l'air des b&#251;cheronnes &#224; la rumeur du torrent sous la ruine des bois, de la sonnerie des bestiaux &#224; l'&#233;cho des vals, et des cris1 des steppes. &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Pour l'enfance d'H&#233;l&#232;ne frissonn&#232;rent les fourrures et les ombres, &#8212; et le sein des pauvres, et les l&#233;gendes du ciel.&lt;br class='autobr' /&gt; Et ses yeux et sa danse sup&#233;rieurs encore aux &#233;clats pr&#233;cieux, aux influences froides, au plaisir du d&#233;cor et de l'heure uniques.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;guerre&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Guerre&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Enfant, certains ciels ont affin&#233; mon optique : tous les caract&#232;res nuanc&#232;rent ma physionomie. Les Ph&#233;nom&#232;nes s'&#233;murent. &#8212; &#192; pr&#233;sent, l'inflexion &#233;ternelle des moments et l'infini des math&#233;matiques me chassent par ce monde o&#249; je subis tous les succ&#232;s civils, respect&#233; de l'enfance &#233;trange et des affections &#233;normes. &#8212; Je songe &#224; une Guerre de droit ou de force, de logique bien impr&#233;vue.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est aussi simple qu'une phrase musicale.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;genie&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;G&#233;nie&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Il est l'affection et le pr&#233;sent puisqu'il a fait la maison ouverte &#224; l'hiver &#233;cumeux et &#224; la rumeur de l'&#233;t&#233; &#8212; lui qui a purifi&#233; les boissons et les aliments &#8212; lui qui est le charme des lieux fuyant et le d&#233;lice surhumain des stations. &#8212; Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de temp&#234;te et les drapeaux d'extase.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est l'amour, mesure parfaite et r&#233;invent&#233;e, raison merveilleuse et impr&#233;vue, et l'&#233;ternit&#233; : machine aim&#233;e des qualit&#233;s fatales. Nous avons tous eu l'&#233;pouvante de sa concession et de la n&#244;tre : &#244; jouissance de notre sant&#233;, &#233;lan de nos facult&#233;s, affection &#233;go&#239;ste et passion pour lui, &#8212; lui qui nous aime pour sa vie infinie...&lt;br class='autobr' /&gt; Et nous nous le rappelons et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa Promesse, sonne : &#034;Arri&#232;re ces superstitions, ces anciens corps, ces m&#233;nages et ces &#226;ges. C'est cette &#233;poque-ci qui a sombr&#233; !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la r&#233;demption des col&#232;res de femmes et des ga&#238;t&#233;s des hommes et de tout ce p&#234;ch&#233; : car c'est fait, lui &#233;tant, et &#233;tant aim&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; ses souffles, ses t&#234;tes, ses courses ; la terrible c&#233;l&#233;rit&#233; de la perfection des formes et de l'action.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; f&#233;condit&#233; de l'esprit et immensit&#233; de l'univers !&lt;br class='autobr' /&gt; Son corps ! Le d&#233;gagement r&#234;v&#233;, le brisement de la gr&#226;ce crois&#233;e de violence nouvelle !&lt;br class='autobr' /&gt; Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages anciens et les peines relev&#233;s &#224; sa suite.&lt;br class='autobr' /&gt; Son jour ! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.&lt;br class='autobr' /&gt; Son pas ! les migrations plus &#233;normes que les anciennes invasions.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; Lui et nous ! l'orgueil plus bienveillant que les charit&#233;s perdues.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; monde ! &#8212; et le chant clair des malheurs nouveaux !&lt;br class='autobr' /&gt; Il nous a connus tous et nous a tous aim&#233;s, sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du p&#244;le tumultueux au ch&#226;teau, de la foule &#224; la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le h&#233;ler et le voir, et le renvoyer, et sous les mar&#233;es et au haut des d&#233;serts de neige, suivre ses vues, &#8212; ses souffles &#8212; son corps, &#8212; son jour.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;jeunesse&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Jeunesse&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;I&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Dimanche&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Les calculs de c&#244;t&#233;, l'in&#233;vitable descente du ciel, la visite des souvenirs et la s&#233;ance des rythmes occupent la demeure, la t&#234;te et le monde de l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Un cheval d&#233;tale sur le turf suburbain, et le long des cultures et des boisements, perc&#233; par la peste carbonique. Une mis&#233;rable femme de drame, quelque part dans le monde, soupire apr&#232;s des abandons improbables. Les desperadoes languissent apr&#232;s l'orage, l'ivresse et les blessures. De petits enfants &#233;touffent des mal&#233;dictions le long des rivi&#232;res. &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Reprenons l'&#233;tude au bruit de l'&#339;uvre d&#233;vorante qui se rassemble et remonte dans les masses.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;II&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Sonnet&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Homme de constitution ordinaire, la chair&lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tait-elle pas un fruit pendu dans le verger ; &#8212; &#244;&lt;br class='autobr' /&gt;
journ&#233;es enfantes ! &#8212; le corps un tr&#233;sor &#224; prodiguer ; &#8212; &#244;&lt;br class='autobr' /&gt;
aimer, le p&#233;ril ou la force de Psych&#233; ? La terre&lt;br class='autobr' /&gt;
avait des versants fertiles en princes et en artistes&lt;br class='autobr' /&gt;
et la descendance et la race vous poussaient aux&lt;br class='autobr' /&gt;
crimes et aux deuils : le monde votre fortune et votre&lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;ril. Mais &#224; pr&#233;sent, ce labeur combl&#233;, &#8212; toi, tes calculs,
&lt;br /&gt;&#8212; toi, tes impatiences &#8212; ne sont plus que votre danse et&lt;br class='autobr' /&gt;
votre voix, non fix&#233;es et point forc&#233;es1, quoique d'un double&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;v&#233;nement d'invention et de succ&#232;s +2 une raison,
&lt;br /&gt;&#8212; en l'humanit&#233; fraternelle et3 discr&#232;te par l'univers,4&lt;br class='autobr' /&gt;
sans images ; &#8212; la force et le droit r&#233;fl&#233;chissent la&lt;br class='autobr' /&gt;
danse et la voix &#224; pr&#233;sent seulement appr&#233;ci&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;III&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;Vingt ans&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Les voix instructives exil&#233;es... L'ing&#233;nuit&#233; physique am&#232;rement rassise... &#8212; Adagio &#8212; Ah ! l'&#233;go&#239;sme infini de l'adolescence, l'optimisme studieux : que le monde &#233;tait plein de fleurs cet &#233;t&#233; ! Les airs et les formes mourant... &#8212; Un ch&#339;ur, pour calmer l'impuissance et l'absence ! Un ch&#339;ur de verres, de m&#233;lodies nocturnes... En effet les nerfs vont vite chasser.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;IV&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Tu en es encore &#224; la tentation d'Antoine. L'&#233;bat du z&#232;le &#233;court&#233;, les tics d'orgueil pu&#233;ril, l'affaissement et l'effroi.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais tu te mettras &#224; ce travail : toutes les possibilit&#233;s harmoniques et architecturales s'&#233;mouvront autour de ton si&#232;ge. Des &#234;tres parfaits, impr&#233;vus, s'offriront &#224; tes exp&#233;riences. Dans tes environs affluera r&#234;veusement la curiosit&#233; d'anciennes foules et de luxes oisifs. Ta m&#233;moire et tes sens ne seront que la nourriture de ton impulsion cr&#233;atrice. Quant au monde, quand tu sortiras, que sera-t-il devenu ? En tout cas, rien des apparences actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;solde&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;Solde&lt;/center&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#192; vendre ce que les Juifs n'ont pas vendu, ce que noblesse ni crime n'ont go&#251;t&#233;, ce qu'ignorent l'amour maudit et la probit&#233; infernale des masses : ce que le temps ni la science n'ont pas &#224; reconna&#238;tre :&lt;br class='autobr' /&gt; Les Voix reconstitu&#233;es ; l'&#233;veil fraternel de toutes les &#233;nergies chorales et orchestrales et leurs applications instantan&#233;es ; l'occasion, unique, de d&#233;gager nos sens !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; vendre les Corps sans prix, hors de toute race, de tout monde, de tout sexe, de toute descendance ! Les richesses jaillissant &#224; chaque d&#233;marche ! Solde de diamants sans contr&#244;le !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; vendre l'anarchie pour les masses ; la satisfaction irr&#233;pressible pour les amateurs sup&#233;rieurs ; la mort atroce pour les fid&#232;les et les amants !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; vendre les habitations et les migrations, sports, f&#233;eries et comforts parfaits, et le bruit, le mouvement et l'avenir qu'ils font !&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; vendre les applications de calcul et les sauts d'harmonie inou&#239;s. Les trouvailles et les termes non soup&#231;onn&#233;s, possession imm&#233;diate,&lt;br class='autobr' /&gt; &#201;lan insens&#233; et infini aux splendeurs invisibles, aux d&#233;lices insensibles, &#8212; et ses secrets affolants pour chaque vice &#8212; et sa ga&#238;t&#233; effrayante pour la foule &#8212;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &#192; vendre les Corps, les voix, l'immense opulence inquestionable, ce qu'on ne vendra jamais. Les vendeurs ne sont pas &#224; bout de solde ! Les voyageurs n'ont pas &#224; rendre leur commission de si t&#244;t !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Communard</title>
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		<dc:date>2024-11-02T21:37:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Au fusil&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/braquehais_statue_brise_e_de_l_empereur_2.jpg?1730583512' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;Par intervalles secrets, &lt;br&gt;
Rimbaud nous adresse des nouvelles (photos, textes, d&#233;lires)&lt;br&gt;
Les recueillir ici : &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Des nouvelles de Rimbaud. Cette fois, celles qu'il nous envoie sont floues : elles tremblent &#224; l'image, incertaines et fragiles, et pour les voir, il faut davantage que la foi du charbonnier, mais la mauvaise foi de l'idol&#226;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ces nouvelles-ci, j'emprunte certaines hypoth&#232;ses &#224; ce blog anonyme.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; et &#234;tre pr&#234;t &#224; se br&#251;ler les yeux sur une pellicule elle-m&#234;me br&#251;l&#233;e dans les feux de joie de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_1.jpg?1730578244' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avouez, vous aussi l'avez reconnu ? Non ? Approchez davantage, jusqu'&#224; vous br&#251;ler les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimb_detail_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L202xH844/rimb_detail_-75969.jpg?1769995070' width='202' height='844' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que c'est lui, l'attitude trembl&#233;e et fuyante, ou sur le point de partir, le regard furieux et t&#234;tu, le visage presque effac&#233; : c'est lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes mardi. C'est le 16 mai. Depuis le matin, une foule s'assemble place Vend&#244;me. Par d&#233;cret du Douze avril, le gouvernement r&#233;volutionnaire a d&#233;cid&#233; en son article premier paru dans le Journal Officiel de la nouvelle R&#233;publique la destruction de la colonne imp&#233;riale, &#171; monument de barbarie, symbole de force brute et de fausse gloire, affirmation du militarisme et n&#233;gation du droit, insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, attentat perp&#233;tuel &#224; la fraternit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de l'apr&#232;s-midi, la c&#233;r&#233;monie commence. Des bataillons de la Garde Nationale hurlent le &lt;i&gt;Chant du D&#233;part&lt;/i&gt;, et puis &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt;, pendant qu'on scie difficilement la colonne. Enfin, vers dix-sept heures, les tambours cessent. Des c&#226;bles sont attach&#233;s au sommet : Ordre est donn&#233; de tirer. On tire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/illustration_souvenirs_de_la_commune_de_paris_renversement_de_la_colonne_vendome__1871.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/illustration_souvenirs_de_la_commune_de_paris_renversement_de_la_colonne_vendome__1871.jpg?1730578253' width='500' height='323' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/destruction_de_la_colonne_illustration.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/destruction_de_la_colonne_illustration.jpg?1730578248' width='500' height='933' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/jules_raudnitz_saturnales_de_la_place_vendo_me_le_sabbat_rouge.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/jules_raudnitz_saturnales_de_la_place_vendo_me_le_sabbat_rouge.jpg?1730578253' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/l_anne_e_terrible__1874__illustr._p_157.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/l_anne_e_terrible__1874__illustr._p_157.jpg?1730578253' width='500' height='693' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La statue l&#224;-haut vacille, semble h&#233;siter, puis bascule, l&#233;g&#232;rement, avant de s'&#233;craser sur le pav&#233; recouvert de sable et de fumier dans un grand bruit de tyran qui tombe. D&#232;s 1852, Marx l'avait annonc&#233; : &#171; Mais si le manteau imp&#233;rial tombe finalement des &#233;paules de Louis Bonaparte, la statue de bronze de Napol&#233;on tombera de la hauteur de la colonne Vend&#244;me. &#187; On hurle donc, de fiert&#233; : puisque l'Empereur est prisonnier des prussiens, il fallait bien refaire la geste r&#233;volutionnaire et faire tomber sur le sol une t&#234;te imp&#233;riale. La voici, d&#233;tach&#233;e du buste, les yeux encore ouverts sur le vide.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_2.jpg?1730578244' width='500' height='382' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On se presse autour des gravats, on voudrait regarder de ses yeux ces yeux ouverts, ce cr&#226;ne tomb&#233;, ce corps de bronze bris&#233; l&#224;, &#224; nos pieds, et dans ces gravats &#233;pars on mesure sa force et qu'on est capable, nous autres, en tirant ensemble sur quelques cordes, de faire tomber de son piedestal sur le tapis de fumier les regards imp&#233;riaux et toute cette morgue du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/lanc_on_les_oeuvres_de_la_commune.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/lanc_on_les_oeuvres_de_la_commune.jpg?1730578254' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_6.jpg?1730578245' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_colonne_vendome_effondree_7.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_colonne_vendome_effondree_7.png?1730578245' width='500' height='385' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13103 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/franc_ois_franck_colonne_vendo_me_effondree_bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/franc_ois_franck_colonne_vendo_me_effondree_bis.jpg?1730578250' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bruno Braquehais n'entend pas les cris, mais voit tout, il est l&#224; pour cela. Sourd de naissance, mais ma&#238;tre de la photographie, il a pris fait et cause pour l'insurrection. Alors que Nadar et les autres se sont enfuis, lui est l&#224;, qui documente la r&#233;volution. Il ne vend pas ses clich&#233;s. Il saisit au vol de son appareil, lui le photographe d'atelier, les incendies et les combats, les communards fusil au pied et les visages trembl&#233;s dans l'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_groupe_place_vendome_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_groupe_place_vendome_2.jpg?1730578246' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13082 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_barricade_de_la_rue_castiglione_groupe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_barricade_de_la_rue_castiglione_groupe.jpg?1730578243' width='500' height='460' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_4.jpg?1730578245' width='500' height='367' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Braquehais a soigneusement pr&#233;par&#233; ce jour. Des prises de vue de la Grande barricade de la Rue Castiglione laisse voir, au fond de l'image, la colonne encore fi&#232;rement dress&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_barricade_rue_castiglione_vide.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_barricade_rue_castiglione_vide.png?1730578244' width='500' height='382' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'autres photographies montrent les pr&#233;paratifs de l'abattage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13094 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_preparation.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_preparation.jpg?1730578246' width='500' height='383' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_colonne_vendome_preparation_1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/braquehais_colonne_vendome_preparation_1.png?1730578246' width='500' height='391' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis des dizaines d'autres t&#233;moignent des instants d'apr&#232;s : les Gardes nationaux au pied de la colonne renvers&#233;e posent, le regard mena&#231;ant ou joyeux, brandissant le sabre, criant, levant le chapeau ou r&#234;vant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_3.jpg?1730578244' width='500' height='383' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur l'une, on devine Courbet, tout en barbe et col&#232;re, lui qui aura d&#232;s les premiers jours appel&#233; &#224; la destruction de l'inf&#226;me colonne. On s'approche pour observer les visages, les regards. Il suffit de fermer les yeux pour apercevoir sur l'une de ces images Arthur Rimbaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici donc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_colonne_vendome_effondree_1.jpg?1730578244' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous n'&#234;tes pas convaincu, Braquehais sait insister, comme l'Histoire, et s'y reprend &#224; plusieurs fois ; il est probable qu'on patiente les uns apr&#232;s les autres pour venir poser devant l'Empire terrass&#233; de ses mains. Et comme l'Histoire, labile et mouvante, voil&#224; Rimbaud de nouveau, de l'autre c&#244;t&#233; de l'image cette fois, mais avec le m&#234;me fusil au pied et le m&#234;me regard t&#234;tu, la m&#234;me attitude farouche, et le m&#234;me visage presque effac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_statue_brise_e_de_l_empereur.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/braquehais_statue_brise_e_de_l_empereur.jpg?1730578247' width='500' height='379' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que c'est lui, qui d'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimb_detail_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimb_detail_2.jpg?1730579126' width='500' height='1270' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 16 mai est un mardi. Mais on ne comprend pas ce qu'il fait l&#224;. Le dimanche 14, il est &#224; Charleville et assiste &#224; la communion d'Isabelle &#8212; &#171; Vraiment, c'est b&#234;te, ces &#233;glises des villages / O&#249; quinze laids marmots encrassant les piliers / &#201;coutent, grasseyant les divins babillages, / Un noir grotesque dont fermentent les souliers : / Mais le soleil &#233;veille, &#224; travers des feuillages, / Les vieilles couleurs des vitraux irr&#233;guliers. &#187; Le po&#232;me &#171; Les premi&#232;res communions &#187; qui commence ainsi est dat&#233; de juillet 1871, o&#249; l'on peut lire aussi ces vers : &#171; Les filles vont toujours &#224; l'&#233;glise, contentes / De s'entendre appeler garces par les gar&#231;ons / Qui font du genre apr&#232;s messe ou v&#234;pres chantantes. / Eux qui sont destin&#233;s au chic des garnisons / Ils narguent au caf&#233; les maisons importantes / Blous&#233;s neuf, et gueulant d'effroyables chansons. &#187; Un programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, lundi 15, il ach&#232;ve l'ample lettre dite du Voyant adress&#233;e &#224; Paul Dem&#233;ny : la plus compl&#232;te &#233;tude sur ce qui l'anime alors, et qui n'est rien de moins que la refondation du langage. Et le mardi, il serait &#224; Paris, en tenue de Garde National, regard furieux et statue du tyran &#224; ses pieds ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut relire les lettres, croiser les souvenirs, consulter les cartes et les horaires des cal&#232;ches et des trains, r&#234;ver, se confier au d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les &#233;v&#233;nements du 18 mars et la proclamation de la Commune, son c&#339;ur est aupr&#232;s de la R&#233;volution. De Charleville, on avait appris que la Garde Nationale offrait trente sous par jour et c'est un encouragement de plus. Dans le courant du mois d'avril, il gagne Paris &#224; pied en six jours : soixante lieues &#224; marche forc&#233;e en regardant les &#233;toiles le matin s'&#233;teindre, dormir n'importe o&#249; et mendier la bi&#232;re dans les auberges et les yeux de la serveuse. Il connait d&#233;j&#224; la route par c&#339;ur &#8211; si en ao&#251;t, il avait fugu&#233; une premi&#232;re fois, en train, en f&#233;vrier, il avait march&#233; plusieurs jours pour rejoindre la Grande Ville, Verlaine, la Gloire qu'il esp&#233;rait alors et sur laquelle il ne va pas tarder &#224; cracher soigneusement. Cette fois, c'est la R&#233;volution qu'il veut rejoindre. Il sera enr&#244;l&#233;, dira Delahaye, dans les rangs des &#171; Francs-Tireurs de la R&#233;volution &#187; dont le nom dit mal les gosses qui ont trouv&#233; refuge l&#224; pour la soupe et le couche ou l'abri et pour rien, l'odeur de poudre et de canaille &#8212; sans arme ni bagage, combien sont-ils entass&#233;s l&#224; ces gosses de la Commune dans la caserne Babylone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces gosses donc, celui-l&#224;, qu'on trouve parfois avec des feuilles volantes noircies d'une &#233;criture soign&#233;e. Est-ce qu'il a gard&#233; cette habitude d'&#233;crire avant le lever du soleil quand tout le monde dort encore ? S'&#233;crivent l&#224; en quelques semaines &#171; Le Chant de guerre parisien &#187;, et &#171; Le C&#339;ur vol&#233; &#187;, bien s&#251;r, &#171; L'Orgie parisienne &#187; et &#171; Les S&#339;urs de Charit&#233; &#187;, &#171; Douaniers &#187; et peut-&#234;tre m&#234;me le terrible &#171; Voyelles &#187; &#8212; po&#232;mes qui portent trace de l'enthousiasme et de la violence, des rudesses de la troupe et des horizons possibles. Ernest Delahaye se souvient de deux autres po&#232;mes que son ami lui lira, l'&#233;t&#233;, et qui sont, pour l'heure, perdus ; il donne un titre &#224; l'un d'eux : &#171; Carnaval des statues &#187;. Ce carnaval o&#249; l'on renverse les puissants dans les cris de joie de tous les bouleversements, et cette statue ? N'est-ce pas l'Empereur qu'on terrasse en effigie et avec lui, tout pouvoir, toute brutalit&#233; guerri&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Delahaye, il confie s'&#234;tre li&#233; &#224; un soldat du 88e R&#233;giment de Marche &#8212; s&#251;r, dira-t-il les yeux humides, qu'il est mort fusill&#233; deux mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce qu'on sait. Le reste tremble comme un visage sur une photographie mal expos&#233;e. Le 13 mai, il &#233;crit &#224; son ma&#238;tre Izambard un premier embryon de la lettre du Voyant o&#249; il note au d&#233;tour ce scrupule : &#171; Je suis un travailleur, c'est l'id&#233;e qui me retient, quand les col&#232;res folles me poussent vers la bataille de Paris. &#187; Il faut croire que l'id&#233;e ne le retiendra pas longtemps. Si le lendemain 14 mai, il est contraint de rester chez lui pour la communion d'Isabelle, il est encore dans l'affreuse Charleville le 15, on le sait : la lettre du Voyant &#8212; celle adress&#233;e &#224; Dem&#233;ny &#8212; est post&#233;e de l&#224;. &#192; la fin du mois aussi, quand la Commune est &#233;cras&#233;e par les assassins de Thiers, il est &#224; l'abri dans la ville natale, &#171; sup&#233;rieurement idiote entre les petites villes de province &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi ne serait-il pas &#224; Paris le 16 mai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Izambard est s&#251;r de son fait : non, il n'y est pas. Comment le peut-il ? Pr&#232;s d'une semaine de marche, dans des territoires hostiles que les Prussiens contr&#244;lent, impossible. La t&#226;che &#233;tait d&#233;j&#224; h&#233;ro&#239;que en mars, alors &#224; la mi-mai&#8230; Le samedi 20 mai, l'arm&#233;e des Versaillais aura coup&#233; tous les acc&#232;s vers Paris et le dimanche, lanc&#233; son assaut criminel, pass&#233; par les armes les premiers insurg&#233;s &#8212; la caserne Babylone sera &#233;vacu&#233; le lundi 22 en grand d&#233;sordre. Rimbaud n'y sera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une hypoth&#232;se. Et si, ayant r&#233;dig&#233; la lettre &#224; Dem&#233;ny le lundi 15 mai tr&#232;s t&#244;t &#8212; peut-&#234;tre d&#232;s le dimanche soir, et une partie de la nuit &#8212;, il l'avait post&#233;e &#224; la premi&#232;re heure ? Et s'il avait pris la direction de la gare de Charleville ? Il l'aura trouv&#233;e ferm&#233;e : un accident survenu la veille avait interdit tout d&#233;part. Devant la porte close de la gare, les hypoth&#232;ses se ferment et Izambard peut exulter : vous voyez bien, impossible. Et si Rimbaud n'avait pas renonc&#233; ? Et s'il avait pris la route de Sedan ? C'est &#224; un peu plus de vingt kilom&#232;tres &#8212; Rimbaud tient la forme, il peut y &#234;tre en cinq heures, moins s'il se faisait transporter par une cal&#232;che de passage. Il serait &#224; Sedan avant d&#233;jeuner, il aura le temps de manger sur un coin de table avant de sauter dans le train de 14h qui arrive &#224; Paris un peu avant dix heures le soir. M&#234;me s'il n'a pas la force de passer &#224; la caserne Babylone, un dessous de pont sur les quais, un bord de trottoir sous un porche ou une &#233;glise aux portes fracass&#233;es feraient l'affaire. On n'a pas sommeil, on peut aussi marcher, respirer l'air frais de la r&#233;volution : &#244; et que salubre et le vent qui disperse le vieux monde. Il sait peut-&#234;tre aussi o&#249; trouver l'ami du 88e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 16, il se serait r&#233;veill&#233; de nouveau dans Paris communarde. On lui aurait donn&#233; un fusil, un semblant d'uniforme, et le voil&#224; place Vend&#244;me, le regard furieux pour la pose et sur la pellicule de Braquehais toisant les ruines r&#233;pandues &#224; ses pieds des vieux Empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement, vraiment, avait d&#251; l'appeler : et il fallait donc qu'il ait &#233;prouv&#233; ce vif d&#233;sir de voir de ses yeux la colonne heurter le sol. Mais est-ce suffisant, et pourquoi tant de risque, tandis que l'occupaient int&#233;rieurement d'intenses r&#233;volutions du langage ? Il suffit de faire l'hypoth&#232;se que d'une r&#233;volution l'autre il fallait bien les accomplir toutes deux d'un m&#234;me pas, puisqu'elles ne faisaient qu'une : ayant nomm&#233; la premi&#232;re dans la lettre, rejoindre la seconde fusil &#224; la main et regard furieux attach&#233; aux statues effondr&#233;es n'&#233;taient qu'une cons&#233;quence logique, fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Delahaye ajoute en passant, et presque sans s'y arr&#234;ter, une image au tableau, comme une ombre. Ce printemps, Rimbaud avait rencontr&#233; une jeune fille &#224; Charleville. Quand le gar&#231;on lui avait confi&#233;, d&#232;s les premiers jours de l'insurrection en mars, son d&#233;sir de rejoindre Paris, elle lui avait dit vouloir le suivre : qu'elle voulait aussi s'enr&#244;ler dans l'arm&#233;e communaliste. Non, avait dit Rimbaud : c'&#233;tait seul qu'il irait ; et il &#233;tait parti seul en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, raconta plus tard Rimbaud &#224; Delahaye, lors de son premier s&#233;jour comme Franc Tireur de la R&#233;volution, en avril, il l'aper&#231;ut dans une rue &#8212; avant de la voir dispara&#238;tre. Il la chercha longuement sans la trouver. Et c'est seul qu'il revint &#224; Paris. O&#249; &#233;tait-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas. Ce qu'on sait : Delahaye se souviendra de ce soir de 1872 o&#249;, les yeux dans le vague, Rimbaud racontera cette image : la jeune fille dans une rue de Paris parmi la foule, et lui hurlant son nom, criant et courant vers elle, et elle happ&#233;e dans une autre rue, s'&#233;vanouissant &#224; jamais. Est-ce qu'elle le cherchait ? Et sera-t-elle cach&#233;e dans Paris pendant que les assassins de Thiers sillonnaient la ville ? A-t-elle fui, et gagn&#233; Londres, Bruxelles, ou quelle Ethiopie ? &#192; moins qu'elle ne trouva refuge dans Villers-Cotterets o&#249; vivaient des proches parents, s'&#233;tait mari&#233;e sagement avant de mourir centenaire ? Se rendre &#224; Paris le 16 mai n'avait-il pas pour but, alors que les &#233;v&#233;nements &#233;taient sur le point de basculer, de retrouver sa trace, de l'arracher &#224; Paris et aux massacres &#224; venir, et de fuir ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est devant ces hypoth&#232;ses comme devant ce visage de la Place Vend&#244;me. On cherche une raison. Comment le dimanche cracher sur Dieu, le lundi red&#233;finir d'un seul geste toute la po&#233;sie en l'an&#233;antissant, le mardi faire la R&#233;volution &#8212; et le mercredi courir derri&#232;re une jeune fille qu'on ne verra plus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcher vers la Place Vend&#244;me donne ce sentiment stupide d'&#234;tre d&#233;sarm&#233;. Apr&#232;s avoir &#233;cras&#233; les Communards, la R&#233;publique ordonna la reconstruction de la colonne aux frais de Courbet qui avait &#233;mis l'id&#233;e de sa destruction. Deux ans plus tard, elle dominait de nouveau la place redevenue &lt;i&gt;Vend&#244;me&lt;/i&gt; apr&#232;s avoir &#233;t&#233;, pr&#232;s de deux mois communarde et nomm&#233;e &lt;i&gt;Place Internationale&lt;/i&gt;. On orna la colonne d'une autre statue de l'Empereur drap&#233; dans un manteau court et portant pour attributs de sa gloire le glaive, la victoire ail&#233;e et la couronne imp&#233;riale de lauriers : c'est elle qui tr&#244;ne encore sur le ciel de Paris, gouverne nos jours et ces nuits.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/colonne_vendo_me_aujourdhui.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/colonne_vendo_me_aujourdhui.jpg?1730578248' width='500' height='835' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2014, l'h&#244;tel Ritz finan&#231;a sa r&#233;novation : elle fut livr&#233;e un an plus tard, comme neuve.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/colonne_vendome_2014.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/colonne_vendome_2014.jpg?1730578248' width='500' height='393' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut fermer les yeux, observer les ombres sur le sol, au printemps, sur le nouveau dallage min&#233;ral d'une place silencieuse, muette plut&#244;t. Les ombres qui tra&#238;nent gardent le silence aussi, mais dessinent d'&#233;tranges dessins en nous, des d&#233;lires aux contours de d&#233;sirs vengeurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13083 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/alphonse_liebert_colonne_vendome_effondree.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/alphonse_liebert_colonne_vendome_effondree.jpg?1730578243' width='500' height='559' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certaines ombres poss&#232;dent des visages : celui-ci peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on regarde longuement ce visage, l'&#233;vidence que c'est lui rejoint une autre, pas moins ferme et d&#233;lirante : c'est peut-&#234;tre un autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimb_detail_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L202xH844/rimb_detail_-75969.jpg?1769995070' width='202' height='844' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ces nouvelles-ci, j'emprunte certaines hypoth&#232;ses &#224; ce &lt;a href=&#034;http://rimbaudpassion.canalblog.com/archives/2021/05/10/38963760.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog anonyme&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Arthur Rimbaud | La lettre de G&#234;nes [1878]</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/article/arthur-rimbaud-la-lettre-de-genes-1878</link>
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		<dc:date>2024-02-27T20:15:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le passage du Gothard &#224; pied, avant Alexandrie&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/" rel="directory"&gt;Rimbaud | une anthologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_7249.jpg?1709064860' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;C'est sans doute &#224; cause de toute cette blancheur qui m'entoure ces jours. J'ai repens&#233; &#224; cette lettre ahurissante de Rimbaud dans laquelle il raconte &#224; sa famille sa travers&#233;e du Gothard &#224; pied, ces images de neige : &#171; Rien que du blanc &#224; songer, &#224; toucher, &#224; voir, ou ne pas voir, car impossible de lever les yeux de l'emb&#234;tement blanc qu'on croit &#234;tre le milieu du sentier. &#187; J'&#233;tais persuad&#233; qu'il avait &#233;crit &#171; &lt;i&gt;ent&#234;tement&lt;/i&gt; blanc &#187;, et c'est peut-&#234;tre le cas : le manuscrit est d&#233;sormais introuvable (on finira bien par le d&#233;nicher, &#233;gar&#233; dans une grange des Ardennes ou en vente parmi les collections priv&#233;es d'un aristocrate ruin&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi &#224; cause de l'invisibilit&#233; de la neige qui tombe, sa pesanteur de mati&#232;re quand on la traverse. Le 20 octobre 1878, Rimbaud part de Roche : il arrivera le 17 novembre &#224; G&#234;nes. Le train vers Nancy, &#201;pinal, Mulhouse, puis B&#226;le, et &#224; pied en direction de Lucerne, et le col du Gothard, et puis la descente vers Lugano, et en diligence pour Milan et G&#234;nes enfin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait dire toute cette ann&#233;e 1878 : la maladie, et malgr&#233; elle ou par elle, le d&#233;sir de Roche et celui de partir, les deux pens&#233;es contraires ramass&#233;es dans la gorge et ce dernier d&#233;sir (de foutre le camp) plus puissant, et le d&#233;part, f&#233;roce : apr&#232;s G&#234;nes, ce sera Alexandrie, Chypre, et ce sera &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;. Avant cette lettre, c'&#233;tait la Belgique et le coup de feu de Verlaine, la lettre du 14 octobre 1875 &#224; Delahaye qui semble un adieu au po&#232;me, &#224; l'&#233;criture, &#224; une part de &lt;i&gt;l'existence terrestre :&lt;/i&gt; et trois ans apr&#232;s pourtant, cette lettre de G&#234;nes. Rien entre elles. Un gouffre les s&#233;pare. On ne sait pas si on a perdu la correspondance de ces ann&#233;es, ou si c'est d&#233;j&#224; le silence. Le silence qui commence, qui recouvre &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt;, l'Afrique, la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf qu'il y a la lettre de G&#234;nes : ces visions, la blancheur, la mati&#232;re. Ces quelques lignes o&#249; il d&#233;crit des ombres avan&#231;ant p&#233;niblement vers un horizon qui ne cesse de se retirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lettre, beaucoup font comme si elle n'existait pas. Pour tant de lecteurs, il n'y aurait que Londres, la Belgique &#8212; et ensuite, rien. Mais non. Il y a cette lettre &lt;i&gt;encore&lt;/i&gt; et il faut faire &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt;, cette lettre o&#249; passe cette vision d'ombres o&#249; toute l'&#339;uvre est appel&#233;e, et se nomme, et se liquide brutalement peut-&#234;tre : &#171; Voici ! plus une ombre dessus, dessous ni autour, quoique nous soyons entour&#233;s d'objets &#233;normes ; plus de route, de pr&#233;cipices, de gorge ni de ciel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a le Gothard tout comme l'a peint Turner : on y trouve parmi les ombres, le Diable, le Pont, et le gouffre amer l&#224;-dessous o&#249; jeter les derni&#232;res illusions &#8212; au fond, il y a la soupe chaude, touill&#233;e dans la marmite des enfers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L472xH700/joseph_mallord_william_turner_-_passage_of_mount_st_gotthard_from_the_devils_bridge_1804__wc_on_paper__-__meisterdrucke-568578_-681ec.jpg?1769995070' width='472' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La neige sur le Gothard est l'envers de l'Afrique br&#251;lante, mais d&#233;j&#224; sa promesse aussi, son esquisse, sa perspective ombreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, le po&#232;te n'est pas mort en 1875. Il ne s'est pas tu encore. Sauf que dans cette lettre, Rimbaud &lt;i&gt;n'&#233;crit&lt;/i&gt; pas au sens o&#249; il accomplissait sur le langage cette inou&#239;e op&#233;ration des &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt; ; s'il &#233;crit, &lt;i&gt;malgr&#233; tout, &lt;/i&gt; c'est moins pour poursuivre l'aventure du langage qu'afin de s'en servir et nommer, &lt;i&gt;malgr&#233; tout, &lt;/i&gt; ce qui le cerne et qui a tant besoin d'&#234;tre travers&#233; : la mati&#232;re et le silence, son ombre, la mort, et par la marche l'horizon gagn&#233;, sous le tranchant du mot d&#233;chir&#233;. Oui, &lt;i&gt;malgr&#233; tout.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est seul avec ce &lt;i&gt;malgr&#233; tout&lt;/i&gt;, comme on l'est quand on n'est qu'une ombre sur quoi la neige tombe et qu'elle semble le monde, nu et froid, latent dans l'air comme en attente, et dur aussi sur la peau, invincible et l&#233;ger, tenace, &lt;i&gt;atroce&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_12722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/lettre_g-nes_17-11-1878_-_1.jpg?1709064475' width='500' height='383' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;G&#234;nes, le Dimanche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rimbaud avec &#233;crit Samedi, avant de rayer le jour. Sur les notes et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; 17 Novembre 78&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chers amis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrive ce matin &#224; G&#234;nes, et re&#231;ois&lt;br&gt;
vos lettres. Un passage pour l'&#201;gypte&lt;br&gt;
se paie en or de sorte qu'il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; je &#187; est ray&#233; sur le manuscrit&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'y a aucun&lt;br&gt;
b&#233;n&#233;fice. Je pars lundi 19 &#224; neuf heures du soir.&lt;br&gt;
On arrive &#224; la fin du mois.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la fa&#231;on dont je suis arriv&#233; ici,&lt;br&gt;
elle a &#233;t&#233; accident&#233;e et rafra&#238;chie de temps&lt;br&gt;
en temps par la saison. Sur la ligne&lt;br&gt;
droite des Ardennes en Suisse, voulant&lt;br&gt;
rejoindre, de Remiremont, la corresp.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rimbaud d&#233;testait couper en fin de ligne ; ces abr&#233;viations sont courantes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Allemande &#224; Wesserling, il m'a fallu passer&lt;br&gt;
les Vosges, d'abord en diligence, puis &#224; pied ;&lt;br&gt;
aucune diligence ne pouvant plus circuler,&lt;br&gt;
dans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rimbaud avait &#233;crit &#171; pr&#232;s de &#187;, avant de rayer.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; cinquante centim&#232;tres de neige&lt;br&gt;
en moyenne et par une tourmente signal&#233;e.&lt;br&gt;
Mais l'exploit pr&#233;vu &#233;tait le passage du&lt;br&gt;
Gothard, qu'on ne monte plus en voiture &#224;&lt;br&gt;
cette saison, et que je ne pouvais passer en&lt;br&gt;
voiture.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Altdorf, &#224; la pointe m&#233;ridionale du&lt;br&gt;
lac des Quatre Cantons qu'on a c&#244;toy&#233; en vapeur&lt;br&gt;
commence la route du Gothard. &#192; Amsteg,&lt;br&gt;
&#224; une quinzaine de kilom&#232;tres d'Altdorf, la&lt;br&gt;
route commence &#224; grimper et &#224; tourner selon&lt;br&gt;
le caract&#232;re Alpestre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La majuscule de l'adjectif dans le manuscrit : coquetterie courante chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus de vall&#233;e, on&lt;br&gt;
ne fait plus que dominer des pr&#233;cipices,&lt;br&gt;
par dessus les bornes d&#233;cam&#233;triques de la route.&lt;br&gt;
Avant d'arriver &#224; Andermatt, on passe&lt;br&gt;
un endroit d'une horreur remarquable,&lt;br&gt;
dit le pont du Diable, &#8212; moins beau pourtant&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; que la Via mala du Spl&#252;gen, que vous&lt;br&gt;
avez en gravure. A G&#246;schenen, un village&lt;br&gt;
devenant bourg par l'affluence des ouvriers,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte qui pr&#233;c&#232;de est conforme au manuscrit conserv&#233; : la suite du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] on voit au fond de la gorge l'ouverture du fameux tunnel, les ateliers et les cantines de l'entreprise. D'ailleurs tout ce pays d'aspect si f&#233;roce est fort travaill&#233; et travaillant. Si l'on ne voit pas de batteuses &#224; vapeur dans la gorge, on entend un peu partout la scie et la pioche sur la hauteur invisible. Il va sans dire que l'industrie du pays se montre surtout en morceaux de bois. Il y a beaucoup de fouilles mini&#232;res. Les aubergistes vous offrent des sp&#233;cimens min&#233;raux plus ou moins curieux, que le diable, dit on, vient acheter au sommet des collines et va revendre en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis commence la vraie mont&#233;e, &#224; Hospital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il pourrait s'agir plut&#244;t de Hospenthal.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,je crois : d'abord presque une escalade, par les traverses, puis des plateaux ou simplement la route des voitures. Car il faut bien se figurer que l'on ne peut suivre tout le temps celle ci, qui ne monte qu'en zig-zags ou terrasses fort douces, ce qui mettrait un temps infini, quand il n'y a &#224; pic que 4 900&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rimbaud omet (volontairement ?) de pr&#233;ciser &#171; m&#232;tres &#187;.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;d'&#233;l&#233;vation pour chaque face, et m&#234;me moins de 4 900, vu l'&#233;l&#233;vation du voisinage. On ne monte non plus &#224; pic, on suit des mont&#233;es habituelles, sinon fray&#233;es. Les gens non habitu&#233;s au spectacle des montagnes apprennent aussi qu'une montagne peut avoir des pics, mais qu'un pic n'est pas la montagne. Le sommet du Gothard a donc plusieurs kilom&#232;tres de superficie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route, qui n'a gu&#232;re que six m&#232;tres de largeur, est combl&#233;e tout le long &#224; droite par une chute de neige de pr&#232;s de deux m&#232;tres de hauteur, qui, &#224; chaque instant, allonge sur la route une barre d'un m&#232;tre de haut qu'il faut fendre sous une atroce tourmente de gr&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ! plus une ombre dessus, dessous ni autour, quoique nous soyons entour&#233;s d'objets &#233;normes ; plus de route, de pr&#233;cipices, de gorge ni de ciel : rien que du blanc &#224; songer, &#224; toucher, &#224; voir, ou ne pas voir, car impossible de lever les yeux de l'emb&#234;tement blanc qu'on croit &#234;tre le milieu du sentier. Impossible de lever le nez &#224; une bise aussi carabinante, les cils et la moustache en stala[c]tites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est suppos&#233; que la lettre portait l'orthographe sans [c].&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'oreille d&#233;chir&#233;e, le cou gonfl&#233;. Sans l'ombre qu'on est soi m&#234;me, et sans les poteaux du t&#233;l&#233;graphe, qui suivent la route suppos&#233;e, on serait aussi embarrass&#233; qu'un pierrot dans un four.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici &#224; fendre plus d'un m&#232;tre de haut, sur un kilom&#232;tre de long. On ne voit plus ses genoux de longtemps. C'est &#233;chauffant. Haletants, car en une demi heure la tourmente peut nous ensevelir sans trop d'efforts, on s'encourage par des cris, (on ne monte jamais tout seul, mais par bandes). Enfin voici une cantonni&#232;re : on y paie le bol d'eau sal&#233;e 1,50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En route. Mais le vent s'enrage, la route se comble visiblement. Voici un convoi de tra&#238;neaux, un cheval tomb&#233; moiti&#233; enseveli. Mais la route se perd. De quel c&#244;t&#233; des poteaux est ce ? (II n'y a de poteaux que d'un c&#244;t&#233;.) On d&#233;vie, on plonge jusqu'aux c&#244;tes, jusque sous les bras... Une ombre p&#226;le derri&#232;re une tranch&#233;e : c'est l'hospice du Gothard, &#233;tablissement civil et hospitalier, vilaine b&#226;tisse de sapin et pierres ; un clocheton. &#192; la sonnette un jeune homme louche vous re&#231;oit ; on monte dans une salle basse et malpropre o&#249; on vous r&#233;gale de droit de pain et fromage, soupe et goutte. On voit les beaux gros chiens jaunes &#224; l'histoire connue. Bient&#244;t arrivent &#224; moiti&#233; morts les retardataires de la montagne. Le soir on est une trentaine, qu'on distribue, apr&#232;s la soupe, sur des paillasses dures et sous des couvertures insuffisantes. La nuit, on entend les h&#244;tes exhaler en cantiques sacr&#233;s leur plaisir de voler un jour de plus les gouvernements qui subventionnent leur cahute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin, apr&#232;s le pain fromage goutte, raffermis par cette hospitalit&#233; gratuite qu'on peut prolonger aussi longtemps que la temp&#234;te le permet, on sort : ce matin, au soleil, la montagne est merveilleuse : plus de vent, toute descente, par les traverses, avec des sauts, des d&#233;gringolades kilom&#233;triques, qui vous font arriver &#224; Airolo, l'autre c&#244;t&#233; du tunnel, o&#249; la route reprend le caract&#232;re alpestre, circulaire et engorg&#233;, mais descendant. C'est le Tessin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route est en neige jusqu'&#224; plus de trente kilom&#232;tres du Gothard. &#192; 30 k. seulement, &#224; Giornico, la vall&#233;e s'&#233;largit un peu. Quelques berceaux de vignes et quelques bouts de pr&#233;s, qu'on fume soigneusement avec des feuilles et autres d&#233;tritus de sapin qui ont d&#251; servir de liti&#232;re. Sur la route d&#233;filent ch&#232;vres, boeufs et vaches gris, cochons noirs. &#192; Bellinzona, il y a un fort march&#233; de ces bestiaux. &#192; Lugano, &#224; vingt lieues du Gothard, on prend le train, et on va de l'agr&#233;able lac de Lugano &#224; l'agr&#233;able lac de Como. Ensuite, trajet connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis tout &#224; vous, je vous remercie et dans une vingtaine de jours vous aurez une lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre ami.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_12723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimbaud_itineraire.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimbaud_itineraire.jpg?1709064475' width='500' height='665' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rimbaud avec &#233;crit Samedi, avant de rayer le jour. Sur les notes et les commentaires savants des tribulations du manuscrit, voir &lt;a href=&#034;https://www.ecrivosges.com/auteurs/rimbaud_4.php#Biblio&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Raymond Perrin&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; je &#187; est ray&#233; sur le manuscrit&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rimbaud d&#233;testait couper en fin de ligne ; ces abr&#233;viations sont courantes chez lui dans ses lettres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rimbaud avait &#233;crit &#171; pr&#232;s de &#187;, avant de rayer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La majuscule de l'adjectif dans le manuscrit : coquetterie courante chez Rimbaud.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte qui pr&#233;c&#232;de est conforme au manuscrit conserv&#233; : la suite du manuscrit original a &#233;t&#233; perdue ; cette suite correspond aux publications du d&#233;but du XXe s., bas&#233;es sur ce manuscrit aujourd'hui disparu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il pourrait s'agir plut&#244;t de Hospenthal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rimbaud omet (volontairement ?) de pr&#233;ciser &#171; m&#232;tres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est suppos&#233; que la lettre portait l'orthographe sans [c].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | En bras de chemise</title>
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		<dc:date>2023-11-10T16:51:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;et autres guenilles&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2023-11-10_a_17.43_44.png?1699635023' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/capture_d_e_cran_2023-11-10_a_17.44_01.png?1699635030&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;Par intervalles secrets, &lt;br&gt;
Rimbaud nous adresse des nouvelles (photos, textes, d&#233;lires)&lt;br&gt;
Les recueillir ici : &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
L&#224;-bas, dans leur vaste chantier&lt;br class='autobr' /&gt;
Au soleil des Hesp&#233;rides,&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; s'agitent &#8212; en bras de chemise &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Les Charpentiers.
&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
Rimb.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cent trente deux ans apr&#232;s le dernier souffle, &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-vies-imaginaires/article/rimbaud-delires-suites-et-fin?var_mode=calcul&#034;&gt;le dernier regard par la fen&#234;tre&lt;/a&gt; sur le ciel de Marseille depuis cette chambre de l'H&#244;pital de la &lt;i&gt;Conception&lt;/i&gt; &#8212; &#233;videmment, o&#249; ailleurs ? &#8212;, et cent cinquante ans apr&#232;s la parution (dans le silence le plus lourd) d'&lt;i&gt;Une Saison en Enfer&lt;/i&gt;, Jean Nicolas Arthur Rimbaud est habill&#233; pour l'hiver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une vid&#233;o sur le sujet par Fran&#231;ois Bon : Rimbaud vend de la chemise chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise Alain Figaret, rachet&#233; en deux mille dix sept par la bien nomm&#233; Experienced Capital Partner, soci&#233;t&#233; d'investissement sp&#233;cialis&#233;e dans le secteur du &lt;i&gt;luxe abordable&lt;/i&gt; &#8212; on n'invente rien &#8212;, prend participation dans la marque &#224; hauteur de 70 % : Figaret Paris entreprend un plan de d&#233;veloppement et en novembre de la m&#234;me ann&#233;e, la soci&#233;t&#233; Comptoir Fran&#231;ais de la Chemise est absorb&#233;e par la Soci&#233;t&#233; Nouvelle Maestro qui prend le nom de Figaret Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle compte vingt huit boutiques dont une au Japon et aucune au Yemen &#224; cette heure, ou en Abyssinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours, Gallimard la v&#233;n&#233;rable Maison d&#233;tenue par la holding Madrigal accueille en son sein le g&#233;ant du Luxe LVMH dirig&#233; par Bernard Arnault &#224; hauteur de neuf virgule cinq pour cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait in&#233;vitable et quasi fatal que Gallimard s'associe &#224; Figaret pour coudre (est-ce le mot ?) des chemises : &#171; une collab(oration) qui rend hommage &#224; la po&#233;sie et &#224; la libert&#233; (&lt;i&gt;dixit&lt;/i&gt;) &#224; travers une capsule (?) aussi lyrique qu'in&#233;dite : deux cr&#233;ations mixtes embl&#233;matiques inspir&#233;es par Arthur Rimbaud, pour un hommage vibrant &#224; l'art de se r&#233;inventer. &#187; C'est &#233;crit &lt;a href=&#034;https://www.figaret.com/pages/collection-arthur-rimbaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en toutes lettres&lt;/a&gt; num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chemise mixte habite le po&#232;te moderne d'une &#171; coupe &lt;i&gt;liquette popover&lt;/i&gt; &#187; sur toile en coton et lin. La seconde chemise embrasse &#171; les lignes devenues iconiques &#187; de la chemise &#171; Je t'aime &#187; et brode quelques mots sur la patte de boutonnage pr&#232;s du c&#339;ur &#8212; et du portefeuille. Il en co&#251;terait cent trente cinq euros, mais un ouvrage sera offert g&#233;n&#233;reusement, on l'esp&#232;re bien, sans trop y croire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_12200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/img_1033.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/img_1033.png?1699635048' width='500' height='775' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Dans leurs D&#233;serts de mousse, tranquilles,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils pr&#233;parent les lambris pr&#233;cieux&lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; la ville&lt;br class='autobr' /&gt; Peindra de faux cieux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait donc pas assez que le gar&#231;on qui avait aussi fort que possible insult&#233; Charleville soit c&#233;l&#233;br&#233; &#224; chaque rue par la ville tant ha&#239;e, il fallait aussi qu'on brode des chemises hors de prix de son nom, qu'il soit, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; sujet de d&#233;votion, pure relique et objet de troc, nom qui r&#233;sonne comme la &lt;i&gt;marque&lt;/i&gt; souill&#233;e d'une blessure, bourse en monnaie sonnante et tr&#233;buchante du bruit d'or en toc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sa culotte avait un large trou&lt;/i&gt;, mais sa chemise est d&#233;sormais en &#233;crue lin (48 % coton, 2 % &#233;lasthanne), semi-ajust&#233;e et pens&#233;e pour s'accorder &#224; toutes les morphologies : celles qu'on monnaie sur son cadavre qui sert de code guichet quand il le faut aux marchands du temple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est mort le torse nu terrass&#233; par la fi&#232;vre qui couvrait son corps br&#251;lant tandis qu'il r&#233;clamait en vain &#224; Isabelle &#224; boire et qu'elle faisait lentement le signe de la croix en lui jetant de l'eau b&#233;nite qu'il recrachait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'enterra avec une chemise trop grande que sa m&#232;re avait conserv&#233; dans ses armoires ardennaises pour le jour o&#249; il se marierait : elle pleura &#224; cette pens&#233;e, non de tristesse et de regret, mais plein de ranc&#339;ur pour le fils, et d'amertume pour son orgueil.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
&#212;, pour ces Ouvriers charmants&lt;br class='autobr' /&gt;
Sujets d'un roi de Babylone,&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;nus ! quitte un instant les Amants&lt;br class='autobr' /&gt; Dont l'&#226;me est en couronne.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Poursuit encore le po&#232;me, faisant des ouvriers babyloniens les vrais sujets du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes habitu&#233;s aux insultes. Aux mani&#232;res que poss&#232;de ce si&#232;cle de s'emparer de nous jusqu'&#224; nos cadavres. Nous sommes habitu&#233;s et nous continuons malgr&#233; tout d'&#234;tre humili&#233;s, bless&#233;s, inconsolables. Crevant de b&#234;tise comme un ventre jamais satisfait, ce monde r&#233;pand sur nous sa vulgarit&#233; de poss&#233;dant et nous voudrions tant nous tenir loin : c'est impossible, il nous rejoint toujours. C'est sur telle vitrine, telle page en &lt;i&gt;ligne&lt;/i&gt; ; on ferme les fen&#234;tres une &#224; une, mais c'est trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voudrions en retour insulter et il n'y a pas de mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;f&#233;rons penser aux cadavres, &#224; nos morts qui reposent dans cette poussi&#232;re qui ne sera qu'&#224; nous : le si&#232;cle aura beau faire, ces morts resteront les n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bras de chemise, on continuera de creuser les trous ici et l&#224; o&#249; les morts trouveront place et sur quoi pousseront les fleurs sauvages qu'on arrachera pour d&#233;poser dans les cheveux de qui passera, le vent, le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cent trente deux ans, Rimbaud mourrait entour&#233; de ce ciel, dans ce vent l&#224; qui nous cerne. Il avait laiss&#233; sur quelques pages volantes quelques mots, des phrases, et dans les phrases comme si c'&#233;tait un corps d&#233;compos&#233; des forces capables de nous servir bient&#244;t afin de renverser tout ce monde vieux qui saurait se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas o&#249; se trouve cette chambre de la Conception &#224; quelques centaines de m&#232;tres d'ici o&#249; j'&#233;cris, tout pr&#232;s, oui, de l&#224; o&#249; il a &lt;i&gt;rendu l'&#226;me,&lt;/i&gt; comme l'on dit, terrifi&#233; sans doute et cherchant du regard quelque chose qui n'existait pas &#8212; nu, couvert de sueur et de larmes, je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais ceux qui vendent les chemises &#224; son nom et pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; quatre heure du matin, l'&#233;t&#233; &#187; travaillent les Charpentiers de Babylone &#339;uvrant dans l'air et la fatigue pour lever la ville neuve : elle arrive. Il fait d&#233;j&#224; chaud et leurs chemises noires de terre et relev&#233;es au coude sont tremp&#233;es ; ils ont soif.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt; &#212; Reine des Bergers,&lt;br class='autobr' /&gt;
Porte aux travailleurs l'eau-de-vie,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que leurs forces soient en paix&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant le bain dans la mer &#224; midi.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est la fin du po&#232;me. Apr&#232;s commence la vie, l'autre, celle qui est d&#233;figur&#233;e par le langage et donne l'envie de renverser Babylone pour rejoindre le soleil qui va se coucher.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12202 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1797.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1797.jpg?1699635101' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une vid&#233;o sur le sujet par Fran&#231;ois Bon : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Pu-UB4Vzc18&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rimbaud vend de la chemise chez Gallimard, marre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Arthur Rimbaud | Une Saison en enfer</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/article/arthur-rimbaud-une-saison-en-enfer</link>
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		<dc:date>2022-07-29T07:02:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;le texte&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/" rel="directory"&gt;Rimbaud | une anthologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/207pf0003-bl2th-1.jpg?1659077505' class='spip_logo spip_logo_right' width='122' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;On ne sait rien de ce texte, de son r&#234;ve. On le lit depuis plus d'un si&#232;cle et chaque lecture en renouvelle l'&#233;nigme, la secousse. Tout ce qui s'est &#233;crit apr&#232;s lui prend naissance de lui, sans qu'on parvienne &#224; savoir pourquoi, comment. On devine combien il a voulu soulever &#224; lui seul le langage et tout ce que ce dernier avait pr&#233;tendu fonder, qu'il renverse les fondations de la pens&#233;e, qu'il insulte le projet de la civilisation au nom de ce qui met en d&#233;route la r&#233;alit&#233;, qu'il retourne la vie contre elle-m&#234;me : qu'il plonge dans ce que plusieurs mill&#233;naires avaient nomm&#233; les enfers pour trouver l&#224; territoire de fondation d'autres puissances. Mais le sens reste enclos &#224; lui, et bien davantage : c'est le sens lui-m&#234;me que ce texte liquide, une bonne fois pour toute. Alors on ne peut rien savoir ; il faut renoncer &#224; savoir : on s'y enveloppe, et on y plonge comme dans la mer lorsque soudain il pleut. Quand il fut r&#233;dig&#233;, on ne sait pas plus de sa r&#233;alisation. Par exemple : est-ce la m&#232;re de Rimbaud ou celle de Verlaine qui s'acquitta de la somme vers&#233;e &#224; l'imprimeur ? Les derniers mots portent des dates qui signent des po&#232;mes pourtant &#233;crits bien avant : avril &#8212; ao&#251;t 1873. Le texte est empli de coquilles, certaines peut-&#234;tre volontaires qui t&#233;moignent d'un d&#233;sir de faire violence &#224; la langue ; il y a des &#233;nigmes aussi : ces guillemets qui ouvrent le texte et ne se fermeront pas &#8212; oubli ? n&#233;gligence ? d&#233;sir encore, mais de quoi ? Quand il revient &#224; Bruxelles en octobre pour prendre possession de son livre, chez l'&#233;diteur Poot, il n'emporte que quelques exemplaires &#8212; sans doute n'a-t-il pas l'argent n&#233;cessaire. Il y a cette l&#233;gende du jeune gar&#231;on se rendant &#224; la prison de Mons pour d&#233;poser un de ces exemplaires &#224; l'ami enferm&#233; : mais n'est-ce pas Verlaine lui-m&#234;me qui a ajout&#233; la signature de l'auteur en premi&#232;re page ? Non, on ne sait pas grand chose. On sait que l'imprimeur fit faillite quelques mois plus tard, que les livres furent abandonn&#233;s l&#224;, sans qu'ils soient mis en vente, que tout le monde les a oubli&#233;s, Rimbaud le premier, qu'un certain L&#233;on Losseau, collectionneur, les d&#233;couvrit par hasard endormi dans un coin du magasin pourrissant, qu'il acheta pour une bouch&#233;e de pain les 425 exemplaires &#8212; qu'en cela, et contrairement &#224; ce qu'avait affirm&#233; la s&#339;ur d&#233;vote, le po&#232;te n'avait pas d&#233;truit l'&#339;uvre impie par contrition, mais qu'il les avait seulement n&#233;gligemment laiss&#233; derri&#232;re lui, tandis qu'il &#233;tait emport&#233; ailleurs. Restent ce livre, le seul compos&#233; par Rimbaud, des phrases qui br&#251;lent encore, et qui appellent encore.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;sommaire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#jadis&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Jadis, si je me souviens bien&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#mauvais&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Mauvais sang&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#nuit&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Nuit de l'enfer&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#deliresI&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;D&#233;lires I Vierge folle L'&#201;poux infernal&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#deliresII&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;D&#233;lires II Alchimie du verbe&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#impossible&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;L'impossible&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#eclair&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;L'&#233;clair&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#matin&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Matin&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#adieu&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Adieu&lt;/a&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;jadis&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Jadis, si je me souviens bien, ma vie &#233;tait un festin o&#249; s'ouvraient tous les c&#339;urs, o&#249; tous les vins coulaient. Un soir, j'ai assis la Beaut&#233; sur mes genoux. &#8212; Et je l'ai trouv&#233;e am&#232;re. &#8212; Et je l'ai injuri&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis arm&#233; contre la justice.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me suis enfui. &#212; sorci&#232;res, &#244; mis&#232;re, &#244; haine, c'est &#224; vous que mon tr&#233;sor a &#233;t&#233; confi&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt; Je parvins &#224; faire s'&#233;vanouir dans mon esprit toute l'esp&#233;rance humaine. Sur toute joie pour l'&#233;trangler j'ai fait le bond sourd de la b&#234;te f&#233;roce.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai appel&#233; les bourreaux pour, en p&#233;rissant, mordre la crosse de leurs fusils. J'ai appel&#233; les fl&#233;aux, pour m'&#233;touffer avec le sable, le sang. Le malheur a &#233;t&#233; mon dieu. Je me suis allong&#233; dans la boue. Je me suis s&#233;ch&#233; &#224; l'air du crime. Et j'ai jou&#233; de bons tours &#224; la folie.&lt;br class='autobr' /&gt; Et le printemps m'a apport&#233; l'affreux rire de l'idiot.&lt;br class='autobr' /&gt; Or, tout derni&#232;rement m'&#233;tant trouv&#233; sur le point de faire le dernier couac ! j'ai song&#233; &#224; rechercher la clef du festin ancien, o&#249; je reprendrais peut-&#234;tre app&#233;tit.&lt;br class='autobr' /&gt; La charit&#233; est cette clef. &#8212; Cette inspiration prouve que j'ai r&#234;v&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Tu resteras hy&#232;ne, etc..., &#187; se r&#233;crie le d&#233;mon qui me couronna de si aimables pavots. &#171; Gagne la mort avec tous tes app&#233;tits, et ton &#233;go&#239;sme et tous les p&#233;ch&#233;s capitaux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Ah ! j'en ai trop pris : &#8212; Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irrit&#233;e ! et en attendant les quelques petites l&#226;chet&#233;s en retard, vous qui aimez dans l'&#233;crivain l'absence des facult&#233;s descriptives ou instructives, je vous d&#233;tache ces quelques hideux feuillets de mon carnet de damn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;mauvais&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mauvais sang&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; J'ai de mes anc&#234;tres gaulois l'&#339;il bleu blanc, la cervelle &#233;troite, et la maladresse dans la lutte. Je trouve mon habillement aussi barbare que le leur. Mais je ne beurre pas ma chevelure.&lt;br class='autobr' /&gt; Les Gaulois &#233;taient les &#233;corcheurs de b&#234;tes, les br&#251;leurs d'herbes les plus ineptes de leur temps.&lt;br class='autobr' /&gt; D'eux, j'ai : l'idol&#226;trie et l'amour du sacril&#232;ge ; &#8212; oh ! tous les vices, col&#232;re, luxure, &#8212; magnifique, la luxure ; &#8212; surtout mensonge et paresse.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai horreur de tous les m&#233;tiers. Ma&#238;tres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main &#224; plume vaut la main &#224; charrue. &#8212; Quel si&#232;cle &#224; mains ! &#8212; Je n'aurai jamais ma main. Apr&#232;s, la domesticit&#233; m&#232;ne trop loin. L'honn&#234;tet&#233; de la mendicit&#233; me navre. Les criminels d&#233;go&#251;tent comme des ch&#226;tr&#233;s : moi, je suis intact, et &#231;a m'est &#233;gal.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais ! qui a fait ma langue perfide tellement qu'elle ait guid&#233; et sauvegard&#233; jusqu'ici ma paresse ? Sans me servir pour vivre m&#234;me de mon corps, et plus oisif que le crapaud, j'ai v&#233;cu partout. Pas une famille d'Europe que je ne connaisse. &#8212; J'entends des familles comme la mienne, qui tiennent tout de la d&#233;claration des Droits&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'Homme. &#8212; J'ai connu chaque fils de famille !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Si j'avais des ant&#233;c&#233;dents &#224; un point quelconque de l'histoire de France !&lt;br class='autobr' /&gt; Mais non, rien.&lt;br class='autobr' /&gt; Il m'est bien &#233;vident que j'ai toujours &#233;t&#233; de race inf&#233;rieure. Je ne puis comprendre la r&#233;volte. Ma race ne se souleva jamais que pour piller : tels les loups &#224; la b&#234;te qu'ils n'ont pas tu&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Je me rappelle l'histoire de la France fille a&#238;n&#233;e de l'&#201;glise. J'aurais fait, manant, le voyage de terre sainte, j'ai dans la t&#234;te des routes dans les plaines souabes, des vues de Byzance, des remparts de Solyme ; le culte de Marie, l'attendrissement sur le crucifi&#233; s'&#233;veillent en moi parmi les mille f&#233;eries profanes. &#8212; Je suis assis, l&#233;preux, sur les pots cass&#233;s et les orties, au pied d'un mur rong&#233; par le soleil. &#8212; Plus tard, re&#238;tre, j'aurais bivaqu&#233; sous les nuits d'Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt; Ah ! encore : je danse le sabbat dans une rouge clairi&#232;re, avec des vieilles et des enfants.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme. Je n'en finirais pas de me revoir dans ce pass&#233;. Mais toujours seul ; sans famille ; m&#234;me, quelle langue parlais-je ? Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ ; ni dans les conseils des Seigneurs, &#8212; repr&#233;sentants du Christ.&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'&#233;tais-je au si&#232;cle dernier : je ne me retrouve qu'aujourd'hui. Plus de vagabonds, plus de guerres vagues. La race inf&#233;rieure a tout couvert &#8212; le peuple, comme on dit, la raison ; la nation et la science.&lt;br class='autobr' /&gt; Oh ! la science ! On a tout repris. Pour le corps et pour l'&#226;me, &#8212; le viatique, &#8212; on a la m&#233;decine et la philosophie, &#8212; les rem&#232;des de bonnes femmes et les chansons populaires arrang&#233;es. Et les divertissements des princes et les jeux qu'ils interdisaient ! G&#233;ographie, cosmographie, m&#233;canique, chimie !...&lt;br class='autobr' /&gt; La science, la nouvelle noblesse ! Le progr&#232;s. Le monde marche ! Pourquoi ne tournerait-il pas ?&lt;br class='autobr' /&gt; C'est la vision des nombres. Nous allons &#224; l'Esprit. C'est tr&#232;s certain, c'est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m'expliquer sans paroles pa&#239;ennes, je voudrais me taire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Le sang pa&#239;en revient ! L'Esprit est proche, pourquoi Christ ne m'aide-t-il pas, en donnant &#224; mon &#226;me noblesse et libert&#233;. H&#233;las ! l'&#201;vangile a pass&#233; ! l'&#201;vangile ! l'&#201;vangile.&lt;br class='autobr' /&gt; J'attends Dieu avec gourmandise. Je suis de race inf&#233;rieure de toute &#233;ternit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journ&#233;e est faite ; je quitte l'Europe. L'air marin br&#251;lera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l'herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du m&#233;tal bouillant, &#8212; comme faisaient ces chers anc&#234;tres autour des feux.&lt;br class='autobr' /&gt; Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'&#339;il furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces f&#233;roces infirmes retour des pays chauds. Je serai m&#234;l&#233; aux affaires politiques. Sauv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Maintenant je suis maudit, j'ai horreur de la patrie. Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; On ne part pas. &#8212; Reprenons les chemins d'ici, charg&#233; de mon vice, le vice qui a pouss&#233; ses racines de souffrance &#224; mon c&#244;t&#233;, d&#232;s l'&#226;ge de raison &#8212; qui monte au ciel, me bat, me renverse, me tra&#238;ne.&lt;br class='autobr' /&gt; La derni&#232;re innocence et la derni&#232;re timidit&#233;. C'est dit. Ne pas porter au monde mes d&#233;go&#251;ts et mes trahisons.&lt;br class='autobr' /&gt; Allons ! La marche, le fardeau, le d&#233;sert, l'ennui et la col&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; qui me louer ? Quelle b&#234;te faut-il adorer ? Quelle sainte image attaque-t-on ? Quels c&#339;urs briserai-je ? Quel mensonge dois-je tenir ? &#8212; Dans quel sang marcher ?&lt;br class='autobr' /&gt; Plut&#244;t, se garder de la justice. &#8212; La vie dure, l'abrutissement simple, &#8212; soulever, le poing dess&#233;ch&#233;, le couvercle du cercueil, s'asseoir, s'&#233;touffer. Ainsi point de vieillesse, ni de dangers : la terreur n'est pas fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Ah ! je suis tellement d&#233;laiss&#233; que j'offre &#224; n'importe quelle divine image des &#233;lans vers la perfection.&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; mon abn&#233;gation, &#244; ma charit&#233; merveilleuse ! ici-bas, pourtant !&lt;br class='autobr' /&gt; De profundis Domine, suis-je b&#234;te !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Encore tout enfant, j'admirais le for&#231;at intraitable sur qui se referme toujours le bagne ; je visitais les auberges et les garnis qu'il aurait sacr&#233;s par son s&#233;jour ; je voyais avec son id&#233;e le ciel bleu et le travail fleuri de la campagne ; je flairais sa fatalit&#233; dans les villes. Il avait plus de force qu'un saint, plus de bon sens qu'un voyageur &#8212; et lui, lui seul ! pour t&#233;moin de sa gloire et de sa raison.&lt;br class='autobr' /&gt; Sur les routes, par des nuits d'hiver, sans g&#238;te, sans habits, sans pain, une voix &#233;treignait mon c&#339;ur gel&#233; : &#171; Faiblesse ou force : te voil&#224;, c'est la force. Tu ne sais ni o&#249; tu vas ni pourquoi tu vas, entre partout, r&#233;ponds &#224; tout. On ne te tuera pas plus que si tu &#233;tais cadavre. &#187; Au matin j'avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j'ai rencontr&#233;s ne m'ont peut-&#234;tre pas vu.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les villes la boue m'apparaissait soudainement rouge et noire, comme une glace quand la lampe circule dans la chambre voisine, comme un tr&#233;sor dans la for&#234;t ! Bonne chance, criais-je, et je voyais une mer de flammes et de fum&#233;es au ciel ; et, &#224; gauche, &#224; droite, toutes les richesses flambant comme un milliard de tonnerres.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais l'orgie et la camaraderie des femmes m'&#233;taient interdites. Pas m&#234;me un compagnon. Je me voyais devant une foule exasp&#233;r&#233;e, en face du peloton d'ex&#233;cution, pleurant du malheur qu'ils n'aient pu comprendre, et pardonnant ! &#8212; Comme Jeanne d'Arc ! &#8212; &#171; Pr&#234;tres, professeurs, ma&#238;tres, vous vous trompez en me livrant &#224; la justice. Je n'ai jamais &#233;t&#233; de ce peuple-ci ; je n'ai jamais &#233;t&#233; chr&#233;tien ; je suis de la race qui chantait dans le supplice ; je ne comprends pas les lois ; je n'ai pas le sens moral, je suis une brute : vous vous trompez... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Oui, j'ai les yeux ferm&#233;s &#224; votre lumi&#232;re. Je suis une b&#234;te, un n&#232;gre. Mais je puis &#234;tre sauv&#233;. Vous &#234;tes de faux n&#232;gres, vous maniaques, f&#233;roces, avares. Marchand, tu es n&#232;gre ; magistrat, tu es n&#232;gre ; g&#233;n&#233;ral, tu es n&#232;gre ; empereur, vieille d&#233;mangeaison, tu es n&#232;gre : tu as bu d'une liqueur non tax&#233;e, de la fabrique de Satan. &#8212; Ce peuple est inspir&#233; par la fi&#232;vre et le cancer. Infirmes et vieillards sont tellement respectables qu'ils demandent &#224; &#234;tre bouillis. &#8212; Le plus malin est de quitter ce continent, o&#249; la folie r&#244;de pour pourvoir d'otages ces mis&#233;rables. J'entre au vrai royaume des enfants de Cham.&lt;br class='autobr' /&gt; Connais-je encore la nature ? me connais-je ? &#8212; Plus de mots. J'ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse ! Je ne vois m&#234;me pas l'heure o&#249;, les blancs d&#233;barquant, je tomberai au n&#233;ant.&lt;br class='autobr' /&gt; Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Les blancs d&#233;barquent. Le canon ! Il faut se soumettre au bapt&#234;me, s'habiller, travailler.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai re&#231;u au c&#339;ur le coup de la gr&#226;ce. Ah ! je ne l'avais pas pr&#233;vu !&lt;br class='autobr' /&gt; Je n'ai point fait le mal. Les jours vont m'&#234;tre l&#233;gers, le repentir me sera &#233;pargn&#233;. Je n'aurai pas eu les tourments de l'&#226;me presque morte au bien, o&#249; remonte la lumi&#232;re s&#233;v&#232;re comme les cierges fun&#233;raires. Le sort du fils de famille, cercueil pr&#233;matur&#233; couvert de limpides larmes. Sans doute la d&#233;bauche est b&#234;te, le vice est b&#234;te ; il faut jeter la pourriture &#224; l'&#233;cart. Mais l'horloge ne sera pas arriv&#233;e &#224; ne plus sonner que l'heure de la pure douleur ! Vais-je &#234;tre enlev&#233; comme un enfant, pour jouer au paradis dans l'oubli de tout le malheur !&lt;br class='autobr' /&gt; Vite ! est-il d'autres vies ? &#8212; Le sommeil dans la richesse est impossible. La richesse a toujours &#233;t&#233; bien public. L'amour divin seul octroie les clefs de la science.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois que la nature n'est qu'un spectacle de bont&#233;. Adieu chim&#232;res, id&#233;als, erreurs.&lt;br class='autobr' /&gt; Le chant raisonnable des anges s'&#233;l&#232;ve du navire sauveur : c'est l'amour divin. &#8212; Deux amours ! je puis mourir de l'amour terrestre, mourir de d&#233;vouement. J'ai laiss&#233; des &#226;mes dont la peine s'accro&#238;tra de mon d&#233;part ! Vous me choisissez parmi les naufrag&#233;s, ceux qui restent sont-ils pas mes amis ?&lt;br class='autobr' /&gt; Sauvez-les !&lt;br class='autobr' /&gt; La raison est n&#233;e. Le monde est bon. Je b&#233;nirai la vie. J'aimerai mes fr&#232;res. Ce ne sont plus des promesses d'enfance. Ni l'espoir d'&#233;chapper &#224; la vieillesse et &#224; la mort. Dieu fait ma force, et je loue Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; L'ennui n'est plus mon amour. Les rages, les d&#233;bauches, la folie, dont je sais tous les &#233;lans et les d&#233;sastres, &#8212; tout mon fardeau est d&#233;pos&#233;. Appr&#233;cions sans vertige l'&#233;tendue de mon innocence.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne serais plus capable de demander le r&#233;confort d'une bastonnade. Je ne me crois pas embarqu&#233; pour une noce avec J&#233;sus-Christ pour beau-p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J'ai dit : Dieu. Je veux la libert&#233; dans le salut : comment la poursuivre ? Les go&#251;ts frivoles m'ont quitt&#233;. Plus besoin de d&#233;vouement ni d'amour divin. Je ne regrette pas le si&#232;cle des c&#339;urs sensibles. Chacun a sa raison, m&#233;pris et charit&#233; : je retiens ma place au sommet de cette ang&#233;lique &#233;chelle de bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt; Quant au bonheur &#233;tabli, domestique ou non... non, je ne peux pas. Je suis trop dissip&#233;, trop faible. La vie fleurit par le travail, vieille v&#233;rit&#233; : moi, ma vie n'est pas assez pesante, elle s'envole et flotte loin au-dessus de l'action, ce cher point du monde.&lt;br class='autobr' /&gt; Comme je deviens vieille fille, &#224; manquer du courage d'aimer la mort !&lt;br class='autobr' /&gt; Si Dieu m'accordait le calme c&#233;leste, a&#233;rien, la pri&#232;re, &#8212; comme les anciens saints. &#8212; Les saints ! des forts ! les anachor&#232;tes, des artistes comme il n'en faut plus !&lt;br class='autobr' /&gt; Farce continuelle ! Mon innocence me ferait pleurer. La vie est la farce &#224; mener par tous.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Assez ! voici la punition. &#8212; En marche !&lt;br class='autobr' /&gt; Ah ! les poumons br&#251;lent, les tempes grondent ! la nuit roule dans mes yeux, par ce soleil ! le c&#339;ur... les membres...&lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; va-t-on ? au combat ? je suis faible ! les autres avancent. Les outils, les armes... le temps !...&lt;br class='autobr' /&gt; Feu ! feu sur moi ! L&#224; ! ou je me rends. &#8212; L&#226;ches ! &#8212; Je me tue ! Je me jette aux pieds des chevaux !&lt;br class='autobr' /&gt; Ah !...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Je m'y habituerai.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce serait la vie fran&#231;aise, le sentier de l'honneur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;nuit&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nuit de l'enfer&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; J'ai aval&#233; une fameuse gorg&#233;e de poison. &#8212; Trois fois b&#233;ni soit le conseil qui m'est arriv&#233; ! &#8212; Les entrailles me br&#251;lent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j'&#233;touffe, je ne puis crier. C'est l'enfer, l'&#233;ternelle peine ! Voyez comme le feu se rel&#232;ve ! Je br&#251;le comme il faut. Va, d&#233;mon !&lt;br class='autobr' /&gt; J'avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je d&#233;crire la vision, l'air de l'enfer ne souffre pas les hymnes ! C'&#233;tait des millions de cr&#233;atures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je ?&lt;br class='autobr' /&gt; Les nobles ambitions !&lt;br class='autobr' /&gt; Et c'est encore la vie ! &#8212; Si la damnation est &#233;ternelle ! Un homme qui veut se mutiler est bien damn&#233;, n'est-ce pas ? Je me crois en enfer, donc j'y suis. C'est l'ex&#233;cution du cat&#233;chisme. Je suis esclave de mon bapt&#234;me. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le v&#244;tre. Pauvre innocent ! l'enfer ne peut attaquer les pa&#239;ens. &#8212; C'est la vie encore ! Plus tard, les d&#233;lices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au n&#233;ant, de par la loi humaine.&lt;br class='autobr' /&gt; Tais-toi, mais tais-toi !... C'est la honte, le reproche, ici : Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma col&#232;re est affreusement sotte. &#8212; Assez !... Des erreurs qu'on me souffle, magies, parfums faux, musiques pu&#233;riles. &#8212; Et dire que je tiens la v&#233;rit&#233;, que je vois la justice : j'ai un jugement sain et arr&#234;t&#233;, je suis pr&#234;t pour la perfection... Orgueil. &#8212; La peau de ma t&#234;te se dess&#232;che. Piti&#233; ! Seigneur, j'ai peur. J'ai soif, si soif !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah ! l'enfance, l'herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze... le diable est au clocher, &#224; cette heure. Marie ! Sainte Vierge !... &#8212; Horreur de ma b&#234;tise.&lt;br class='autobr' /&gt; L&#224;-bas, ne sont-ce pas des &#226;mes honn&#234;tes, qui me veulent du bien... Venez... J'ai un oreiller sur la bouche, elles ne m'entendent pas, ce sont des fant&#244;mes. Puis, jamais personne ne pense &#224; autrui. Qu'on n'approche pas. Je sens le roussi, c'est certain.&lt;br class='autobr' /&gt; Les hallucinations sont innombrables. C'est bien ce que j'ai toujours eu : plus de foi en l'histoire, l'oubli des principes. Je m'en tairai : po&#232;tes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.&lt;br class='autobr' /&gt; Ah &#231;&#224; ! l'horloge de la vie s'est arr&#234;t&#233;e tout &#224; l'heure. Je ne suis plus au monde. &#8212; La th&#233;ologie est s&#233;rieuse, l'enfer est certainement en bas &#8212; et le ciel en haut. &#8212; Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.&lt;br class='autobr' /&gt; Que de malices, dans l'attention dans la campagne... Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages... J&#233;sus marche sur les ronces purpurines, sans les courber... J&#233;sus marchait sur les eaux irrit&#233;es. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d'une vague d'&#233;meraude...&lt;br class='autobr' /&gt; Je vais d&#233;voiler tous les myst&#232;res : myst&#232;res religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, pass&#233;, cosmogonie, n&#233;ant. Je suis ma&#238;tre en fantasmagories.&lt;br class='autobr' /&gt; &#201;coutez !...&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai tous les talents ! &#8212; Il n'y a personne ici et il y a quelqu'un : je ne voudrais pas r&#233;pandre mon tr&#233;sor. &#8212; Veut-on des chants n&#232;gres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge &#224; la recherche de l'anneau ? Veut-on ? Je ferai de l'or, des rem&#232;des.&lt;br class='autobr' /&gt; Fiez-vous donc &#224; moi, la foi soulage, guide, gu&#233;rit. Tous, venez, &#8212; m&#234;me les petits enfants, &#8212; que je vous console, qu'on r&#233;pande pour vous son c&#339;ur, &#8212; le c&#339;ur merveilleux ! &#8212; Pauvres hommes, travailleurs ! Je ne demande pas de pri&#232;res ; avec votre confiance seulement, je serai heureux.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Et pensons &#224; moi. Ceci me fait un peu regretter le monde. J'ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c'est regrettable.&lt;br class='autobr' /&gt; Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;cid&#233;ment, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah ! mon ch&#226;teau, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours... Suis-je las !&lt;br class='autobr' /&gt; Je devrais avoir mon enfer pour la col&#232;re, mon enfer pour l'orgueil, &#8212; et l'enfer de la caresse ; un concert d'enfers.&lt;br class='autobr' /&gt; Je meurs de lassitude. C'est le tombeau, je m'en vais aux vers, horreur de l'horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je r&#233;clame. Je r&#233;clame ! un coup de fourche, une goutte de feu.&lt;br class='autobr' /&gt; Ah ! remonter &#224; la vie ! Jeter les yeux sur nos difformit&#233;s. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruaut&#233; du monde ! Mon Dieu, piti&#233;, cachez-moi, je me tiens trop mal ! &#8212; Je suis cach&#233; et je ne le suis pas.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est le feu qui se rel&#232;ve avec son damn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;deliresI&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;D&#201;LIRES I &lt;/center&gt;&lt;center&gt;Vierge folle&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;L'&#201;poux infernal&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#201;coutons, la confession d'un compagnon d'enfer : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; &#212; divin &#201;poux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis so&#251;le. Je suis impure. Quelle vie !&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Pardon, divin Seigneur, pardon ! Ah ! pardon ! Que de larmes ! Et que de larmes encor plus tard, j'esp&#232;re !&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Plus tard, je conna&#238;trai le divin &#201;poux ! Je suis n&#233;e soumise &#224; Lui. &#8212; L'autre peut me battre maintenant !&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; &#192; pr&#233;sent, je suis au fond du monde ! &#212; mes amies !... non, pas mes amies... Jamais d&#233;lires ni tortures semblables... Est-ce b&#234;te !&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Ah ! je souffre, je crie. Je souffre vraiment. Tout pourtant m'est permis, charg&#233;e du m&#233;pris des plus m&#233;prisables c&#339;urs.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Enfin, faisons cette confidence, quitte &#224; la r&#233;p&#233;ter vingt autres fois, &#8212; aussi morne, aussi insignifiante !&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Je suis esclave de l'&#201;poux infernal, celui qui a perdu les vierges folles. C'est bien ce d&#233;mon-l&#224;. Ce n'est pas un spectre, ce n'est pas un fant&#244;me. Mais moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damn&#233;e et morte au monde, &#8212; on ne me tuera pas ! &#8212; Comment vous le d&#233;crire ! Je ne sais m&#234;me plus parler. Je suis en deuil, je pleure, j'ai peur. Un peu de fra&#238;cheur, Seigneur, si vous voulez, si vous voulez bien !&lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Je suis veuve... &#8212; J'&#233;tais veuve... &#8212; mais oui, j'ai &#233;t&#233; bien s&#233;rieuse jadis, et je ne suis pas n&#233;e pour devenir squelette !... &#8212; Lui &#233;tait presque un enfant... Ses d&#233;licatesses myst&#233;rieuses m'avaient s&#233;duite. J'ai oubli&#233; tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. Je vais o&#249; il va, il le faut. Et souvent il s'emporte contre moi, moi, la pauvre &#226;me. Le D&#233;mon ! &#8212; C'est un D&#233;mon, vous savez, ce n'est pas un homme.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Il dit : &#171; Je n'aime pas les femmes. L'amour est &#224; r&#233;inventer, on le sait. Elles ne peuvent plus que vouloir une position assur&#233;e. La position gagn&#233;e, c&#339;ur et beaut&#233; sont mis de c&#244;t&#233; : il ne reste que froid d&#233;dain, l'aliment du mariage, aujourd'hui. Ou bien je vois des femmes, avec les signes du bonheur, dont, moi, j'aurais pu faire de bonnes camarades, d&#233;vor&#233;es tout d'abord par des brutes sensibles comme des b&#251;chers... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Je l'&#233;coute faisant de l'infamie une gloire, de la cruaut&#233; un charme : &#171; Je suis de race lointaine : mes p&#232;res &#233;taient Scandinaves : ils se per&#231;aient les c&#244;tes, buvaient leur sang. &#8212; Je me ferai des entailles par tout le corps, je me tatouerai, je veux devenir hideux comme un Mongol : tu verras, je hurlerai dans les rues. Je veux devenir bien fou de rage. Ne me montre jamais de bijoux, je ramperais et me tordrais sur le tapis. Ma richesse, je la voudrais tach&#233;e de sang partout. Jamais je ne travaillerai... &#187; Plusieurs nuits, son d&#233;mon me saisissant, nous roulions, je luttais avec lui ! &#8212; Les nuits, souvent, ivre, il se poste dans des rues ou dans des maisons, pour m'&#233;pouvanter mortellement. &#8212; &#171; On me coupera vraiment le cou ; ce sera d&#233;go&#251;tant. &#8220;Oh ! ces jours o&#249; il veut marcher avec l'air du crime !&lt;br class='autobr' /&gt; &#8216;Parfois il parle, en une fa&#231;on de patois attendri, de la mort qui fait repentir, des malheureux qui existent certainement, des travaux p&#233;nibles, des d&#233;parts qui d&#233;chirent les c&#339;urs. Dans les bouges o&#249; nous enivrions, il pleurait en consid&#233;rant ceux qui nous entouraient, b&#233;tail de la mis&#232;re. Il relevait les ivrognes dans les rues noires. Il avait la piti&#233; d'une m&#232;re m&#233;chante pour les petits enfants. &#8212; Il s'en allait avec des gentillesses de petite fille au cat&#233;chisme. &#8212; Il feignait d'&#234;tre &#233;clair&#233; sur tout, commerce, art, m&#233;decine. &#8212; Je le suivais, il le faut !&lt;br class='autobr' /&gt; &#8216;Je voyais tout le d&#233;cor dont, en esprit, il s'entourait ; v&#234;tements, draps, meubles : je lui pr&#234;tais des armes, une autre figure. Je voyais tout ce qui le touchait, comme il aurait voulu le cr&#233;er pour lui. Quand il me semblait avoir l'esprit inerte, je le suivais, moi, dans des actions &#233;tranges et compliqu&#233;es, loin, bonnes ou mauvaises : j'&#233;tais s&#251;re de ne jamais entrer dans son monde. A c&#244;t&#233; de son cher corps endormi, que d'heures des nuits j'ai veill&#233;, cherchant pourquoi il voulait tant s'&#233;vader de la r&#233;alit&#233;. Jamais l'homme n'eut pareil v&#339;u. Je reconnaissais, &#8212; sans craindre pour lui, &#8212; qu'il pouvait &#234;tre un s&#233;rieux danger dans la soci&#233;t&#233;. &#8212; Il a peut-&#234;tre des secrets pour changer la vie ? Non, il ne fait qu'en chercher, me r&#233;pliquais-je. Enfin sa charit&#233; est ensorcel&#233;e, et j'en suis la prisonni&#232;re. Aucune autre &#226;me n'aurait assez de force, &#8212; force de d&#233;sespoir ! &#8212; pour la supporter, &#8212; pour &#234;tre prot&#233;g&#233;e et aim&#233;e par lui. D'ailleurs, je ne me le figurais pas avec une autre &#226;me : on voit son Ange, jamais l'Ange d'un autre, &#8212; je crois. J'&#233;tais dans son &#226;me comme dans un palais qu'on a vid&#233; pour ne pas voir une personne si peu noble que vous : voil&#224; tout. H&#233;las ! je d&#233;pendais bien de lui. Mais que voulait-il avec mon existence terne et l&#226;che ? Il ne me rendait pas meilleure, s'il ne me faisait pas mourir ! Tristement d&#233;pit&#233;e, je lui dis quelquefois : &#8216;Je te comprends.' Il haussait les &#233;paules.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8216;Ainsi, mon chagrin se renouvelant sans cesse, et me trouvant plus &#233;gar&#233;e &#224; mes yeux, &#8212; comme &#224; tous les yeux qui auraient voulu me fixer, si je n'eusse &#233;t&#233; condamn&#233;e pour jamais &#224; l'oubli de tous ! &#8212; j'avais de plus en plus faim de sa bont&#233;. Avec ses baisers et ses &#233;treintes amies, c'&#233;tait bien un ciel, un sombre ciel, o&#249; j'entrais, et o&#249; j'aurais voulu &#234;tre laiss&#233;e, pauvre, sourde, muette, aveugle. D&#233;j&#224; j'en prenais l'habitude. Je nous voyais comme deux bons enfants, libres de se promener dans le Paradis de tristesse. Nous nous accordions. Bien &#233;mus, nous travaillions ensemble. Mais, apr&#232;s une p&#233;n&#233;trante caresse, il disait : &#8216;Comme &#231;a te para&#238;tra dr&#244;le, quand je n'y serai plus, ce par quoi tu as pass&#233;. Quand tu n'auras plus mes bras sous ton cou, ni mon c&#339;ur pour t'y reposer, ni cette bouche sur tes yeux. Parce qu'il faudra que je m'en aille, tr&#232;s loin, un jour. Puis il faut que j'en aide d'autres : c'est mon devoir. Quoique ce ne soit gu&#232;re rago&#251;tant..., ch&#232;re &#226;me...' Tout de suite je me pressentais, lui parti, en proie au vertige, pr&#233;cipit&#233;e dans l'ombre la plus affreuse : la mort. Je lui faisais promettre qu'il ne me l&#226;cherait pas. Il l'a faite vingt fois, cette promesse d'amant. C'&#233;tait aussi frivole que moi lui disant : &#8216;Je te comprends.'&lt;br class='autobr' /&gt; &#8216;Ah ! je n'ai jamais &#233;t&#233; jalouse de lui. Il ne me quittera pas, je crois. Que devenir ? Il n'a pas une connaissance ; il ne travaillera jamais. Il veut vivre somnambule. Seules, sa bont&#233; et sa charit&#233; lui donneraient-elles droit dans le monde r&#233;el ? Par instants, j'oublie la piti&#233; o&#249; je suis tomb&#233;e : lui me rendra forte, nous voyagerons, nous chasserons dans les d&#233;serts, nous dormirons sur les pav&#233;s des villes inconnues, sans soins, sans peines. Ou je me r&#233;veillerai, et les lois et les m&#339;urs auront chang&#233;, &#8212; gr&#226;ce &#224; son pouvoir magique, &#8212; le monde, en restant le m&#234;me, me laissera &#224; mes d&#233;sirs, joies, nonchalances. Oh ! la vie d'aventures qui existe dans les livres des enfants, pour me r&#233;compenser, j'ai tant souffert, me la donneras-tu ? Il ne peut pas. J'ignore son id&#233;al. Il m'a dit avoir des regrets, des espoirs : cela ne doit pas me regarder. Parle-t-il &#224; Dieu ? Peut-&#234;tre devrais-je m'adresser &#224; Dieu. Je suis au plus profond de l'ab&#238;me, et je ne sais plus prier.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8216;S'il m'expliquait ses tristesses, les comprendrais-je plus que ses railleries ? Il m'attaque, il passe des heures &#224; me faire honte de tout ce qui m'a pu toucher au monde, et s'indigne si je pleure.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8221; &#8220;Tu vois cet &#233;l&#233;gant jeune homme, entrant dans la belle et calme maison : il s'appelle Duval, Dufour, Armand, Maurice, que sais-je ? Une femme s'est d&#233;vou&#233;e &#224; aimer ce m&#233;chant idiot : elle est morte, c'est certes une sainte au ciel, &#224; pr&#233;sent. Tu me feras mourir comme il a fait mourir cette femme. C'est notre sort, &#224; nous, c&#339;urs charitables...&#8221; H&#233;las ! il avait des jours o&#249; tous les hommes agissant lui paraissaient les jouets de d&#233;lires grotesques : il riait affreusement, longtemps. &#8212; Puis, il reprenait ses mani&#232;res de jeune m&#232;re, de s&#339;ur aim&#233;e. S'il &#233;tait moins sauvage, nous serions sauv&#233;s ! Mais sa douceur aussi est mortelle. Je lui suis soumise. &#8212; Ah ! je suis folle !&lt;br class='autobr' /&gt; &#8220;Un jour peut-&#234;tre il dispara&#238;tra merveilleusement ; mais il faut que je sache, s'il doit remonter &#224; un ciel, que je voie un peu l'assomption de mon petit ami ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Dr&#244;le de m&#233;nage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;deliresII&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;D&#201;LIRES&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;II &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Alchimie du verbe&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt; &#192; moi. L'histoire d'une de mes folies.&lt;br class='autobr' /&gt; Depuis longtemps je me vantais de poss&#233;der tous les paysages possibles, et trouvais d&#233;risoire les c&#233;l&#233;brit&#233;s de la peinture et de la po&#233;sie moderne.&lt;br class='autobr' /&gt; J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, d&#233;cors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la litt&#233;rature d&#233;mod&#233;e, latin d'&#233;glise, livres &#233;rotiques sans orthographe, romans de nos a&#239;eules, contes de f&#233;es, petits livres de l'enfance, op&#233;ras vieux, refrains niais, rythmes na&#239;fs.&lt;br class='autobr' /&gt; Je r&#234;vais croisades, voyages de d&#233;couvertes dont on n'a pas de relations, r&#233;publiques sans histoires, guerres de religion &#233;touff&#233;es, r&#233;volutions de m&#339;urs, d&#233;placements de races et de continents : je croyais &#224; tous les enchantements.&lt;br class='autobr' /&gt; J'inventai la couleur des voyelles ! &#8212; A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. &#8212; Je r&#233;glai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe po&#233;tique accessible, un jour ou l'autre, &#224; tous les sens. Je r&#233;servais la traduction.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce fut d'abord une &#233;tude. J'&#233;crivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que buvais-je, &#224; genoux dans cette bruy&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
Entour&#233;e de tendres bois de noisetiers,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un brouillard d'apr&#232;s-midi ti&#232;de et vert ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
&lt;br /&gt;&#8212; Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert ! &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Boire &#224; ces gourdes jaunes, loin de ma case&lt;br class='autobr' /&gt;
Ch&#233;rie ? Quelque liqueur d'or qui fait suer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je faisais une louche enseigne d'auberge.
&lt;br /&gt;&#8212; Un orage vint chasser le ciel. Au soir&lt;br class='autobr' /&gt;
L'eau des bois se perdait sur les sables vierges,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent de Dieu jetait des gla&#231;ons aux mares ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pleurant, je voyais de l'or &#8212; et ne pus boire. &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#192; quatre heures du matin, l'&#233;t&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sommeil d'amour dure encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous les bocages s'&#233;vapore&lt;br class='autobr' /&gt; L'odeur du soir f&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-bas, dans leur vaste chantier&lt;br class='autobr' /&gt;
Au soleil des Hesp&#233;rides,&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; s'agitent &#8212; en bras de chemise &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt; Les Charpentiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs D&#233;serts de mousse, tranquilles,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils pr&#233;parent les lambris pr&#233;cieux&lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; la ville&lt;br class='autobr' /&gt; Peindra de faux cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212;, pour ces Ouvriers charmants&lt;br class='autobr' /&gt;
Sujets d'un roi de Babylone,&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;nus ! quitte un instant les Amants&lt;br class='autobr' /&gt; Dont l'&#226;me est en couronne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#212; Reine des Bergers,&lt;br class='autobr' /&gt;
Porte aux travailleurs l'eau-de-vie,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que leurs forces soient en paix&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant le bain dans la mer &#224; midi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; La vieillerie po&#233;tique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe.&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'habituai &#224; l'hallucination simple : je voyais tr&#232;s franchement une mosqu&#233;e &#224; la place d'une usine, une &#233;cole de tambours faite par des anges, des cal&#232;ches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac ; les monstres, les myst&#232;res ; un titre de vaudeville dressait des &#233;pouvantes devant moi.&lt;br class='autobr' /&gt; Puis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots !&lt;br class='autobr' /&gt; Je finis par trouver sacr&#233; le d&#233;sordre de mon esprit. J'&#233;tais oisif, en proie &#224; une lourde fi&#232;vre : j'enviais la f&#233;licit&#233; des b&#234;tes, &#8212; les chenilles, qui repr&#233;sentent l'innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la virginit&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt; Mon caract&#232;re s'aigrissait. Je disais adieu au monde dans d'esp&#232;ces de romances :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Qu'il vienne, qu'il vienne,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps dont on s'&#233;prenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tant fait patience&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#224; jamais j'oublie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Craintes et souffrances&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux cieux sont parties.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la soif malsaine&lt;br class='autobr' /&gt;
Obscurcit mes veines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il vienne, qu'il vienne,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps dont on s'&#233;prenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle la prairie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'oubli livr&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Grandie, et fleurie&lt;br class='autobr' /&gt;
D'encens et d'ivraies,&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bourdon farouche&lt;br class='autobr' /&gt;
Des sales mouches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il vienne, qu'il vienne,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps dont on s'&#233;prenne.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; J'aimai le d&#233;sert, les vergers br&#251;l&#233;s, les boutiques fan&#233;es, les boissons ti&#233;dies. Je me tra&#238;nais dans les ruelles puantes et, les yeux ferm&#233;s, je m'offrais au soleil, dieu de feu.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; G&#233;n&#233;ral, s'il reste un vieux canon sur tes remparts en ruines, bombarde-nous avec des blocs de terre s&#232;che. Aux glaces des magasins splendides ! dans les salons ! Fais manger sa poussi&#232;re &#224; la ville. Oxyde les gargouilles. Emplis les boudoirs de poudre de rubis br&#251;lante... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Oh ! le moucheron enivr&#233; &#224; la pissoti&#232;re de l'auberge, amoureux de la bourrache, et que dissout un rayon !&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;FAIM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'ai du go&#251;t, ce n'est gu&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
Que pour la terre et les pierres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;jeune toujours d'air,&lt;br class='autobr' /&gt;
De roc, de charbons, de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes faims, tournez. Paissez, faims,&lt;br class='autobr' /&gt; Le pr&#233; des sons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Attirez le gai venin&lt;br class='autobr' /&gt; Des liserons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mangez les cailloux qu'on brise,&lt;br class='autobr' /&gt;
Les vieilles pierres d'&#233;glises ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les galets des vieux d&#233;luges,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pains sem&#233;s dans les vall&#233;es grises.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le loup criait sous les feuilles&lt;br class='autobr' /&gt;
En crachant les belles plumes&lt;br class='autobr' /&gt;
De son repas de volailles :&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme lui je me consume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salades, les fruits&lt;br class='autobr' /&gt;
N'attendent que la cueillette ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'araign&#233;e de la haie&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne mange que des violettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que je dorme ! que je bouille&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux autels de Salomon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bouillon court sur la rouille,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et se m&#234;le au C&#233;dron.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#244; bonheur, &#244; raison, j'&#233;cartai du ciel l'azur, qui est du noir, et je v&#233;cus, &#233;tincelle d'or de la lumi&#232;re nature. De joie, je prenais une expression bouffonne et &#233;gar&#233;e au possible :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Elle est retrouv&#233;e !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi ? l'&#233;ternit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la mer m&#234;l&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt; Au soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon &#226;me &#233;ternelle,&lt;br class='autobr' /&gt;
Observe ton v&#339;u&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; la nuit seule&lt;br class='autobr' /&gt;
Et le jour en feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc tu te d&#233;gages&lt;br class='autobr' /&gt;
Des humains suffrages,&lt;br class='autobr' /&gt;
Des communs &#233;lans !&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu voles selon...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Jamais l'esp&#233;rance.&lt;br class='autobr' /&gt; Pas d'orietur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Science et patience,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le supplice est s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de lendemain,&lt;br class='autobr' /&gt;
Braises de satin,&lt;br class='autobr' /&gt; Votre ardeur&lt;br class='autobr' /&gt; Est le devoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est retrouv&#233;e !
&lt;br /&gt;&#8212; Quoi ? &#8212; l'&#201;ternit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la mer m&#234;l&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt; Au soleil.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Je devins un op&#233;ra fabuleux : je vis que tous les &#234;tres ont une fatalit&#233; de bonheur : l'action n'est pas la vie, mais une fa&#231;on de g&#226;cher quelque force, un &#233;nervement. La morale est la faiblesse de la cervelle.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; chaque &#234;tre, plusieurs autres vies mes semblaient dues. Ce monsieur ne sait ce qu'il fait : il est un ange. Cette famille est une nich&#233;e de chiens. Devant plusieurs hommes, je causai tout haut avec un moment d'une de leurs autres vies. &#8212; Ainsi, j'ai aim&#233; un porc.&lt;br class='autobr' /&gt; Aucun des sophismes de la folie, &#8212; la folie qu'on enferme, &#8212; n'a &#233;t&#233; oubli&#233; par moi : je pourrais les redire tous, je tiens le syst&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt; Ma sant&#233; fut menac&#233;e. La terreur venait. Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, lev&#233;, je continuais les r&#234;ves les plus tristes. J'&#233;tais m&#251;r pour le tr&#233;pas, et par une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimm&#233;rie, patrie de l'ombre et des tourbillons.&lt;br class='autobr' /&gt; Je dus voyager, distraire les enchantements assembl&#233;s sur mon cerveau. Sur la mer, que j'aimais comme si elle e&#251;t d&#251; me laver d'une souillure, je voyais se lever la croix consolatrice. J'avais &#233;t&#233; damn&#233; par l'arc-en-ciel. Le Bonheur &#233;tait ma fatalit&#233;, mon remords, mon ver : ma vie serait toujours trop immense pour &#234;tre d&#233;vou&#233;e &#224; la force et &#224; la beaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Le Bonheur ! Sa dent, douce &#224; la mort, m'avertissait au chant du coq, &#8212; ad matutinum, au Christus venit, &#8212; dans les plus sombres villes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#212; saisons, &#244; ch&#226;teaux !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle &#226;me est sans d&#233;fauts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait la magique &#233;tude&lt;br class='autobr' /&gt;
Du bonheur, qu'aucun n'&#233;lude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut &#224; lui, chaque fois&lt;br class='autobr' /&gt;
Que chante le coq gaulois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! je n'aurai plus d'envie :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'est charg&#233; de ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce charme a pris &#226;me et corps&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dispers&#233; les efforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; saisons, &#244; ch&#226;teaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure de sa fuite, h&#233;las !&lt;br class='autobr' /&gt;
Sera l'heure du tr&#233;pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; saisons, &#244; ch&#226;teaux !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Cela s'est pass&#233;. Je sais aujourd'hui saluer la beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;impossible&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'impossible&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Ah ! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus d&#233;sint&#233;ress&#233; que le meilleur des mendiants, fier de n'avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c'&#233;tait. &#8212; Et je m'en aper&#231;ois seulement !&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; J'ai eu raison de m&#233;priser ces bonshommes qui ne perdraient pas l'occasion d'une caresse, parasites de la propret&#233; et de la sant&#233; de nos femmes, aujourd'hui qu'elles sont si peu d'accord avec nous.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai eu raison dans tous mes d&#233;dains : puisque je m'&#233;vade !&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'&#233;vade !&lt;br class='autobr' /&gt; Je m'explique.&lt;br class='autobr' /&gt; Hier encore, je soupirais : &#171; Ciel ! sommes-nous assez de damn&#233;s ici-bas ! Moi j'ai tant de temps d&#233;j&#224; dans leur troupe ! Je les connais tous. Nous nous reconnaissons toujours ; nous nous d&#233;go&#251;tons. La charit&#233; nous est inconnue. Mais nous sommes polis ; nos relations avec le monde sont tr&#232;s convenables. &#187; Est-ce &#233;tonnant ? Le monde ! les marchands, les na&#239;fs ! &#8212; Nous ne sommes pas d&#233;shonor&#233;s. &#8212; Mais les &#233;lus, comment nous recevraient-ils ? Or il y a des gens hargneux et joyeux, de faux &#233;lus, puisqu'il nous faut de l'audace ou de l'humilit&#233; pour les aborder. Ce sont les seuls &#233;lus. Ce ne sont pas des b&#233;nisseurs !&lt;br class='autobr' /&gt; M'&#233;tant retrouv&#233; deux sous de raison &#8212; &#231;a passe vite ! &#8212; je vois que mes malaises viennent de ne m'&#234;tre pas figur&#233; assez t&#244;t que nous sommes &#224; l'Occident. Les marais occidentaux ! Non que je croie la lumi&#232;re alt&#233;r&#233;e, la forme ext&#233;nu&#233;e, le mouvement &#233;gar&#233;... Bon ! voici que mon esprit veut absolument se charger de tous les d&#233;veloppements cruels qu'a subis l'esprit depuis la fin de l'Orient... Il en veut, mon esprit !&lt;br class='autobr' /&gt; ... Mes deux sous de raison sont finis ! &#8212; L'esprit est autorit&#233;, il veut que je sois en Occident. Il faudrait le faire taire pour conclure comme je voulais.&lt;br class='autobr' /&gt; J'envoyais au diable les palmes des martyrs, les rayons de l'art, l'orgueil des inventeurs, l'ardeur des pillards ; je retournais &#224; l'Orient et &#224; la sagesse premi&#232;re et &#233;ternelle. &#8212; Il para&#238;t que c'est un r&#234;ve de paresse grossi&#232;re !&lt;br class='autobr' /&gt; Pourtant, je ne songeais gu&#232;re au plaisir d'&#233;chapper aux souffrances modernes. Je n'avais pas en vue la sagesse b&#226;tarde du Coran. &#8212; Mais n'y a-t-il pas un supplice r&#233;el en ce que, depuis cette d&#233;claration de la science, le christianisme, l'homme se joue, se prouve les &#233;vidences, se gonfle du plaisir de r&#233;p&#233;ter ces preuves, et ne vit que comme cela ! Torture subtile, niaise ; source de mes divagations spirituelles. La nature pourrait s'ennuyer, peut-&#234;tre ! M. Prudhomme est n&#233; avec le Christ.&lt;br class='autobr' /&gt; N'est-ce pas parce que nous cultivons la brume ! Nous mangeons la fi&#232;vre avec nos l&#233;gumes aqueux. Et l'ivrognerie ! et le tabac ! et l'ignorance ! et les d&#233;vouements ! &#8212; Tout cela est-il assez loin de la pens&#233;e de la sagesse de l'Orient, la patrie primitive ? Pourquoi un monde moderne, si de pareils poisons s'inventent !&lt;br class='autobr' /&gt; Les gens d'&#201;glise diront : C'est compris. Mais vous voulez parler de l'Eden. Rien pour vous dans l'histoire des peuples orientaux. &#8212; C'est vrai ; c'est &#224; l'Eden que je songeais ! Qu'est-ce que c'est pour mon r&#234;ve, cette puret&#233; des races antiques !&lt;br class='autobr' /&gt; Les philosophes : le monde n'a pas d'&#226;ge. L'humanit&#233; se d&#233;place, simplement. Vous &#234;tes en Occident, mais libre d'habiter dans votre Orient, quelque ancien qu'il vous le faille, &#8212; et d'y habiter bien. Ne soyez pas un vaincu. Philosophes, vous &#234;tes de votre Occident.&lt;br class='autobr' /&gt; Mon esprit, prends garde. Pas de partis de salut violents. Exerce-toi ! &#8212; Ah ! la science ne va pas assez vite pour nous !&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Mais je m'aper&#231;ois que mon esprit dort.&lt;br class='autobr' /&gt; S'il &#233;tait &#233;veill&#233; toujours &#224; partir de ce moment, nous serions bient&#244;t &#224; la v&#233;rit&#233;, qui peut-&#234;tre nous entoure avec ses anges pleurant !... &#8212; S'il avait &#233;t&#233; &#233;veill&#233; jusqu'&#224; ce moment-ci, c'est que je n'aurais pas c&#233;d&#233; aux instincts d&#233;l&#233;t&#232;res, &#224; une &#233;poque imm&#233;moriale !... &#8212; S'il avait toujours &#233;t&#233; bien &#233;veill&#233;, je voguerais en pleine sagesse !...&lt;br class='autobr' /&gt; &#212; puret&#233; ! puret&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt; C'est cette minute d'&#233;veil qui m'a donn&#233; la vision de la puret&#233; ! &#8212; Par l'esprit on va &#224; Dieu !&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;chirante infortune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;eclair&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#201;clair&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; Le travail humain ! c'est l'explosion qui &#233;claire mon ab&#238;me de temps en temps.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Rien n'est vanit&#233; ; &#224; la science, et en avant ! &#187; crie l'Eccl&#233;siaste moderne, c'est-&#224;-dire Tout le monde. Et pourtant les cadavres des m&#233;chants et des fain&#233;ants tombent sur le c&#339;ur des autres... Ah ! vite, vite un peu ; l&#224;-bas, par-del&#224; la nuit, ces r&#233;compenses futures, &#233;ternelles... les &#233;chappons-nous ?...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Qu'y puis-je ? Je connais le travail ; et la science est trop lente. Que la pri&#232;re galope et que la lumi&#232;re gronde... je le vois bien. C'est trop simple, et il fait trop chaud ; on se passera de moi. J'ai mon devoir, j'en serai fier &#224; la fa&#231;on de plusieurs, en le mettant de c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Ma vie est us&#233;e. Allons ! feignons, fain&#233;antons, &#244; piti&#233; ! Et nous existerons en nous amusant, en r&#234;vant amours monstres et univers fantastiques, en nous plaignant et en querellant les apparences du monde, saltimbanque, mendiant, artiste, bandit, &#8212; pr&#234;tre ! Sur mon lit d'h&#244;pital, l'odeur de l'encens m'est revenue si puissante ; gardien des aromates sacr&#233;s, confesseur, martyr...&lt;br class='autobr' /&gt; Je reconnais l&#224; ma sale &#233;ducation d'enfance. Puis quoi !... Aller mes vingt ans, si les autres vont vingt ans...&lt;br class='autobr' /&gt; Non ! non ! &#224; pr&#233;sent je me r&#233;volte contre la mort ! Le travail para&#238;t trop l&#233;ger &#224; mon orgueil : ma trahison au monde serait un supplice trop court. Au dernier moment, j'attaquerais &#224; droite, &#224; gauche...&lt;br class='autobr' /&gt; Alors, &#8212; oh ! &#8212; ch&#232;re pauvre &#226;me, l'&#233;ternit&#233; serait-elle pas perdue pour nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;matin&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Matin&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; N'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, h&#233;ro&#239;que, fabuleuse, &#224; &#233;crire sur des feuilles d'or, &#8212; trop de chance ! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je m&#233;rit&#233; ma faiblesse actuelle ? Vous qui pr&#233;tendez que des b&#234;tes poussent des sanglots de chagrin, que des malades d&#233;sesp&#232;rent, que des morts r&#234;vent mal, t&#226;chez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus m'expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler !&lt;br class='autobr' /&gt; Pourtant, aujourd'hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C'&#233;tait bien l'enfer ; l'ancien, celui dont le fils de l'homme ouvrit les portes.&lt;br class='autobr' /&gt; Du m&#234;me d&#233;sert, &#224; la m&#234;me nuit, toujours mes yeux las se r&#233;veillent &#224; l'&#233;toile d'argent, toujours, sans que s'&#233;meuvent les Rois de la vie, les trois mages, le c&#339;ur, l'&#226;me, l'esprit. Quand irons-nous, par-del&#224; les gr&#232;ves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des d&#233;mons, la fin de la superstition, adorer &#8212; les premiers ! &#8212; No&#235;l sur la terre !&lt;br class='autobr' /&gt; Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves ne maudissons pas la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Sommaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;adieu&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Adieu&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; L'automne d&#233;j&#224; ! &#8212; Mais pourquoi regretter un &#233;ternel soleil, si nous sommes engag&#233;s &#224; la d&#233;couverte de la clart&#233; divine, &#8212; loin des gens qui meurent sur les saisons.&lt;br class='autobr' /&gt; L'automne. Notre barque &#233;lev&#233;e dans les brumes immobiles tourne vers le port de la mis&#232;re, la cit&#233; &#233;norme au ciel tach&#233; de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain tremp&#233; de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifi&#233; ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'&#226;mes et de corps morts et qui seront jug&#233;s ! Je me revois la peau rong&#233;e par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le c&#339;ur, &#233;tendu parmi les inconnus sans &#226;ge, sans sentiment... J'aurais pu y mourir... L'affreuse &#233;vocation ! J'ex&#232;cre la mis&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Et je redoute l'hiver parce que c'est la saison du comfort !&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J'ai cr&#233;&#233; toutes les f&#234;tes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essay&#233; d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acqu&#233;rir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d'artiste et de conteur emport&#233;e !&lt;br class='autobr' /&gt;
Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispens&#233; de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir &#224; chercher, et la r&#233;alit&#233; rugueuse &#224; &#233;treindre ! Paysan !&lt;br class='autobr' /&gt; Suis-je tromp&#233;, la charit&#233; serait-elle s&#339;ur de la mort, pour moi ?&lt;br class='autobr' /&gt; Enfin, je demanderai pardon pour m'&#234;tre nourri de mensonge. Et allons.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais pas une main amie ! et o&#249; puiser le secours ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Oui, l'heure nouvelle est au moins tr&#232;s s&#233;v&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Car je puis dire que la victoire m'est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empest&#233;s se mod&#232;rent. Tous les souvenirs immondes s'effacent. Mes derniers regrets d&#233;talent, &#8212; des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arri&#233;r&#233;s de toutes sortes. &#8212; Damn&#233;s, si je me vengeais !&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut &#234;tre absolument moderne.&lt;br class='autobr' /&gt; Point de cantiques : tenir le pas gagn&#233;. Dure nuit ! le sang s&#233;ch&#233; fume sur ma face, et je n'ai rien derri&#232;re moi, que cet horrible arbrisseau !... Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.&lt;br class='autobr' /&gt; Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse r&#233;elle. Et &#224; l'aurore, arm&#233;s d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.&lt;br class='autobr' /&gt; Que parlais-je de main amie ! un bel avantage, c'est que je puis rire des vieilles amours mensong&#232;res, et frapper de honte ces couples menteurs, &#8212; j'ai vu l'enfer des femmes l&#224;-bas ; &#8212; et il me sera loisible de poss&#233;der la v&#233;rit&#233; dans une &#226;me et un corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril-ao&#251;t, 1873.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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