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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Jrn | L'&#233;tat naturel du monde</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Vendredi 17 juillet 2026&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;ant, le petit jour &#233;touff&#233;, dont la luminosit&#233; fondue, au lieu de l'envahir, aspirait le ciel vers l'est, il regardait le ciel, indiff&#233;rent au fait que cela signifiait que le jour se levait, &#171; c'est la guerre &#187;, se dit-il, et &#171; pour pouvoir sortir de la nuit approchant de son terme il faut &#234;tre impitoyable &#187;, la guerre, et il survola du regard l'ensemble des toitures, o&#249; tout se bousculait, une bousculade o&#249; il n'y avait aucune r&#232;gle, la guerre, o&#249; chacun attaquait l'autre en permanence, o&#249; le seul et unique objectif &#233;tait la victoire. Un combat o&#249; seul restait debout celui qui ne se posait aucune question, celui qui, r&#233;sign&#233;, se contentait d'accepter, comme lui, que le tout f&#251;t inexplicable, car le tout, la remarque du prince lui revint en m&#233;moire, n'existait pas, maintenant, il avait l'impression de comprendre enfin combien M. Eszter avait raison, le chaos &#233;tait bien l'&#233;tat naturel du monde, aussi, puisqu'il en serait toujours ainsi, &#233;tait-il impossible de pr&#233;dire la moindre issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laszlo Krasznahorkai, &lt;i&gt;La M&#233;lancolie de la r&#233;sistance&lt;/i&gt; (1989)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, les fascistes cess&#232;rent d'attendre : les garnisons espagnoles du Maroc prennent les armes qu'elles rangent derri&#232;re le g&#233;n&#233;ral de division Franco et les tournent vers tout ce qui bouge encore, vont faire feu sur nous d&#233;j&#224; &#8211; dans la nuit, dix-huit ans plus t&#244;t pourtant, le camarade Iakov Iourovski fait fusiller le Tsar dans une cave de Iekaterinbourg pour que le jour se l&#232;ve ; il va se recoucher presque aussit&#244;t : John Coltrane meurt ce jour-l&#224; &#224; cinquante ans &#8211; et ce jour-l&#224; aussi (c'est un autre) &#224; quarante quatre ans, menott&#233;e dans son lit d'h&#244;pital au Metropolitan de New York, sous surveillance polici&#232;re et avec soixante dix cents sur son compte, Billie Holiday &#8211; tout ce qui meurt nous confie son agonie, charge &#224; nous de l'emporter ailleurs : d'un dix sept juillet l'autre, c'est toujours lui qui revient, et se d&#233;place, nous emporte aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pli du roman de Krasznahorkai (retrouv&#233; par hasard dans la biblioth&#232;que, est-ce qu'il existe quelque chose ici bas qui se nomme le &lt;i&gt;hasard&lt;/i&gt; ? La &lt;i&gt;biblioth&#232;que&lt;/i&gt; ? &lt;i&gt;Ici-bas&lt;/i&gt; ?) ceci : arrive dans une petite ville de province un cirque itin&#233;rant qui ne propose qu'une seule et unique &#171; attraction &#187; : le cadavre empaill&#233; d'une baleine. On dit qu'aux c&#244;t&#233;s du cadavre, se tiendrait le Prince en personne &#8211; mais quel Prince ? Personne ne le dit ; existe-t-il lui aussi ? &#8211; et cette seule rumeur suffit &#224; jeter la ville dans la violence. Non, ce ne sont pas toujours les faits qui produisent l'Histoire, mais les histoires qu'on trame autour d'eux, et qui soul&#232;vent, comme la poitrine le battement d'un c&#339;ur affol&#233; pour on ne sait quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait bien que Hom&#232;re n'a jamais exist&#233;, mais se levait en chaque po&#232;te qui, le r&#233;citant, inventait le Po&#232;me, et que le texte qu'on lit n'a d&#232;s lors jamais exist&#233; vraiment, qu'on ne peut rien en comprendre, pratiquement rien en dire &#8211; mais ce qui reste : l'image de la mer dans le po&#232;me ; quand on regarde la mer aujourd'hui (celle-ci), elle nous lie &#224; celui qui prend nom d'Ulysse, qui lui aussi existe de nouveau chaque fois qu'on pose les yeux sur la mer ; nous lie &#224; sa terreur, autant qu'&#224; cet effroyable d&#233;sir de s'y m&#234;ler, de ne pas mourir, d'&#234;tre seul malgr&#233; tout, de regarder l'horizon non comme un trait au loin mais comme le lieu &#224; rejoindre, le territoire o&#249; seul serait possible de vivre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Jrnl | De loin</title>
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		<dc:date>2026-07-15T08:21:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mercredi 15 juillet 2026&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_9538.jpg?1784103695' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_9539.jpg?1784103700&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'horizon, le soleil a commenc&#233; &#224; d&#233;cliner et il n'atteint presque plus le tumulus de la s&#233;pulture. Juan remet son chapeau sur sa t&#234;te, donne de l'&#233;peron et choisit de ne pas regarder en arri&#232;re. En sortant du village les cordes d'une guitare et les premiers &lt;i&gt;corridos&lt;/i&gt; commencent &#224; lui parvenir de la buvette, d&#233;j&#224; un peu glissants &#224; cause de l'alcool. De loin il arrive &#224; peine &#224; d&#233;chiffrer les paroles, mais il sait bien ce qu'elles racontent : des histoires sur des hommes et des femmes qui meurent pour que la v&#233;rit&#233; de leur chanson leur survive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juan G&#243;mez B&#225;rcena, &lt;i&gt;M&#234;me les morts&lt;/i&gt; (2025)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16974 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9540.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9540.jpg?1784103660' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ciel lourd, de quels remords, terreurs, ou joies vaines ? Ciel lourd et nous dessous, rien d'autre que du vent remu&#233; par le vent, et il n'y a m&#234;me pas de vent, &#224; peine un peu d'air qu'on ne parvient pas &#224; respirer &#224; cause du capitalisme et de juillet, les deux se confondant (non d'excuses) pour finir par fabriquer ces nuits sans histoires, et sans air donc. Je lis que pour parvenir &#224; trouver le sommeil, apr&#232;s plusieurs dizaines de minutes &#224; retourner en tous sens le probl&#232;me de la fatigue et n'y pas parvenir, il faut se lever, faire quelques pas, regarder par la fen&#234;tre, et revenir s'allonger : faire croire au corps que c'est de nouveau l'heure. J'avais d&#233;j&#224; appris que, pour dormir, il fallait faire semblant de dormir, je saurai d&#233;sormais qu'on peut ruser aussi en faisant semblant de ne pas dormir. Reste que le moustique, assaillant insatiable, et agent historique dress&#233; pour nous emp&#234;cher de comploter, le soir, avec nous-m&#234;mes, toujours prompt &#224; nous livrer bataille pour qu'on lui livre bataille (et qu'on ne pense pas aux moyens s&#251;rs capables de renverser l'ordre de la domination) ne dort jamais, ou seulement &#224; midi, quand le sommeil para&#238;t d&#233;finitivement enfoui, vieux r&#234;ve, ou r&#234;ve &#224; venir perdu dans l'horizon du soir. Quelle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains mots n'existent qu'en qu&#234;te de leur propre d&#233;finition, que chaque &#233;v&#233;nement d&#233;place ou renouvelle, annule, contredit, relance. Qu'on ne les prononce que pour les d&#233;finir. Le mot &lt;i&gt;R&#233;volution&lt;/i&gt;, par exemple, le mot &lt;i&gt;Amour&lt;/i&gt;. Le mot &lt;i&gt;&#201;criture&lt;/i&gt;. D'autres, &#224; l'inverse, imposent leur brutalit&#233; d'&#233;vidence, incapables de porter en eux autre chose qu'eux-m&#234;mes. Le mot &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt;. Le mot &lt;i&gt;Terreurs&lt;/i&gt; associ&#233; &#224; &lt;i&gt;nocturnes&lt;/i&gt;. Le mot &lt;i&gt;&#201;criture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'observe la plaie sur le coude, le corps pos&#233; sur le corps et qu'on nomme cicatrice : cette sorte de signature plus &#233;vanescente qu'un tatouage, mais plus s&#251;re aussi, &#224; la fois plus accidentelle et plus fatale. Une couture qui fait de la peau ce sac o&#249; je suis chaque seconde davantage jet&#233; et que l'histoire trimballe comme on jette dans le wagon au moment o&#249; il d&#233;marre, parmi bestiaux et outlaws (vieux r&#234;ves sur lesquels la musique de Bob Dylan sert de d&#233;cor et de lumi&#232;re : d'horizon) : pr&#233;sence cicatricielle de moi-m&#234;me &#224; m&#234;me ma peau, qui porte m&#233;moire des coups dans leur effacement perp&#233;tuel (effacement capable aussi de les maintenir visibles malgr&#233; tout jusqu'&#224; l'imperceptible) : sensation, monde aussi ; un jour il faudrait savoir &#233;crire une histoire du monde des cicatrices, une syntaxe de la cicatrice, une po&#233;tique et une &#233;cologie de la cicatrice, toute une science qui les porterait toutes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16973 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9544-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9544-2.jpg?1784103645' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Jrnl | Crocheter une serrure avec un brin de paille</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Jeudi 09 juillet 2026&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_9263.jpg?1783589923' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_9262.jpg?1783589928&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'avant-centre prend le d&#233;part, involontairement, juste avant le tir, le gardien de but indique avec son corps la direction dans laquelle il va se jeter et l'avant-centre peut shooter tranquillement dans l'autre, dit Bloch. Le gardien de but pourrait aussi bien essayer de crocheter une serrure avec un brin de paille. &#187;Soudain l'avant-centre prit le d&#233;part. Le gardien de but, qui portait un pull-over jaune vif, resta droit et immobile, l'avant-centre lui tira le ballon dans les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Handke, &lt;i&gt;L'Angoisse du gardin de but au moment du penalty&lt;/i&gt; (1970)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le ciel n'a pas de couleur, mais une r&#233;alit&#233; tranchante, impassible : jamais mise en d&#233;faut. Toute diff&#233;rente est la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, qu'on s'acharne &#224; nier, &lt;i&gt;d&#233;claration&lt;/i&gt; apr&#232;s &lt;i&gt;d&#233;claration&lt;/i&gt; &#8212; non voyons, la terre ne br&#251;le pas ; non bien s&#251;r, la guerre est la paix ; non &#233;videmment, la violence est l'apaisement, ; non enfin, la justice est l'injustice ; non. C'est un lent travail qui consiste &#224; faire passer l'ordre du monde pour naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On regarde le ciel, vide ; on plonge ses yeux dans la terre, et ses mains, pleines de poussi&#232;re, de vies et de complots, on paille le sol pour qu'il retienne le peu d'eau qu'on lui conc&#232;de, des fruits poussent de toutes parts en d&#233;pit du bon sens, la ville se soul&#232;ve chaque soir, &#224; travers les fen&#234;tres quand on marche &#224; la tomb&#233;e du jour, des corps hal&#232;tent ensemble pour passer le temps, et il le fait, il passe entre eux, la sueur, les caresses qu'on invente pour d&#233;jouer les violences, les injures, je marche entre cela aussi, au pied des immeubles aux fen&#234;tres ouvertes sur le d&#233;sir, je ne sais plus o&#249; j'ai gar&#233; la voiture, je me perds longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au caf&#233;, les deux jeunes filles parlent allemand ; je ne saisis que quelques mots, aucune phrase. N'est-ce pas ainsi que je saisis ce qui passe, m'arrive, bruisse autour de moi : toute cette vie sociale, sans doute, administr&#233;e par les ordres du jour incompr&#233;hensible : il aurait sans doute fallu &#234;tre plus attentif aux cours de langue de l'enfance, mais la fen&#234;tre &#233;tait l&#224;, pendant ces heures, et le ciel de l'autre c&#244;t&#233;, qui n'attendait que nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours ont pass&#233; depuis cette mauvaise chute sur le coude. Je repense &#224; la phrase du m&#233;decin pendant qu'il me recoud, notant &#224; voix haute l'ordonnance et indiquant &lt;i&gt;une perte de substance&lt;/i&gt; : quand je demandais des pr&#233;cisions, il me dit seulement, sans me regarder : &lt;i&gt;vous avez laiss&#233; un peu de vous sur le sol&lt;/i&gt;. &#201;videmment, comme &#224; chaque seconde, &#224; chaque rencontre, &#224; chaque nuit. Je pensais &#224; la livre de chair abandonn&#233;e, et maintenant que la peau se referme (sur moi ?), que la douleur s'estompe, que la substance repousse, je me dis, d&#233;cid&#233;ment, que la mat&#233;rialisme historique est aussi une m&#233;decine et qu'il nous apprend qu'on ne gu&#233;rit de rien, mais que le pr&#233;sent abolit le pass&#233; chaque seconde &#8211; laisse sur soi une ligne de plus sur quoi &#233;crire l'avenir et rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16970 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9260.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9260.jpg?1783589907' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Ailleurs la bataille </title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-ailleurs-la-bataille</link>
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		<dc:date>2026-07-08T08:19:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mercredi 08 juillet&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_8828.jpg?1783498748' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_8829.jpg?1783498755&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Tu t'en vas sans moi, ma vie. / Tu roules, Et moi j'attends encore de faire un pas. / Tu portes ailleurs la bataille. / Tu me d&#233;sertes ainsi. / Je ne t'ai jamais suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois pas clair dans tes offres. / Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes. / A cause de ce manque, j'aspire &#224; tant. / A tant de choses, &#224; presque l'infini&#8230; / A cause de ce peu qui manque, que jamais tu n'apportes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Michaux, Ma vie (&lt;i&gt;La Nuit remue&lt;/i&gt;, 1967)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La veille du d&#233;part, ce 7 juillet, on dit que Vasco da Gama n'a pas dormi. Il a veill&#233; avec ses hommes dans la petite chapelle de Notre-Dame de Bel&#233;m et se dit &#224; haute voix tous les p&#233;ch&#233;s commis, en attendant l'aube &#8212; l'aube arrive, il finit d'&#233;noncer les p&#233;ch&#233;s &#224; la h&#226;te, il en reste encore, il en restera toujours &#224; qui souhaite s'emparer du monde et voudrait pour cela le c&#339;ur pur : vide. Duras aussi faisait son lit avant d'&#233;crire, rangeait m&#233;ticuleusement le grand salon de Neauphle-le-Ch&#226;teau. Au matin, c'est la longue procession des pr&#234;tres et des fid&#232;les jusqu'au rivage. On c&#233;l&#232;bre une derni&#232;re messe &#224; m&#234;me le Tage ; le vicaire re&#231;oit une confession g&#233;n&#233;rale &#8211; et donne en retour l'absolution compl&#232;te &#224; tout l'&#233;quipage. &#201;videmment, on s'en va mourir : le monde ne s'atteint pas. Duras aussi ; s'il s'agissait de mourir, il fallait bien qu'on trouve le lit fait, et la chambre nette. On part dans ces chants de requiem ; les cierges au petit matin du 8 juillet l&#232;vent dans le ciel l'&#233;l&#233;gie t&#233;n&#233;breuse des fins. Deux ans plus tard, une poign&#233;e d'hommes reviendront. Vasco &#233;tait parti ouvrir une route, d&#233;couvre surtout qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;. Les vents, les ports, les pilotes et les marchands : tout un monde circulait bien avant et sans lui. Les quelques &#233;toffes, le corail, les bassines de cuivre, le sucre qu'il offre au souverain de Calicut font sourire. Non, il n'y a pas de d&#233;couverte, seulement l'irruption tardive d'un empire dans le monde des autres. On n'a jamais fait le tour du monde, c'est lui qui nous traverse. Duras sur la table de travail, observe la bouteille de whisky qui l'observe : &#233;crit encore une phrase avant de c&#233;der, et encore une, et encore une autre, ne c&#233;dera pas encore tant qu'elle &#233;crit,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un m&#234;me 8 juillet qu'un vaisseau britannique force la baie d'Edo et ouvre le Japon mur&#233; sur lui-m&#234;me au monde. Il s'agit parfois de laisser le temps o&#249; il est. Jean de La fontaine na&#238;t ce m&#234;me 8 juillet, o&#249; se noie Percy Shelley : &#171; Mer insondable, dont les vagues sont les ann&#233;es / Oc&#233;an du Temps, dont les eaux de profonde douleur / Sont saum&#226;tres du sel des larmes &#187;. Ce qu'on ouvre devant soi, d&#233;chire aussi ce qui nous fonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les actualit&#233;s se lisent chaque jour comme un manuel d&#233;crivant pas &#224; pas la mani&#232;re dont le fascisme s'empare du pouvoir (la fa&#231;on dont on le lui livre), que le ciel est si bleu qu'il insulte aussi cela, que le vent manque, que la fatigue fatigue, que le sommeil reste introuvable, sans doute cach&#233; par de malveillants moustiques sous les nappes de chaleur, cette phrase &#224; la fin du r&#234;ve : &lt;i&gt;si on appelle le large l'horizon, c'est parce qu'il n'a ni hauteur ni longueur&lt;/i&gt;. On se r&#233;veille muni de telles cl&#233;s incapables d'ouvrir aucune porte, et qu'on ajoute au trousseau, s&#251;r qu'elles pourront servir, un jour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16967 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8827-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8827-2.jpg?1783498733' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Etty Hillesum | Lettre du 7 juillet 1943</title>
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		<dc:date>2026-07-07T10:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Aujourd'hui&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/anthologie-personnelle-pages/" rel="directory"&gt;ANTHOLOGIE PERSONNELLE | PAGES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/hillesum.jpg?1783415449' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Onze cahiers, du 9 mars 1941 &#224; l'automne 1942 : c'est tout ce que le temps et cette vie auront laiss&#233; &#224; Etty Hillesum pour &#233;crire. Jeune femme d'Amsterdam, juive &#233;prise de russe et de Rilke, form&#233;e au droit et &#224; la philosophie, elle aura tenu la chronique de ses jours &#224; mesure que l'Occupation les resserre &#8212; l'universit&#233; d'abord interdite, avant la ville, le monde. N&#233;e en 1914, d&#233;port&#233;e &#224; Auschwitz le 7 septembre 1943 o&#249; elle sera assassin&#233;e, peut-&#234;tre &#224; l'automne. Le journal s'&#233;crit tout entier sous r&#233;gime de catastrophe, qu'elle pressent avant de la conna&#238;tre, dans la chair et la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 1942, elle entre au &lt;i&gt;Joodsche Raad,&lt;/i&gt; ce Judenrat que l'occupant a fait dresser pour administrer, du dedans, la communaut&#233; qu'il destine &#224; la mort. Ce Conseil juif s'exerce &#224; double fond : secourt et transmet, prot&#232;ge quelques-uns et livre les autres, tenant d'une main les listes que l'autre temp&#232;re de sursis. Etty y obtient un emploi de bureau &#8212; une place de privil&#233;gi&#233;e dont elle aura honte presque aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette honte na&#238;t un choix. Quand le Conseil d&#233;p&#234;che &#224; Westerbork une poign&#233;e d'employ&#233;s pour y &#171; secourir les populations en transit &#187;, elle demande &#224; partir : arrive le 30 juillet, non pas d&#233;port&#233;e mais volontaire, refusant toute cachette. Westerbork n'est pas encore l'enfer des grands camps &#8212; une lande de Drenthe o&#249; l'on avait, avant-guerre, parqu&#233; les r&#233;fugi&#233;s allemands, et que l'occupant a chang&#233;e en antichambre. On y vit presque ; sauf que chaque mardi un train s'en va vers l'est, et que toute la semaine tend vers ce d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cahiers ne racontent ni la politique ni les faits, disent une formation int&#233;rieure &#8212; la pr&#233;sence, &#224; chaque page, de Julius Spier, le &#171; S. &#187; du journal, th&#233;rapeute et amour &#8212;, la lente transmutation d'un d&#233;sastre collectif en travail sur soi, la pri&#232;re, les mots. Retrouv&#233;s, publi&#233;s quarante ans plus tard sous le titre &lt;i&gt;Une vie boulevers&#233;e, &lt;/i&gt; ils passent d'ordinaire pour un livre spirituel : une travers&#233;e mystique de l'effondrement. C'est ne pas lire ce qui s'y joue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e du 7 juillet 1942 pr&#233;c&#232;de de peu le basculement. Amsterdam tient encore, mais les convocations tombent, on essaie les sacs &#224; dos, on plaisante &#224; l'heure de l'ap&#233;ritif pour ne pas pleurer. Dans quelques jours, le Conseil ; puis Westerbork. Celle qui &#233;crit sait ce qui vient &#8212; &#171; on pr&#233;pare notre extermination &#187;, note-t-elle le jour m&#234;me &#8212; et, plut&#244;t que de fuir, s'y pr&#233;pare par le dedans. Que faire d'un tel livre ? Il y a une mani&#232;re qui le trahit. On peut y chercher telle le&#231;on de s&#233;r&#233;nit&#233; par gros temps, un br&#233;viaire de &#171; r&#233;silience &#187; o&#249; la lumi&#232;re serait au-dedans et n'attendrait qu'un souffle. C'est la version que notre temps pr&#233;f&#232;re : la catastrophe ramen&#233;e &#224; une &#233;preuve dont on sortirait grandi, chacun rendu &#224; ses seules forces, l'horreur adoucie par la promesse d'une clart&#233; toujours &#224; port&#233;e. Lecture qui console et endort &#8212; et qui, sous couleur de sauver l'&#226;me, absout l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout, chez Hillesum, va dans un tout autre sens. Son d&#233;nuement ne la retire pas du monde, mais l'y jette. Elle refuse de se cacher, r&#233;clame Westerbork, veut &#234;tre l&#224; o&#249; sont les siens ; son int&#233;riorit&#233; regarde dehors. Et son refus de ha&#239;r n'a rien d'une candeur : se laisser changer en &#171; b&#234;te f&#233;roce comme eux &#187;, serait d&#233;j&#224; la d&#233;faite, victoire de l'exterminateur pouss&#233;e jusque dans le c&#339;ur de sa victime. Demeurer vivante, l&#224;, ce n'est pas se d&#233;rober au combat &#8212; c'est le livrer sur le dernier terrain qu'on ne lui a pas encore pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224; sa mystique devient une arme. Au plus noir de l'&#233;t&#233;, elle retourne la pri&#232;re : ce n'est plus Dieu qui nous sauve, c'est nous qui devons le d&#233;fendre, &#171; la demeure qui l'abrite en nous &#187;. Le ciel se fait t&#226;che, et la t&#226;che revient aux vivants. On songe &#224; cette cr&#233;ature cach&#233;e qui, chez Benjamin, guide en secret la main du joueur : sous la th&#233;ologie, la r&#233;volte. &#201;crire depuis l'&#233;tat d'exception fait r&#232;gle, arracher au n&#233;ant le visage des vaincus &#224; l'instant m&#234;me du danger, confier au pr&#233;sent une force messianique fragile que d'autres, plus tard, sauront ressaisir &#8212; c'est cela que trame, peut-&#234;tre &#224; son insu, la volont&#233; de tout retenir (t&#226;che d'&#233;criture, d'&#233;crivain) et de devenir celle qui dira. L'envers d'une consolation : une cr&#233;ance sur l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lire ainsi, c'est l'&#244;ter aux d&#233;vots pour lui rendre son tranchant. Le journal ne dit pas que la lumi&#232;re sauve du d&#233;sastre ; il d&#233;pose dans le d&#233;sastre une charge que le pr&#233;sent pourra rallumer. Geste conjurateur s'il en est : retenir les vaincus pour qu'ils agissent encore sur nous. Le parti pris est assum&#233; &#8212; Etty n'est pas des n&#244;tres, elle n'a lu ni Benjamin ni M&#252;ller. Mais c'est nous qui, la prenant &#224; rebrousse-poil de sa l&#233;gende pieuse, faisons de sa mystique non le d&#233;ni du politique, mais l'une de ses mani&#232;res de tenir : la derni&#232;re, quand toutes les autres sont tomb&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 7 juillet, &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;9 heures et demie du matin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mine vient de t&#233;l&#233;phoner pour annoncer que Mischa a subi hier l'examen m&#233;dical qui doit d&#233;cider de son envoi en Drenthe. R&#233;sultat encore inconnu. M&#232;re est &#224; bout de nerfs, para&#238;t-il, et p&#232;re lit beaucoup. Il a tant de ressource int&#233;rieure. Les rues o&#249; l'on passe &#224; bicyclette ne semblent plus tout &#224; fait les m&#234;mes, des ciels bas et mena&#231;ants p&#232;sent sur elles et paraissent toujours pr&#233;sager des orages, m&#234;me par un soleil &#233;clatant. On vit d&#233;sormais c&#244;te &#224; c&#244;te avec le destin, on d&#233;couvre des gestes pour l'approcher quotidiennement, et tout cela diff&#232;re totalement de ce qu'on a pu lire dans les livres. Quant &#224; moi, je sais qu'on doit se d&#233;faire m&#234;me de l'inqui&#233;tude qu'on &#233;prouve pour les &#234;tres aim&#233;s. Je veux dire ceci : toute la force, tout l'amour, toute la confiance en Dieu que l'on poss&#232;de (et qui croissent si &#233;tonnamment en moi ces derniers temps), on doit les tenir en r&#233;serve pour tous ceux que l'on croise sur son chemin et qui en ont besoin. &#171; Je me suis dangereusement accoutum&#233; &#224; votre pr&#233;sence &#187;, disait-il hier. Dieu sait si moi aussi, je me suis &#171; dangereusement accoutum&#233;e &#187; &#224; la sienne ! Et pourtant je devrai me d&#233;tacher de lui aussi. Je veux dire : mon amour pour lui doit &#234;tre un r&#233;servoir de force et d'amour &#224; donner &#224; tous ceux qui en ont besoin ; &#224; l'inverse, l'amour et la sollicitude qu'il m'inspire ne doivent pas me ronger au point de me priver de toutes mes forces. Car m&#234;me cela, ce serait de l'&#233;go&#239;sme. Et m&#234;me dans la souffrance on peut puiser de la force. Et mon amour pour lui peut suffire &#224; me nourrir toute une vie, et d'autres avec moi. Il faut aller jusqu'au bout de sa logique. On pourrait dire : je puis tout supporter jusqu'&#224; un certain point, mais s'il devait lui arriver quelque chose ou que je doive le quitter, ce serait trop, je n'en supporterai pas plus. Or on doit toujours pouvoir continuer. Aujourd'hui c'est tout l'un ou tout l'autre : ou bien on en est r&#233;duit &#224; penser uniquement &#224; soi-m&#234;me et &#224; sa survie en &#233;liminant toute autre consid&#233;ration, ou bien l'on doit renoncer &#224; tout d&#233;sir personnel et s'abandonner. Pour moi cet abandon n'&#233;quivaut pas &#224; la r&#233;signation, &#224; une mort lente, il consiste &#224; continuer &#224; apporter tout le soutien que je pourrai l&#224; o&#249; il plaira &#224; Dieu de me placer, au lieu de sombrer dans le chagrin et l'amertume. Je me sens toujours dans des dispositions &#233;tranges. Je pourrais presque dire : il me semble que je plane au lieu de marcher, et pourtant je suis en pleine r&#233;alit&#233; et je sais parfaitement ce qui est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;crivais il y a quelques jours encore : je voudrais &#234;tre &#224; mon bureau et &#233;tudier pour moi. Ce n'est plus possible. C'est-&#224;-dire : cela pourra se produire encore, mais il faut abandonner cette exigence. Il faut renoncer &#224; tout, pour pouvoir faire chaque jour pour les autres les mille petites choses qui sont &#224; faire, sans toutefois s'y perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wemer disait hier : &#171; Nous ne d&#233;m&#233;nagerons pas, cela ne vaut plus la peine. &#187; Et il ajouta en me regardant : &#171; Pourvu seulement que nous partions ensemble. &#187; Le petit Weyl consid&#233;rait tristement ses jambes gr&#234;les et disait : &#171; Il faut que je me procure cette semaine deux cale&#231;ons longs, je me demande bien comment ! &#187; et, s'adressant aux autres : &#171; Pourvu que je sois dans le m&#234;me compartiment que vous ! &#187; Le d&#233;part est fix&#233; &#224; la semaine prochaine, il aura lieu &#224; une heure et demie du matin ; voyage en train gratuit - mais oui, gratuit ! - et on n'a pas le droit d'emmener d'animaux domestiques. Tout cela figurait dans la convocation. Et qu'il fallait se munir de chaussures de travail, de deux paires de chaussettes et d'une cuiller, mais ni or, ni argent, ni platine, cela non ; en revanche on est autoris&#233; &#224; conserver son alliance, n'est-ce pas touchant ? &#171; Je n'emporte pas de chapeau &#187;, dit F., &#171; mais un bonnet, on aura fi&#232;re allure avec &#231;a ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, tels sont les propos &#233;chang&#233;s &#224; l'heure de l'ap&#233;ritif. En rentrant hier soir de cette petite r&#233;union traditionnelle, je me demandais o&#249; j'allais bien pouvoir puiser la force de donner encore une heure de le&#231;on. Je pourrais d'ailleurs &#233;crire tout un livre sur cette heure et demie pass&#233;e avec W., - son visage lisse de jeune gar&#231;on, ses grands yeux insolents. J'esp&#232;re qu'il me sera donn&#233; de tout retenir de cette &#233;poque et d'en faire un jour un r&#233;cit, m&#234;me fragmentaire. Rien de ce que nous vivons n'est comme dans les livres, rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis noter les mille d&#233;tails qui me frappent quotidiennement, mais j'aimerais bien les retenir. Je remarque que mes facult&#233;s d'observation enregistrent tout sans faillir, avec en plus une sorte de joie. En d&#233;pit du poids des choses, de ma fatigue, de ma souffrance, de tout, il me reste au moins ma joie, la joie de l'artiste &#224; percevoir les choses et &#224; les transformer dans son esprit en une image personnelle. Je serais capable de d&#233;chiffrer avec int&#233;r&#234;t et de conserver en moi l'ultime expression du visage d'un mourant. Je partage la souffrance de ceux que je vois en ce moment tous les soirs et qui, la semaine prochaine, travailleront dans l'un des endroits les plus menac&#233;s de la terre, dans une usine d'armement ou Dieu sait o&#249; - si du moins on les laisse encore travailler. Mais j'enregistre le plus petit geste, la moindre phrase prononc&#233;e, la plus fugitive expression de leur visage, et je le fais avec distance, avec objectivit&#233; et presque avec froideur. J'adopte instinctivement le point de vue de l'artiste et je crois qu'un jour, quand il me para&#238;tra n&#233;cessaire de tout raconter, j'en aurai aussi le talent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Apr&#232;s-midi. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ami de Bernard a &#233;t&#233; abord&#233; dans la rue par un soldat allemand qui lui a demand&#233; une cigarette. La conversation s'est engag&#233;e : ce soldat &#233;tait autrichien, et avait enseign&#233; &#224; Paris avant la guerre. De la conversation rapport&#233;e par Bernard je veux retenir cette phrase : &#171; En Allemagne, la caserne tue plus de soldats que l'ennemi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet agent de change &#233;tait dimanche matin &#224; la terrasse de L&#233;o Krijn : &#171; Nous n'avons qu'&#224; prier de toutes nos forces pour que la situation s'am&#233;liore tant que nous sommes moralement capables d'accueillir cette am&#233;lioration. Quand la haine aura fait de nous des b&#234;tes f&#233;roces comme eux, il sera trop tard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me pr&#233;occupe le plus, ce sont mes pieds qui refusent tout service. Et j'esp&#232;re que le moment venu, ma vessie sera retap&#233;e, sinon je serai une rude g&#234;neuse pour les entassements humains qui sont ma soci&#233;t&#233; future. Et je devrais me d&#233;cider enfin &#224; aller chez le dentiste, toutes ces petites corv&#233;es que l'on a repouss&#233;es une vie durant, il est temps de s'en d&#233;barrasser, je crois. Et je ferais bien de cesser de fureter dans la grammaire russe, j'en sais assez pour mes &#233;l&#232;ves, du moins pour les mois qui viennent, il vaut mieux terminer l'Idiot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne prends plus de notes de lecture, c'est beaucoup trop long et on ne me laissera certainement pas tra&#238;ner avec moi tout ce papier. D&#233;sormais il faudra savoir extraire mentalement l'essence de tout ce que je lis et l'engranger pour les temps de p&#233;nurie. Et je me ferai beaucoup mieux &#224; l'id&#233;e de mon d&#233;part si je concr&#233;tise cet adieu dans une s&#233;rie de petits actes, de mani&#232;re &#224; ne pas recevoir &#171; l'&#233;ch&#233;ance fatidique &#187; comme un coup mortel : liquider des lettres, des papiers, tout le fouillis de mon bureau. Je pense tout de m&#234;me que Mischa ne sera pas retenu pour les camps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois me coucher plus t&#244;t, sinon je suis trop somnolente dans la journ&#233;e et je ne puis me le permettre. Il faut que je mette la main sur la lettre de notre brave soldat allemand avant le d&#233;part de Liesl : je veux la conserver &#224; titre de &#171; document humain &#187;. Apr&#232;s un d&#233;sespoir immense et accablant, cette histoire a connu divers rebondissements des plus singuliers. La vie est si curieuse, si surprenante, si nuanc&#233;e, et chaque tournant du chemin nous d&#233;couvre une vue enti&#232;rement nouvelle. La plupart des gens ont une vision conventionnelle de la vie, or il faut s'affranchir int&#233;rieurement de tout, de toutes les repr&#233;sentations convenues, de tous les slogans, de toutes les id&#233;es s&#233;curisantes, il faut avoir le courage de se d&#233;tacher de tout, de toute norme et de tout crit&#232;re conventionnel, il faut oser faire le grand bond dans le cosmos : alors la vie devient infiniment riche, elle d&#233;borde de dons, m&#234;me au fond de la d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais avoir lu tout Rilke avant que sonne l'heure de me s&#233;parer de tous mes livres, et probablement pour longtemps. Je m'identifie tr&#232;s fort &#224; ce petit groupe de gens rencontr&#233;s par hasard chez Wemer et Liesl, et qui seront d&#233;port&#233;s la semaine prochaine pour travailler en Allemagne sous bonne garde polici&#232;re. Cette nuit, j'ai r&#234;v&#233; que je devais faire ma valise. C'&#233;tait une nuit de nervosit&#233; ; les chaussures, surtout, me d&#233;sesp&#233;raient : toutes celles que j'essayais me faisaient mal. Et comment faire tenir des sous-v&#234;tements, des vivres pour trois jours et des couvertures dans une seule valise ou un sac &#224; dos ? Mais je suis s&#251;r qu'il restera un peu de place dans un coin pour la Bible. Et si possible pour le Livre d'heures et les Lettres &#224; un jeune po&#232;te de Rilke. Et puis j'aimerais tant emporter mes deux petits dictionnaires de russe et l'Idiot, pour entretenir la langue. &#201;videmment tout peut m'arriver si, au moment de notre enregistrement, j'indique comme profession : &#171; professeur de russe &#187;. Cela peut constituer un &#171; cas isol&#233; &#187; aux cons&#233;quences difficilement pr&#233;visibles. Peut-&#234;tre finirai-je tout de m&#234;me par atterrir en Russie (apr&#232;s Dieu sait quels vains d&#233;tours) une fois qu'ils m'auront entre leurs griffes, moi et mes connaissances linguistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;8 heures. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, &#224; cette heure-ci un couvercle se referme sur toutes les rumeurs de la journ&#233;e et le soir m'appartient, avec tout le calme et la concentration qui sont en moi. Sur mon bureau, une rose-th&#233; jaune se dresse entre deux petits vases de violettes mauves. Notre &#171; heure de l'ap&#233;ritif &#187; est termin&#233;e. S. m'a demand&#233;, totalement &#233;puis&#233; : &#171; Comment font les Levie pour tenir le coup soir apr&#232;s soir ? Je n'en peux plus, je suis compl&#232;tement d&#233;sesp&#233;r&#233;. &#187; Et maintenant, je laisse derri&#232;re moi rumeurs et r&#233;alit&#233;s pour lire et pour &#233;tudier, toute la soir&#233;e. Je me demande comment je suis faite : aucune des inqui&#233;tudes ni des angoisses de la journ&#233;e ne me colle &#224; la peau, ici &#224; mon bureau je me sens vierge comme un nouveau-n&#233; et totalement r&#233;ceptive &#224; l'&#233;tude, comme si rien ne se passait dans le monde. Tout s'est parfaitement d&#233;tach&#233; de moi sans laisser de trace et je me sens plus r&#233;ceptive que jamais. La semaine prochaine, il est probable que tous les Hollandais subiront l'examen m&#233;dical. De minute en minute, de plus en plus de souhaits, de d&#233;sirs, de liens affectifs se d&#233;tachent de moi ; je suis pr&#234;te &#224; tout accepter, tout lieu de la terre o&#249; il plaira &#224; Dieu de m'envoyer, pr&#234;te aussi &#224; t&#233;moigner &#224; travers toutes les situations et jusqu'&#224; la mort, de la beaut&#233; et du sens de cette vie : si elle est devenue ce qu'elle est, ce n'est pas le fait de Dieu mais le n&#244;tre. Nous avons re&#231;u en partage toutes les possibilit&#233;s d'&#233;panouissement, mais n'avons pas encore appris &#224; exploiter ces possibilit&#233;s. On dirait qu'&#224; chaque instant des fardeaux de plus en plus nombreux tombent de mes &#233;paules, que toutes les fronti&#232;res s&#233;parant aujourd'hui hommes et peuples s'effacent devant moi, on dirait parfois que la vie m'est devenue transparente, et le c&#339;ur humain aussi ; je vois, je vois et je comprends sans cesse plus de choses, je sens une paix int&#233;rieure grandissante et j'ai une confiance en Dieu dont l'approfondissement rapide, au d&#233;but, m'effrayait presque, mais qui fait de plus en plus partie de moi-m&#234;me. Et maintenant, au travail.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Jrnl | Et en outre, plus, et autre chose</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Mardin 07 juillet 2026&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_7844_2.jpg?1783414159' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/image.jpg?1783414163&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espoir qu'un monde soit exhum&#233; par le langage, quelqu'un chante le lieu o&#249; se forment le silence. Ensuite, il d&#233;couvrira que ce n'est pas parce qu'elle montre sa fureur que la mer existe, le monde non plus. C'est pourquoi chaque mot dit ce qu'il dit, et en outre, plus, et autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alejandra Pizarnik, &#171; Le mot qui gu&#233;rit &#187; (&lt;i&gt;L'Enfer musical&lt;/i&gt;, 1971)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;N'attendons pas tout de la fin du monde. Tant de choses n'appartiennent qu'&#224; ce qui nous &#233;chappe &#8212; dans les r&#234;ves (cette nuit, la punition consistait &#224; assister &#224; la conf&#233;rence d'un grand &#233;crivain, et j'aurais pass&#233; la nuit (il faisait grand jour) &#224; ruser pour y &#233;chapper, gagner le large, d&#233;couvrir la ville inconnue si pr&#232;s), dans cette minute qui pr&#233;c&#232;de le sommeil aussi, dans le souvenir de la voix des morts. Il se pourrait bien que cette fin, tant attendue, ne nous d&#233;livre d'aucun mal : qu'un autre monde vienne lui arracher la couronne et se proclame empereur. Non, la fin du monde ne r&#232;glera pas tout : les cauchemars qui nous attendent d&#233;j&#224; dans le r&#232;gne des fins, les douleurs au r&#233;veil, les mauvaises Chutes et les souvenirs qui assaillent, les voix des morts qui ne nous consoleront pas. Dans le r&#233;el &#233;mancip&#233; qui vient, on emportera aussi l'&#233;chec de ce monde-ci, et c'est avec lui qu'on le b&#226;tira aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde comme terrain d'une exp&#233;rience morale o&#249; il s'agit de devenir sans cesse quelqu'un d'autre &#8211; et on n'y parvient jamais tout &#224; fait, on recommence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression : &#171; il ne manquait plus que cela &#187;. Une catastrophe apr&#232;s l'autre s'ajoute au d&#233;sastre, s'ajuste &#224; lui &#8212; l'appelle, la nomme et l'engendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soif, ces jours, est l'exp&#233;rience m&#233;taphysique qui nous relie, immanence implacable, d&#233;lires, fil qui nous tire vers tous les ruisseaux glac&#233;s de cette vie qui, quelque part, existent encore &#8211; et le R&#237;o Desaguadero donne la main &#224; La Salindrenque, on y puise de quoi faire durer le d&#233;sir, o&#249; notre visage se trouble au contact de la main qui vient y puiser sa forme. La soif, l'autre nom de ces jours.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16961 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7844-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7844-2.jpg?1783414078' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ch&#226;teau d'If | Traces, griffures &amp; appels</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/autre-savoir-ici/article/chateau-d-if-traces-griffures-appels</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Conjurer l'ailleurs&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/autre-savoir-ici/" rel="directory"&gt;Autre Savoir Ici&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_7164.jpg?1783110464' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_7165.jpg?1783110474&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Here lies one whose name was writ in water&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#201;pitaphe sur la tombe de Keats&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a ici pas plus de lumi&#232;re que si Dieu n'avait point cr&#233;&#233; d'astres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#201;lie N&#233;au (huguenot, cul-de-tour d'If, vers 1690)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16908 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7109-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7109-2.jpg?1783110515' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre soi et la vie se dresse toujours ce qui emp&#234;che de voir le monde &#8211; et ce qui permet de le dire. Un mur qui est aussi une page sur quoi nommer la rage de d&#233;truire la page, et de rejoindre ce qui derri&#232;re la page nous appelle, peut-&#234;tre, dont on invente la voix et les promesses &#8211; &#224; m&#234;me la paroi se nommer aussi et sous ce nom se reconnaitre d'ici comme celui qui d'ailleurs se r&#233;clame, et dater la col&#232;re pour laisser derri&#232;re soi le pass&#233; et avec lui la peine, ou rien &#8211; signer en pure perte l'appartenance au jour qui s'&#233;teint en soi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16914 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7116.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7116.jpg?1783110728' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7117-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7117-2.jpg?1783110729' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16917 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7122-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7122-2.jpg?1783110730' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7123-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7123-2.jpg?1783110731' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On ne perce jamais la r&#233;alit&#233; sans s'y an&#233;antir : non, jamais personne ne s'&#233;vade, de nulle part, d'ici et d'ailleurs. Faire le mur ne se peut qu'&#224; sa surface : une travers&#233;e par les signes qui s'y d&#233;posent. Trou&#233;e par le langage qui dira l'ailleurs o&#249; la trou&#233;e physique est impossible. Graver &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la pierre ce qui voudrait passer outre pour dessiner cette fen&#234;tre vers l'ailleurs et l'apr&#232;s, adresse &#224; qui la rel&#232;vera, plus tard, ailleurs, oui, ici, maintenant, nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur d'If, v&#233;ritable et terrible, n'est pas tant la pierre que l'eau qui la cerne et la d&#233;fend et la prot&#232;ge ; mur liquide et mouvant qui ne garde aucune trace. Puisqu'on ne peut jeter son corps dans l'eau, voici qu'on le pr&#233;cipite sur la pierre. L'inscription lapidaire &#8212; comme un refus de ce qui, l&#224;-bas, menace et efface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marseille appelait sa rade &#171; plus belle fen&#234;tre du royaume &#187;. Fen&#234;tre ajour&#233;e sur quoi ? Encadrer l'ailleurs sans le donner, t&#226;che du mur. O&#249; la fen&#234;tre d&#233;signe l'horizon interdit, le graffiti le grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chateau d'If : &#339;il de pierre pos&#233; sur la mer qui d&#233;j&#224; se retourne ; pierre d&#233;j&#224; &#233;crite par les &#233;l&#233;ments avant de l'&#234;tre par les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16911 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7079.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7079.jpg?1783110576' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1516 : L'&#238;le n'est qu'un caillou blanc et nu, livr&#233; aux ch&#232;vres &#8212; pas encore un mur sous verrou. Elle tient pourtant d&#233;j&#224; son premier captif : une b&#234;te &#233;norme et cuirass&#233;e, venue d'Asie par le Portugal, qu'on m&#232;ne au pape et nomme rhinoc&#233;ros. Fran&#231;ois Ier fait le d&#233;tour pour la voir de ses yeux &#8212; et, la voyant, voit l'&#238;le, et que Marseille, rattach&#233;e d'hier et r&#233;tive, n'est gard&#233;e par rien. L'animal, lui, ne voit qu'une cage et la mer. On l'a enferm&#233; sur le pont d'un navire, ahuri, affol&#233; ; on repart. Quelques semaines plus tard, le bateau sombrera au large de G&#234;nes, et la b&#234;te encha&#238;n&#233;e coulera avec lui &#8212; il faut imaginer l'inimaginable terreur de l'animal dans les derniers instants, l'eau qui monte sur lui et ne pardonne pas. Premier h&#244;te de l'&#238;le : un monstre en transit et futur condamn&#233; &#224; la noyade &#8212; l'eau, ici, sait d&#233;j&#224; son office de mur et de bourreau avant qu'on ait lev&#233; la moindre pierre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16910 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7210-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7210-2.jpg?1783110557' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1524 : Charles Quint, menace d'assi&#233;ger la ville ; on redouble d'effort pour avancer les travaux, qui s'ach&#232;vent sous la fournaise de juillet 1531. Ces ann&#233;es, on &#233;crit d&#233;j&#224; la b&#226;tisse avec les visc&#232;res de la ville : ces pierres de Marseille d&#233;truites lors du si&#232;ge espagnol de 1524, on s'en sert pour lever le fort : &#171; un morceau de Marseille transport&#233; sur un rocher du golfe &#187;. La pierre porte d&#233;j&#224; la m&#233;moire d'un d&#233;sastre. &#171; La Malvoisine &#187; est n&#233;e &#8211; on craint d&#233;j&#224; que les canons ne se retournent vers la ville. Elle ne sera jamais attaqu&#233;e. Redoute peu redout&#233;e, inutile &#224; sa fonction militaire ; puis, &#233;difi&#233;e &#224; la h&#226;te, elle est surtout inutilisable : ses b&#226;timents &#171; petits, &#233;cras&#233;s, mal faits &#187; (Vauban) en font une citadelle bien facilement prenable. M&#234;me si : qu'en faire une fois prise ? L'abandonner &#224; la mer, rien de plus. Puisqu'elle ne peut servir d'arme, on la retourne contre elle et l'&#233;rige presque aussit&#244;t, et de d&#233;pit, en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard. 1580 : on jette sous les pierres un premier d&#233;tenu. Le Chevalier Anselme, conspirateur, fait du Ch&#226;teau une Prison d'&#201;tat taill&#233;e &#224; la main du pouvoir qui en fait la destination de ses lettres de cachet &#8211; &#171; libertins &#187; et indisciplin&#233;s y seront enferm&#233;s &#224; la demande des familles deux si&#232;cles durant. Mirabeau, le p&#232;re fait enfermer le fils. Prison de l'arbitraire domestique et royal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1685, le m&#234;me pouvoir r&#233;voque, de la plume qui enferme, l'&#233;dit de Nantes : sont jet&#233;s dans les culs-de-tour tant de gal&#233;riens huguenots : ainsi d'&#201;lie N&#233;au (qui, du cachot, deviendra mystique &#224; New York &#8212; du trou noir &#224; la vision). Prison de conscience. Esp&#233;rance de vie : moins de neuf mois pour les &#171; pailleux &#187;, quelques semaines dans les culs-de-tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'Empire, on met sous ces verrous de pierre les tra&#238;tres &#224; l'Empire &#8212; r&#233;volutionnaires furieux comme contre-r&#233;volutionnaires d'un autre &#226;ge, complices de la libert&#233; ou de Cadoudal. Et l'on y jette m&#234;me un mort. Kl&#233;ber tombe sous le poignard au Caire le 14 juin 1800 &#8212; le jour m&#234;me o&#249; Bonaparte triomphe &#224; Marengo : d'un c&#244;t&#233; la gloire, de l'autre un cadavre encombrant. Rapatri&#233;, cercueil de plomb ench&#226;ss&#233; dans un cercueil de ch&#234;ne, il ne sera pas enterr&#233; : l'Empereur ne veut pas d'un martyr r&#233;publicain, pas d'un tombeau o&#249; l'on viendrait se recueillir. Alors on l'enferme, lui aussi. Dix-huit ans durant, le corps d&#233;compos&#233; de Mars &#8212; comme le nommait Bonaparte, le dieu de la guerre en personne &#8212; attend sous cl&#233;, &#224; If, qu'on cesse d'avoir peur de lui. Fallait-il trembler, pour verrouiller ainsi un mort de peur que s'&#233;vade avec lui la libert&#233; vengeresse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7170_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7170_2.jpg?1783110618' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Juin 1848 : on y enferme les ouvriers insurg&#233;s apr&#232;s l'&#233;crasement des journ&#233;es de Juin. Neuf tailleurs de pierre au moins parmi les d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le Deux d&#233;cembre 1851, ce sont 304 d&#233;tenus entass&#233;s, &#224; cinquante dans des cellules de dix m&#232;tres de large, croupissant l&#224; pr&#232;s d'un an avant leur d&#233;portation vers Alger ou la Guyane. L'&#238;le-transit vers le bagne colonial et d&#233;j&#224; un bagne &#8211; et le rhinoc&#233;ros d'Asie, un fr&#232;re d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On finit d'assassiner la Commune, ici aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16913 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7118.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7118.jpg?1783110644' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1916 ; les derniers prisonniers du ch&#226;teau parleront allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si chaque &#233;poque r&#234;ve la suivante, elle sait aussi lui laisser dans la pierre sa signature.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16919 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7124-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7124-2.jpg?1783110732' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7125-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7125-2.jpg?1783110733' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16921 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7126-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7126-3.jpg?1783110734' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7127-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7127-2.jpg?1783110735' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16923 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7128-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7128-2.jpg?1783110736' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque passage, la pierre invite, appelle, provoque. Il y a sur le sol des pierres, de la poussi&#232;re m&#234;me, et au bout de son bras, des ongles, de la force qui reste en soi ; il n'y a qu'&#224; poser la main devant soi, dans le noir pour rencontrer la mati&#232;re m&#234;me, ce qui nous emp&#234;che d'aller, de courir, de rejoindre, et de vivre. Et comme on n'est pas mort, on ne sait pas ce qu'on est, ce qu'on fait ; on &#233;crit. Pas un seul prisonnier n'a pas compos&#233; ici son po&#232;me : une ligne sur la muraille, ou des phrases enti&#232;res, souvent une lettre, parfois m&#234;me pas, des initiales perdues, un secret. En 1848, le graffiti carc&#233;ral &#8211;par essence arrach&#233; aux gardiens &#8212; est administr&#233; : sont donn&#233;s ciseaux et poin&#231;ons pour d&#233;samorcer une mutinerie qui grondait. Alors les vaincus &#233;rigeront leur propre monument dans la grammaire m&#234;me de la comm&#233;moration officielle, avec la complicit&#233; du ge&#244;lier. Conjurer le temps &#8211; o&#249; le lieu de la d&#233;faite devient celui o&#249; elle complote&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7129-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7129-3.jpg?1783110736' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7130-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7130-2.jpg?1783110738' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16926 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7131-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7131-2.jpg?1783110740' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16927 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7132-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7132-2.jpg?1783110741' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16928 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7133-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7133-4.jpg?1783110742' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout un monde ici. Pistole au 1er &#233;tage, avec chemin&#233;e, fen&#234;tre, et putains tol&#233;r&#233;es ; cellules collectives plus bas ; et culs-de-tour dans les fondations. Chambres passables pour les prisonniers d'importance, grands cachots &#171; pour loger la canaille &#187; (pr&#233;fet Thibaudeau). La justice d'exception rejoue le partage social jusque dans l'enfermement &#8211; partage du sensible qui descend au fond de la tour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16929 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7134.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7134.jpg?1783110744' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16930 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7135.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7135.jpg?1783110745' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16931 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7136.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7136.jpg?1783110746' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16932 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7137-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7137-3.jpg?1783110747' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7138-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7138-2.jpg?1783110748' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On est apr&#232;s. &#192; l'instant o&#249; le dernier prisonnier sort de la derni&#232;re cellule, sont organis&#233;es les premi&#232;res visites. D&#233;placement du sacr&#233; : du martyr r&#233;el au h&#233;ros fictif, celui qu'on invente visite apr&#232;s visite, qu'on prend plaisir &#224; plaindre, et comment faisaient-ils grands dieux, pour supporter tout cela (ils ne le supportent pas), sans devenir fou (ils le devenaient, imm&#233;diatement).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16934 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7139-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7139-2.jpg?1783110748' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7140.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7140.jpg?1783110749' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16936 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7141.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7141.jpg?1783110750' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16937 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7142.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7142.jpg?1783110751' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16938 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7143.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7143.jpg?1783110752' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est m&#234;me avant. Avant le dernier prisonnier. Le 10 d&#233;cembre 1834, Dumas visite If. Dix ans plus tard, Le Comte de Monte-Cristo t&#233;moigne de son exp&#233;rience touristique. Le mythe commence &#224; coloniser le lieu avant m&#234;me sa d&#233;saffectation. Mars 1880 : la prison cesse de l'&#234;tre &#8211; c'est aussi la date des premiers graffiti de visiteurs identifi&#233;s (on trace, ici des c&#339;urs, l&#224; le nom de Dant&#232;s, celui de Merc&#233;d&#232;s) En 2018, un recensement arch&#233;ologique des graffiti suffit &#224; peine &#224; tous les d&#233;busquer. Aux 100 000 visiteurs par an qui passent sous les vo&#251;tes, on demande de ne pas ajouter aux signes les signes, et bien s&#251;r, combien d&#233;sob&#233;issent, dont le geste devient trace de mus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16939 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7144.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7144.jpg?1783110753' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7145.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7145.jpg?1783110753' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16941 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7146.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7146.jpg?1783110753' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16942 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7147.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7147.jpg?1783110754' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7148.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7148.jpg?1783110755' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sous les noms des touristes, les gravures de 1848 attendent &#8212; lisibles encore &#224; qui regarde &#224; rebrousse-poil l'histoire des vaincus. &#201;crire contre l'effacement, n'est-ce pas &#233;crire ? Rouvrir la trou&#233;e et refaire du mur mort une surface qui convoque. Signes qui finissent par faire signes vers ce qui tout pr&#232;s, vibre encore &#8211; &#224; quelques milles sous les flots, les mains n&#233;gatives de la grotte Cosquer datent, 27 000 ans avant, ce m&#234;me geste sans m&#233;moire, ou de toute m&#233;moire : j'&#233;tais l&#224;. Du souffle de pigment sur la paroi noy&#233;e au nom griff&#233; dans le cachot, une m&#234;me conjuration contre la disparition.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16944 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7149.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7149.jpg?1783110756' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16945 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7155.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7155.jpg?1783110757' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16946 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7156.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7156.jpg?1783110759' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16947 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7157-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7157-2.jpg?1783110763' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16948 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7158-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7158-2.jpg?1783110764' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la Tour Saint-Christophe qui surplombe les cachots presque au sommet de la citadelle, on peut voir le large. Le large ? La M&#233;diterran&#233;e, vue des nuages, para&#238;t moins un horizon qu'un &#233;tang : qu'une fronti&#232;re &#8211; un mur, filtre pour migrants. Sa couleur bleue vire au rouge &#8211; ce qui reste de qui a &lt;i&gt;disparu&lt;/i&gt; en mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que l'artiste Hassen Ferhani a d&#233;pos&#233; Mon plus beau plan fixe, installation qui sid&#232;re, au c&#339;ur de la Saison M&#233;diterran&#233;e. Gorg&#233;e de fantasmes, d'images, la M&#233;diterran&#233;e dispara&#238;t elle aussi sous les d&#233;lires qui ne cessent de l'&#233;puiser. Alors, d'un geste, Ferhani d&#233;fait notre imaginaire en nous conviant &#224; regarder &#224; travers les fen&#234;tres du cachot &#8211; d&#233;coupe dans la mati&#232;re du r&#233;el, la photographie mouvante d'un ciel battu par la mer. Ce qu'on voit : ce qu'on regarde. On regarde ce qu'on observe et la Mer redevient ce qu'elle est, la mer. Arrach&#233;e &#224; ses projections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On regarde. On entend aussi ; ce qu'on entendait autrefois, parmi les cris, les appels &#224; l'aide, les griffures sur la pierre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16949 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7159.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7159.jpg?1783110767' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7160.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7160.jpg?1783110769' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7161-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7161-3.jpg?1783110771' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7162.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7162.jpg?1783110772' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16953 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7163.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7163.jpg?1783110772' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7164.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7164.jpg?1783110773' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7165.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7165.jpg?1783110774' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7166.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7166.jpg?1783110775' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7173.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7173.jpg?1783110776' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16958 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7174.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7174.jpg?1783110777' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16959 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7175.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7175.jpg?1783110778' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16960 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7215-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7215-2.jpg?1783110779' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16909 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7213-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7213-2.jpg?1783110534' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | Le peu que la vie permet de vivre</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/jrnl-le-peu-que-la-vie-permet-de-vivre</link>
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		<dc:date>2026-07-02T14:07:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Jeudi 02 juillet 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_5338.jpg?1783001251' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_5339.jpg?1783001255&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;center&gt;La po&#233;sie est une r&#233;volte face &#224; l'immensit&#233; du d&#233;sir et le peu que la vie permet de vivre. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Annie Le Brun&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes si peu exp&#233;riment&#233;s dans l'art de souffrir &#8211; tant d'occasions pourtant offertes. &#192; trop consid&#233;rer que la souffrance s'ajoute &#224; nos vies, par accident, hasard ou n&#233;gligence &#8211; par faute ; par tort &#8211;, on s'aveugle sur le fait qu'elle en est la mati&#232;re, son objet et l'&#233;toffe, sa substance m&#234;me, l'&#233;l&#233;ment dans lequel on est pris, sa morsure et le sel. Il faudrait s'armer contre cela, bien s&#251;r, forger autant d'armes. Importe moins la souffrance que la seconde suivant la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie ne doit pas toujours passer avant tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, se croire paresseux dispense de constater qu'on est surtout l&#226;che. Quand soudain cela nous saute au visage, on n'est plus que cela, l&#226;che, et tout ce qui devant soi nous oblige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art de souffrir : faire du temps avec notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu du chagrin, il y en aura. Il y en aura toujours : il n'y a pas de fin &#224; la peine, parce qu'on ne trouvera jamais son commencement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16904 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5341.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5341.jpg?1783001267' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jrnl | L'empoigner et le d&#233;truire </title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Vendredi 26 juin 2026&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_8665.jpg?1782464587' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_8669.jpg?1782464610&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Aussi je ne crierai plus comme avant : &lt;i&gt;le destin ! le destin !&lt;/i&gt; Pas la peine de le v&#233;n&#233;rer comme tel, il faut le regarder en face, l'empoigner et le d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Alfred D&#246;blin, &lt;i&gt;Berlin Alexanderplatz&lt;/i&gt; (1929)&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de Charleroi, le jour se l&#232;ve gorg&#233; de brumes &#8211; et puis vers dix heures, elles se d&#233;chirent : la journ&#233;e sera chaude, on aura une bonne vue sur le massacre. Le capitaine Coutelle se hisse dans la nacelle ; on se salue. L'a&#233;rostat captif &#224; hydrog&#232;ne s'&#233;l&#232;ve trois cent m&#232;tres au-dessus de nous et de la plaine fumante : neuf heures durant, depuis &lt;i&gt;L'Entreprenant&lt;/i&gt; &#8211; c'est le nom du ballon &#8211; adopter le point de vue des nuages pour mieux voir les mouvements de troupes autour d'Heppignies, de Labursart, de Wagnel&#233;e et de Gosselies, prendre la mesure de la situation historique, donner les ordres, orienter le sens des choses, nommer Fleurus ce jour. C'&#233;tait un 26 juin : si Fleurus nomme la date, Fleurus date aussi l'&#226;ge des drones dans quoi on entrait. On y est encore. Depuis le &#171; dirigeable &#187;, voit-on mieux le monde, la victoire, et la mort, la solitude, les l&#226;chet&#233;s du mourant, le courage &#8212; on n'entend rien pourtant, les perdrix muettes d'effroi sont parties, on sent &#224; peine l'air du large sur le visage, reste le d&#233;sir de sauter dans le vide. Il y a ce qu'on sait. Ce qu'on ne sait : Charleroi s'&#233;tait rendue la veille, et les Autrichiens l'ignoraient ; tout le jour ils se sont battus avec acharnement pour d&#233;fendre une ville d&#233;j&#224; perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la seule fa&#231;on de n'&#234;tre pas fou de chagrin devant le monde jusqu'&#224; en mourir consiste &#224; n'&#233;prouver aucun sentiment d'aucune sorte &#8212; que faire alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne renonce pas, pourtant, &#224; devenir le c&#339;ur pensant des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait aussi un 26 juin : le bain de sang sur Paris apr&#232;s quatre jours d'insurrection, l'odeur sur le pav&#233; qu'on nettoie de nouveau, les mile cinq cent barricades qu'on d&#233;blaie en sifflotant dans le silence. 1848 r&#233;p&#233;tait d'autres massacres, et n'&#233;tait que la r&#233;p&#233;tition de ceux &#224; venir &#8212; on tire &#224; vue sur tout ce qui bouge au nom de l'ordre ; et l'ordre r&#232;gne, oui : il suffit de marcher dans Paris chaque jour depuis le 26 juin 1848 pour en respirer l'air qu'il fait ; le sang ne s&#232;che jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred D&#246;blin meurt de tristesse &#224; Emmendingen : si loin de Fleurus, de Berlin et du reste ; un 26 juin comme un autre, comme aujourd'hui, hier et demain. &#192; la derni&#232;re ligne de &lt;i&gt;Berlin Alexanderplatz&lt;/i&gt;, il avait seulement &#233;crit : &#171; Nous savons ce que nous savons ; nous l'avons pay&#233; assez cher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours, comme on roule dans le Champsaur vers cette mare de sang qui s'allonge &#224; mesure qu'on s'approche : ce n'&#233;tait qu'un champ de coquelicots &#8211; la fleur des labours et des remblais qui ne poussent que sur les terres retourn&#233;es. J'apprends que les graines peuvent dormir des d&#233;cennies sous terre dans l'attente qu'on renverse la terre ; en Flandres, on en vit surgir sur des horizons entiers. Rien d'un myst&#232;re : la pluie des obus avait suffit &#224; les ramener &#224; la lumi&#232;re. Rouler vers le champ de coquelicots donne le sentiment du monde, celui qui ne se l&#232;ve devant soi que parce qu'il est remu&#233;e par les bombes de toutes sortes : la beaut&#233; aussi sait parfois insulter la vie et la mort ensemble, et nous. Peut-&#234;tre s'agit moins de beaut&#233; que de honte. Les fleurs savent nous apprendre de quoi sont faits Fleurus et le feu, et les &#233;meutes massacr&#233;es, et la vie qu'on ne rejoint qu'en perdant la m&#233;moire pour lui inventer d'autres contours et d'autres virages le long d'un champ sanglant qui semblent vouloir l'enlacer pour mieux le fuir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16899 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8668.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8668.jpg?1782464338' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bob Dylan | Rail Car, une chanson sculpt&#233;e </title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/arts-etc/article/bob-dylan-rail-car-une-chanson-sculptee</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Sur une certaine sculpture d&#233;pos&#233;e au Ch&#226;teau Lacoste&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/arts-etc/" rel="directory"&gt;arts (etc.)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_7294.jpg?1782381990' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_7296.jpg?1782382154&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Bob Dylan, &lt;i&gt;Rail Car, &lt;/i&gt; 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sculpture monumentale en acier patin&#233;. &lt;br&gt;
&lt;a href=&#034;https://chateau-la-coste.com/fr/art-architecture/artistes-architectes.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Installation permanente, Ch&#226;teau La Coste.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord remonter un petit chemin de terre qui se perd le long des vignes et remonter dans la chaleur. Il n'y a jamais personne. Le chemin ne d&#233;bouche sur nulle part. Un bois se l&#232;ve ici, on est au bout. C'est sur ce bord des choses qu'on a abandonn&#233; l&#224; un wagon de marchandises, c'est ce qu'on croit. On s'approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne d&#233;ment d'abord l'&#233;vidence, l'abandon. Sur dix m&#232;tres de rails, le wagon repose &#8212; rouille sombre qui p&#232;se ses douze tonnes sur trois m&#232;tres de large et pr&#232;s de vingt de long. Qu'il est &#233;mouvant, ce wagon, comme on tomberait sur la carcasse &#233;ventr&#233;e d'une b&#234;te d'un autre monde. On s'approche encore. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;alisme peu &#224; peu lui aussi s'&#233;ventre. C'est qu'&#224; travers lui passe autre chose que la pure r&#233;alit&#233; t&#233;moignant pour elle. Les parois ajour&#233;es du wagon laissent passer la lumi&#232;re, et avec elle autre chose de plus impalpable encore. &#192; mesure que la distance se r&#233;duit, le m&#233;tal cesse d'&#234;tre une surface et devient comme une &#233;criture. Travers&#233; d'entrelacs et de vides, de roues dent&#233;es et de cl&#233;s, de cha&#238;nes en volutes, de fragments d'outils arrach&#233;s &#224; la m&#233;moire industrielle autant qu'au pur d&#233;lire de la r&#233;invention au pr&#233;sent d'un futur qui parviendrait &#224; se confondre avec le pass&#233; pour fabriquer de l'imm&#233;morial : autant dire &#224; une mythologie personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_16896 spip_document spip_documents spip_document_video spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
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&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un wagon, plut&#244;t l'id&#233;e ajour&#233;e d'un wagon que la lumi&#232;re viendrait traverser pour le sculpter : le d&#233;placer dans la m&#233;moire plut&#244;t que dans la distance d&#233;sormais morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un abandon, peut-&#234;tre : la mise en sc&#232;ne d'un instant o&#249; le r&#233;el se retire de lui-m&#234;me pour laisser place non &#224; la repr&#233;sentation d'une &#233;pave, mais au dessin sous nos yeux ex&#233;cut&#233; de l'espace. Ce qui paraissait peser une tonne soudain s'all&#232;ge, tient par la lumi&#232;re seule, s'&#233;l&#232;ve m&#234;me dans les airs, &#224; mesure qu'on l'observe. J'en t&#233;moigne, je l'ai vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vignes apparaissent &#224; travers la carcasse comme un arri&#232;re monde. Le ciel passe entre les montants comme si le wagon &#233;tait l'&#233;cran par lequel nous parvenait la r&#233;alit&#233; recompos&#233;e ainsi. Le paysage cesse d'&#234;tre un dehors &#8212; sans r&#233;ussir &#224; &#234;tre tout &#224; fait le dedans des choses : quoi alors ? On se tient aussi devant le myst&#232;re. L'acier cadre et d&#233;coupe, autant qu'il fut ainsi d&#233;coup&#233; : laisse advenir le monde, son chant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16882 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7298.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7298.jpg?1782382914' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16883 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7299.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7299.jpg?1782382917' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16884 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7300.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7300.jpg?1782382918' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une chanson de plus ? Sculpture qui a la m&#234;me fonction qu'une chanson : retirant &#224; la mati&#232;re son r&#244;le premier et son opacit&#233;, sa destination, pour ne plus &#234;tre pur vecteur (de communication ? de corps ?) &#8212; et ne peut transporter qu'un regard, une &#233;motion. Condamn&#233; &#224; l'immobilit&#233;, un tel wagon arrach&#233; &#224; sa &lt;i&gt;v&#233;ritable&lt;/i&gt; t&#226;che, ici, au milieu des vignes &#8212; rails interrompus en amont et aval, comme si l'&#339;uvre op&#233;rait ainsi vivant une citation du monde &#8212; continue pourtant de nous entretenir sur le sens des d&#233;parts et des travers&#233;es, des exils : de ce geste de l'&lt;i&gt;outlaw&lt;/i&gt; marchant des heures dans le d&#233;sert et qui, devant le cheval de fer, d&#233;cide d'un bond de son destin, sans savoir o&#249; il le m&#232;nera ; il a sa guitare dans son sac, a &#233;crit rageusement sur le bois &#171; This Machine Kills Fascists &#187;, il y a trois clochards dans le wagon, mais on se fera de la place, on parlera de la mani&#232;re dont on a appris &#224; jouer aupr&#232;s d'un bluesman aveugle &#224; un carrefour, du pacte qu'on fit avec lui, de la m&#233;lancolie qu'il nous a appris aussi comme &#224; voir ainsi le monde, de la n&#233;gligence qu'il faut pour l'accepter afin de mieux endosser la charge enti&#232;re de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voyage saisi dans son immobilit&#233; qui ne nie pas le voyage tout en permettant de l'arracher &#224; sa pure utilit&#233; fonctionnelle qui l'asservit : voici. Un d&#233;sir de d&#233;part, ou d'arriv&#233;e, confondu l'un dans l'autre et abandonn&#233; dans les espaces perdus du Ch&#226;teau La Coste, au Puy-Sainte-R&#233;parade, au nord d'Aix-en-Provence : deux cents hectares de vignes hors de prix o&#249; se dispersent des &#339;uvres dites contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que Bob Dylan a d&#233;pos&#233;, en 2022, &lt;i&gt;Rail Car&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les confins du Luberon dans la vall&#233;e de la Durance, savent aussi &#234;tre un Far West aussi imaginaire que le vrai. Et la Provence &lt;i&gt;int&#233;rieure&lt;/i&gt;, comme disent les g&#233;ographes, se dresse ici comme une int&#233;riorit&#233; am&#233;ricaine : la n&#244;tre, dans la mesure o&#249; c'est celle du po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7301.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7301.jpg?1782382918' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16886 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7302.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7302.jpg?1782382919' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16887 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7303-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7303-2.jpg?1782382920' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tant de trains dans cette &#339;uvre. Dans &#171; It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry &#187; (1965), le train y est moins d&#233;cor que rythme &#8212; mani&#232;re d'habiter le mouvement toujours au-devant du monde ; et dans &#171; Freight Train Blues &#187; (1962) d&#233;j&#224;, reprise d'un folk traditionnel, l'image du train de marchandises portant tous les d&#233;parts r&#234;v&#233;s, et furieusement impossibles &#8212; le train, figure du progr&#232;s toujours aval&#233; par son mouvement, de l'Histoire (&#171; There's a slow, slow train comin' up around the bend &#187; (&lt;i&gt;Slow Train&lt;/i&gt;, 1976) : mouvement inexorable &#8212; on pense qu'on chevauche la b&#234;te, et c'est elle qui nous emporte bien s&#251;r, on n'a pas besoin de payer le ticket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a &lt;i&gt;Rock Me. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1973, Dylan compose la musique de &lt;i&gt;Pat Garrett &amp; Billy le Kid,&lt;/i&gt; western aberrant. Il y jouera le personnage mutique au bon nom d'Alias. Pendant les sessions d'enregistrement, il improvise ou esquisse une chanson qu'il ne fait que fredonner, l'abandonne dans les bandes pirates qu'il fait ensuite circuler. On l'entend &#224; peine. (&#171; Rock me mama like the wind and the rain. Rock me mama like a south bound train. &#187; &#8212; &lt;i&gt;Berce-moi, comme le vent et la pluie ; berce moi, comme un train qui file vers le sud&lt;/i&gt;). Il marmonne ; bat la mesure du pied ; s'arr&#234;te brutalement.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-16897 &#034; data-id=&#034;d0127359cdb947a32385a992fa33f76a&#034; src=&#034;IMG/mp3/rock_me_mamma_bob_dylan.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:208}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vingt-cinq ans plus tard. Ketch Secor, chanteur de Old Crow Medecine Show, entend l'enregistrement &#8212; prend la libert&#233; o&#249; elle se trouve d'&#233;crire les couplets manquants (le sont-ils ? Ou seulement disponibles tout autour des quelques rares mots que Dylan souffle avec le vent ?) &#8212; ce sera la miraculeuse &lt;i&gt;Wagon Wheel&lt;/i&gt;, qui inach&#232;ve la chanson de Dylan tout en l'accomplissant.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_16898 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-16898 &#034; data-id=&#034;72b33efba306188e62f303651835056d&#034; src=&#034;IMG/mp3/old_crow_medicine_show_wagon_wheel.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:236}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On ne se transmet pas autrement l'histoire, le vent, la m&#233;lancolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le train arr&#234;t&#233;, les rails envahis par les herbes folles, ne reste qu'une architecture de m&#233;moire &#8212; celle du pass&#233;, de l'avenir. M&#233;taphore ? Ce qui transporte, apr&#232;s les corps, les r&#233;cits qui les emportent encore. Transformer la m&#233;moire en chanson, et des chansons en paysages : n'est-ce pas la t&#226;che du po&#232;te, celle de Dylan depuis le premier pas pos&#233; sur le chemin qui le conduit &#224; nous ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7304.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7304.jpg?1782382921' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16889 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7305.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7305.jpg?1782382922' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7306.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7306.jpg?1782382922' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dylan a peu comment&#233; sa sculpture. On sait que c'est lui qui a voulu la d&#233;poser le long de l'ancienne via romana afin que cette route historique inscrive &lt;i&gt;Rail Car &lt;/i&gt; dans sa volont&#233; de &#171; repr&#233;senter les illusions d'un voyage plut&#244;t que la simple contemplation &#187; (&lt;i&gt;to represent the illusions of a journey rather than mere contemplation&lt;/i&gt;). L'&#339;uvre, pas plus une chanson qu'une sculpture, ne transporte v&#233;ritablement personne, mais continue de produire, chez celui qui la d&#233;couvre au bout du chemin, le sentiment qu'un d&#233;part reste possible &#8212; qu'il suffirait peut-&#234;tre de convertir le d&#233;sir en route, et la route en horizon &#224; laisser derri&#232;re soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les po&#232;tes disparaissent comme les voyageurs : sans emporter le paysage. Dylan finira peut-&#234;tre par s'en aller, qui sait. Le wagon demeurera dans les vignes travers&#233; par la lumi&#232;re toujours diff&#233;rente. On comprendra peut-&#234;tre qu'il n'a jamais &#233;t&#233; question du voyage, mais de ce qui lui survit. Il faudra apprendre &#224; regarder ce wagon sans celui qui l'a laiss&#233;. Les chansons continueront de passer, autant de trains dans la m&#233;moire. Le paysage, lui, poursuivra sa route. Les d&#233;parts survivent toujours &#224; ceux qui les r&#234;vent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7306.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7306.jpg?1782382922' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16891 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7307.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7307.jpg?1782382923' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16892 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7308.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7308.jpg?1782382923' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16893 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7309.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7309.jpg?1782382924' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7310.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7310.jpg?1782382925' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16895 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7311.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7311.jpg?1782382926' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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