poursuites
28 septembre 2011



Dans la course insensée, du soleil ou du train, qui suit qui, peu importe. Épilepsie contagieuse : ce jeu d’apparition-disparition du soleil derrière les paravents dressés par tout ce dehors pour le seul plaisir de faire se lever l’aube à chaque mètre. Moi, je vois surtout que la nuit tombe à chaque mètre. La vitesse emporte tout.

La poursuite braquée sur moi est un signe que je ne lui échapperai pas, jamais. La poursuite braquée sur les villes mortes le long des gares fait apparaître les ombres chinoises du monde abandonné, les mauvaises herbes partout, les fleurs sauvages. Mais on ne les voit toujours que lorsqu’elles disparaissent. La lumière les longe comme un fleuve qui ne rejoint jamais les centres des villes. Peut-être.

Le soleil est un point fixe et mouvant sur la ligne des lignes du train : comme ces brûlures de cigarettes apposées rituellement sur les pellicules du film, pour se repérer dans le récit brisé des images. Un point comme une main fermée, grosse comme la lune. Sans contours. Sans arrière-plan et sans nuance. Qu’on fixe dans les yeux pour ne plus voir que ce point quand on les ferme.

Je suis dans le ventre de toutes ces choses qui te réveillent le matin. Quand un train passe, j’en habite un quelque part. Je pourrais crier en lui que le jour se lève, c’est toujours alors près de moi qu’il dresse la tête, les cheveux en bataille, le combat perdu d’avance sur la nuit ; et dans la course qu’il entame, la respiration rauque des machines, souffle brisé comme le va-et-vient des corps qui se cherchent dans le corps de l’autre, le désir d’aller plus vite que mon train. Mais quand ce train arrivera de nouveau dans cette ville au loin, le soir déjà.

Non, je marche et je n’ai pas pied. Je penche la tête, je ne vois plus mon corps plongé dans la vitesse entière des choses. Je crierai encore l’aube suivante, la nuit pour qu’elle recommence – poursuites de théâtre qui aveuglent celui sur lequel la lumière se pose, désormais visible de tous, même s’il ferme les yeux. La vitesse emporte tout encore.


arnaud maïsetti - 28 septembre 2011

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