IV.
24 septembre 2004



Aurore du crépuscule aurore du rêve aux lèvres absentes juste une pâleur à la place si pâle comme ses lèvres fines comme la chair des enfants de dix années (on dit on clame l’innocence de leur âge alors qu’ils n’ont jamais été plus coupables qu’à ce moment précisément où je me souviens de toi) aurore aurore de décembre aurore des charniers vaincus qui les toise aurore qui les surmonte et nous qui ne les voyons plus aurore incandescente de l’heure où le silence me fait perdre le souvenir de ton corps entre mes bras trop

pressants aurore de pluie ou de vide ou d’or célébré dans ta blancheur et les malheurs des coïncidences qui rendent le temps inéluctable. Ma belle je crois que je t’ai menti mais tu sais ce qu’on dit plus le mensonge est gros… alors le voilà immense comme PariS et ArrAs tous les deux étreints confondus dans un seul corps et un seul sang le nôtre le tien que j’arrache et déchire à coup de désirs fissurés de honte au coeur de nos délires je n’ai pas eu peur en te voyant dans mes souvenirs penchée au dessus du pont pleurer pleurer arrête tu crois remplir la Scarpe de tes larmes salées la Scarpe bien sise dans son lit à baldaquin jusqu’au ciel tu crois que comme ça elle va déborder

te happer quitter ce lit de mort pour tes beaux yeux profondément pâles à s’y noyer tellement te regarder me donnait l’effet de plonger dans les entrelacs d’un torrent charriant les alluvions de boue et les limons vaseux perdus des monts qui la teintent si mal ou si peu demeurant à l’éternel pâle et claire et claire et si évidente qu’on voit nos pieds lorsque je m’y engage jusqu’à la taille et pour ces flots-là et pour ces yeux- là que l’obscurité de ce ruisseau rend encore plus pâle par contraste tu voudrais qu’il t’emmène tu crois que la Scarpe a encore envie qu’on la réveille qu’on la tire du lit tu aimerais t’allonger dans sa couche tu dis

je ne ferai pas de bruit ou pas beaucoup au début je crierai c’est normal respirer j’avais commencer à avoir l’habitude alors forcément je sens que ça va me surprendre de rester pendant une éternité tout entière sans respirer mais je vous promets je ferai des efforts je serai sage comme une toute petite fille sage comme un mirage. Prenez-moi.


V.


arnaud maïsetti - 24 septembre 2004

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