2010 | Séance 3_Monologues
12 février 2010



« mais quand même j’ai osé, et maintenant qu’on est là »

Travailler le monologue de l’intérieur, ce n’est pas seulement le considérer depuis l’écriture de théâtre, mais c’est concevoir de part en part l’écriture comme territoire mental et comme exposition, projection : de soi, de la voix. Double mouvement que le théâtre représente, littéralement, et que le récit rejoint quand il lui faut affronter la parole de l’intérieur.

La position d’écriture du monologue serait tout entière dans cette question : qu’est ce qui se joue dans le fait de superposer parole et discours depuis un point de vue qui serait aussi un rapport au monde et à l’autre ? ou comment le monologue devient un point de contact du sujet avec le fonctionnement même de sa parole qui seule fait fonctionner le monde pour lui ?.

Si le monologue est d’abord une technique dramaturgique, une manière de suspendre le drame, d’en faire le creusement nodal de la crise, il s’est peu à peu élaboré en modalité du discours : changement de nature, et non de degré, de la parole seule — de Rotrou, Corneille, à Beaumarchais, à Hugo, le monologue s’est déplacé dans le champ dramaturgique, et quand les romanciers s’en saisissent au début du XXe pour renouveler le récit, ils disposent déjà d’un matériau travaillé en amont par des textes qui jouaient déjà la superposition des temps comme matricielle, la projection à un autre rêvé comme finalité, le miroitement de la conscience avec la langue comme précipité, urgence et condensation.

Le travail s’est fait en deux directions - et liberté donnée aux étudiants de choisir l’une ou l’autre.

La première menait à Joyce. S’arrêter sur James Joyce (via Les Lauriers Coupés de Edouard Dujardin) et les dernières pages de Ulysse, le monologue de Molly Bloom, c’est s’engager dans un flot qui n’est pas seulement de conscience, mais de langue, et qui charrie après lui tout un amas de souvenirs organisés selon la logique interne qu’il se donne — souvenirs articulés à la sensation présente, double contamination de l’un par l’autre, porosité extrême de l’écriture dans la circulation des énergies, le monologue est pression cumulative qui produit de lui-même le matériau qui lui permet de continuer.

Ecouter les dernières pages de Ulysse - enregistrement Arte Radio.

Et puis, c’est un juste retour de choses, quand les dramaturges en retour se saisissent du monologue, c’est cette fois nourris des expérimentations de ces romanciers (Joyce, Woolf, Simon, ou Sarraute), et le monologue une nouvelle fois déplace le champ ancien — se fracture chez certains auteurs en soliloque, ou quasi-monologue. La deuxième direction possible proposée consistait à suivre cette technique travaillée dans La Nuit juste avant les forêts où il s’agit d’exposer cette parole solitaire à un qui passe au hasard, faire de l’adresse le point de départ et l’horizon du monologue adressé. Interroger l’adresse en somme en son mystère : construire la possibilité de l’autre en ce qu’il pourrait interrompre la parole s’il la prenait soudain, mais poursuivre dans le silence de l’autre sur lequel s’adosse le monologue. Et ouverture infinie d’un discours qui se donne à l’autre et au monde dont il fait l’expérience.

Ecouter le début de la pièce La Nuit juste avant les forêts (et lire sur Remue.net), Bernard-Marie Koltès, 1977 (interprété par Daniel Martin dans une mise en scène de Michel Didym, Théâtre de la Cité Internationale, 1992 (doc.Iliom Production) in "Combats avec la Scène" (Théâtre Aujourd’hui N°5))

Et pour chacune des deux propositions, une seule contrainte formelle : n’écrire qu’une seule phrase, sans point, puisque la phrase est en elle-même un choix de construction en surplomb. C’est ce surplomb qu’il s’agit précisément d’effacer, de traverser pour atteindre directement le lieu et le moment du monologue : temps zéro de dépli mental ; espace forclos de soi dans lequel on parle — et qu’on expose.


1.

d’Elle au beau milieu d’une farandole de courtisanes et d’eunuques fleurs de jasmin mêlées à sa tresse couleur de jais Elle a seulement treize ans mais déjà son sari de soie émeraude serti de pierre révèle des formes que je n’oublierais jamais Elle ondule telle une fleur un épi emporté par le vent dans un champ de moutarde je me promets le jour où Elle à mes côtés envers et contre tout parure rouge sang les versets du Coran qui nous lient à jamais dans nos vies futures la dentelle voile son visage je peux distinguer ses yeux sa bouche son nez les ciselures crèmes je promets avec plus de ferveur encore que pour n’importe quelles autres Elle paisiblement étendues couverte du lin blanc de ceux qui nous quittent je m’allonge une dernière fois à ses côtés avant que ma fleur ne fane pour toujours je promets mon amour des bouches apaisent son départ et se reflètent dans les mosaïques de miroirs de la chambre ce reflet sur le fleuve le soleil couchant qui rend le mausolée de mes rêves et de mes promesses rosé je vois les fils noirs des paroles divines se dessiner au loin parmi les fleurs finement travaillées et celles du jardin dont le parfum embaume son souvenir mon souvenir un rayon fait étinceler ce joyau de mes pensées Elle dans son écrin de marbre.

*

Ce crépitement de sa joue mal rasée autant de petites brindilles jetées dans le bruit d’un feu comme il me donne chaud sa joue crissant dans mes doigts — surtout lorsqu’elle sortait de douche, Marnie, le grain de la peau de Marnie, pores si grandes qu’on aurait dit des corolles et l’envie de m’y infiltrer du plus loin que je me souvienne — mes doigts au bas de son dos je voudrais vivre à Fossette-sur-François il rit — les pores de Marnie élargies à ma mesure ce canevas que ma marraine m’a offert plus tard, hypnotisée par les allers-retours — comme il sait, comme il sait m’envelopper sa chaleur telle que mes joues sont en feu lueur entre mes tempes son rire se suspend — il a toujours été si vif, moi la dernière à être informée de mes sentiments sur son visage mais tu sais que tu l’aimes je lui ai dit je t’aime son doigt qui se crispe à l’intérieur de ma mèche des fils de toutes les couleurs rendues absente par ces mouvements d’aiguille auxquels les femmes se sont si longtemps consacrées, auraient-elles toutes connu des êtres comme Marnie, des grains de peau aussi affolants, le motif apparaissant peu à peu sur le canevas l’annonce de la séparation brodée par une main aveugle, oh François ne me laisse jamais, jamais tomber, mon chéri, mon amour, ne me laisse jamais tomber et lui amusé et toujours ce sourire en train de se suspendre, mes états d’âme allant et venant aussi frénétiquement que le reste les saisons ses départs et nos retrouvailles et pourquoi se le cacher il ne reviendra plus tu devrais te le mettre dans la tête — Marnie promenant son pinceau sur le visage la poudre recouvrant mes yeux brouillés dans une plage de douleur les grains emportés par le vent perdant leur place propre mais quand il pèse sur toi et même si nous ne sommes pas de sable le monde se dilate et je pense à peine à m’infiltrer en Marnie dans sa chaleur

*

Suffit de creuser un peu, retirer la terre avec les ongles pas compliqué pour découvrir plus qu’un bout de ferraille et la voilà elle a pas bougé je savais plus ou je savais mais j’oubliais et la voilà la petite boîte en fer la petite boîte à gâteaux les petites filles aux nattes enrubannées continuent de sourire et regarder les filles deux petites filles qui sourient deux petites sœurs comme vous et sur leur balançoire c’est bien les petites filles dorées je vais pas l’ouvrir je veux pas pour quoi faire le couvercle résiste à la force de mes doigts pleins de terre je vais rester là en dessous des feuilles du saule pleureur sous la chevelure jaunie et frémissantes dans la boîte je sais ce qu’il y a je voudrais pas l’ouvrir je voudrais pas voir les perles de rocaille du bracelet cassé les perles bleues et jaunes et pas non plus le sachet vide de fraises tagada c’est marrant comme ça colore la langue dans la boîte des trucs d’enfance de la rigolade et si je l’ouvre ce sera peut-être comme si elle descendait des nuages et tiens elle aura peut-être pensé à me ramener un diabolo-pluie et on fera comme ça comme si rien sous le saule pleureur avant qu’il faille enterrer la petite boîte et avec elle les petites filles coloriées sur la balançoire elle prendra mes mains et elle chantera tout bas comme un secret la chanson qui fait se pore triste contemplando la ciudad et on tournera comme ça sous la saule mais si je l’ouvre la boîte je pourrais plus retenir les larmes et elles seront tellement aiguisées les larmes de cinq ans déjà elles me tailladeraient le visage non je crois je vais creuser dans le sol et la remettre dans la terre c’est ce qu’il y a de mieux à faire et je resterai là vaut mieux plus y penser je grandirai pas de toute façon je resterai là à jouer à sœurs de sang à imaginer le pianocktail de Colin à compter dans le ciel entre les cent mille feuilles du saule qui n’en peut plus de pleurer les nuages et trouver dedans un oiseau un dragon un bateau très grand et ce sera facile comme tout comme avant la boîte rouillée fermée pour toujours mes genoux pleins de terre pour ce que ça sert de tout façon — grandir

*

Comment oublier cette pluie battante de novembre — l’eau dégueulant des nuages sales, ces gouttes d’eau crevant une à une sur la couche de béton grisâtre, l’air chargé d’humidité qui s’engouffre dans les gorges et qui t’étrangle en même temps — et elle, juste là me tournant le dos prête à partir — pourtant il fallait la retenir lui dire quelque chose pour pouvoir rester vivant se sentir exister pour avoir encore la force, un jour peut-être de se dire je suis ça — lui dire oser lui dire ce dont je suis foutrement incapable je t’aime — que la vie sans cette femme n’est que pourriture que j’ai besoin d’elle — un besoin obsédant vital existentiel je t’aime — et ses pas qui s’éloignent sa vie qui s’arrache à la mienne dans cette symphonie assourdissante la pluie, les gouttes d’eau l’humidité et par dessous tout cette soudaine sécheresse qui m’envahit.

*

Je marche le soleil chauffe le béton le béton m’étouffe le soleil m’assomme j’aimerais trouver une zone d’ombre où m’arrêter mais je n’en vois pas je ne vois qu’une longue avenue très droite trop exposée je continue de marcher j’ai mal le son de la machine à ma droite m’irrite ma respiration se cale sur ses bips stridents mes pas suivent ma respiration il est quatre heure de l’après-midi il était quatre heure de l’après-midi il est maintenant quatre heure du matin je marchais dans les rues de Paris sous un soleil de plomb me voilà allongée dans un lit d’hôpital sous un éclairage trop blanc la lumière m’aveuglait je marchais sans voir où j’allais je regardais mes pieds je ne pensais à rien je pense à mes pieds je n’y pense pas souvent pas assez ils m’entraînaient sur cette grande avenue je les suivais je n’aurais pas dû je ne suivrai plus mes pieds je suivrai ma tête elle est apte à me préserver ils ne peuvent que m’entraîner ils ne connaissent pas le danger si suivre ses pieds est trop dangereux certaines informations ne peuvent être perçue par des pieds ; un cerveau peut reconnaître un passage piéton, des pieds non

*

Alors je marche dans le couloir du métro une chanson résonne, comme les cloches à Saint-Sulpice quand j’étais jeune et que maman m’emmenait à la messe le dimanche matin juste avant que j’aille chez lui, Boulevard Saint-Germain qui était si joli avant et maintenant ce n’est plus que du bruit et des voitures — c’était si calme avant — oui du bruit et des voitures et ces sales clochards — ces gens qui jouent n’importe quoi ; mais là, ça n’est pas n’importe quoi dans le couloir du métro, non, c’est beau, c’est la chanson qui passait tous les matins à la radio quand je prenais mon café et que maman lisait le Monde ou le Figaro Madame, parce qu’à l’époque on lisait les journaux et j’aimais ça parce qu’on y trouvait tout et notamment ce concert-là, où il avait joué la chanson, non ma chanson, mais beaucoup mieux que ce garçon dans le métro tout miteux sale crasseux avec sa guitare abîmée, la mienne était rouge, et toujours neuve dans sa housse parce que j’en jouais jamais et que j’aurai aimé en jouer, gratter, pratiquer même pour pouvoir jouer avec lui, et pas avec le garçon sale crasseux, miteux, avec lui seulement, si j’avais pu.

***

2.

Misérable roi, piqué en plein cœur, tu n’as pas su voir ce soir ta vie s’effondrer comme un château de carte : tel l’oiseau de nuit poursuivi par l’insomnie je la vois encore une fois puis pour la dernière fois s’éloigner et disparaître à jamais dans cette large obscurité qui me rappelle un peu plus que je suis impuissant face à ce néant qui engloutit mon corps, mon esprit, mon âme vendue à Lucifer pour le seul crime d’avoir aimé cette infâme : sensation de déjà vu chaque soir le même cauchemar, la même image, entre trahison et déraison j’erre dans les ruines de mon château de carte qui aurait pu être le savoir de M. et Mme Clarke : paralysé comme électrocuté, l’insensibilité m’envahit, le bonheur me fuit, devenu mythomane ou homme sans âme, détrôné je suis vivant mais je ne vis plus, plus depuis ce soir où j’ai perdu toutes mes cartes en main.

*

Hé, m’as-tu entendue sous les cahots, la cendre grise et la clameur blanche des quais de gare — collants violets, écharpe rose, croissants calcinés — c’est l’hiver désormais ; les morceaux de glace qui s’entrechoquent dans leur verre, nébuleuses diaphanes, huileuses ; il, mesquin, petit, concentré, sur-gelé — ah ça pourrait être mon cœur — mais il a toujours été des leurs ; le mien a déjà crissé sous la dent-aiguille du temps — quand le chevreuil traîne, le chasseur l’attrape, et tu as toujours prétendu que seule la bête était fautive — loin, loin, loin derrière moi sortent les lignes, des rails, des failles — là-bas, là-bas, il y avait le plateau, de la poussière de bronze sur toi ; ici, ici, les murs chromatiques du vide du sans toi ; sans toît ; il ne neigeait jamais avant.

*

Cette lumière sous la porte, elle éclaire toute la pièce, l’oreiller est trop gros, un patapouf qui me prend dans ses bras — minuit et demi — à 6 heures, ils viennent — j’ai mal dans la gorge, non je n’ai pas envie de boire, la mer cet été, c’était bien, je sais pas si on y retournera maintenant, la lumière, ils l’éteignent pas c’est pour le couloir, j’aurais du boire plus tout à l’heure, j’ai envie de tousser, avec la salive, ça va, quand on était sur la plage, j’avais pas envie de revenir, on aurait du rester, tranquilles, pourquoi on est rentrés, maintenant voilà, j’y vois comme en plein jour, c’est pas possible ils ont encore plus allumé, pas boire, c’est dans moins de 6 heures, après je ne sais pas ce qui va arriver, j’ai pas mal, j’ai soif, quand j’ai vu la petite maison, j’étais sure que c’était ici, la dame m’avait dit vous vous plairez beaucoup, j’ai reconnu l’endroit comme elle m’avait expliqué, Gérard, il y croyait pas mais des gens gentils il y en a, le chariot qui roule dans le couloir, ils viennent me voir, après fallait le voir allongé au soleil, ils se sont pas arrêtés, y a pas de raison, j’ai qu’à attendre, j’arrive pas à dormir, la lumière elle me réveille, le matin, rien à faire qu’à aller aux courses et à la plage, quand la dame, elle est venue me voir, je l’ai pas crue, juste bonjour dans l’escalier, et une fois, elle vient proposer de prêter sa maison à la mer, faut bien que cela serve, elle m’a dit, ses enfants, on les voyait jamais c’est vrai, Gérard, le soir quand il est rentré il m’a dit c’est pas vrai, dès le premier jour là-bas, j’ai pensé à quand on repartirait, le soir quand y avait plus personne sur la plage, je croyais qu’on rentrerait pas, j’aurais du marcher jusqu’au bout du sable, j’avais mal un peu, mais je pouvais pas savoir, le changement d’air, ça peut chambouler l’intérieur, je veux pas dormir, j’ai pas mal,demain, il a dit que j’aurais pas mal le docteur, il a pas beaucoup parlé, Gérard, j’aurais du lui dire qu’on rentrait pas, après quand j’ai ouvert la porte de la loge, j’ai eu froid, il a dit tu vas pas commencer, j’aurais pas du l’écouter, on aurait du rester, maintenant je suis là, c’est la vie, il dit toujours, ma gorge ça brûle, de toute façon elle a emporté la carafe, le lavabo pour y aller, il faut marcher, avec la lumière sous la porte je peux voir par terre, faut pas allumer en grand, sinon ils vont venir, surtout pas boire ils ont dit, j’ai peur, j’ai chaud avec ce patapouf de lit, j’aurais du rester à la mer.

*

Cesse C’est insupportable C’est insupportable Tu cries, toujours tu cries, comme si toujours tu criais, comme si depuis toujours comme si depuis toujours, et moi je ne peux plus, t’aimer peut-être, mais te voir non t’entendre non je vois tes yeux ils me dévorent tu me chasses au-dehors dans la nuit noire de ton absence je n’ai plus de toit je n’ai plus de lèvres - sans soucis tu me lèves m’emportes loin dans l’espace ouvert j’ai senti ton sang s’abattre sur moi ton sang chercher mon sang le couteau je pars tu vois je serai bientôt hors ton regard toutes ces prolongations de nos être l’un en l’autre on aurait dû achever on aurait on aurait dans les points de fuite décuplés de la nuit sans étoile se dessinent à nouveau les ébauches de nos liens je vois ton corps sur le mien ton sourire porté à mon visage mon souffle en ta gorge brûlante mais ton cri dynamite ces ruines passées les visions s’effondrent par le cri qui emplit l’espace, le temps, mon corps, de ton corps par le mien, jusqu’aux mains qui étranglent, jusqu’au souffle aboli, jusqu’à la souffrance sans jouissance qui se suffit à elle-même Sortir de ce cri je cherche le chemin, à tatons dans ta rage, sortir de ce cri, envahit, me sauver de ce cri alors même que tu en meures tu peux mourir mais laisse-moi échapper à ta mort me sauver me sauver de ce cri qui te dévore je ne veux pas mourir par toi qui meurs de moi ta vie en la mienne s’est déployée j’ai respiré de toi tout ce que tu m’as donné j’ai appris à marcher j’ai découvert le ciel à coeur ouvert j’ai emprunté ton corps le chemin fleur de toi éclose à ma pénombre – Pourquoi m’avoir donné la vie si tu me la reprends ? – Vivre de toi ne pas mourir de toi mais ces pensées n’ont aucun déroulement le cri les absorbe comme il absorbe l’espace le temps la lumière le cri c’est de la rage qui dépasse par les oreilles je suis décapité de ce cri cesse de vivre je décapiterai ce cri et ta tête en mon coeur tombera, déchue de toute vie, figée d’amour, cendres protégées en une poche de mon coeur d’avoir trop brûlé-es ; aucune armistice aucun silence seule une stridence aux variations atroces atonalité distordue comme les entrailles se nouent sur cette haine éclose, rose de ton sang sur mes lèvres cri sur les quatre lèvres quatre notes d’une partition aux fils rompus
et l’autre dans son coin là bas il nous regarde ce traître ce paria ce voleur il s’est emparé de ton corps et toi et toi et toi c’est toi là toi là qui crie à présent toi qui t’es donnée à tous tu cries tu prends le droit de crier
le cri au milieu de la nuit
mais ton cri pur cristal te transperce et tu n’en finis pas de mourir de toi tu meurs de toi tu ne peux rien
Mais moi mes pas au dehors je te laisse à la folie je ne peux pas te porter comme tu m’as porté :
je suis plus faible que toi tu ne me tuera point je m’éloigne de l’univers saturé de voix ta voix inhumaine la voix qui te sort par le ventre et que tu ne connais point je vois tes entrailles déversées sur la terre nourrir l’humus la vermine je ne te vois plus humaine tu es comme la terre le feu les cendres tu es descendue au-delà de l’humain – et tu m’as repoussé dans ce monde que tu quittais Je n’ai pas pu partir avec toi Ce n’est pas moi c’est toi qui a décidé si l’on peut encore dire toi lorsque tes longs cheveux se confondent avec la terre le sable les feuilles mortes.

arnaud maïsetti - 12 février 2010

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