légendes de mes corps morts (ciel noir d’images)
24 janvier 2014



(Puisque ces jours sont impossibles, qu’à courir après eux je n’ai le temps d’arracher un peu de temps qu’en silence, entre deux trajets, et c’est seulement là, dans un bus, un train, une marche d’un bout à l’autre de la ville, que je peux écrire, intérieurement, les pages que je n’écrirai jamais sur des pages, mais ces pages je les porte en moi davantage peut-être que celles que j’ai écrites, alors je l’accepte.

Au temps j’arrache quelques images dont je rêve la légende, silencieuse, qu’ici je dépose pour moi seul — chaque image porte le rêve secret d’un récit manifeste, d’un roman qui serait le seul que j’aurais écrit puisque je ne l’écrirai pas ; je garderai d’eux seulement ce corps mort d’une image achevée sans mot sur le bord d’une page arrachée.)



aube comme un ciel sans nuages avec des nuages


ou se pencher vers la lune


et s’accrocher aux branches des arbres

vouloir recevoir l’aveuglement

peut-être lever les mains aux ciels, en célébrer le miracle

quelque chose là-bas éclatait comme une fleur

une montagne, enlacée par la lumière (envier la montagne et la lumière)

bordée d’écumes

mon visage, œil plus vert d’être traversé par la lumière traversant l’usine (autoportrait à Gardanne)

comme une trajectoire qui filait loin de sa trajectoire


ô amour, ô délices ! (Dans ton élan tu ressembles au palmier)

(et toute la soirée, penché sur Genet, penser aux blessures secrètes, aux irrémédiables de la beauté fouillée avec les doigts et les lèvres et les corps levés pour elle seule, aux notre-dames et aux fleurs, aux splendides abjections qui rendent la honte honteuse et la mort morte vive au bûcher de vanités perdues, toute la soirée et davantage, penché sur Genet dans cette solitude qui n’en est pas une puisque je sais ce qui s’accroit en moi et à travers le manque, ce que la lecture de Genet rend essentielle : d’être l’appel à fermer le livre pour dehors, doucement, regarder le ciel ce soir noir d’un soleil qui a simplement changé de nom le temps de la nuit pour s’appeler nuit, et on croit que ce nom suffit pour croire que le soleil est de l’autre côté passé, moi je sais bien qu’il demeure, ce qui demeure, comme un visage s’endort et ignore qu’il est peut-être mort.)


arnaud maïsetti - 24 janvier 2014

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