Syd Matters | « something in the weather (coming) »
22 janvier 2012



Dans la fatigue de ce soir encore, devant l’état de chantier des textes en cours, état qui me désole et m’enivre, en passer (encore) par la voix autre, promesse d’une soirée récente où cette chanson en boucle racontait le soir : i might float, texte et musique de Syd Matters : version étrange de cette si belle chanson, concert sans public au milieu d’un musée de l’aviation (?), à Bruxelles.

Étrangeté du lieu – que je veux habiter ce soir.



Pourquoi au juste ?

Peut-être pour la qualité de ce son, ouvert, précis dans la réverbération qui l’allonge ; ou pour ces visages pris dans la douleur de chanter, la grimace de chaque note produit la beauté du visage aussi, non le masque faux, mais celui qui opère dans le creux des traits cette matière vive de la voix ; pour ce décor magnifique, mystérieux, ces avions répandus partout, pièces de musée : un endroit qui touche le ciel, immobile sous le toit ; pour la répétition magnétique de la chanson, ces variations subtiles qui en font le prix, ce canon majestueux à la fin qui la contient, ou l’entoure, ou la fabrique peu à peu : pour la force manifeste et douce des voix qui entrelacent leurs lèvres ; pour ce qui se passe autour des musiciens, ces jeunes hommes, ces jeunes filles qui fredonnent en bougeant la tête les chœurs du refrain : ici par hasard, ou parce qu’ils pourraient être des amis de voyage, de passage, qui prêtent leurs voix dans chaque concert, dans les soirées où s’inventent les lignes mélodiques des futurs chansons, oui, et on serait dans un tel moment, où on invente la chanson pour les concerts à venir (oh, comme elles échouent mille fois, je l’ai vu, comme elles réussissent néanmoins, miraculeusement à la mille et unième heure : je l’ai vu aussi, une fois : certain que ces jeunes hommes, jeunes filles sont les témoins, ils ont dans la voix la note juste : je rêve que ces visages sont là pour cela aussi) ; pour le cercle qu’ils font : dans l’amitié simple d’un simple cercle fait simplement autour de la musique pour la partager, table et pain rompu, sans cérémonie ; mais aussi pour les guitares qui résonnent un peu sèchement dans la trop grande vastitude du lieu vide : mon oreille s’y ajuste, rétablit non pas l’identité de la chanson originelle mais sa force ainsi rendue jusqu’à moi et à travers moi : le ciel de mes idées ; pour densifier encore davantage mon rapport à la musique ces derniers mois, plus essentielle encore, plus féroce et tendre dans mes errances, comme un désir de plus, mon corps à découvert, boucles de cheveux dans la main ; sans doute aussi pour le regard de ceux qui partagent le presqu’a capella final : mais quelle chapelle pour un chant qui dit ainsi ma dérive vitale ; pour le regard de ceux qui assistent à cela sans que rien ne soit vraiment grave, important, décisif : et comme à la fin, on range tranquillement les instruments, on s’éloigne parce qu’on a vécu le lieu dans la musique, et que la musique faite, comme l’amour, la poésie, le corps reposé du lieu s’endort, lentement, plein de la musique de tout à l’heure, sagement accomplie pour cela, pour elle.

Moi, j’habite le lieu ce soir : ce cercle dont je fais partie, pur désir, pure évidence.


There is something in the weather coming
It’s the spring time floating on, upon the city I won’t blow it but (won’t blow it but)
I will leave this town by the weekend if you
Buy me a ticket out to save my money for
the dark days (..oney for the dark)

I will travel through the seas until the summer voices of
the fire noises of
the burning witches call me home

And I will find the strength to give up all the things I’m made up of
the things I’m made up of
the leaves are tied up on my arms

And I miss that confort in being trusted by the king and the princess
the king and the princess
the king and the princess
the king and the princess
the lights and the flashes…

I might float for a second through the shadows of my reason
For my own, my own on the rainbow above the ocean
I might float for a second through the shadows of my reason
For my own, my own children on the rainbow above the ocean
(There is something in the weather coming.
It’s the spring time floating on upon the city..)
I might float for a second through the shadows of my reason
For my own, my own children on the rainbow above the ocean

Syd Matters, I might Float

arnaud maïsetti - 22 janvier 2012

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