Koltès | « ÉCRAN DE NUIT », cinq lectures de François Bon
3 février 2018


Je dirai ce que mon approche de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès doit à la lecture du livre de François Bon, Pour Koltès (2000) mais il ne s’agit pas tant de dette, plutôt d’appel, ou comment, par la saisie de quelques phrases qu’il fouillait et sondait, l’ensemble de l’œuvre venait résonner et prendre corps. Coups de sonde, oui, plutôt que l’analyse froide dans laquelle la critique littéraire souvent se perd, se miroite elle-même. Et puis, pour la première fois, une saisie de l’écriture en tant que telle de Koltès, pas seulement depuis le théâtre, mais dans son geste y compris sur la prose et le récit : c’est sur ces traces qu’ensuite, dix ans après ce livre, je me lancerai aussi. Fondamental et fondateur donc. Plus tard, il y aura le texte de Christophe Bident, Généaologies, les articles de Christophe Triau ou de Yannick Butel – des approches qui ne réduisent pas l’œuvre à un objet, mais qui la jettent sur nous et le monde. Et toujours, je reviendrai à ce Pour Koltès.

Pour Koltès donc, et dans le titre, il y avait aussi la force secrète d’un hommage. Se dire que c’était là, une voie possible, pour écrire l’écriture : non s’en saisir, plutôt dans la reconnaissance, au sens plein de ce mot complexe, et voir comment la dialogue avec l’œuvre pourrait être l’espace d’un affrontement fraternel.

Alors extrêmement touché d’entendre François me lire en retour : ces écrans de nuit depuis plusieurs semaines font l’expérience d’une traversée d’un livre – au petit matin, on est déjà nombreux au rendez-vous de ces vidéos qui sont toujours justement des coups de sonde et leurs mises en tension avec le monde, l’histoire vivante des formes comme elle s’invente. Touché, oui - par la manière dont il a su voir, dans le retrait du mot biographie, une désir pour moi d’échapper au genre, pour tenter de dire une œuvre, sa pensée et une vie tout ensemble, et de faire de cette vie une invention aussi, des déchirures successives. Cela que son Bob Dylan proposait déjà : et là encore, appel plutôt que dette. Touché de l’entendre parler du livre dans sa volonté de raconter la fabrique de l’écriture : c’était là mon seul projet.

Je dépose ici les vidéos de ces lectures : cinq lectures saisies au milieu du livre, que porte aussi la propre lecture de François sur cette œuvre en partage, et aussi les trajectoires croisées – ce que je n’aurai jamais, c’est le souvenir du visage de Koltès, que François possède, depuis cette heure brève de l’automne 1988, et comment justement son Pour Koltès procède de cette heure, de ce visage, des mots qui se sont dits.

Et c’est aussi l’occasion d’ouvrir ici cette fenêtre ouverte sur un continent : ces cinq vidéos, lisez-les directement sur la chaîne YouTube de son auteur, et plus encore : abonnez-vous à cette chaîne. Un répertoire de lectures, des plongées dans la ville, dans la nuit, un regard brut pris sur le vif de l’époque, et l’écriture qui fraie. Ces vidéos du tiers livre défrichent, pour beaucoup d’entre nous, des terres vierges. Ou comment l’écriture s’invente aussi (surtout) là-bas, dans l’image, la saisie de la ville, la nuit. Avec comme alliés, des livres qui s’incorporent dans l’expérience de ce présent.

Touché ainsi d’être parmi ces traversées : le désir de ce livre est né aussi de vouloir nommer ce présent, en partage.


ECRAN NUIT, KOLTÈS 1 | 1989, Le dernier voyage

ECRAN NUIT, KOLTÈS 2 | 1968, l’ouverture Casarès

ECRAN NUIT, KOLTÈS 3 | 1974, Une saison en enfer

ECRAN NUIT, KOLTÈS 4 | 1978, L’Afrique

ECRAN NUIT, KOLTÈS 5 | 1984, New York, dans la solitude


arnaud maïsetti - 3 février 2018

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