Écrire à la main
19 août 2013



Notes (évolutives) sur l’écriture écran.



La main à plume vaut la main à charrue. — Quel siècle à mains ! — Je n’aurai jamais ma main.

Rimb.

À la main, écrire sur le clavier, c’est encore à mains nues, frapper.

À la main, c’est une lettre après l’autre, saisir un mot après l’autre et devant soi pleines phrases saisies.

À la main, c’est dicter les lettres les unes après les autres, mais dans le silence de ce bruit mat que forment les touches appuyées vers le sol, s’entendre respirer à cette mesure, ou percevoir comme des pas qui vont vers soi.

À la main, écrire doigts posés directement sur les lettres pour écrire les lettres.

À la main, sans regarder la main, mais les mots seuls, qui s’écrivent dans le
noir.

À la main, comme d’autres meurent à l’ennemi (debout)


 

 Mais pas une main amie ! et où puiser le secours ?

Rimb.

À la main, c’est écrire à deux mains, quand les autres avec l’encre ne parle que d’une main.

À la main, c’est la page soudain devant soi, verticale, comme une paroi, une grotte qu’on gratterait avec les ongles.

À la main, à sept doigts, parfois huit (depuis l’accident de la main, moins)

À la main, c’est parfois regarder la batterie descendre, ôter la wifi, descendre la lumière au plus bas, taper plus vite, et parfois, cela ne suffit pas pour

À la main, c’est aussi avec ces mains rongées qu’on coupe les légumes et le bois, et creuse la terre pour déposer des cendres.

À la main, c’est dans le froid souffler sur les doigts, mais la page reste à même place.

À la main, on efface au bout de quelques mois les touches du clavier (le e en premier, le p aussi, d’autres, d’autres)

À la main, on n’a pas besoin de buvard, il y a le monde autour, cela suffit.

À la main, renouer à un geste qui n’a pas existé.

À la main comme on déchire une feuille de papier, mais sans feuille et sans déchirure, simplement avec la main faire le geste de la main de rabattre sur soi la paroi verticale, en faire une horizontalité, comme un sol, sur lequel désormais aller.


 

Je me souviens des heures d’argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon épaule, et de nos caresses debout dans les plaines poivrées. —

Rimb.

arnaud maïsetti - 19 août 2013

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