Koltès, une vie | le projet
21 juin 2017


L’écriture, la pensée et la vie de Bernard-Marie Koltès (1948 - 1989) sont liées dans un pacte qu’il forgea à vingt ans devant un théâtre de Strasbourg et qui jamais ne sera rompu. Ce pacte n’avait qu’un but : être soi-même l’auteur de sa vie. Il ne possédait qu’une morale : celle de la beauté. Et qu’une loi : le désir.

On connaît de Koltès la trajectoire fulgurante : la rencontre avec Chéreau au début des années 1980, les pièces jouées à Nanterre-Amandiers, la reconnaissance publique et critique. On sait aussi combien cette œuvre a pu donner l’image de son temps. On sait moins combien cette vie aura surtout été ailleurs, qu’elle s’est jouée dans les confins de cités perdues, entre le delta du Niger, au cœur de la jungle du Guatemala et de ruines pré-colombiennes, ou près d’un lac Maya, sur les docks abandonnés de New York, et dans les nuits de Salvador de Bahia. Suivre Koltès dans ses voyages, ce n’est pas chercher à retracer un itinéraire seulement, mais vouloir approcher les termes du pacte : ailleurs, il chercha les renversements où toujours se donner naissance ; ailleurs, il s’inventa des noms, marcha sur les traces de Rimbaud, de Dostoïevski ou de Faulkner ; ailleurs, il se mit en quête de frères et puisa des forces dans des figures de pur désir : James Dean, Bruce Lee, Bob Marley.

Raconter la vie de Koltès, c’est tâcher d’écrire ainsi cette autre vie qui s’est écrite dans ce désir de se vouloir autre et dont ses pièces portent la trace. C’est tenter d’approcher l’œuvre et la vie ensemble puisqu’elles sont l’une par l’autre la réécriture.


arnaud maïsetti - 21 juin 2017

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