Paris 5e | fuir les murs
6 août 2014



C’est ici. À la surface de la ville, rien que sa paroi — passer la main sur elle ne change rien. Une fenêtre, c’est ouvert sur le dehors. Mais du dehors, est-ce ouvert sur le dedans ? Non, une fenêtre, c’est pour passer de l’autre côté. Deux creux dans l’épaisseur pour laisser passer la lumière, le ciel, les collines derrière — qui appellent. Alors, ces corps. Rue Tournefort, ils sont là maintenant — un ramoneur, une bergère sans doute. Débordent de l’image les corps dessinés et immobiles, dont l’immobilité fuyante renforce le désir et la tension : ils ne cessent pas de fuir. La preuve, demain ils fuiront encore, à même place. Et sur les visages, le désir et la peur, envers et endroit d’un même amour dans ce geste de fuir ; bientôt pourtant l’effacement de la pluie, jour après jour, qui finira par les engloutir un soir — le soir où enfin ils s’échapperont. Tant qu’on les voit cependant ils sont là, ils existent. Tant qu’on les voit ils ne sont pas ailleurs. Fuir les murs est l’autre acte désespéré
 [1].








arnaud maïsetti - 6 août 2014

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arnaud maïsetti | carnets




[1

MOUSE
"’Hélas !, dit la souris, le monde devient plus étroit chaque jour. Il était si grand autrefois que j’ai pris peur, j’ai couru, et j’ai été contente de voir enfin, de chaque côté, des murs surgir à l’horizon ; mais ces longs murs courent si vite à la rencontre l’un de l’autre que me voici déjà dans la dernière pièce, et j’aperçois là-bas le piège dans lequel je vais tomber.’ - Tu n’as qu’à changer de direction, dit le chat en la dévorant."

’Petite fable’, Franz Kafka

par le milieu

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