La ville écrite | feu Romain Rolland combustibles
18 mars 2019


C’était inévitable.

Ainsi donc — on ne s’en étonnera pas —, Romain Rolland, l’auteur considérable de romans considérables, mais aussi de phrases aussi étincelantes qu’obscures (comme par exemple :

Le plus grand livre n’est pas celui dont le communiqué s’imprimerait dans le cerveau ainsi que sur le rouleau de papier un message télégraphique, mais celui dont le choc vital éveille d’autre vies, et de l’une à l’autre propage son feu et, devenu incendie, de forêt en forêt bondit.

et d’autres phrases encore),

auteur de Jean-Christophe et du concept de Sentiment Océanique, qui survécut à la Première Guerre mondiale et à un Prix Nobel de Littérature, et commit ceci

Même sans espoir, la lutte est encore un espoir.

mais aussi cela

Hélas, on s’accoutume si vite au bonheur.

et cela aussi

Etait-ce mon rôle à moi, éternel solitaire, qui vivait dans la contemplation du Feu divin et de son vêtement le Monde, était-ce à moi d’entrer dans l’affreux guêpier de la politique ? A moi, de rappeler aux socialistes, dont je n’étais point, qu’ils trahissaient leur cause ? A moi, re rappeler aux chrétiens, dont je n’étais plus [...], qu’ils trahissaient leur Dieu ? A moi, de rappeler aux intellectuels, dont j’étais, mais persona non grata, et tenu pour suspect depuis la "Foire sur la Place", qu’ils trahissaient la vérité ?

inévitable donc, qu’un jour de mars de cette année-là deux mille dix neuf, toujours brûlant de contempler le Feu divin, et désireux d’incendier nos corps comme de vulgaires livres, ce brave Romain Rolland, près de soixante-quinze ans après la fin de son passage terrestre, revint dans Marseille qui ne l’attendait pas,

et en bon combustible, vint mettre le feu à cette vie.


arnaud maïsetti - 18 mars 2019

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