La Ville écrite | ki fait ça
24 janvier 2018


C’est évidemment la question. La première question, avant l’autre, plus essentielle encore, plus décisive : que faire ? Mais quand le monde se dérobe, que le comment s’efface, lâcheté de l’époque, et qu’il n’y a plus que des murs entre nous et la vie, et seulement nos mains qu’on porte devant soi pour tenter de ne pas tomber dans la nuit, il arrive fatalement que ces mains rencontrent les murs et posent sur elles tout le poids du corps et une question.

Qui fait ça chercherait connaître ceux-là qui font de la ville cette ville pour tâcher de mettre des visages sur les décisions. Il faudrait lutter d’arrache pied contre les impersonnels du langage, ces phrases qui commencent par « le pouvoir a pris les mesures suivantes », et autre « la nation a considéré que ». Il faudrait nommer les corps et les visages, pas à cause des visages, mais pour ce qu’ils font à la ville et à nous-même parmi elle.

Si la question dévisage, c’est à cause du « ça » lâché au milieu de la rue, dans la nuit — qui pourrait tout aussi bien désigner la rue, la nuit. On imagine Adam pris d’insomnie marchant au milieu des arbres et des animaux encore sauvages se demander qui fait ça : Dieu lui répondrait peut-être, et dirait que c’est lui — c’était le bon temps. Ce temps est loin, on a tant lutté contre lui, on s’est au moins libéré de cela. Maintenant, les questions qu’on adresse à la rue et à la nuit se heurtent au silence de Dieu pour se jeter comme des animaux sauvages sur nous, et nous n’avons pas la réponse.

Qui fait ça, la question soulève le cœur : car c’est souvent au nom de nous qu’on fait ça à la vie, en notre nom qu’on inflige ce monde et cela au monde, à la rue et à la nuit autour. Qui fait ça , qui fait cette lente décomposition des forces, qui fait ce temps qui défait tout ? Montrez-vous, qu’on voit votre visage, afin qu’on s’abatte sur vous, une fois, au moins, pour toute. Qui fait ça, pensais-je douloureusement, sans jamais penser que cette question pouvait être un soulèvement contre ces défaites, déjà la marque que quelque chose se faisait contre ce monde, qu’elle renouvelait le visage de cette rue, de cette nuit tandis que je marchais vers elle, que j’étais une part du ça, une part de la nuit, et une part de la question – et de sa réponse.


arnaud maïsetti - 24 janvier 2018

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_la rue _La ville écrite _Marseille _murs _nuit _politiques & commune _ville