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17 novembre 2010




Je vis avec un Indien, mort il y a de nombreuses années.

Comme cela se faisait à l’époque entre ennemis, sa tête a été vidée, la peau amollie puis séchée sur des pierres et plus en plus petites. Ses cils et ses sourcils sont bien fournis ; ses lèvres, très belles, sont fermées par une petite ficelle, et il y a des lentes de poux dans ses cheveux.

Les nuits d’orage, parfois, il faut que je me lève et que j’aille lui parler dans la pièce à coté. Un jour, je l’ai prêté pour qu’on me trouve un objet qui l’abrite de la poussière, comme dans les musées je suppose.

Tout le temps de son absence, je promenais une solitude étrange d’une pièce à l’autre ; de son coté, il effrayait ses hôtes, déclenchait des orages la nuit, énervait tout le monde. Au point qu’on me l’a rapporté avant d’avoir eu le temps de trouver quoi que ce soit pour le protéger.

Mais dès son retour tout s’est calmé, il n’y a aucune raison d’abriter un copain de la poussière.

Bernard-Marie Koltès (in ’Prologue’ & autres textes)

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