sur un fond d’une lumière infernale
22 octobre 2010




(lu-miè-r’) s. f.

1° Celle des propriétés des corps qui est perçue par l’oeil et qui se manifeste par les couleurs. La lumière se réfléchit comme le son. La lumière se réfracte en passant d’un milieu moins dense à un milieu plus dense. Descartes supposa que la lumière était un mouvement ondulatoire dans un milieu particulier ; Newton, que c’était l’émission de particules lancées par le corps lumineux ; les physiciens ont repris l’hypothèse de Descartes, et admettent que la lumière est due à des ondes excitées dans le fluide hypothétique nommé éther, et que la différence de longueur entre ces ondes produit les sept rayons fondamentaux du spectre solaire.

Dieu dit : Que la lumière soit faite ; et la lumière fut faite, SACI, Bible, Genèse, I, 3.

2° En général, ce qui éclaire, ce qui rend les objets visibles.
Une lumière vive. Cet appartement reçoit peu de lumière.

Le soleil se couchait dans une nuée d’or et d’azur, et ne donnait de ses rayons qu’autant qu’il en faut pour faire une lumière douce et agréable, VOIT. Lett. 10.

3° Absolument. Le jour.

Ce matin j’ai voulu devancer la lumière, RAC. Esth. II, 1.


Le passé, tout en gardant le piquant du fantôme, reprendra la lumière et le mouvement de la vie, et se fera présent [1].

Lumière posée par la ville intérieure, celle qui vient de son corps même — immeubles, bureaux, banques — irradie.

C’est à cette curiosité profonde et joyeuse qu’il faut attribuer l’œil fixe et animalement extatique des enfants devant le nouveau, quel qu’il soit, visage ou paysage, lumière, dorure, couleurs, étoffes chatoyantes, enchantement de la beauté embellie par la toilette.
C. B.

En sortent cent langues léchant les sols pour mieux allonger ceux qui passent, en bas, prolongements d’ombres avancées.

M. G. restera le dernier partout où peut resplendir la lumière, retentir la poésie, fourmiller la vie, vibrer la musique ; partout où une passion peut poser pour son œil, partout où l’homme naturel et l’homme de convention se montrent dans une beauté bizarre, partout où le soleil éclaire les joies rapides de l’animal dépravé !
C. B.

Mais chambres claires impuissantes — la lumière ne résiste pas au froid, tremble — quand le soleil s’est rétracté, mille autres prennent le relai et ne font que ralentir la nuit : lumières artificielles ne suffissent pas pour impressionner les horizontaux de ma ville.

De temps à autre il les parcourt, les feuillette, les examine, et puis il en choisit quelques-uns dont il augmente plus ou moins l’intensité, dont il charge les ombres et allume progressivement les lumières.
C. B

D’en haut — lumière létale, dense, ne me voit pas, la surplombe : lumière vitreuse, patine qui dresse la ville comme une aquarelle lavée à l’eau de pluie — nappes de brumes jaunes. Ceux qui dorment en bas s’y enveloppent sans plus la voir.

Sur un fond d’une lumière infernale ou sur un fond d’aurore boréale, rouge, orangé, sulfureux, rose (le rose révélant une idée d’extase dans la frivolité), quelquefois violet (couleur affectionnée des chanoinesses, braise qui s’éteint derrière un rideau d’azur), sur ces fonds magiques, imitant diversement les feux de Bengale, s’enlève l’image variée de la beauté interlope
C. B.

Lumière coulée, décape le réel : n’est qu’une gouache délavée : lumière qui emporte dans sa crue le regard qui aurait voulu la voir mais qui n’a pu que s’y dissoudre.

arnaud maïsetti - 22 octobre 2010

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[1_Charles Baudelaire, Le peintre de la vie moderne.

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