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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
	<language>fr</language>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Rimbaud | Une Am&#233;rique secr&#232;te</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_04.png?1773339336' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png?1773339351&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/&#034;&gt;carnets Rimbaud&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/&#034;&gt;Des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt; (des signes adress&#233;es outre-tombe)
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-vie/&#034;&gt;Les vies irracont&#233;es&lt;/a&gt; (une contre-bio)
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-une-anthologie/&#034;&gt;Anthologies&lt;/a&gt; (textes &amp; br&#251;lots)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Une &lt;i&gt;illumination&lt;/i&gt; apr&#232;s l'autre, voil&#224; qu'une rose des vents recompose le monde. C'est peut-&#234;tre le geste absent, et premier, de ce mince livre &#8212; qu'on r&#233;duit &#224; tort &#224; cette seule puissance de d&#233;flagration &#224; m&#234;me de renverser les assises de la pens&#233;e occidentale, mais non : c'est si peu dire. Comme sur le capot d'une voiture on d&#233;ploie la carte du monde, et qu'on d&#233;ciderait, parce que c'est ainsi, que l'ouest n'est plus &#224; l'ouest, et le sud, et le nord, ni l'est : et qu'il n'y a plus ni carte ni territoire, mais pur d&#233;sir de les voir tel que le d&#233;sir les exige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aimant&#233;e par la brutalit&#233; d'affects qui gouvernent d&#233;sormais les pens&#233;es, la rose des vents dessine les trajectoires : au nord s'&#233;paississent les brouillards de l'abjection, lourds d'une noirceur compacte, hostile &#8212; d'une hostilit&#233; m&#234;me qui pourrait presque para&#238;tre d&#233;sirable : Bruxelles, Londres ; au sud se tend d'&#233;vidence la ligne du d&#233;sir &#233;toil&#233; d'or, la soif qu'attise la chaleur, et la chaleur qui appelle l'in&#233;puisable soif ; &#224; l'est se dresse l'&#233;blouissement, fascination presque intouchable o&#249; miroite Java, soleils lev&#233;s, aubes sans cesses naissantes de la r&#233;alit&#233; maudite &#8212; mais &#224; l'ouest ? On se penche. Le dessin ici s'estompe &#224; mesure qu'il d&#233;vore le couchant. C'est le p&#244;le quasi silencieux, presque secret, qui incline la pens&#233;e vers un horizon qu'elle pressent sans rien d&#233;signer &#8212; silencieux ? Non pas muet. Il suffit alors d'un seul mot murmur&#233; pour soulever, comme on le ferait d'un caillou d'une tonne pos&#233; lourdement sur la fourmili&#232;re cach&#233;e, les cit&#233;s grouillantes du Grand Ouest. Celui, par exemple, et au hasard (non) : d'&lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alleghanys ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient de la page corn&#233;e : du po&#232;me ancien et pourtant plus jeune que le monde qui portait ce mot. Alleghany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant de tels mots, sid&#233;rants et s&#251;rs d'eux, on ne sait vraiment que faire &#8212; souvent m&#234;me, on ne fait rien ; on passe ; on ne sait faire que cela : que passer. Voil&#224; un autre mot impossible, et alors ? On est embarrass&#233;, oui, mais il y en a tant, de ces mots qu'on m&#226;che comme des cailloux et tout le po&#232;me, toute cette langue et ce monde sont peut-&#234;tre de cet acabit ; il suffit de passer. On enjambe m&#234;me et l'acabit et l'embarras. Et puis, c'est commode : on a tant dit de tout ce fatras qu'il &#233;tait envoutant, autant se livrer &#224; l'envo&#251;tement : &lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;, moins un nom qu'un mot, et moins un mot qu'un sort, une formule. Et voici le Rimbaud vaporeux des ma&#238;tres d'&#233;cole qui tiennent l&#224; r&#233;servoir d'explication de textes o&#249; le myst&#232;re tiendra lieu de &lt;i&gt;probl&#233;matique&lt;/i&gt;. Tentant, oui, de voir partout ce r&#234;ve sans attaches, vapeur, d&#233;rive purement verbale et th&#233;&#226;tre de signes qui se regardent jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alleghanys&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que ce sort n'est pas seulement un mot, c'est surtout un nom : pas m&#234;me : un lieu du monde que l'orthographe a peu &#224; peu d&#233;form&#233; jusqu'&#224; nous &#8211; et qui s'&#233;crit de toutes les fa&#231;ons possible, Alleghanie tout aussi bien qu'Allegheny. Oui, voici que se dresse Cobb Hill, dans le comt&#233; de Potter, en Pennsylvanie, plus qu'un nom : un mince filet d'eau qui va depuis le lac &#201;ri&#233; pour se jeter infiniment dans l'Ohio, nom qui prend corps dans le cours du temps et d'un fleuve, errant dans Pittsburg pour nommer comt&#233;, parc, bouche de m&#233;tro et salle de conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ouvrir de nouveau le livre et revenir &#224; la page corn&#233;e, et plonger dans la page sid&#233;rante, s'y perdre pour voir lentement le monde s'organiser autrement, plus douloureusement, plus brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16744 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/bday11_skyline_33_hdr-e1572460361435.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/bday11_skyline_33_hdr-e1572460361435.jpg?1773342028' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des villes ! C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent m&#233;lodieusement dans les feux. Des f&#234;tes amoureuses sonnent sur les canaux pendus derri&#232;re les chalets. La chasse des carillons crie dans les gorges. Des corporations de chanteurs g&#233;ants accourent dans des v&#234;tements et des oriflammes &#233;clatants comme la lumi&#232;re des cimes. Sur les plates-formes au milieu des gouffres les Rolands sonnent leur bravoure. Sur les passerelles de l'ab&#238;me et les toits des auberges l'ardeur du ciel pavoise les m&#226;ts. L'&#233;croulement des apoth&#233;oses rejoint les champs des hauteurs o&#249; les centauresses s&#233;raphiques &#233;voluent parmi les avalanches. Au-dessus du niveau des plus hautes cr&#234;tes une mer troubl&#233;e par la naissance &#233;ternelle de V&#233;nus, charg&#233;e de flottes orph&#233;oniques et de la rumeur des perles et des conques pr&#233;cieuses, &#8212; la mer s'assombrit parfois avec des &#233;clats mortels. Sur les versants des moissons de fleurs grandes comme nos armes et nos coupes, mugissent. Des cort&#232;ges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. L&#224;-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs t&#232;tent Diane. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune br&#251;le et hurle. V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites. Des groupes de beffrois chantent les id&#233;es des peuples. Des ch&#226;teaux b&#226;tis en os sort la musique inconnue. Toutes les l&#233;gendes &#233;voluent et les &#233;lans se ruent dans les bourgs. Le paradis des orages s'effondre. Les sauvages dansent sans cesse la f&#234;te de la nuit. Et une heure je suis descendu dans le mouvement d'un boulevard de Bagdad o&#249; des compagnies ont chant&#233; la joie du travail nouveau, sous une brise &#233;paisse, circulant sans pouvoir &#233;luder les fabuleux fant&#244;mes des monts o&#249; l'on a d&#251; se retrouver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On comprend que la critique parle de brume : tout y est &#8211; th&#233;&#226;tre et machinerie, m&#233;tal et mythologie, beffrois, gouffres, rails et avalanches ; on comprend aussi que cette brume soit un charme, et son pi&#232;ge, une capture &#8212; parce qu'elle a la densit&#233; d'une mati&#232;re et qu'elle arrime au r&#234;ve. Pi&#232;ge pourtant : oui, il suffit de relire. Non, le myst&#232;re n'est pas un &#233;cran pos&#233; sur le monde, mais cette seule fa&#231;on de le rendre plus proche, ou exact, et plus violent, douloureux et n&#233;cessaire, qui le force &#224; passer par l'allusion afin qu'on puisse en traverser les atours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Confusion de r&#234;ves &#187;. C'est ainsi que la critique parle du Po&#232;me, sid&#233;r&#233;e peut-&#234;tre, embarrass&#233;e plut&#244;t : sont-ce des villes ces montagnes ? Puis pourquoi cette exaltation lyrique pour une telle &lt;i&gt;confusion&lt;/i&gt; ? Pr&#233;sence effarante du monde ainsi lev&#233; ou son retrait &#224; force de mots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Adam &#8211; dans sa v&#233;n&#233;rable Pl&#233;iade mill&#233;sime 1972 &#8211; &#233;voque, incertain, le grouillement indistinct, l'image d'une image : celle, donc, d'une &lt;i&gt;confusion intime&lt;/i&gt; (intime ?) ; Andr&#233; Guyaux, dans l'Autre Pl&#233;iade, plus r&#233;cente, d&#233;pla&#231;ait ailleurs le d&#233;cor vers l'int&#233;riorit&#233;, faisant des &#171; Alleghanys &#187; et des &#171; Libans &#187; tels reliefs psychiques ; Antoine Raybaud pr&#233;f&#232;re discerner un tohu-bohu bab&#233;lien livr&#233; aux aimantations du signifiant ; John E. Jackson assume l'autot&#233;lie d'un &#171; op&#233;ra fabuleux &#187; ; Marie-Claire Bancquart parle tout de go d'un th&#233;&#226;tre conscient de sa machinerie ; Pierre Brunel d'une parade mythologique o&#249; l'enthousiasme, port&#233; &#224; l'exc&#232;s, fr&#244;le le d&#233;risoire. Tous semblent faire du r&#234;ve et du langage l'objet et le sujet du po&#232;me. Personne, jamais, ne parle de Far West, des canyons ocres au fond desquels serpentent des Cow-Boys poursuivis par les Indiens, du soleil qui se couche devant la solitude du hors-la-loi ivre d'un mauvais tort-boyaux de saloon et couvert de poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16742 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/unnamed-2.jpg?1773339719' width='500' height='362' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Personne ou presque : en 2004, Bruno Claysse &#8211; apr&#232;s avoir propos&#233; une premi&#232;re &#233;tude, en 1990, o&#249; il voyait l&#224; le plus magnifique r&#234;ve d'&#226;ge d'or de Rimbaud, renverse la perspective : non pas un r&#234;ve, mais la parodie d'un r&#234;ve : lequel ? Claysse d&#233;pose, au d&#233;tour de son article, l'hypoth&#232;se : le Mont Liban du po&#232;me ne renverrait pas au Liban &#8212; ce serait trop simple &#8212; mais &#224; un Mount Lebanon de Pennsylvanie, au pied duquel coule la rivi&#232;re Allegheny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#233;cid&#233;ment se pencher sur la carte ainsi retourn&#233;e, suivre du doigt o&#249; conduit cette Allegheny am&#233;ricaine, de sa naissance sur Cobb Hill, Potter County, au nord de la Pennsylvanie et descendant des for&#234;ts sombres du Allegheny Plateau pour fr&#244;ler Coudersport, longeant Port Allegany et franchissant la ligne de New York State avant de traverser Olean, Salamanca, terres de la Seneca Nation, puis de s'&#233;largir dans les eaux du Allegheny Reservoir, retenue par le Kinzua Dam et de reprendre vers le sud-ouest, coupant la Allegheny National Forest, Warren, la Conewango Creek et Tidioute, Tionesta, Franklin, puis recevant la French Creek &#224; Oil City, m&#233;moire du p&#233;trole, et Emlenton, Parker, Kittanning, Ford City, Freeport, entrant dans la vall&#233;e industrielle, Tarentum, New Kensington, Oakmont et enfin les faubourgs de Pittsburgh &#8211; Highland Park, Lawrenceville, Strip District &#8211;, avant la pointe exacte du Golden Triangle, Point State Park, rejoignant alors la Monongahela River, d'o&#249; surgit soudain l'Ohio River &#8212; Pittsburgh Downtown, &#224; l'ombre du Mount Lebanon, les &#171; Monts Liban &#187; du po&#232;me &#8212; qui sent moins le c&#232;dre que le fer, montagne creus&#233;e de mines que gravie en effet un chemin de fer en colima&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire l'Am&#233;rique. Et pour la voir na&#238;tre sous la main du Po&#232;te, il faut aller plus amont encore que Cobb Hill et suivre Claysse dans une autre de ses hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1871. Rimb. entre dans la librairie du bon imprimeur Lemerre &#8212; &lt;i&gt;j'ai vue quelques nouveaut&#233;s chez Lemerre &lt;/i&gt; &#8212;, &#233;crit-il presque aussit&#244;t &#224; Demeny. Mais pas seulement. Il ne dit pas ce qu'il fait, quand il sort du 47 Passage Choiseul et d&#233;bouche rue des Petits Champs alors il faut inventer. Mais est-ce qu'on invente, quand on sait, que trois cents m&#232;tres s&#233;parent la librairie Lemerre de la librairie Dentu, et qu'un gar&#231;on de 16 ans qui fait le tour des libraires du passage Choiseul au Palais-Royal ne saute pas une vitrine. Il suffit de fermer les yeux et on le voit, regarder la vitrine Dentu, l'&#233;diteur de r&#233;cits de voyage : voil&#224;, il est entr&#233;. Il observe les couvertures, pose les mains sur l'une d'entre elles, regarde le titre. &lt;i&gt;&#192; travers l'Atlantique et dans le Nouveau Monde&lt;/i&gt;, tableau d'une Am&#233;rique en fusion &#8211; c'est sign&#233; C&#233;sar Pascal, il l'emporte &#233;videmment, un titre pareil, vous n'y pensez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rentre on ne sait o&#249;. On sait seulement que le gar&#231;on a vendu sa montre en argent pour payer le train jusqu'&#224; Paris, les combats faisaient encore rage &#8212; ces premiers jours de mars, les troupes prussiennes ont d&#233;fil&#233; sur les Champs-&#201;lys&#233;es. Vraiment, on ne sait pas, ces quelques jours de mars, ce qu'il fait, o&#249; il dort &#8212; certainement pas chez le caricaturiste Gill, chez qui il s'est rendu d'abord, et qu'il a effray&#233;. Rimb ne dira rien de ces quelques jours, et ne rapportera qu'une liste de livres &#8212; &lt;i&gt;Le Sacre de Paris&lt;/i&gt; de Leconte de Lisle, &lt;i&gt;Le Soir d'une bataille&lt;/i&gt; du m&#234;me, la &lt;i&gt;Lettre d'un Mobile breton&lt;/i&gt; de Copp&#233;e, &lt;i&gt;Col&#232;re d'un Franc tireur&lt;/i&gt; de Mend&#232;s, &lt;i&gt;L'Invasion&lt;/i&gt; de Theuriet, &lt;i&gt;Vae victoribus&lt;/i&gt; de Lacaussade, un &lt;i&gt;Si&#232;ge de Paris&lt;/i&gt; de Claretie qu'il dit &#171; fort volume &#187;, des po&#232;mes de F&#233;lix Franck, d'&#201;mile Bergerat, et chez un autre libraire le &lt;i&gt;Fer rouge&lt;/i&gt; de Glatigny, &lt;i&gt;Nouveaux ch&#226;timents&lt;/i&gt;. Rien que de la circonstance : des vers de Parnassiens sur la guerre, des r&#233;cits de si&#232;ge &#8212; &#171; que chaque libraire ait son &lt;i&gt;Si&#232;ge&lt;/i&gt;, son &lt;i&gt;Journal de Si&#232;ge&lt;/i&gt; &#8212; le &lt;i&gt;Si&#232;ge de Sarcey&lt;/i&gt; en est &#224; sa 14e &#233;dition &#8212; que j'aie vu des ruissellements fastidieux de photographies et de dessins relatifs au &lt;i&gt;Si&#232;ge&lt;/i&gt;, vous ne douterez jamais &#187;. Seize ans, sans feu ni lieu et moins encore d'argent, le voil&#224; qu'il ricane devant les vitrines patriotiques. Mais du livre de C&#233;sar Pascal, pas un mot. Bien s&#251;r : est-ce qu'il devait signaler &#224; l'ami po&#232;te qu'il a feuillet&#233; un r&#233;cit de voyage am&#233;ricain qui n'a rien de circonstance, qui semble plut&#244;t m&#234;me l'envers de la circonstance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il attend d'&#234;tre dans sa chambre pour ouvrir le livre et voir se lever la fournaise. De C&#233;sar Pascal, un nom qui sonne comme une invention de Balzac, on ne sait l&#224; encore presque rien &#8211; inutile de faire l'effort d'inventer. Deux livres chez Dentu &#8212; celui-ci, et quinze ans plus tard une &#233;tude sur la r&#233;vocation de l'&#233;dit de Nantes. Un lettr&#233; qui voyage ; un patriote qui se souvient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.58_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.58_14.png?1773339434' width='500' height='747' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &lt;i&gt;&#192; travers l'Atlantique et dans le Nouveau Monde&lt;/i&gt; suffit sans doute &#224; justifier une vie &#8212; Hugo poss&#233;dait ce livre de voyage dans sa biblioth&#232;que de Guernesey. Un in-18, petit format qu'on peut emporter sur la route, et &#231;a tombe bien, c'est l&#224; qu'il fut &#233;crit. L'homme a travers&#233; l'oc&#233;an en 1869, et plus que l'Atlantique tout le pays qui vient en travers de la route et d&#233;chire les oc&#233;ans en deux &#8212; il le raconte dans la langue des voyageurs du Second Empire encombr&#233;e de comparaisons rassurantes, pr&#233;cises et inutiles. Le livre s'ouvre sur la mer et se referme sur le retour ; entre les deux : New York, les chemins de fer et les plaines. Un d&#233;sert apr&#232;s l'autre interrompu par des bourgades de poussi&#232;res, le Grand Ouest qui s'&#233;tend devant soi, la Destin&#233;e Manifeste d'un monde neuf qui se baptise dans le sang, le fer des chemins et la croix de toutes les sectes chr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms des chapitres s'&#233;gr&#232;nent de noms propres inconnus &#8212; au chapitre XIII par exemple &#8212; &#171; les Alleghanys &#187;. Les voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_14.00_05.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_14.00_05.jpg?1773339501' width='500' height='807' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Suffit de se pencher et de ramasser un tel mot. Dans ce chapitre, le voyageur prend halte dans la ville au nom difficilement pronon&#231;able de Pittsburgh &#8212; sous le regard et la phrase du voyageur Cesar Pascal, la ville y respire sous un nuage de charbon que ni vent ni soleil ne percent ; il essaie d'approcher la ville en cherchant des comparaisons : cet enfer industriel lui semble une sorte de &#171; Saint-&#201;tienne ou Birmingham de l'Am&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.59_57.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_13.59_57.png?1773339434' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les Allegheny Mountains, portion des Appalaches, forment la barri&#232;re des colons, la muraille &#224; franchir pour gagner l'Ouest ; cha&#238;nes parall&#232;les, vall&#233;es longitudinales, gorges transversales &#8212; des &lt;i&gt;gaps&lt;/i&gt; &#8212; que traverse le rail. Voil&#224; aussi le mot &#171; gorges &#187; qui va r&#233;sonner dans le po&#232;me et qu'il suffisait aussi de ramasser, de le jeter dans ce paysage : &#171; La chasse des carillons crie dans les gorges. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allegheny. Soulevons ce mot je vous prie, et secouons le lentement pour en d&#233;gager l'ombre : nom qui d&#233;signe cette rivi&#232;re de plus de cinq cents kilom&#232;tres qui, &#224; la confluence avec la Monongahela, engendre l'Ohio, la &#171; Belle Rivi&#232;re &#187; dont Thomas Jefferson vante tant la splendeur. Nom qui vient de l'unami des Lenapes &#8211; peut-&#234;tre signifie-t-il &#171; belle rivi&#232;re &#187; justement, ou peut-&#234;tre conserve-t-il la m&#233;moire des Allegewi, l'ancien peuple de ces terres chass&#233; vers le sud. Mot-monde et mot-m&#233;moire : montagne et fleuve ensemble, et territoire et peuple effac&#233; sous les massacres. On ne passe pas &#224; c&#244;t&#233; d'un nom qui porte tant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16741 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/12474a_900x.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/12474a_900x.jpg.webp?1773339715' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la confluence de la rivi&#232;re et du fleuve qui na&#238;t sous lui, les Fran&#231;ais avaient b&#226;ti le fort Duquesne d&#232;s 1754 ; l'ann&#233;e suivante, le g&#233;n&#233;ral Braddock, accompagn&#233; d'un jeune officier nomm&#233; George Washington, &#233;choue &#224; s'en emparer &#8211; mais les Fran&#231;ais l'abandonnent apr&#232;s l'avoir tant d&#233;fendu. En 1758, les Anglais reconstruisent sur les ruines le fort Pitt. La ville na&#238;t de la cendre et du combat. Au XIX&#7497; si&#232;cle, fer, acier, charbon font de la r&#233;gion une matrice ardente : hauts fourneaux, ruisseaux incandescents, colonnes de fum&#233;e &#8211; le minerai tombe de la mine dans la fonderie et le feu retourne au ciel en panache noir. En 1907, Pittsburgh annexera Allegheny City et l'absorbe ; la ville d&#233;vore la ville qu'elle a enfant&#233;e, le nom dispara&#238;t pour ne baptiser que p&#226;t&#233;s de maisons, square, un General Hospital et une High School d&#233;labr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.52_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.52_14.png?1773339558' width='500' height='549' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Relisons ? &#171; C'est un peuple pour qui se sont mont&#233;s ces Alleghanys et ces Libans de r&#234;ve ! &#187; L'attaque appelle la machinerie et l'&#233;difice, l'architecture d'une sc&#232;ne &#8211; &#233;pouse &#224; merveille cette r&#233;gion industrielle, spectacle et dispositif &#224; la fois. Quant aux &#171; chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles &#187;, ils dessinent sans doute les funiculaires &#8212; la Monongahela Incline, inaugur&#233;e en 1870, qui hisse les ouvriers des vall&#233;es vers les cr&#234;tes de Coal Hill : l'invisibilit&#233; du m&#233;canisme et la transmutation du verre en cristal donnait &#224; la technique (et aux yeux de C&#233;sar Pascal) l'aura d'une f&#233;erie scientifique sans pareil dans la Vieille Europe. Et les &#171; vieux crat&#232;res ceints de colosses et de palmiers de cuivre &#187; convoquent, supposent Breuil, le vocabulaire m&#233;taphorique de l'&#233;poque &#8212; crat&#232;res, chemin&#233;es colossales, cand&#233;labres moul&#233;s &#8212; tandis que l'oxymore &#171; rugissent m&#233;lodieusement &#187; accuse froidement la friction entre la violence r&#233;elle et l'enchantement rh&#233;torique. Puis, il y a ces &#171; f&#234;tes amoureuses &#187; sur les &#171; canaux pendus &#187;, qui rappellent peut-&#234;tre les voies ferr&#233;es et les canaux qui quadrillent les Alleghanys : les steamers embarquent des musiciens quand la modernit&#233; danse au-dessus des gouffres. Les &#171; carillons &#187; ? Les trembleurs &#233;lectriques des chemins de fer dont parlent les ouvrages techniques de 1869 &#8212; et le train de crier sa pr&#233;sence dans les gorges conquises. Les &#171; Rolands &#187; qui &#171; sonnent leur bravoure &#187; renvoient (hypoth&#232;se du toujours pr&#233;cieux Abardel) alors &#224; la cloche l&#233;gendaire de Gand &#8212; Roelandt &#8212; qui appelait au soul&#232;vement &#8212; autant qu'au Roland de Roncevaux ? &#8211; et la constellation nordique des carillons et des corporations, avec force oriflammes et beffrois installe en filigrane la m&#233;moire communarde des brumes d'Europe, Moyen &#194;ge r&#233;invent&#233; par la r&#233;volution industrielle qui s'&#233;tend jusque dans les faubourgs de ce Western. Lorsque &#171; l'&#233;croulement des apoth&#233;oses &#187; rejoint les hauteurs o&#249; &#233;voluent des &#171; centauresses s&#233;raphiques &#187;, la mythologie hugolienne de la locomotive se voit brutalement d&#233;plac&#233;e vers une sorte de syncr&#233;tisme ironique &#8212; V&#233;nus entre dans les cavernes des forgerons et croise Vulcain et la R&#233;publique invoqu&#233;e par Edgar Quinet ; les cerfs t&#234;tent Diane pour figurer l'&#226;ge d'or invers&#233;, adunaton qui mime la proph&#233;tie d'Isa&#239;e &#8212; et les &#171; ch&#226;teaux b&#226;tis en os &#187; r&#233;activent l'imaginaire civilisateur du Paris-Guide de Victor Hugo o&#249; les &#171; groupes de beffrois &#187; chantent les id&#233;es des peuples, tandis que &#171; des compagnies &#187; c&#233;l&#232;brent la joie d'un travail nouveau dont l'&#233;clat garde sa pointe d'ironie mauvaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublie trop que Rimbaud est le fr&#232;re a&#238;n&#233; de cinq ans de Billy The Kid, qui meurt dix ans avant lui : qu'il en est aussi un fr&#232;re d'arme, et de tous ces cavaliers maigres des plaines, silhouettes au chapeau large tirant derri&#232;re elles la poussi&#232;re des pistes, gardiens de troupeaux sur les routes du b&#233;tail, hommes de selle et de colt r&#244;dant entre les gares neuves, les rails encore chauds, les saloons de planches et les villes surgies du d&#233;sert, o&#249; les rails traversent les plaines, o&#249; les premi&#232;res nations r&#233;sistent une derni&#232;res fois avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233;es &#224; Sand Creek, Wounded Knee ou Little Bighorn &#8212; mots qui s'impriment imm&#233;diatement sans distinguer l'histoire de la l&#233;gende dans l'imaginaire d'un adolescent ardennais. L'Am&#233;rique industrielle de l'Ouest lui appara&#238;t alors fatalement comme un Orient moderne, Bagdad d'acier et de cuivre o&#249; la &#171; magie bourgeoise &#187; &#233;tend sa ma&#238;trise sur toutes choses, b&#234;tes et jungles et d&#233;serts. Les Alleghanys et les Libans de r&#234;ve :ne peuvent &#234;tre que des territoires de fiction auxquels l'&#233;criture fait conqu&#234;te &#171; pour un peuple &#187; &#224; venir, th&#233;&#226;tre d'un affrontement entre le temps mythique et les &#226;ges industriels.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-03-01_a_08.54_14.png?1773339700' width='500' height='392' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Confuses, ces images ? Elles documentent pourtant avec force d&#233;tail l'imaginaire r&#233;el du Grand Ouest qui s'allonge derri&#232;re l'Atlantique et qui est alors encore une promesse, son horizon. Si c'est un r&#234;ve, il ne peut &#234;tre issu que du r&#233;el le plus tangible, celui qu'on forge en soi rien qu'en levant, d'un mot, le mot d'Am&#233;rique quand on cr&#232;ve d'ennui &#224; Charleville, qui est peut-&#234;tre, sur terre alors, le contraire absolu de Pittsburgh. Un seul nom suffit, oui, &#224; lever ce paysage am&#233;ricain hallucin&#233; par l'&#233;criture, mais dont l'hallucinant est documentaire. Mot qui dans le m&#234;me mouvement, exhibe et infl&#233;chit la rh&#233;torique du Progr&#232;s cherchant &#224; magnifier sa propre violence. &#171; Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette r&#233;gion d'o&#249; viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ? &#187; installe peut-&#234;tre cette nostalgie paradoxale, d&#233;sir d'un lieu qui n'a pas encore eu lieu pour lui, Am&#233;rique r&#234;v&#233;e dont la promesse s'effondre d&#233;j&#224; comme le fort Duquesne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il suffisait d'entendre le mot : Alleghanys. Dans sa syllabe r&#233;sonnaient montagne, fleuve, peuple disparu, fournaise industrielle, conqu&#234;te et ruine. Et non, le po&#232;me ne flotte pas dans sa brume psychique, il s'adosse &#224; une g&#233;ographie pr&#233;cise que l'&#233;criture vient travailler au feu &#8211; qui fait entrer V&#233;nus chez les forgerons pour faire sonner Roland au-dessus des rails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique secr&#232;te de Rimbaud : ce qui de Bagdad, est l'enjambement de Paris pour poser pied sur l'Ohio, et d&#233;j&#224; le regard perdu dans la route de l'Ouest, au couchant, dans la solitude.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16743 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/pittsburgh__allegheny___birmingham.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/pittsburgh__allegheny___birmingham.jpg?1773339719' width='500' height='271' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Des mondes de violences immobiles</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-des-mondes-de-violences-immobiles</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-des-mondes-de-violences-immobiles</guid>
		<dc:date>2026-02-24T17:15:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mardi 24 f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_2057.jpg?1771953292' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_2058.jpg?1771953298&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J'ai tant v&#233;cu sans jamais vivre ! J'ai tellement pens&#233; sans jamais penser ! Je sens peser sur moi des mondes de violences immobiles, d'aventures travers&#233;es sans aucun mouvement. Je suis satur&#233; de ce que je n'ai jamais eu et n'aurai jamais, exc&#233;d&#233; de dieux encore inexistants. Je porte sur moi les cicatrices de toutes les batailles que j'ai &#233;vit&#233; de livrer. Mon corps musculaire est &#233;reint&#233; par l'effort que je n'ai m&#234;me pas imagin&#233; d'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pessoa, &lt;i&gt;Le livre de l'intranquillit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Percevoir le monde comme le ferait une peinture &#8212; une ruine au ralenti. La neige qui fond d&#232;s qu'elle tombe : et tout ce qui tombe, les corps et les regrets, les feuilles, ce qu'on n'&#233;crit qu'en effa&#231;ant int&#233;rieurement les mots qu'il faudrait, ceux qui manquent toujours. Le monde existe en s'entassant, disent les arch&#233;ologues : que disent les autres ? Dans les cimeti&#232;res aussi, le monde existe : entassent le contraire des villes (leur d&#233;sir). J'attrape, &#224; cent dix &#224; l'heure, la phrase que j'entends &#224; la radio &#8211; je la note sur les &lt;i&gt;Notes&lt;/i&gt;&#169; du t&#233;l&#233;phone, la route que j'avale s'&#233;crit aussi en palimpseste : &#171; habiter un lieu, c'est faire quelque chose pour y &#234;tre &#187;. (Il y avait un contexte, aval&#233; lui aussi, mais o&#249; ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, la voix parlerait de ce qu'est marcher : quand je descends l'escalier, je sais l'&#233;cart de la marche, je suppose que l'&#233;cart est le m&#234;me que la veille et ainsi je tombe d'une marche &#224; l'autre sans me vautrer dans la r&#233;alit&#233; d&#233;faite : non, la r&#233;alit&#233; est l&#224;, assise dans sa fondation, immuable et assur&#233;e, et je lui fais confiance, j'avance, je descends : en ce monde, existe-il encore des escaliers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence est donc la forme que prend infiniment le monde pour se faire, et l'effet du monde sur nous : son effort pour faire advenir le monde &#224; nous, et le signe de notre appartenance &#224; lui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Michel Foucault | Le Clown souverain</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/michel-foucault-le-clown-souverain</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/michel-foucault-le-clown-souverain</guid>
		<dc:date>2026-02-24T15:30:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Les Anormaux &#187;, cours de 1974-1975 au Coll&#232;ge de France&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/trump-compare-final.jpg?1771946899' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Soit ce texte de Michel Foucault, prononc&#233; au Coll&#232;ge de France lors du cours de 1974-1975. Le contexte : celui d'une Europe o&#249; les fascismes semblent vaincus mais o&#249; leurs m&#233;caniques persistent, reconvertis. Foucault isole ici le rouage du grotesque dans la m&#233;canique du pouvoir &#8212; dessine les contours d'un monde &#224; venir, d&#233;j&#224; l&#224;, dont l'ombre se r&#233;pand, jusqu'&#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/ny180326_cvnsrgb.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/ny180326_cvnsrgb.jpg.webp?1771946928' width='500' height='683' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La terreur ubuesque, la souverainet&#233; grotesque ou, en d'autres termes plus aust&#232;res, la maximalisation des effets de pouvoir &#224; partir de la disqualification de celui qui les produit : ceci, je crois, n'est pas un accident dans l'histoire du pouvoir, ce n'est pas un rat&#233; de la m&#233;canique. Il me semble que c'est l'un des rouages qui font partie inh&#233;rente des m&#233;canismes du pouvoir. Le pouvoir politique, du moins dans certaines soci&#233;t&#233;s et, en tout cas, dans la n&#244;tre, peut se donner, s'est donn&#233; effectivement la possibilit&#233; de faire transmettre ses effets, bien plus, de trouver l'origine de ses effets, dans un coin qui est manifestement, explicitement, volontairement disqualifi&#233; par l'odieux, l'inf&#226;me ou le ridicule. Apr&#232;s tout, cette m&#233;canique grotesque du pouvoir, ou ce rouage du grotesque dans la m&#233;canique du pouvoir, est fort ancien dans les structures, dans le fonctionnement politique de nos soci&#233;t&#233;s. Vous en avez des exemples &#233;clatants dans l'histoire romaine, essentiellement dans l'histoire de l'Empire romain, o&#249; ce fut pr&#233;cis&#233;ment une mani&#232;re, sinon exactement de gouverner, du moins de dominer, que cette disqualification quasi th&#233;&#226;trale du point d'origine, du point d'accrochage de tous les effets de pouvoir dans la personne de l'empereur ; cette disqualification qui fait que celui qui est le d&#233;tenteur de la majestas, de ce plus de pouvoir par rapport &#224; tout pouvoir quel qu'il soit, est en m&#234;me temps, dans sa personne, dans son personnage, dans sa r&#233;alit&#233; physique, dans son costume, dans son geste, dans son corps, dans sa sexualit&#233;, dans sa mani&#232;re d'&#234;tre, un personnage inf&#226;me, grotesque, ridicule. De N&#233;ron &#224; H&#233;liogabale, le fonctionnement, le rouage du pouvoir grotesque, de la souverainet&#233; inf&#226;me, a &#233;t&#233; perp&#233;tuellement mis en &#339;uvre dans le fonctionnement de l'Empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grotesque, c'est l'un des proc&#233;d&#233;s essentiels &#224; la souverainet&#233; arbitraire. Mais vous savez aussi que le grotesque, c'est un proc&#233;d&#233; inh&#233;rent &#224; la bureaucratie appliqu&#233;e. Que la machine administrative, avec ses effets de pouvoir incontournables, passe par le fonctionnaire m&#233;diocre, nul, imb&#233;cile, pelliculaire, ridicule, r&#226;p&#233;, pauvre, impuissant, tout &#231;a a &#233;t&#233; l'un des traits essentiels des grandes bureaucraties occidentales, depuis le XIXe si&#232;cle. Le grotesque administratif n'a pas simplement &#233;t&#233; l'esp&#232;ce de perception visionnaire de l'administration qu'ont pu avoir Balzac, Dosto&#239;evski, Courteline ou Kafka. Le grotesque administratif, c'est en effet une possibilit&#233; que s'est r&#233;ellement donn&#233;e la bureaucratie. &#034;Ubu rond de cuir&#034; appartient au fonctionnement de l'administration moderne, comme il appartenait au fonctionnement du pouvoir imp&#233;rial &#224; Rome d'&#234;tre entre les mains d'un histrion fou. Et ce que je dis de l'Empire romain, ce que je dis de la bureaucratie moderne, on pourrait le dire de bien d'autres formes m&#233;caniques de pouvoir, dans le nazisme ou dans le fascisme. Le grotesque de quelqu'un comme Mussolini &#233;tait absolument inscrit dans la m&#233;canique du pouvoir. Le pouvoir se donnait cette image d'&#234;tre issu de quelqu'un qui &#233;tait th&#233;&#226;tralement d&#233;guis&#233;, dessin&#233; comme un clown, comme un pitre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/blitt-trump-2016_05_23_blitt_trump_sleight_of_hand.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/blitt-trump-2016_05_23_blitt_trump_sleight_of_hand.jpg.webp?1771946927' width='500' height='683' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Si le pouvoir autoritaire para&#238;t toujours plus ou moins grotesque, cela ne tient pas &#224; un accident de l'Histoire &#8212; ou une simple forme que rev&#234;t le tyran malgr&#233; lui : c'est qu'il touche &#224; sa v&#233;rit&#233; nue, quand il s'exerce pleinement, ou &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; : qu'il approche au plus pr&#232;s de ce qu'un pouvoir toujours tend quand il s'exerce pour lui-m&#234;me, sa conservation autant que son exercice, ou l'exercice ne tient qu'au d&#233;sir de sa conservation : qu'il ne s'exerce que pour se prouver. La brutalit&#233; n'est pas diff&#233;rente du grotesque, tous deux sont des mani&#232;res et des conditions, des effets et des cons&#233;quences. Une image aussi bien qu'un signe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a cru, avec une confiance trop m&#233;canique, que la r&#233;p&#233;tition historique d&#233;graderait la trag&#233;die en farce. Mais la sc&#232;ne contemporaine ne rel&#232;ve plus de la farce comme d&#233;clin ; elle en r&#233;v&#232;le la fonction. Farce : non pas une d&#233;gradation du pouvoir, mais l'une de ses mani&#232;res d'&#234;tre, techniques de gouvernement au service de l'arbitraire du souverain. Ce qu'au th&#233;&#226;tre on sait depuis longtemps : la farce n'est pas le bas de la hi&#233;rarchie des genres, elle en est le retournement violent, qui expose par l'exc&#232;s ce que la trag&#233;die dissimule dans le sublime.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/_bcb3528_1704810679416-trump.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/_bcb3528_1704810679416-trump.png?1772388208' width='500' height='682' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le grotesque politique fonctionne de m&#234;me : il ne cache pas le pouvoir, mais le montre autrement, par saturation plut&#244;t que par occultation. C'est une parade, bien s&#251;r : comment caricaturer ce qui va d&#233;j&#224; au-del&#224; de la caricature, qui s'affirme comme caricature d'elle-m&#234;me ? C'est un ressort aussi : &#234;tre plus inf&#226;me que tout permet au moins de sortir du commun des hommes, et d'affirmer par l&#224; un extraordinaire qui vaut bien celui de l'excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clown : ce personnage qui dit la v&#233;rit&#233; par l'outrance &#8212; le bouffon du roi qui peut tout prof&#233;rer parce qu'on feint de ne pas le prendre au s&#233;rieux. Sauf que le renversement contemporain est plus retors : c'est le roi lui-m&#234;me qui joue le bouffon, et qui tire de ce r&#244;le une impunit&#233; structurelle. La sc&#232;ne politique devient alors un sournois &lt;i&gt;spectacle int&#233;gr&#233;&lt;/i&gt; &#8212; non plus repr&#233;sentation du pouvoir, mais un pouvoir comme repr&#233;sentation totale, o&#249; m&#234;me la d&#233;nonciation du masque contribue &#224; entretenir l'illusion qu'il suffirait de l'arracher.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_d87237b_1644017011308-une-new-yorker.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_d87237b_1644017011308-une-new-yorker.jpg?1772388208' width='500' height='725' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, pas besoin de compl&#233;ter la s&#233;rie des figures que Foucault &#233;voque &#8212; de N&#233;ron &#224; Mussolini &#8212; pour voir voir la galerie qui les prolonge en accusant le trait : le grotesque n'est plus seulement une couleur de r&#233;gime mais le dispositif central d'une gouvernementalit&#233; n&#233;olib&#233;rale en/de crise. Trump, Bolsonaro, Milei, Orb&#225;n &#8212; autant de corps politiques o&#249; la bouffonnerie savamment entretenue est devenu le phras&#233; du pouvoir lui-m&#234;me, o&#249; l'outrance, la vulgarit&#233; ostensible, l'incomp&#233;tence revendiqu&#233;e fonctionnent pr&#233;cis&#233;ment comme Foucault le d&#233;crivait : non des rat&#233;s, mais comme rouages. Et on aurait beau jeu de vouloir les d&#233;signer comme ridicules : le bloc dominant accomplit l&#224; une double op&#233;ration &#8212; d&#233;ploie une politique de classe d'une brutalit&#233; in&#233;dite (d&#233;r&#233;glementation, d&#233;mant&#232;lement des droits sociaux, concentration des richesses) tout en maintenant le regard de l'opposition riv&#233; sur le spectacle du clown. Marx encore, de grand secours, s'agissant de sa lecture de l'id&#233;ologie : la figure grotesque du souverain op&#232;re comme &#233;cran et comme condensateur. Capte le regard et fixe sur un corps bouffon la perception des effets de domination &#8211; et par l&#224; les dissimule dans leur nature m&#234;me, les d&#233;place de la classe vers la personne. L'histrion au sommet de l'&#201;tat sature l'imaginaire politique d'un spectacle qui d&#233;courage l'analyse des rapports sociaux r&#233;els. La critique morale du grotesque devient, en ce sens, une forme de complicit&#233; involontaire : elle consomme le spectacle qu'elle pr&#233;tend d&#233;noncer. Le pi&#232;ge se referme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L448xH612/newyorker-blitt-trump-b1b9c.gif?1771947038' width='448' height='612' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; l'analyse lib&#233;rale s'&#233;puise &#224; commenter l'indignit&#233; du personnage, il faudrait pouvoir tenir ferme sur la question de la fonction : qui la bouffonnerie sert-elle ? quels int&#233;r&#234;ts structurels le histrion au pouvoir reconduit-il sous le couvert de l'irrationalit&#233; apparente ? L'apparente folie de la gouvernance actuelle &#8212; les d&#233;cisions erratiques, les provocations calcul&#233;es, la destruction m&#233;thodique des institutions de m&#233;diation &#8212; n'est pas tant irrationnelle &#8212; elle est au contraire d'une rationalit&#233; implacable, qui acc&#233;l&#232;re la primitive accumulation dans sa phase contemporaine, d&#233;mant&#232;le l'&#201;tat social comme rempart de classe, atomise les solidarit&#233;s. Le grotesque est ici la forme spectaculaire d'un processus dont la logique reste, elle, parfaitement s&#233;rieuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, le pouvoir peut &#234;tre (doit &#234;tre) conquis, retourn&#233;, exerc&#233; diff&#233;remment. Qu'on a toujours tort de confondre pouvoir et autorit&#233;, qu'il s'agit bien de d&#233;celer dans le pouvoir la classe qui l'exerce et les fins qu'elle lui assigne.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/s-l1200.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/s-l1200.jpg?1771946929' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Puis il faudrait ajouter au constat froid de Foucault : le grotesque bureaucratique qu'il &#233;voque &#224; travers Kafka et Courteline conna&#238;t aujourd'hui une mutation. Ce ne sont plus seulement les fonctionnaires m&#233;diocres de l'administration classique qui incarnent ce rouage, mais les plateformes num&#233;riques, les algorithmes d'&#201;tat, les start-ups du welfare &#8212; bureaucratie molle et diffuse qui produit ses propres effets de pouvoir &#224; travers l'absurde dit kafka&#239;en des interfaces et des formulaires sans r&#233;ponse, des proc&#233;dures ind&#233;finiment renvoy&#233;es. La farce s'est aussi &lt;i&gt;algorithmis&#233;e&lt;/i&gt;, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi le grotesque bureaucratique est devenu plus efficace &#8212; l'absence de corps risible rend la domination invisible, donc incontestable. L'Ubu rond de cuir s'est d&#233;mat&#233;rialis&#233; sans se dissoudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenir de Foucault et contre Foucault aussi, c'est que le grotesque du souverain n'est pas tant une anomalie &#224; corriger par le retour &#224; une politique s&#233;rieuse et respectable, mais le sympt&#244;me d'une &#233;poque o&#249; le capitalisme, ne pouvant plus se l&#233;gitimer dans le progr&#232;s ni dans la promesse, exhibe sa violence nue sous les oripeaux du carnaval. Reste la sc&#232;ne. Si le pouvoir se donne en spectacle, c'est qu'il requiert un public. Or tout public peut apprendre &#224; suspendre l'applaudissement &#8211; le&#231;on de Brecht. La r&#233;ponse ne serait &#234;tre a restauration d'une gravit&#233; institutionnelle &#8212; simple recyclage des formes ant&#233;rieures &#8212; mais l'organisation d'une force capable de traverser le spectacle, de ne pas s'y laisser retenir, et de d&#233;signer derri&#232;re la marionnette la main qui la meut, et le monde qui a besoin d'elle pour persister.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/p-2-new-yorker-and-time-mag-covers.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/p-2-new-yorker-and-time-mag-covers.jpg?1771946929' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>William Blake | &#171; Le Jardin de l'Amour &#187;</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/william-blake-chants-d-experience/article/william-blake-le-jardin-de-l-amour</link>
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		<dc:date>2026-02-23T12:57:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Je suis all&#233; au Jardin de l'Amour&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/william-blake-chants-d-experience/" rel="directory"&gt;William Blake | Chants d'exp&#233;rience&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/songsie.y.p44_300.jpg?1771851470' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Traduction personnelle des &lt;i&gt;Chants d'innocence &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;d'exp&#233;rience&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; ici le &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/&#034;&gt;sommaire des po&#232;mes&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; l&#224; les &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/wiliam-blake-carnets-de-traduction/&#034;&gt;carnets de la traduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;THE GARDEN OF LOVE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JARDIN DE L'AMOUR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I went to the Garden of Love,&lt;br&gt;
And saw what I never had seen :&lt;br&gt;
A Chapel was built in the midst,&lt;br&gt;
Where I used to play on the green.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt; Je suis all&#233; au Jardin de l'Amour,&lt;br&gt;
Et vu ce que je n'avais jamais vu :&lt;br&gt;
Une Chapelle &#233;tait b&#226;tie en son c&#339;ur&lt;br&gt;
L&#224; o&#249; autrefois je jouais sur l'herbe.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;And the gates of this Chapel were shut,&lt;br&gt;
And 'Thou shalt not' writ over the door ;&lt;br&gt;
So I turn'd to the Garden of Love,&lt;br&gt;
That so many sweet flowers bore. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt; Et les grilles de cette chapelle &#233;taient closes,&lt;br&gt;
Et &#171; Tu ne feras point &#187; inscrit sur la porte ;&lt;br&gt;
Je revins alors au Jardin de l'Amour,&lt;br&gt;
Qui portait tant de douces fleurs. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;And I saw it was filled with graves,&lt;br&gt;
And tomb-stones where flowers should be :&lt;br&gt;
And Priests in black gowns, were walking their rounds,&lt;br&gt;
And binding with briars, my joys &amp; desires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt; Et je vis qu'il &#233;tait couvert de tombes,&lt;br&gt;
Et de pierres tombales &#224; la place des fleurs,&lt;br&gt;
Et des pr&#234;tres en robes noires faisaient leurs rondes,&lt;br&gt;
Et serraient de ronces mes joies et mes d&#233;sirs.&lt;br&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les villes qui n'existent pas | Gaza</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-gaza</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-gaza</guid>
		<dc:date>2026-02-22T17:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le seuil et la cendre&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/" rel="directory"&gt;Les villes qui n'existent pas&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/logo-10.jpg?1771782238' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Un projet : constituer l'atlas des villes qui n'existent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique129&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pr&#233;sentation du projet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;#1 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-bielefeld&#034;&gt;Bielefeld&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#8 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-potemkine&#034;&gt;Potemkine&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#15 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-jericho&#034;&gt;J&#233;richo&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;#2 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-atlantide&#034;&gt;Atlantide&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#9 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-guanahani&#034;&gt;Guanahani&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#16 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-le-village-allemand-de-dugway&#034;&gt;Dugway&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;#3 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-troie&#034;&gt;Troie&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#10 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-ghjirulatu&#034;&gt;Ghjirulatu&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#17 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-tchernobyl&#034;&gt;Tchernobyl&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;#4 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-detroit&#034;&gt;Detroit&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#11 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-byblos&#034;&gt;Byblos&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#18 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-eldorado&#034;&gt;Eldorado&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;#5 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-tombouctou&#034;&gt;Tombouctou&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#12 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-beauregard&#034;&gt;Beauregard&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#19 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-l-ile-de-bermeja&#034;&gt;L'&#238;le de Bermeja&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;#6 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-atitlan&#034;&gt;Atitl&#225;n&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#13 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-monde-vide&#034;&gt;Monde vide&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#20 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-marioupol&#034;&gt;Marioupol&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;#7 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-babel&#034;&gt;Babel&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#14 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-catal-hoyuk&#034;&gt;&#199;atal H&#246;y&#252;k&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#21 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-null-island&#034;&gt;Null Island&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;#22 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existent-pas-new-babylon&#034;&gt;New Babylon&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;#23 &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/les-villes-qui-n-existent-pas/article/les-villes-qui-n-existe-pas-gaza&#034;&gt;Gaza&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et pour continuer : la plus ni&#233;e de toutes : &lt;i&gt;Gaza&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Atlas des villes qui n'existent pas, Gaza, &#233;videmment, occupe une place &#224; part &#8212; douloureuse et scandaleuse, atroce. Gaza, &lt;i&gt;ville qui n'existe pas&lt;/i&gt; : on entend la phrase et observe comme elle circule et se glisse dans les journaux et les discours, &#224; la surface des cartes, se prononce sans trembler sur les l&#232;vres de ceux qui ont fait de cette phrase un d&#233;sir, son &lt;i&gt;projet&lt;/i&gt;, un r&#234;ve m&#234;me. Non, &lt;i&gt;Gaza n'existe pas&lt;/i&gt;, disent ceux qui s'acharnent &#224; ne pas la faire exister. Phrase qui travaille, use. Phrase qui pr&#233;pare le terrain. Une ville n'est jamais tant d&#233;truite par le feu que par l'habitude qu'on prend de dire qu'elle n'existera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'on a fait d'elle moins une ville, qu'une anomalie, moins un lieu, qu'un probl&#232;me. Un &lt;i&gt;dossier&lt;/i&gt; &#8212; partant, pas tant un monde qu'une cible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans ce refus d'existence la vieille logique &#8212; coloniale et martiale &#8212; qui avance en s'installant ; la logique qui affirme : cette terre est &#224; nous, ou &#224; personne. Logique qui, dans ses versions les plus extr&#233;mistes, prolonge l'expansion des colonies jusqu'&#224; l'effacement programm&#233; d'une Palestine arabe, trahissant la promesse initiale d'un &#201;tat qui devait offrir refuge et non produire &#224; son tour l'exil. Qui &#233;tend les colonies comme une nappe jusqu'&#224; couvrir ce qui g&#234;nait la vue &#8211; un tapis, et pourquoi pas de bombes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaza, une ville ou la capitale d'une bande &#8212; mot mince, et qui &#233;trangle. Mot qu'on jette aussi sur des hordes plus ou moins organis&#233;es, &lt;i&gt;bande&lt;/i&gt; qui dit le sauvage, et &#224; qui on promet la prison, ou la peine capitale. &lt;i&gt;Bande&lt;/i&gt;, comme on dirait une lani&#232;re, la coupure, une chose &#224; tenir enserr&#233;e entre deux doigts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'&#234;tre une bande, on oublie que Gaza fut un passage. Et avant d'&#234;tre ce nom, un intervalle : entre l'Afrique et l'Asie, cette ligne de poussi&#232;re en halte sur la route des caravanes sans que le sol sous leurs pas ne port&#226;t encore l'ombre d'aucun drapeau. Puisque la terre se dresse avant les proclamations qui la d&#233;signe, le d&#233;sir de s'y arr&#234;ter pr&#233;c&#232;de aussi le notaire qui la nomme pour mieux la distribuer. Hazattu &#8212; c'est sous cette forme qu'elle fut d'abord consign&#233;e dans les lettres d'Amarna, grav&#233;e dans l'&#233;gyptien du deuxi&#232;me mill&#233;naire : nom pos&#233; comme pierre blanche pour dire la halte et ce carrefour. Viendront les Philistins qui en font l'une des principales cit&#233;s de la Pentapole philistine, et Alexandre, qui la transforme en &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; organis&#233; sur le mod&#232;le grec, avant de voir sur elle d&#233;ferler flots de Romains, Byzantins et Arabes &#8211; avant d'&#234;tre disput&#233;es entre crois&#233;s, ayyoubides ou mamelouks : surgissent et sit&#244;t disparaissent les califats et les rois chr&#233;tiens, les Ottomans et les dettes qu'on ne paiera jamais. On change de langue comme de devises, de dieux et de ma&#238;tres. Le sol seul demeure : chaque puissance la prend pour la plier &#224; son ordre avant de mieux l'abandonner &#224; son sort ; aucune ne l'invente. Gaza, comme toutes les villes, ne na&#238;t jamais, mais s'entasse sur elle-m&#234;me en couches de m&#233;moires : ville sous la ville, sous la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ville &#233;paisse et stratifi&#233;e &#8211; incapable d'&#234;tre ramen&#233;e &#224; une seule origine ; ville travers&#233;e qui &#233;chappe aux r&#233;cits simples : ville de tous les peuples &#8211; de tous les mondes venus et qui ne sont jamais vraiment partis, ont fini par faire ce peuple-ci assoiff&#233; de tout : &#171; Quand je prononce ou quand on prononce devant moi le nom de Palestinien, l'image qui s'impose le plus fortement c'est celle des enfants de quatre ou cinq ans d&#233;shydrat&#233;s. &#187; (Jean Genet)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les si&#232;cles s'acc&#233;l&#232;rent. La &lt;i&gt;Nakba&lt;/i&gt; jette sur les routes ces corps qui marchent sans savoir o&#249; aller : ce sera Gaza aussi. On se r&#233;fugie au bout des routes, et ce bord du monde portera ce nom de Gaza o&#249; le r&#233;el se contracte pour devenir un &#171; probl&#232;me &#187; : un &lt;i&gt;camp&lt;/i&gt;, une &lt;i&gt;menace&lt;/i&gt; &#8212; mani&#232;re de ne jamais en faire une ville. Camp qu'on peut fermer, ou ouvrir &#224; dessein &#8212; pour lequel il est moins besoin de fronti&#232;re que de check-points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e isra&#233;lienne encercle, bombarde, impose le blocus ; le Hamas creuse &#8212; r&#233;pond &#224; la surveillance a&#233;rienne par la profondeur, &#224; la verticalit&#233; des drones par l'&#233;videment de la terre : fabrique une autre ville de silence ; les colons extr&#233;mistes, ailleurs, repoussent plus loin la fronti&#232;re mobile au nom d'une terre promise qui ne supporterait aucun partage. Et de blocus en bombardements, de barrages en frappes, l'espace qu'on d&#233;chire pour le rendre inhabitable, les quartiers s'effondrent, les h&#244;pitaux ferment et l'&#233;lectricit&#233; qu'on coupe. L'espace cesse d'&#234;tre ce tissu continu du b&#226;ti qui pourtant le d&#233;finit, ou cet agencement poreux de vies contigu&#235;s ; il se fragmente en zones, en quadrants, en couloirs dits &#171; s&#251;rs &#187; qui ne le sont jamais, en secteurs et en coordonn&#233;es. Gaza devient un diagramme militaire qui ne peut r&#233;pondre qu'au langage des soldats et &#224; la grammaire des mouvements de troupe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-22_a_18.22_17.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-22_a_18.22_17.png?1771782031' width='500' height='284' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sous l'arpentage patient de certains, la ville pourtant refuse de ne pas exister &#8212; retourne contre ses destructeurs la preuve de son d&#233;sastre en signe de sa persistance. &lt;a href=&#034;https://forensic-architecture.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Forensic Architecture&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; depuis Goldmisths et London University &#339;uvre &#224; faire raconter cette histoire des ruines et de leur langage. Munis de cartes et d'images satellites, ils b&#226;tissent plut&#244;t que des maisons mais des d&#233;monstrations, une g&#233;ographie infra-ordinaire des territoires d&#233;vast&#233;s &#8212; machine de production de preuves rendues visibles. Sous l'impulsion de Eyal Weizman, c'est l'envers de l'architecture qui s'&#233;labore : non le bel art de construire, mais celui de lire ce qui reste et de documenter la destruction : la ruine parle, &#224; condition de savoir l'interroger. Les crat&#232;res dessinent des trajectoires ; les murs effondr&#233;s indiquent des angles de tir ; les cartes humanitaires r&#233;v&#232;lent les lignes d'enfermement. La violence n'est pas un chaos : elle est sa propre g&#233;om&#233;trie qui produit de l'espace et configure le territoire. Les murs tomb&#233;s deviennent des phrases et les impacts, des preuves. Un fragment suffit &#224; reconstituer une ruelle effondr&#233;e. Une fissure indique un mur. Ce que la destruction a voulu effacer, elle l'a inscrit : Gaza existe dans ses d&#233;combres comme dans aucun cadastre. &lt;i&gt;Forensic Architecture&lt;/i&gt; cartographie les massacres de masse &#224; Gaza en levant sur des cartes l'espace de violence trou&#233;e qu'elle est, avec ses &lt;i&gt;evacuation orders&lt;/i&gt; et ses lignes de fuite forc&#233;es. On y voit un territoire reconfigur&#233; par la violence, o&#249; les &#171; routes de survie &#187; deviennent autant de lignes de menace&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire : &lt;i&gt;Gaza n'existe pas &lt;/i&gt; &#8211; constater qu'on lui refuse la possibilit&#233; d'&#234;tre une ville : ni souveraine, ni respirable. Concession dangereuse ou camp &#224; ciel ouvert ; mais pour ceux qui la vivent au-dedans d'elle-m&#234;me, pi&#232;ge qui poss&#232;de seulement son ciel sous lequel il est seul possible de vivre puisqu'il leur appartient.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/YlCo-WmM8HY?si=Ybr4dYKyCryTb4VT&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En 1948, des familles palestiniennes ont emport&#233; avec elles la cl&#233; de leur maison &#8211; d&#233;truite, ras&#233;e, ou int&#233;gr&#233;e &#224; un autre cadastre, la maison depuis des d&#233;cennies n'existe plus. Les familles poss&#232;dent encore cette cl&#233; qu'on transmet et accroche &#224; l'entr&#233;e de ce qui n'est qu'une maison provisoire depuis pr&#232;s d'un si&#232;cle. Que signifie poss&#233;der une cl&#233; pour une maison disparue ? Habiter, ce n'est pas seulement occuper un lieu, plut&#244;t instituer le seuil d'o&#249; pouvoir fermer et rouvrir, et se tenir dans cet entre dedans et dehors. Lorsque la maison est d&#233;truite, le seuil dispara&#238;t &#8212; &#224; moins que quelque chose n'en garde la m&#233;moire. La cl&#233; ne reconstruit pas les murs, mais maintient l'id&#233;e que l'ouverture fut possible, et qu'elle peut l'&#234;tre encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ville ne meurt pas quand ses murs tombent, mais lorsqu'il n'y a plus personne pour en garder la cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il existera un pays, d&#233;livr&#233; des &#201;tats et des dieux, pour deux peuples &#8212; entre la mer, le fleuve et le d&#233;sert &#8212;, on d&#233;crochera la cl&#233; du mur de la maison de passage, et on la d&#233;posera dans la terre en chantant pour les morts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gilles Deleuze &amp; F&#233;lix Guattari | Rhizome</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/article/gilles-deleuze-felix-guattari-rhizome</link>
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		<dc:date>2026-02-10T16:27:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Toutes sortes de devenirs&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/" rel="directory"&gt;CHANTIER | &#201;CRITURES &amp; LITT&#201;RATURE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rhizome-edited-1.png?1770740840' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
L'arbre impose sa forme imm&#233;diatement lisible : les racines enfouies qui soutiennent l'ensemble, le tronc qui s'&#233;l&#232;ve sur quoi balancent des branches qui se distribuent selon l'ordre balanc&#233; et immobile que l'&#339;il reconna&#238;t sans effort, de sorte que chaque &#233;l&#233;ment para&#238;t d&#233;pendre d'un point plus ancien que lui, et que l'ensemble donne l'impression d'une continuit&#233; gouvern&#233;e par son origine. Cette figure a longtemps orient&#233; nos mani&#232;res de comprendre &#8211; une &#233;vidence silencieuse : chercher ce qui fonde, pr&#233;c&#232;de, explique, revenir vers le point premier dont tout proc&#233;derait, persuad&#233;s que le sens se tient l&#224;, dans cette profondeur stable qui soutient sans se montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#234;me disposition qui a pr&#233;sid&#233; &#224; notre mani&#232;re de concevoir le livre, en le rapportant &#224; une source unique &#8212; l'auteur, le fond, l'intention, l'origine &#8212; comme si le texte devait n&#233;cessairement reconduire vers un centre qui l'aurait engendr&#233;, et comme si lire consistait &#224; remonter vers cette instance suppos&#233;e premi&#232;re, dans une logique de filiation qui reproduit, sans toujours le savoir, cette centralit&#233; paternaliste et patriarcale o&#249; l'ordre, l'origine et le sens se confondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force d'habiter cette forme, notre regard s'y est pli&#233;, au point que nous en venons &#224; ne plus reconna&#238;tre que des troncs, des ramifications, des hi&#233;rarchies discr&#232;tes, et &#224; attendre du monde qu'il se laisse ordonner selon cette architecture, quitte &#224; m&#233;conna&#238;tre ce qui s'y d&#233;robe, ce qui ne pousse pas vers le haut, ce qui ne se laisse pas reconduire &#224; une origine, et &#224; laisser s'installer, dans cette recherche d'un principe organisateur, les tentations d'un ordre qui rassure parce qu'il simplifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image alors s'&#233;puise, non parce qu'elle serait inexacte, mais parce qu'elle ne suffit plus, et qu'&#224; c&#244;t&#233; d'elle se d&#233;ploient d'autres croissances, d'autres circulations, qui ne partent de nulle part assignable, qui avancent par le milieu, se relient sans centre, se transforment en avan&#231;ant, comme si le sens, d&#233;sormais, demandait moins &#224; &#234;tre rapport&#233; &#224; une racine qu'&#224; &#234;tre suivi dans ces trajets o&#249; rien ne commence vraiment et o&#249; tout, pourtant, se met &#224; pousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons des antidotes o&#249; puiser les forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. M.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;Gilles Deleuze, F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Mille plateaux, &lt;/i&gt; &lt;br&gt;&#171; Introduction : rhizome &#187;, Les &#233;ditions de Minuit, p. 30-32.&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/30641130448_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/30641130448_2.jpg?1770740772' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons les caract&#232;res principaux d'un rhizome : &#224; la diff&#233;rence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas n&#233;cessairement &#224; des traits de m&#234;me nature, il met en jeu des r&#233;gimes de signes tr&#232;s diff&#233;rents et m&#234;me des &#233;tats de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni &#224; l'Un ni au multiple. Il n'est pas l'Un qui devient deux, ni m&#234;me qui deviendrait directement trois, quatre ou cinq, etc. Il n'est pas un multiple qui d&#233;rive de l'Un, ni auquel l'Un s'ajouterait (n+1). Il n'est pas fait d'unit&#233;s, mais de dimensions, ou plut&#244;t de directions mouvantes. Il n'a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et d&#233;borde. Il constitue des multiplicit&#233;s lin&#233;aires &#224; n dimensions, sans sujet ni objet, &#233;talables sur un plan de consistance, et dont l'Un est toujours soustrait (n-1). Une telle multiplicit&#233; ne varie pas ses dimensions sans changer de nature en elle-m&#234;me et se m&#233;tamorphoser. &#192; l'oppos&#233; d'une structure qui se d&#233;finit par un ensemble de points et de positions, de rapports binaires entre ces points et de relations biunivoques entre ces positions, le rhizome n'est fait que de lignes : lignes de segmentarit&#233;, de stratification, comme dimensions, mais aussi ligne de fuite ou de d&#233;territorialisation comme dimension maximale d'apr&#232;s laquelle, en la suivant, la multiplicit&#233; se m&#233;tamorphose en changeant de nature. On ne confondra pas de telles lignes, ou lin&#233;aments, avec les lign&#233;es de type arborescent, qui sont seulement des liaisons localisables entre points et positions. &#192; l'oppos&#233; de l'arbre, le rhizome n'est pas objet de reproduction : ni reproduction externe comme l'arbre-image, ni reproduction interne comme la structure-arbre. Le rhizome est une antig&#233;n&#233;alogie. C'est une m&#233;moire courte, ou une antim&#233;moire. Le rhizome proc&#232;de par variation, expansion, conqu&#234;te, capture, piq&#251;re. &#192; l'oppos&#233; du graphisme, du dessin ou de la photo, &#224; l'oppos&#233; des calques, le rhizome se rapporte &#224; une carte qui doit &#234;tre produite, construite, toujours d&#233;montable, connectable, renversable, modifiable, &#224; entr&#233;es et sorties multiples, avec ses lignes de fuite. Ce sont les calques qu'il faut reporter sur les cartes et non l'inverse. Contre les syst&#232;mes centr&#233;s (m&#234;me polycentr&#233;s), &#224; communication hi&#233;rarchique et liaisons pr&#233;&#233;tablies, le rhizome est un syst&#232;me acentr&#233;, non hi&#233;rarchique et non signifiant, sans G&#233;n&#233;ral, sans m&#233;moire organisatrice ou automate central, uniquement d&#233;fini par une circulation d'&#233;tats. Ce qui est en question dans le rhizome, c'est un rapport avec la sexualit&#233;, mais aussi avec l'animal, avec le v&#233;g&#233;tal, avec le monde, avec la politique, avec le livre, avec les choses de la nature et de l'artifice, tout diff&#233;rent du rapport arborescent : toutes sortes de &#171; devenirs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en m&#234;me temps sur une mauvaise voie, avec toutes ces distributions g&#233;ographiques. Une impasse, tant mieux. S'il s'agit de montrer que les rhizomes ont aussi leur propre despotisme, leur propre hi&#233;rarchie, plus durs encore, tr&#232;s bien, car il n'y a pas de dualisme, pas de dualisme ontologique ici et l&#224;, pas de dualisme axiologique du bon et du mauvais, pas de m&#233;lange ou de synth&#232;se am&#233;ricaine. Il y a des n&#339;uds d'arborescence dans les rhizomes, des pouss&#233;es rhizomatiques dans les racines. Bien plus, il y a des formations despotiques d'immanence et de canalisation, propres aux rhizomes. Il y a des d&#233;formations anarchiques dans le syst&#232;me transcendant des arbres, racines a&#233;riennes et tiges souterraines. Ce qui compte, c'est que l'arbre-racine et le rhizome-canal ne s'opposent pas comme deux mod&#232;les : l'un agit comme mod&#232;le et comme calque transcendants, m&#234;me s'il engendre ses propres fuites ; l'autre agit comme processus immanent qui renverse le mod&#232;le et &#233;bauche une carte, m&#234;me s'il constitue ses propres hi&#233;rarchies, m&#234;me s'il suscite un canal despotique. Il ne s'agit pas de tel ou tel endroit sur la terre, ni de tel moment dans l'histoire, encore moins de telle ou telle cat&#233;gorie dans l'esprit. Il s'agit du mod&#232;le, qui ne cesse pas de s'&#233;riger et de s'enfoncer, et du processus qui ne cesse pas de s'allonger, de se rompre et reprendre. Autre ou nouveau dualisme, non. Probl&#232;me de l'&#233;criture : il faut absolument des expressions anexactes pour d&#233;signer quelque chose exactement. Et pas du tout parce qu'il faudrait passer par l&#224;, et pas du tout parce qu'on ne pourrait proc&#233;der que par approximations : l'anexactitude n'est nullement une approximation, c'est au contraire le passage exact de ce qui se fait. Nous n'invoquons un dualisme que pour en r&#233;cuser un autre. Nous ne nous servons d'un dualisme de mod&#232;les que pour atteindre &#224; un processus qui r&#233;cuserait tout mod&#232;le. Il faut &#224; chaque fois des correcteurs c&#233;r&#233;braux qui d&#233;font les dualismes que nous n'avons pas voulu faire, par lesquels nous passons. Arriver &#224; la formule magique que nous cherchons tous PLURALISME=MONISME, en passant par tous les dualismes qui sont l'ennemi, mais l'ennemi tout &#224; fait n&#233;cessaire, le meuble que nous ne cessons pas de d&#233;placer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Umberto Eco | Reconna&#238;tre le fascisme</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/umberto-eco-reconnaitre-le-fascisme</link>
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		<dc:date>2026-02-10T11:55:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Permanence de l'Ur-Facisme&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-02-10_a_12_53.07.png?1770724514' class='spip_logo spip_logo_right' width='127' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Que reste-t-il d'une enfance fasciste ? Des gestes et des attitudes plut&#244;t que des id&#233;es, une mani&#232;re de tenir son corps et d'&#233;couter une voix, de croire qu'il n'y a qu'une seule phrase possible pour dire le monde. &#202;tre enfant en 1942, &#224; Allessandria dans le Pi&#233;mont, c'est apprendre par c&#339;ur les discours du Duce comme d'autres apprennent des po&#232;mes, croire que l'histoire poss&#232;de une direction claire, que les mots ont un sens unique, ou que le bien se confond avec ce qui parle le plus fort. La guerre est loin, morale, presque abstraite. Elle a la nettet&#233; des slogans et la pesanteur rassurante des certitudes. Puis quelque chose se d&#233;fait. 1943, Mimo et ses partisans entrent dans la ville. Les soldats alli&#233;s passent. Les journaux s'&#233;talent sur les kiosques. Stupeur enfantine : ils ne disent pas la m&#234;me chose. Plusieurs partis et plusieurs voix se m&#234;lent et m&#234;lent des v&#233;rit&#233;s qui coexistent sans s'annuler. La libert&#233; n'est plus ce principe, mais comme un trouble : la d&#233;couverte que le monde peut se dire de plusieurs fa&#231;ons en m&#234;me temps. L'enfant d&#233;couvre alors autre chose que le mot vide de d&#233;mocratie : le d&#233;saccord f&#233;cond comme condition respirable d'une vie libre &#8212; sa possibilit&#233; plut&#244;t. Une exp&#233;rience de langue et de pens&#233;e. C'est de ce basculement presque imperceptible que s'ach&#232;ve l'enfance &#8212; ou que l'enfance redevient le lieu de son invention permanente : plus que la chute d'un r&#233;gime, la d&#233;couverte que le langage peut cesser d'&#234;tre univoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Na&#238;t une question qui ne cessera plus d'insister : pourquoi avoir nomm&#233; toute la guerre une lutte &#171; contre le fascisme &#187; ? Ce mot, plut&#244;t qu'un autre, alors que les r&#233;gimes totalitaires du temps &#233;taient si diff&#233;rents ? Parce que le fascisme, comprend Eco, n'est pas une doctrine. Il n'a ni la compacit&#233; conceptuelle du nazisme, ni la rigueur dogmatique du stalinisme. Autre chose de plus diffus le traverse : un assemblage instable, une mani&#232;re de sentir, un collage d'images, de mythes et de postures. Une rh&#233;torique plus qu'une pens&#233;e, et un climat plus qu'un syst&#232;me. Un &#171; totalitarisme flou &#187;, dont l'absence de consistance th&#233;orique fonde la puissance et rend d&#233;licat son affrontement. Le fascisme n'est pas une id&#233;ologie que l'on r&#233;fute, mais une atmosph&#232;re que l'on respire sans la voir, jusqu'au moment o&#249; l'on ne respire plus qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'Eco nomme l'Ur-fascisme tient dans cet &#171; air de famille &#187; : moins ce r&#233;gime historique, qu'une disposition du monde, une fa&#231;on de parler et de se rapporter au savoir, &#224; la tradition, &#224; l'alt&#233;rit&#233;, et au conflit. Une certaine mani&#232;re de rendre la complexit&#233; du r&#233;el insupportable, et de lui pr&#233;f&#233;rer une image simplifi&#233;e, vibrante, unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste qui suit ne d&#233;crit donc pas le fascisme de Mussolini. Elle ne d&#233;crit m&#234;me pas le fascisme. Elle donne des signes pour reconna&#238;tre quand l'air redevient respirable pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatorze points ne valent donc pas comme m&#233;moire du pass&#233;, mais comme exercice d'attention port&#233;e aux moments o&#249; le langage se resserre et o&#249; le d&#233;saccord devient suspect, o&#249; la pens&#233;e critique fatigue, o&#249; l'unanimit&#233; recommence &#224; para&#238;tre d&#233;sirable. L&#224; o&#249; l'air du temps s'&#233;paissit &#8212; et pas seulement en silence. Car quelque chose aujourd'hui se montre &#224; d&#233;couvert : dans les brutalit&#233;s assum&#233;es, les paroles ouvertes, les gestes spectaculaires, les violences qui ne cherchent m&#234;me plus &#224; se dissimuler. Le pr&#233;sent ne ressemble pas aux couloirs feutr&#233;s par lesquels l'histoire a d&#233;j&#224; pass&#233; ; il en rejoue parfois les &#233;clats, la lumi&#232;re crue et le vacarme. Et c'est peut-&#234;tre le plus troublant : reconna&#238;tre, dans ce qui para&#238;t neuf, l'allure famili&#232;re de ce qui fut d&#233;j&#224; atrocement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.M.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;Umberto Eco, &lt;i&gt;Reconna&#238;tre le fascisme&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
Conf&#233;rence prononc&#233;e le 25 avril 1995, &#224; Columbia University&lt;br&gt;
Publi&#233;e une premi&#232;re fois en 1997 sous le titre Ur-Fascism&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16706 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/pdf/eco_1997_reconnaitrelefascisme.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 905.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L419xH482/urfacism-4052c.png?1770724520' width='419' height='482' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;PDF de la conf&#233;rence
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re caract&#233;ristique d'un Ur-fascisme, c'est &lt;strong&gt;le culte de la tradition&lt;/strong&gt;. Le traditionalisme est plus ancien que le fascisme. Il ne fut pas seulement typique de la pens&#233;e contre-r&#233;volutionnaire catholique apr&#232;s la R&#233;volution fran&#231;aise, il est n&#233; vers la fin de l'&#226;ge hell&#233;nistique, en r&#233;action au rationalisme grec classique. Dans le bassin m&#233;diterran&#233;en, les peuples de religions diff&#233;rentes (toutes accept&#233;es avec indulgence par le Panth&#233;on romain) se prirent &#224; r&#234;ver d'une r&#233;v&#233;lation re&#231;ue &#224; l'aube de l'histoire humaine. Cette r&#233;v&#233;lation resta longtemps cach&#233;e sous le voile de langues d&#233;sormais oubli&#233;es, confi&#233;e aux hi&#233;roglyphes &#233;gyptiens, aux runes celtes, aux textes sacr&#233;s, encore inconnus, des religions asiatiques. Cette nouvelle culture devait &#234;tre syncr&#233;tiste. Le syncr&#233;tisme n'est pas seulement, comme l'indiquent les dictionnaires, la combinaison de diverses formes de croyances ou de pratiques. Une telle combinaison doit tol&#233;rer les contradictions. Tous les messages originaux contiennent un germe de sagesse et, lorsqu'ils semblent dire des choses diff&#233;rentes ou incompatibles, c'est uniquement parce que chacun fait allusion, de fa&#231;on all&#233;gorique, &#224; quelque v&#233;rit&#233; primitive. Cons&#233;quence : il ne peut y avoir d'avanc&#233;e du savoir. La v&#233;rit&#233; a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e une fois pour toutes et l'on ne peut que continuer &#224; interpr&#233;ter son obscur message. Il suffit de regarder le syllabus de chaque mouvement fasciste pour y trouver les principaux penseurs traditionalistes. La gnose nazie se nourrissait d'&#233;l&#233;ments traditionalistes, syncr&#233;tistes, occultes. Julius Evola, la source th&#233;or&#233;tique essentielle de la nouvelle droite italienne, m&#233;langeait le Graal avec les Protocoles des Sages de Sion, l'alchimie avec le Saint Empire romain. Le fait m&#234;me que, pour montrer son ouverture d'esprit, une partie de la droite italienne ait r&#233;cemment &#233;largi son syllabus en r&#233;unissant De Maistre, Gu&#233;non et Gramsci, est une preuve lumineuse de syncr&#233;tisme. Si vous regardez par curiosit&#233; les rayons des librairies am&#233;ricaines portant l'indication &#171; New Age &#187;, vous y trouverez m&#234;me saint Augustin, lequel, pour autant que je sache, n'&#233;tait pas fasciste. Mais le fait m&#234;me de r&#233;unir saint Augustin et Stonehenge, cela est un sympt&#244;me d'Ur-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le traditionalisme implique &lt;strong&gt;le refus du modernisme&lt;/strong&gt;. Les fascistes comme les nazis adoraient la technologie, tandis qu'en g&#233;n&#233;ral les penseurs traditionalistes la refusent, la tenant pour la n&#233;gation des valeurs spirituelles traditionnelles. Toutefois, bien que le nazisme ait &#233;t&#233; fier de ses succ&#232;s industriels, ses louanges de la modernit&#233; n'&#233;taient que l'aspect superficiel d'une id&#233;ologie fond&#233;e sur le &#171; sang &#187; et la &#171; terre &#187; (Blut und Boden). Le refus du monde moderne &#233;tait camoufl&#233; sous la condamnation du mode de vie capitaliste, mais il recouvrait surtout le rejet de l'esprit de 1789 (et de 1776 bien s&#251;r) : le si&#232;cle des Lumi&#232;res, l'&#194;ge de la Raison, con&#231;us comme le d&#233;but de la d&#233;pravation moderne. En ce sens, l'Ur-fascisme peut &#234;tre d&#233;fini comme irrationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'irrationalisme d&#233;pend aussi du &lt;strong&gt;culte de l'action pour l'action&lt;/strong&gt;. L'action est belle en soi, on doit donc la mettre en &#339;uvre avant &#8212; et sans &#8212; la moindre r&#233;flexion. Penser est une forme d'&#233;masculation. Ainsi, la culture est suspecte, puisqu'on l'identifie &#224; une attitude critique. De la d&#233;claration attribu&#233;e &#224; Goebbels (&#171; Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver &#187;) &#224; l'emploi courant d'expressions telles que sales intellectuels, cr&#226;nes d'&#339;uf ; snobs radicaux, les universit&#233;s sont un repaire de communistes, la suspicion envers le monde intellectuel a toujours &#233;t&#233; un sympt&#244;me d'Ur-fascisme. L'essentiel de l'engagement des intellectuels fascistes officiels consistait &#224; accuser la culture moderne et l'intelligentsia d'avoir abandonn&#233; les valeurs traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Aucune forme de syncr&#233;tisme &lt;strong&gt;ne peut accepter la critique.&lt;/strong&gt; L'esprit critique &#233;tablit des distinctions, et distinguer est un signe de modernit&#233;. Dans la culture moderne, la communaut&#233; scientifique entend le d&#233;saccord comme un instrument de progr&#232;s des connaissances. Pour l'Ur-fascisme, le d&#233;saccord est trahison.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;saccord est en outre signe de diversit&#233;. L'Ur-fascisme &lt;strong&gt;croit et cherche le consensus&lt;/strong&gt; en exploitant et exacerbant la naturelle peur de la diff&#233;rence. Le premier appel d'un mouvement fasciste ou pr&#233;matur&#233;ment fasciste est lanc&#233; contre les intrus. L'Ur-fasciste est donc raciste par d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'Ur-fascisme &lt;strong&gt;na&#238;t de la frustration individuelle ou sociale&lt;/strong&gt;. Aussi, l'une des caract&#233;ristiques typiques des fascismes historiques est-elle l'appel aux classes moyennes frustr&#233;es, d&#233;favoris&#233;es par une crise &#233;conomique ou une humiliation politique, &#233;pouvant&#233;es par la pression de groupes sociaux inf&#233;rieurs. &#192; notre &#233;poque o&#249; les anciens &#171; prol&#233;taires &#187; sont en passe de devenir la petite bourgeoisie (et o&#249; les &lt;i&gt;Lumpen&lt;/i&gt; s'auto-excluent de la sc&#232;ne politique), le fascisme puisera son auditoire dans cette nouvelle majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ceux qui n'ont aucune identit&#233; sociale, l'Ur-fascisme leur dit qu'ils jouissent d'un unique &lt;strong&gt;privil&#232;ge&lt;/strong&gt; &#8212; le plus commun de tous : &lt;strong&gt;&#234;tre n&#233; dans le m&#234;me pays.&lt;/strong&gt; La source du nationalisme est l&#224;. De plus, les seuls &#224; pouvoir fournir une identit&#233; &#224; la nation, ce sont les ennemis. C'est pourquoi &#224; la racine de la psychologie Ur-fasciste on trouve &lt;strong&gt;l'obsession du complot, si possible international&lt;/strong&gt;. Les disciples doivent se sentir assi&#233;g&#233;s. Le moyen le plus simple de faire &#233;merger un complot consiste &#224; en appeler &#224; la x&#233;nophobie. Toutefois, le complot doit &#233;galement venir de l'int&#233;rieur. Aussi les juifs sont-ils en g&#233;n&#233;ral la meilleure des cibles puisqu'ils pr&#233;sentent l'avantage d'&#234;tre &#224; la fois dedans et dehors. Aux &#201;tats-Unis, le livre de Pat Robertson, &lt;i&gt;The New World Order,&lt;/i&gt; constitue le dernier exemple en date d'obsession du complot.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les disciples doivent &lt;strong&gt;se sentir humili&#233;s par la richesse ostentatoire et la force de l'ennemi. &lt;/strong&gt; Quand j'&#233;tais enfant, on m'apprenait que les Anglais &#233;taient &#171; le peuple aux cinq repas &#187; : ils mangeaient plus souvent que les Italiens, pauvres mais sobres. Les juifs sont riches et ils s'entraident gr&#226;ce &#224; un r&#233;seau secret d'assistance mutuelle. Cependant, les disciples doivent &#234;tre convaincus de pouvoir vaincre leurs ennemis. Ainsi, par un continuel d&#233;placement de registre rh&#233;torique, les ennemis sont &#224; la fois trop forts et trop faibles. Les fascismes sont condamn&#233;s &#224; perdre leurs guerres, parce qu'ils sont dans l'incapacit&#233; constitutionnelle d'&#233;valuer objectivement la force de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Ur-fascisme, &lt;strong&gt;il n'y a pas de lutte pour la vie, mais plut&#244;t une vie pour la lutte.&lt;/strong&gt; Le pacifisme est alors une collusion avec l'ennemi ; le pacifisme est mauvais car la vie est une guerre permanente. Toutefois, cela comporte un complexe d'Armageddon : puisque les ennemis doivent et peuvent &#234;tre d&#233;faits, il devra y avoir une bataille finale, &#224; la suite de laquelle le mouvement prendra le contr&#244;le du monde. Cette solution finale implique qu'il s'ensuivra une &#232;re de paix, un &#194;ge d'or venant contredire le principe de guerre permanente. Aucun leader fasciste n'a jamais r&#233;ussi &#224; r&#233;soudre cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;litisme est un aspect type de l'id&#233;ologie r&#233;actionnaire,&lt;/strong&gt; en tant que fondamentalement aristocratique. Au cours de l'histoire, tous les &#233;litismes aristocratiques et militaristes ont impliqu&#233; le m&#233;pris pour les faibles. L'Ur-fascisme ne peut &#233;viter de pr&#234;cher l'&#233;litisme populaire. Tout citoyen appartient au peuple le meilleur du monde, les membres du parti sont les citoyens les meilleurs, tout citoyen peut (ou devrait) devenir membre du parti. Cependant, il n'est point de patriciens sans pl&#233;b&#233;iens. Le leader, qui sait que son pouvoir n'a pas &#233;t&#233; obtenu par d&#233;l&#233;gation mais conquis par la force, sait aussi que sa force est fond&#233;e sur la faiblesse des masses, tellement faibles qu'elles m&#233;ritent et ont besoin d'un dominateur. Comme le groupe est organis&#233; hi&#233;rarchiquement (selon un mod&#232;le militaire), chaque leader subordonn&#233; m&#233;prise ses subalternes, lesquels m&#233;prisent &#224; leur tour leurs inf&#233;rieurs. Tout cela renforce le sentiment d'un &#233;litisme de masse.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;11. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, &lt;strong&gt;chacun est &#233;duqu&#233; pour devenir un h&#233;ros.&lt;/strong&gt; Si dans toute mythologie, le h&#233;ros est un &#234;tre exceptionnel, dans l'id&#233;ologie Ur-fasciste, le h&#233;ros est la norme. Un culte de l'h&#233;ro&#239;sme &#233;troitement li&#233; au culte de la mort : ce n'est pas un hasard si la devise des phalangistes &#233;tait &#171; Viva la muerte ! &#187;. On dit aux gens ordinaires que la mort est d&#233;sagr&#233;able mais qu'il faut l'affronter avec dignit&#233; ; on dit aux croyants que c'est une fa&#231;on douloureuse d'atteindre &#224; un bonheur surnaturel. Le h&#233;ros Ur-fasciste, lui, aspire &#224; la mort, annonc&#233;e comme la plus belle r&#233;compense d'une vie h&#233;ro&#239;que. Le h&#233;ros Ur-fasciste est impatient de mourir. Entre nous soit dit, dans son impatience, il lui arrive plus souvent de faire mourir les autres.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;12. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Puisque la guerre permanente et l'h&#233;ro&#239;sme sont des jeux difficiles &#224; jouer, l'Ur-fasciste &lt;strong&gt;transf&#232;re sa volont&#233; de puissance sur des questions sexuelles. &lt;/strong&gt; L&#224; est l'origine du machisme (impliquant le m&#233;pris pour les femmes et la condamnation intol&#233;rante de m&#339;urs sexuelles non conformistes, de la chastet&#233; &#224; l'homosexualit&#233;). Puisque le sexe aussi est un jeu difficile &#224; jouer, le h&#233;ros Ur-fasciste joue avec les armes, v&#233;ritables Ersatz phalliques : ses jeux guerriers proviennent d'une &lt;i&gt;invidia penis &lt;/i&gt; permanente.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;13. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; L'Ur-fascisme se fonde sur &lt;strong&gt;un populisme qualitatif&lt;/strong&gt;. Dans une d&#233;mocratie, les citoyens jouissent de droits individuels, mais l'ensemble des citoyens n'est dot&#233; d'un poids politique que du point de vue quantitatif (on suit les d&#233;cisions de la majorit&#233;). Pour l'Ur-fascisme, &lt;strong&gt;les individus en tant que tels n'ont pas de droits, et le &#171; peuple &#187; est con&#231;u comme une qualit&#233;, &lt;/strong&gt; une entit&#233; monolithique exprimant la &#171; volont&#233; commune &#187;. Puisque aucune quantit&#233; d'&#234;tres humains ne peut poss&#233;der une volont&#233; commune, le Leader se veut leur interpr&#232;te. Ayant perdu leur pouvoir de d&#233;l&#233;gation, les citoyens n'agissent pas, ils sont seulement appel&#233;s, pars pro toto, &#224; jouer le r&#244;le du peuple. Ainsi, le peuple n'est plus qu'une fiction th&#233;&#226;trale. Pour avoir un bon exemple de populisme qualitatif, il n'est plus besoin de Piazza Venezia ou du Stade de Nuremberg. Notre avenir voit se profiler un populisme qualitatif t&#233;l&#233; ou Internet, o&#249; la r&#233;ponse &#233;motive d'un groupe s&#233;lectionn&#233; de citoyens peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;e et accept&#233;e comme la &#171; voix du peuple &#187;. En raison de son populisme qualitatif, l'Ur-fascisme doit s'opposer aux gouvernements parlementaires &#171; putrides &#187;. L'une des premi&#232;res phrases que pronon&#231;a Mussolini au parlement italien fut : &#171; J'aurais pu transformer cette salle sourde et grise en un bivouac pour mes manipules. &#187; Effectivement, il trouva aussit&#244;t un meilleur abri pour&lt;br class='autobr' /&gt;
ses manipules, mais peu apr&#232;s il liquida le parlement. Chaque fois qu'un politicien &#233;met des doutes quant &#224; la l&#233;gitimit&#233; du parlement parce qu'il ne repr&#233;sente plus la &#171; voix du peuple &#187;, on flaire l'odeur de l'Ur-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;14. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'Ur-Fascisme parle &lt;strong&gt;la &#171; novlangue &#187;.&lt;/strong&gt; La &#171; novlangue &#187; fut invent&#233;e par Orwell dans 1984, comme langue officielle de l'Ingsoc, le Socialisme Anglais, mais des &#233;l&#233;ments d'Ur-fascisme sont communs &#224; diverses formes de dictature. Tous les textes scolaires nazis ou fascistes se fondaient sur un lexique pauvre et une syntaxe &#233;l&#233;mentaire, afin de limiter les instruments de raisonnement complexe et critique. Cela dit, nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; identifier d'autres formes de novlangue, m&#234;me lorsqu'elles prennent l'aspect innocent d'un populaire talk-show.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de terminer par une po&#233;sie de Franco Fortini :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le parapet du pont&lt;br class='autobr' /&gt;
Les t&#234;tes des pendus&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'eau de la source&lt;br class='autobr' /&gt;
La bave des pendus&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le pav&#233; du march&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ongles des fusill&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur l'herbe s&#233;ch&#233;e du pr&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dents des fusill&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mordre l'air mordre les pierres&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre chair n'est plus celle d'hommes&lt;br class='autobr' /&gt;
Mordre l'air mordre les pierres&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre c&#339;ur n'est plus celui d'hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous avons lu dans les yeux des morts&lt;br class='autobr' /&gt;
Et sur terre, la libert&#233;, nous la ferons&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ils l'ont serr&#233;e, les poings des morts,&lt;br class='autobr' /&gt;
La justice que nous ferons.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;U. E., 1995.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Car le silence mortel ne se tait pas</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-car-le-silence-mortel-ne-se-tait-pas</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Lundi 09 f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_1841.jpg?1770673209' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_1842.jpg?1770673213&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Parole d'attente, silencieuse peut-&#234;tre, mais qui ne laisse pas &#224; part silence et dire et qui fait du silence d&#233;j&#224; un dire, qui dit dans le silence d&#233;j&#224; le dire qu'est le silence. Car le silence mortel ne se tait pas.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Blanchot, &lt;i&gt;L'&#201;criture du d&#233;sastre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16700 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1843.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1843.jpg?1770673181' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lumi&#232;re de novembre sur f&#233;vrier des premiers jours d&#233;j&#224; agonisants &#8212; et partout dimanche, ce lundi soir qui miroite dans les dimanches apr&#232;s-midi de l'enfance sous le ciel d'Artois r&#233;pandu partout jusqu'&#224; donner la main &#224; ces nuages de M&#233;diterran&#233;e qui n'ont jamais de nom, s'enfuient, se terrent quelque part d'o&#249; ils finissent toujours par revenir, sur moi. William Blake, de nouveau ouvert sur la &lt;a href=&#034;https://www.arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/william-blake-chants-d-experience/article/william-blake-mon-rosier-joli-ah-tournesol-le-lys&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;table de travail&lt;/a&gt; &#8212; pourquoi ? Et le feu, et le sacr&#233;, et m&#234;me les morts de B&#225;rcena, et le d&#233;sastre, et l'&#233;criture, et &#171; &#233;treins-toi &#187;, et tous les livres qu'un seul suffit &#224; appeler &#224; lui en moi, et qui ne vient pas, et que je poursuis, comme une mauvaise lumi&#232;re de th&#233;&#226;tre. Et le reste : de la pluie, je ne sais pas, elle tombe pire que des larmes, et tout ce regret qui vient au moindre souvenir, au moindre &#8212; le ciel en est t&#233;moin, et il ment d&#232;s qu'il pr&#234;te serment.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il faut plut&#244;t penser que Narcisse, voyant l'image qu'il ne reconna&#238;t pas, voit en elle la part divine, la part non vivante d'&#233;ternit&#233; (car l'image est incorruptible) qui, &#224; son insu, serait la sienne, et qu'il n'a pas le droit de regarder sous peine d'un d&#233;sir vain ; de sorte que l'on peut dire qu'il meurt (s'il meurt) d'&#234;tre immortel, immortalit&#233; d'apparence qu'atteste la m&#233;tamorphose en fleur, fleur fun&#232;bre ou fleur de rh&#233;torique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le bouquet de fleurs mortes devant moi ne cesse de mourir pour la m&#234;me raison qu'il fut vivant : n'&#234;tre pas l&#224; &#8212; devant moi &#8212; ce qui n'existe &#224; cet instant que pour que je le voie, l'&#233;crive sans pouvoir trouver les mots, et l'abandonne, comme tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16703 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1845.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1845.jpg?1770673181' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>William Blake | &#171; Mon Rosier joli / Ah ! Tournesol / Le Lys &#187;</title>
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		<dc:date>2026-02-09T10:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Une fleur me fut offerte&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/william-blake-chants-d-experience/" rel="directory"&gt;William Blake | Chants d'exp&#233;rience&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/songs_of_innocence_and_of_experience__copy_aa__1826__the_fitzwilliam_museum__object_43_my_pretty_rose_tree.jpg?1770634748' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Traduction personnelle des &lt;i&gt;Chants d'innocence &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;d'exp&#233;rience&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; ici le &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/&#034;&gt;sommaire des po&#232;mes&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; l&#224; les &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/traduction-d-une-langue-l-autre/william-blake-chants-d-innocence-d-experience/wiliam-blake-carnets-de-traduction/&#034;&gt;carnets de la traduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qui se joue du d&#233;sir et de ses d&#233;tours. Trois po&#232;mes pour trois d&#233;placements successifs : refuser (et brutalement faire face &#224; ce qui se refuse), attendre (avant de mieux se confier ailleurs), s'exposer (&#224; la vie qui toujours sait &#234;tre violente). Trois mani&#232;res de s'&#233;loigner du d&#233;sir &#224; force de vouloir le pr&#233;server, de le tuer de l'avoir gard&#233; trop pr&#232;s. D'un po&#232;me l'autre, pos&#233;s l'un en dessous de l'autre et qui s'engendrent l'un de l'autre et se contaminent, quelque chose se donne et se perd, se durcit, puis se fige. Il appara&#238;t alors moins une consolation qu'une inqui&#233;tude plus profonde : le d&#233;sir ne peut vivre qu'indomptable, autant dire, inapprochable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;MY PRETTY ROSE-TREE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MON ROSIER JOLI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A flower was offerd to me :&lt;br&gt;
Such a flower as May never bore.&lt;br&gt;
But I said I've a Pretty Rose-tree, &lt;br&gt;
And I passed the sweet flower o'er.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Une fleur me fut offerte &#8212;&lt;br&gt;
telle que Mai, jamais, n'en a port&#233;, ni ne saurait.&lt;br&gt;
Mais je dis : moi, j'ai mon rosier joli,&lt;br&gt;
et laissai choir la fleur, la douce.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Then I went to my Pretty Rose-tree :&lt;br&gt;
To tend her by day and by night.&lt;br&gt;
But my Rose turnd away with jealousy :&lt;br&gt;
And her thorns were my only delight.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Puis m'en retournai vers mon Rosier, joli,&lt;br&gt;
pour le garder mien, et le tenir, et le jour et la nuit.&lt;br&gt;
Mais Rose se d&#233;tourna de moi, jalouse,&lt;br&gt;
et ses &#233;pines devinrent mon unique joie.&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;AH ! SUN-FLOWER&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! TOURNESOL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ah Sun-flower ! weary of time, &lt;br&gt;
Who countest the steps of the Sun :&lt;br&gt;
Secking after that sweet golden clime, &lt;br&gt;
Where the travellers journey is done.&lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Ah ! Tournesol, lass&#233; du temps,&lt;br&gt;
toi qui comptes les pas du soleil :&lt;br&gt;
&#224; la poursuite de ce doux pays d'or,&lt;br&gt;
o&#249; le voyage des voyageurs s'ach&#232;ve.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Where the Youth pined away with desire, &lt;br&gt;
And the pale Virgin shrouded in snow :&lt;br&gt;
Arise from their graves and aspire, &lt;br&gt;
Where my Sun-flower wishes to go.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;L&#224; o&#249; la jeunesse est morte d'avoir d&#233;sir&#233;,&lt;br&gt;
et la Vierge p&#226;le, linceul&#233;e sous la neige :&lt;br&gt;
levez-vous de vos tombes, et d&#233;sirez encore,&lt;br&gt;
O&#249; mon tournesol d&#233;sire aller.&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;THE LILLY&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;LE LYS&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The modest Rose puts forth a thorn :&lt;br&gt;
The humble Sheep, a threatning horn :&lt;br&gt;
While the Lilly white, shall in Love delight, &lt;br&gt;
Nor a thorn nor a threat stain her beauty bright.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;La rose, pudique, avance une &#233;pine ;&lt;br&gt;
Le mouton, humble, menace de sa corne :&lt;br&gt;
tandis que le lys blanc trouvera sa joie dans l'amour,&lt;br&gt;
ni &#233;pine ni menace pour sa beaut&#233; sans ombre.&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Jrnl | Quel silence ?</title>
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		<dc:date>2026-02-06T17:29:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Vendredi 06 f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_1758.jpg?1770398966' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_1759.jpg?1770398972&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Jamais tu ne tireras de l'eau des profondeurs de ce puits. Quelle eau ? Quel puits ? Qui donc pose cette question ? Silence. Quel silence ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Kafka (peut-&#234;tre 1920)&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1760.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1760.jpg?1770398951' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ciel de tra&#238;ne sur toute la journ&#233;e, comme s'il s'agissait de tirer les draps de la nuit sur cette vie, ce jour &#8212; images qui, au fond de soi, tra&#238;nent aussi, vase qu'on ne remue que pour troubler davantage et r&#233;pandre partout le poids mort de ce qui, de toute mani&#232;re, est vou&#233; &#224; toujours retomber, au profond, qui forme la surface sur quoi avancer malgr&#233; tout. Toulouse &#233;gale &#224; elle-m&#234;me : ces villes dont on ne fait que passer, empruntant toujours les m&#234;mes couloirs pour ne pas trop se perdre, et qui semblent donc r&#233;duites &#224; quelques fa&#231;ades but&#233;es, visages anonymes, pr&#233;sences qui n'existent sur terre que le temps de les croiser, et puis ? Habiter le monde comme une ville qu'on verrait deux fois l'an, trois jours &#8212; chambre d'h&#244;tel aux murs d'&#233;paisseur relative &#8212;, une vie, oui, si on &#233;tait assez l&#226;che pour s'y confier ; mais on n'a m&#234;me pas cette l&#226;chet&#233;, on a toutes les autres, et ce n'est pas assez pour se penser tout &#224; fait mort, en d&#233;pit des apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'&#233;cran de l'ordinateur, le reflet de ses mains qui tapent ces phrases pour dire ce reflet, et comme on frappe sur un mur, avec le d&#233;sir furieux de le traverser &#8212; ces reflets et ces phrases, ce monde comme parois, ces parois comme ce qui d&#233;chire la r&#233;alit&#233; et son envers &#8212; ; mais je sais bien que l'envers de la r&#233;alit&#233; lui appartient aussi, comme le pass&#233; au pr&#233;sent, ou le chagrin &#224; l'impossible consolation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Ombres Blanches, marcher. Tous les livres jamais lus, sur quoi on pose la main comme pour leur arracher des forces &#8212; les croiser suffit, parfois &#8212; ; ces livres qui font honte aussi, plus nombreux ; livres qui font signe, ou qui insultent, livres sont pour d'autres, ou livres qui n'ont &#233;t&#233; &#233;crits que pour soi : ceux qui agencent leur complot pour dessiner en soi d'&#233;tranges appels, comme ce type en bas de l'h&#244;tel qui, vers trois heures, soudain, s'est mis &#224; pleurer en hurlant &#224; son chien d'arr&#234;ter d'hurler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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