Germain Nouveau | Fin d’automne
16 novembre 2013



Germain Nouveau, l’ami, celui de Londres, celui d’ailleurs, le dernier avant la solitude. (Celui à qui, des années plus tard, dans le soleil, Cézanne déposait dans la main une pièce chaque jour au pied de la Sainte-Victoire, oui des années plus tard quand Nouveau était vieillard — mais je ne veux pas penser à Nouveau vieillard, non, impossible.) Celui à qui toujours on demandait des lettres d’Aden, celui qui avait les yeux clairs, et l’écriture si belle, de sorte que c’est lui, lui seul de tous les vivants et les morts qui recopia Les Illuminations. Cette fin d’automne, ce jour, qui n’est la fin de rien — pensées au jour comme aux jours qui s’achèvent.

Germain Nouveau, « Fin d’automne », in L’Artiste, tome 1, 1873




FIN D’AUTOMNE.

C’est le soir, au jardin du Luxembourg ; les portes
Vont se fermer ; le jour qui meurt à l’horizon
Semble un dernier adieu de la douce saison ;
Le pied foule un tapis mouvant de feuilles mortes,

La nuit lente descend ; on entend s’apaiser
Des passants attardés les pas et les murmures ;
Les groupes, sur leur socle, au milieu des ramures,
Pour conjurer le froid échangent un baiser.

Car voici que l’Hiver s’avance, triste et sombre !
Vous allez être seuls, ô pauvres marbres nus !
Les amoureux discrets, à vous tous bien connus,
Ne viendront de longtemps s’abriter à votre ombre.

Un brouillard gris et bas s’estompe dans les airs ;
Le mystère se fait dans les mornes allées
Que hanteront bientôt les bises désolées ;
Les moineaux sont partis et les bancs sont déserts.

Oh ! le triste retour des saisons enrhumées !
Déjà sur votre épaule un frisson vient courir ;
Déjà le cœur se serre, et, comme pour s’ouvrir,
Aspire au chaud parfum des chambres bien fermées.


arnaud maïsetti - 16 novembre 2013

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