prends garde
6 février 2021



Quiconque lutte contre des monstres devrait prendre garde, dans le combat, à ne pas devenir monstre lui-même. Et quant à celui qui scrute le fond de l’abysse, l’abysse le scrute à son tour.

Nietzsche

Ils attendaient. Peut-être dix, quinze, bientôt cent ; cent mille viendraient bientôt. Ils nous regardaient, avec férocité, et compassion. Avec lenteur, résigné à déchirer notre ventre si l’on avançait d’un pas ; on reculerait. Ils étaient là depuis quelques minutes, mais cela ne changeait rien au poids de présence qu’ils déposaient là et qui disait combien ils défendraient le lieu jusqu’à la mort – la nôtre. Un coup de vent les emporterait soudain plus loin.

Qui monte la garde pour notre propre férocité ? Qui au fond de nous possède ces regards fous et déterminés ? Qui veille ? Qui ?

Ces jours abstraits, vagues, lourds, avaient peut-être leur trait ; pas leur compassion. Leur faim, sans doute au moins ; la lâcheté (encore elle) guette qui nous ferait attendre le vent pour disperser ces mois et avec eux, cette année entière – qui se fera vent ? Qu’est-ce qui à l’intérieur saura les mots d’insulte qui chasseront les nuées et laisseront voir l’horizon : même si c’est le rebord d’un pont inachevé qui ne donne que sur le vide ?


arnaud maïsetti - 6 février 2021

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