arcane majeure
10 octobre 2011



Il y aurait d’abord la douleur, oui, de s’avancer, de s’agenouiller au bord du ruisseau, de son désir, dans le déclin du jour que soulèvent huit étoiles, jamais sept, comme au commencement le chapeau en lemniscate couronnait le bateleur, son chaos raisonné, et fut jeté dans le ciel pour former une constellation, et le ciel de ce pas se serait abaissé à terre par la grâce du reflet — il faudrait se situer là, penché au bord du berceau, les mains alourdies par deux cruches alourdies par l’eau douce et légère, qui occupe tout l’espace qui l’accepte, et qui refuse de tenir dans des mains trop serrées, alors, oui, s’apprêter à déverser, juste, l’idée même suffit au geste : elle lui offre son nom, définitif, primitif, répandre : l’étoile, la neuvième, a déjà commencé d’abandonner l’eau au courant de l’eau,

à la folie des cheveux qui portent sa couleur, sa saison, avec ce qu’il faut de saccades pour reprendre la clarté d’un souffle, la douleur se serait alors convertie en joie pour toujours, tandis que l’onde tisse sa toile dans ce qui va, et la peine est grande, au bord des lames qui assaillent d’évidence il faudrait, oui, répondre à l’instance d’une mouvance, prendre racine en elle que cristalise à jamais cette image condamnée mais sauvée d’avoir été nommée — l’étoile est le seul geste pour dire le geste libre, solitaire et heureux d’aller — ce serait un développement toujours renouvelé de marcher et reculer le monde, un mot après l’autre, flux et reflux, en l’habitant, en étant habité par lui, en le quittant pour entrer en lui, avec cette ivresse vague de marée, son désir courbé au bord de la page comme d’un soleil couchant qu’on assiste dans sa tâche —

c’est un recueillement au bord de la mobilité entière des choses ; le désespoir joyeux d’ajuster le mouvement d’une vie qui s’épuise à celui d’une vie dans la vie qui nous déborde, le miracle de l’écriture posée au-delà de l’écriture, quand prononcer le mouvement est la fin du mouvement, le reflet s’avance et dit le reflet qui s’avance, il y aurait la douleur, disait-il, il y aurait la joie, de deux vases versés de deux mains, à demain ce pont de chair qui permet à l’eau de rejoindre l’eau, son commencement dans la faim de toute connaissance, qui s’avance là où elle s’arrête, en épouse la courbe, amoureusement incliné devant l’ailleurs et l’altérité de deux vases communiant — l’oeuf était un cygne, et le cygne était œuf (personne ne saura jamais qui, quoi, ô, se noyer dans cette parenthèse, la bouche grand ouverte) ; il faudrait recueillir ce qu’il reste d’images dans l’image, l’oiseau nocturne dans la nuit pâle veille à l’ombre du cadran stellaire, les herbes folles battent le rappel de la vie, de son amour réalisé, et l’eau est figée à jamais de s’être offerte à l’eau. Et voilà pour le serment.


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arnaud maïsetti | carnets