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Jean-Luc Godard | Cinq phrases
À se répéter chaque soir
jeudi 6 novembre 2025

Dans l’un de ses derniers entretiens [1], Jean-Luc Godard, alors âgé de plus de 90 ans, évoque cinq phrases – « qui me restent en mémoire et que je répète le soir pour voir si je m’en souviens encore ».
Les voici, pour nos insomnies.
1.
— « La peur voyez-vous est quand même la fille de Dieu, rachetée la nuit du Vendredi saint, elle n’est pas belle à voir, tantôt éraillée, tantôt médiatique, et pourtant ne vous y trompez pas, elle est au chevet de chaque agonie, elle intercède pour l’homme. »
Georges Bernanos, Les Enfants humiliés [2].
2.
— « L’esprit emprunte à la matière les perceptions dont il fait sa nourriture et les lui rend sous forme de mouvement auquel il imprime sa liberté. »
Henri Bergson. [3].
3.
— « Les démocraties modernes, en faisant de la pensée un domaine politique séparé, prédisposent au totalitarisme. »
Claude Lefort [4].
4.
— « Nous ne sommes jamais assez tristes pour que le monde soit meilleur. »
Elias Canetti, Masse et Puissance [5].
5.
— « Tous les gens pensent que deux et deux font quatre, mais ils oublient la vitesse du vent. »
Raymond Queneau.
[1] à Médiapart, le 3 décembre 2021. L’entretien est rendu confus par les nombreuses chamailleries qui l’émaillent entre les journalistes et le cinéaste.
[2] Précision de Godard : « J’en ai fait un petit film, du reste, sur Sarajevo. C’est une phrase qui peut tout à fait se rapporter à la France d’aujourd’hui qui a peur. Même CNews peut en parler. »
[3] Précision de Godard : « Elle m’avait été envoyée par un ancien régisseur, je l’avais déjà citée, il me l’a recitée, puis je l’ai fait dire à Alain Badiou dans Film Socialisme. Je n’ai jamais bien compris le mot de « perception », les perceptions de la matière… »
[4] Godard précise : « Et voici l’image d’une jeune fille qui plus tard a écrit des livres sur le totalitarisme. (Il montre le portrait en noir et blanc d’Hannah Arendt.) »
[5] Précision de Godard : « J’ai mis cette phrase dans Le Livre d’image, elle est dite par ma femme à ce moment-là. On pourrait la dire à Greta Thunberg.
