Saint-Jean-de-La-Croix | « Pendant une nuit obscure »
21 mars 2012



Saint-Jean-de-La-Croix, NUIT OBSCURE DE L’AME ET L’EXPLICATION DES CANTIQUES qui contiennent LE CHEMIN DE LA PARFAITE UNION DE L’AMOUR AVEC DIEU, TELLE QU’ON PEUT L’AVOIR EN CETTE VIE, AVEC LES ADMIRABLES PROPRIÉTÉS DE L’AME QUI EST ARRIVÉE A CETTE UNION.


I

En una noche oscura,
Con ansiosos amores inflamada,
O dichosa ventura !
Salí sin ser notada,
Estando ya mi casa sosegada.

Pendant une nuit obscure, enflammée d’un amour inquiet, ô l’heureuse fortune ! je suis sortie sans être aperçue, lorsque ma maison était tranquille.

II

A oscura, y segura
Por la secreta escala disfrazada,
O dichosa ventura !
A oscura y enzelada,
Estando ya mi casa sosegada.

Étant assurée et déguisée, je suis sortie par un degré secret, ô l’heureuse fortune ! et étant bien cachée dans les ténèbres, lorsque ma maison était tranquille.

III

En la noche dichosa,
En secreto que nadie me vela,
Ni yo mirava cosa,
Sin otra luz ni guia,
Sino la que en el coraron ardía.

Pendant cette heureuse nuit, je suis sortie en ce lieu secret, où personne ne me voyait, et où je ne voyais rien, sans autre guide et sans autre lumière que celle qui luisait dans mon cœur.

IV

Aquesta me guiava
Mas certo que la luz de medio día,
Adonde me esperava
Quien yo bien me sabía,
En parte, donde nadie parecía.

Elle me conduisait plus sûrement que
la lumière du midi, au lieu où celui qui me connaît très-bien m’attendait, et où personne ne paraissait.

V

O noche que guiaste,
O noche amable mas que el albora
O noche que juntaste
Amado con amada,
Amada en el amado transformada !

O nuit oui m’as conduite ! ô nuit plus aimable que l’aurore ! ô nuit qui as uni le bien aimé avec la bien-aimée, en transformant l’amante en son Bien-
Aimé !

VI

En mi pecho florido,
Que entero para él solo se guardava,
Allí quedó dormido ;
Y yo le regalava,
Y el ventalle de cedros ayre dava.

Il dort tranquille dans mon sein qui est plein de Heurs, et que je garde tout entier pour lui seul : je le chéris et le rafraîchis avec un éventail de cèdre.

VII

El ayre del amena
Cuando ya sus cabellos esparcía,
Con su mano serena
En mi cuello hería,
Y todos mis sentidos suspendía.

Lorsque le vent de l’aurore faisait voler ses cheveux, il m’a frappé le cou avec sa main douce et paisible, et il a suspendu tous mes sens.

VIII

Quedóme y olvidóme,
El rostro recliné sobre el amado :
Cesó todo y dexéme,
Uexando mi cuidado.
Entre las azuzenas olvidado.

En me délaissant et en m’oubliant moi-même, j’ai penché mon visage sur mon bien-aimé. Toutes choses étant perdues pour moi. je me suis quittée et abandonnée moi-même, en me délivrant de tout soin, entre les lis blancs.


arnaud maïsetti - 21 mars 2012

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