Julien Gracq | "La Presqu’île"
15 avril 2005


Lecture de la nouvelle "La presqu’île" de Julien Gracq ; texte publié dans la revue Ecuador n°2 (2005)
— "La Presqu’ïle", in La Presqu’île (recueil de trois textes), José Corti, 1970


d’une écriture qui va

« Bien-être d’avoir entrevu scintiller la matière-émotion instantanément reine. »
René Char

Entre le ciel et la mer, il y a cette terre ouverte, béante, offerte au désir, à l’attente – une terre où les variations de lumière façonnent les émotions et les images. De part et d’autre de la mer, il y a cette terre posée sous le ciel, et qui s’avance vers le large : la presqu’île de Guérande – terre frontière où l’attente ne se réduit pas au sentiment de manque, mais se gonfle d’un véritable désir, dont La presqu’île de Julien Gracq est comme l’ombre portée. En faisant littéralement le tour de la terre, ce texte trouve son point de fuite dans cette fascination réitérée de longer la mer, de se maintenir dans un état d’imminence, et d’aborder ce moment où le monde et le corps coïncident.

J’avais lu ce texte il y a deux ans déjà, et je l’avais oublié. Je me rappelais cet état de latence qui entourait chaque chose, et dans mon esprit il se confondait avec un désir vague et immobile. Le désir de cette femme qu’on attendait, et qui, dans mes souvenirs, se portait sur une terre cernée par la mer, engloutie de soleil. Je me rappelais que la femme avait un prénom superbe ; il se lisait comme le nom d’une ville inconnue, incroyablement étrangère. Surtout, je me rappelais l’usure du désir, qui à force d’avoir creusé chaque recoin de l’imaginaire, s’effaçait derrière la peur : cette femme vainement attendue, avec le souvenir de laquelle on avait passé la journée, juste avec le souvenir de son corps. Et au moment où elle finissait par arriver, un gouffre nous séparait d’elle : son corps tout à coup redevenait étranger.

J’y avais lu non un rapport avec quelque chose qui m’était arrivée, mais plutôt des signes qui annonçaient ce que je pressentais depuis longtemps : le sentiment de n’être attendu nulle part, celui de se tenir au milieu d’un immense silence et d’attendre au pied d’un monde qui ne répondait pas. La certitude que rien ne saurait renverser ce silence que l’écriture cernait, dont elle définissait les contours, et désignait, comme le rêve que fait notre rêve pendant qu’on rêve. Cette femme, entre ces pages, avait un visage, et ce visage on ne le voyait jamais, mais son absence portait un prénom fabuleux.

J’avais lu ces pages en une soirée, et j’avais mis du temps à relire un autre livre les mois suivant, à m’en délivrer, et ce même si j’avais oublié chacune de ces phrases à l’instant où j’avais refermé le livre. J’aurais voulu inventer le nom de cette femme, j’aurais voulu apprendre le nom de ce désir, et l’écrire juste avant de l’oublier ; avant de l’égarer dans l’ombre d’une autre vie.

Le passé dure moins longtemps qu’on ne le voudrait et j’avais oublié, je crois, jusqu’au titre de ce récit ; le nom fabuleux de cette femme avait été perdu, à jamais.

C’est en rangeant des affaires au moment de déménager, il y a quelques mois, que j’ai retrouvé ce livre. Pour la seconde fois, j’ai lu d’une seule nuit ce récit dont les phrases une à une recommençaient à sonner en moi avec la justesse et l’évidence parfaite d’un la au milieu des bruits de la ville. La femme-absente s’appelle de nouveau Irmgard. Le lendemain, j’essaie de ne pas cesser de me souvenir. J’écris "la presqu’île", je remonte les routes qui m’y ont conduit et qui restent encore pour moi aujourd’hui en partie illisibles. Enfin, je crois comprendre ce qui m’y avait amené la première fois. J’écris ce qui me rattache à cette presqu’île que je ne connais pas, et qui me relie encore à la vie telle que j’ai envie d’y croire. Une vie portée par ses forces contraires : la peur, le désir, des routes qui ne mènent nulle part, mais qui partout s’en vont.

L’intrigue de "La Presqu’île" peut se réduire en quelques mots : Simon attend Irmgard au train de 12 h 53, et comme elle n’arrive pas, il va reconnaître les lieux où il compte l’amener. Il fait le tour de la presqu’île jusqu’au port de Kergrit, où il occupe un temps la chambre de l’Hôtel des Bains. Puis il revient pour le train de 19 h 53. Simon aperçoit les premières portières s’ouvrir, et reconnaît vite « la valise et la robe clair, que la vague des voyageurs charriait à sa lisière même, dansante et légère sous la buée des lampes, comme un bouchon dans l’écume. ». Mais au moment de la rejoindre, de se remplir de cette présence si longtemps ravie, il sent un vide se creuser.

« Il lui sembla que le creux qui se faisait en lui pour la joie ne se remplissait pas : il ne restait qu’un sentiment de sécurité neutre et un peu abstraite, qui était sans doute le bonheur de retrouver Irmgard. Il essaya de se pencher par dessus la barrière en s’accoudant plus haut ; il sentait son genoux heurter les croisillons de métal. « Comment la rejoindre ? » pensait-il, désorienté. »

Ce sont les derniers mots d’un récit qui s’arrête bien plus qu’il ne s’achève. Avant cela, l’histoire s’était élancée, faisant voler en éclat le moment qui diffère le commencement de toute chose. « A travers la porte vitré de la salle d’attente, Simon devinait sur la droite… »

« Le retard va commencer »

Nous sommes en gare de Brévenay, près de Kergrit au seuil de la presqu’île de Coatliguen, sur les terres d’enfance du personnage, Simon. Il est seul, il attend Irmgard, qui doit venir aujourd’hui, c’est ce qu’elle avait dit, peut être sera-t-elle là au train de 12h53, mais peut-être n’arrivera t-elle que ce soir. Le train tout d’abord ne vient pas. On pressent déjà que l’attente est difficile à supporter, au milieu d’un monde qui ne commence pas tout à fait, qui n’arrive pas à commencer. Soudain, quelque chose se passe : un frémissement, une arrivée : le train hurle son entrée en gare, déverse ses voyageurs. Mais Irmgard n’est pas là, et Simon repart attendre ailleurs. Il reviendra ce soir, pour voir si elle a tenu sa promesse.

Le texte débute ici, dans ce rendez-vous manqué, et ce sentiment de vide qui appelle à être rempli par le temps : l’attente repoussée, et le désir qui va grandir encore. La pente de la journée ne va cesser de le porter vers cette heure : 19h53, heure du prochain rendez vous, si elle vient. Heure qui va faire tout recommencer, et sur laquelle cessera le récit. Entre ces deux heures qui orientent le récit, le temps ne cesse d’être accéléré par le sentiment d’urgence – le retard qui précipite le temps – ou au contraire dilaté par l’euphorie de l’anticipation – la béance qui creuse le temps. Car l’histoire toute entière est celle d’une attente.

Avant sa résolution, il faut bien que le désir se porte sur autre chose, qu’il puisse dériver sur d’autres corps. Désir d’autant plus puissant qu’il s’agit d’aimer une femme perdue depuis quelques mois. Simon doit aimer l’absence même de cette femme tant que cette absence porte la promesse de se finir un jour connu d’avance, et à une heure très précisément déterminée. Et cette précision ne fait qu’aiguiser le désir, qu’attiser la souffrance de ne pas trouver le corps de cette femme en réponse au désir.

La route sera cet autre corps, cette projection d’un désir devenu la chair du temps et de l’espace. Alors Simon déploie la carte routière sur le capot de la voiture avant de s’engager plus avant sur les terres, pour y lire quelque chose comme un carnet des grands chemins ouvert aux quatre vents, sorte de carte magique où l’on pourrait lire les constellations intimes de la conscience, espèce nouvelle de chiromancie qui déchiffrerait autant les secrets du passé, ceux qu’a connu l’enfance lorsqu’elle récitait par cœur l’emplacement de la moindre poussière sur ces terres, que les secrets à venir dans l’après midi, et dans les jours suivants, puisqu’il faudra bien y amener Irmgard.

Pourtant, la carte n’offre pas le passé et le futur tel qu’il fut, ni tel qu’il sera, mais plutôt tel qu’il a pu être, et tel qu’il pourrait devenir : le monde des possibles. La carte routière dessine pour Simon

« un avenir clair et lisible qui pourtant restait battant, une ligne de vie toute pure et encore non frayée… »

« La carte est pour moi un objet vraiment magique : en quelques décimètres carrés, on a tout un pays sous la main et sous les yeux. » a écrit Gracq. C’est tout un paysage qui va s’annoncer, non pas seulement sous la forme d’un décor, mais comme une véritable énigme qu’il faudra ensuite déchiffrer, un objet magique ne livrant pas sa clé tout de suite.

Il va constituer un ensemble de réseaux symboliques dont Simon et le lecteur auront la charge de percer, presque de s’approprier, pour mieux voir ce qui se joue dans le paysage, et qui est moins de l’ordre du lieu que du corps. Un corps érotique, le double de celui de la femme, qui le prolonge plutôt qu’il ne le répète, mais un corps fantasmé aussi, qui pourra se charger de toute la pesanteur de l’après-midi, de tout le merveilleux ennui inhérent à l’attente et à la séparation.

Pour occuper cet après-midi qui s’annonce interminable, Simon prend le parti de faire le tour de la presqu’île, de rouler jusqu’à la pointe du continent, de traverser les terres à demi imaginaires et presque mythiques de son enfance – se remplir de cet horizon de ciel et de mer, pour mieux désirer cette femme qui n’est pas là ; qui ne viendra peut-être pas.

« Il comprit que le point d’orgue mystérieux qui venait de se poser sans règle au milieu de ses journées était derrière lui : il roulait. »

Prendre la route de Brévenay jusqu’à Coatliguen, en passant par le Marais Gât, et par la pointe de Kergrit, en traversant les villages de Pont Réau, de Sainte-Croix-des-Landes, de Sainte-Claire-des-Eaux, de Malassac et de Blossac, de Saint Rolf et du Gacillais, le long de la Côte de Perle sur la rive droite de la Loire. C’est une terre offerte aux rêves qui prennent corps et sang dans ce monde-là. La voiture s’élance vers la mer, longe la côte.

La presqu’île n’est pas vraiment un paysage, plutôt un songe de l’enfance, et chaque haie ou boqueteau, champs de houx et bocage, renvoient l’imaginaire à ce pays élu. Un pays que l’on croyait connaître par cœur mais qui se redessine sous les yeux à chaque virage comme s’il se réinventait. Le monde tel qu’on voudrait encore y croire et tel qu’il n’est déjà plus : on se souvient de ces maisons uniques dans leur solitude, d’un monde coupé du monde. Mais pourtant, c’est une route sans repère qu’emprunte Simon, où derrière chaque virage disparaît la maison précédente, et où les bruits des cloches des églises sont emportés par le vent de l’ouest.

Alors on se raccroche à d’autres rêveries, puisque l’enfance est perdue et les souvenirs inutiles. Il y a Irmgard qui va arriver, qui doit déjà être dans le train. Mais peut-être ne viendra-t-elle pas – on en revient toujours à cette promesse qui se dérobe dès qu’on y pense. Attendre une femme qui n’attend peut-être plus. Et se rappeler d’elle, à ce moment, alors que dans quelques heures il va lui montrer son pays, son enfance, c’était comme si elle n’allait jamais arriver, comme si elle était déjà morte pour lui, pour ce pays qui lui n’attend personne, si loin de la vie, de toute la vie.

« C’est le tissu d’une page qui m’intéresse plutôt qu’une histoire »

Pour bien des raisons, le choix de la presqu’île n’est pas anodin. Le récit paraît en 1970, et après cette date, Julien Gracq tournera le dos définitivement à la fiction. Ce texte à sa manière reconnaît une frontière. Par la suite, l’auteur du Château d’Argol va se consacrer à des écritures en marge du récit : prose poétique, notes autour de la littérature, émotions de voyages, marches sans plan…

"La Presqu’île" n’est pas un testament littéraire, plutôt des pistes que l’auteur se lance à la manière de ces pierres planes que l’on dépose le long de chemins découverts pour la première fois auxquels on destine les prochaines marches – ce texte en presqu’île, comme un filet de terre qui servirait de pont entre une page qui va se fermer, et une autre qui ne va pas tarder à s’ouvrir, dresse les cartes d’une géographie intime, celle de l’auteur mêlée à celle de son personnage ; géographie fictive d’un récit qui n’est pas encore autobiographique, mais qui n’est plus celui d’un ailleurs romanesque ; géographie mythique d’un texte surtout qui parvient à redonner un nom à la réalité, à la faire exister, et à lui conférer une épaisseur de papier et de rêve aussi réelle qu’un souvenir.

Mais l’espace de "La Presqu’île", pour le géographe que ne cesse jamais d’être Julien Gracq, c’est aussi celui de l’entre-deux, d’un au-delà des terres, sorte d’espace quasi-magique qui ne trouve de place ni sur la mer ni sur le continent : celui d’un fort cerné par les mers. C’est une île qui à la fois isole et relie la terre à l’océan, une terre qui est isolée par sa position même de bras de terre plongé dans l’océan.

Espace frontière, espace qui dresse les jalons d’un au-delà temporel et spatial, espace géographique soulevant la question anthropologique de l’avant-après, posé ici en terme de soif et d’attente, de frustration érotique, c’est-à-dire de désir, "la Presqu’île" est surtout un texte-frontière parce qu’il pose la frontière comme espace même de déploiement du texte. Au cœur de la démarche d’un écrivain : écrire ces multiples expériences. Parcourir ces frontières.

Le pouvoir narratif de la langue

1970 : moment où chez Gracq le mouvement va basculer entre récits, impressions et descriptions. A ce tournant crucial, l’écrivain voudrait envisager l’écriture presque pour elle-même, soutenue par la seule grâce de la langue et non plus par les ressorts artificiels d’une forme romanesque épuisée et qui commence à se figer à cette époque, à laquelle l’auteur, demeuré fidèle malgré tout à une certaine idée du surréalisme, est loin d’adhérer.

Mais dans "La Presqu’île", on ne bascule pas totalement dans la pure rêverie ; ou plutôt, l’écriture esquisse ici un abandon possible de la narration sans y souscrire pleinement : c’est un chemin qu’on pourra reprendre plus tard, mais qu’on laisse encore devant soi, comme s’il fallait passer encore une fois sur des pistes déjà foulées, encore une dernière fois. Car le récit obéit encore à certaines contraintes liées à la narration : des personnages (si ce n’est en acte, du moins en puissance), une situation tendue vers sa réalisation, une progression quasi-linéaire dans la dramaturgie de l’attente.

Et pourtant toutes les règles ne sont suivies que pour dans le même mouvement être mieux semées. Le temps comme l’espace n’offre à première vue, qu’une progression sans nœud, sans véritable climax. Nous sommes entre deux attentes : l’attente déçue, et l’attente comblée. Le trajet du récit dessine un cercle, dominé par les deux horaires donnés par l’arrivée des trains, et par la boucle que fait Simon partant vers la mer, puis revenant vers la gare.

La trame de l’intrigue est réduite à un retard. Mais ce retard jamais n’annule pleinement la tension dramatique portée par le récit, ni l’élan, ni le tempo : jamais le retard ne fige le récit dans une latence stérile. Au contraire – c’est toute une dynamique de la pulsation que met en œuvre ici l’écriture. En passant par les lieux de l’imaginaire, s’insinue de manière souterraine une tension dramatique : un tempo s’inscrit au milieu de multiples relations qui relient la terre à l’enfance, à cette presque terre plongée dans la mer, cette presque mer ancrée encore à la terre.

C’est cette tension qui ouvre les possibles narratifs sans totalement s’inscrire dans le romanesque (élan sans intrigue, écriture avançant un mot après l’autre, une phrase après l’autre, dynamique sans composition), qui offre souvent le plus de résistance aux lecteurs de Gracq, et qui pourtant offre la clé d’un univers entier, en perpétuel renouvellement. Beaucoup de lecteurs de Gracq, je crois, éprouvent cette résistance de ne pas pouvoir véritablement lire les destins de ses personnages autrement que comme des vies prétextes au langage, et en même temps ne peuvent s’empêcher d’y vivre l’ivresse d’approcher ces destins par la seule puissance de la langue.

Comme si la langue établissait ici de manière définitive son droit de passage sur la vie, réclamé depuis Rimbaud et les Surréalistes. L’aventure de "La Presqu’île" ne donne nullement lieu à quelques péripéties, charriant avec elle le lot commun de progressions et de déceptions – c’est la progression même du jour qui s’inscrit comme le seul mouvement du récit. Le soleil qui traverse le ciel est le moteur unique de cette histoire : chaque mot scande l’avancée de sa course, bat la pulsation secrète de l’âme du monde confondue avec l’âme de cette langue dans l’harmonie parfaite du mot et de l’émotion qui lui donne sens.

La dynamique de ce récit n’est que cet état d’attente propre au langage, quand celui-ci se dresse dans un monde qui reste à trouver, enfoui sous les souvenirs ou les promesses : ce langage se change alors en écriture, comme un écho attend son cri. C’est cet écho, il me semble, que j’entends, que je pressens derrière ces mots à chaque fois, et je ne saurais dire autrement que sous ce mot d’écho l’épaisseur et la nature de cette langue en attente, en éveil perpétuel, en quête d’une paroi qui la porterait de l’autre coté des choses.

« Toute sa course de l’après midi avait penché vers cette route perdue où la voiture accélérait brutalement et prenait le dernier relais : que ce fut par le train ou en voiture, jamais il n’était arrivé à la mer autrement que comme un cycliste dévale une côte, le cœur battant du sentiment de l’espace qui se creuse, de tous les freins lâchés, de ce vent soudain dans les oreilles si impatient, si pur, qu’il semble n’être né nulle part. »

Le récit avance moins par la succession des épisodes qu’il raconte (prendre la voiture, s’arrêter, observer, repartir, imaginer ce qui va se passer, se souvenir d’elle, attendre dans la chambre d’hôtel, acheter des fleurs, reprendre la voiture…) que par le dynamisme interne de l’écriture : s’attarder sur un relief de la côte va ainsi engendrer par glissement d’images, un souvenir, le fantasme d’une ombre passée ouverte sur une
nouvelle description, une nouvelle émotion seulement accessible sous une image, elle-même traversée par le souvenir – la mouvement ne connaît pas de fin.

Parfois, l’observation du ciel va réveiller un image perdue de l’enfance qui enclenchera la rêverie, le désir de partager cette part intime de soi : l’enfance, le paysage, la beauté nue et lumineuse du ciel qui va embrasser la terre et la mer. Sensations, images, pensées et phrases s’enchaînent avec une nécessité telle que le suspens du récit (sa dramatisation) n’est plus supporté que par la langue. Le paysage se matérialise pas à pas, non sous la forme naïve de l’absorption : l’écriture le produit comme une vision – image structurée et soudaine d’un univers intérieur.

L’évanouissement des frontières entre le corps, l’espace et l’émotion du monde

"La Presqu’île" dessine les contours d’un corps : le corps géographique de la terre étendue sur la mer, le corps de cette femme projetée sur cette terre, le corps d’un monde en latence. Tendue entre désir et peur, souvenir et imagination, le texte rend compte d’un voyage intime où le monde ne connaît pas de frontière avec l’âme, et où le temps et l’espace n’ont qu’une réalité dépendante l’une de l’autre. Rien ne sépare dans la conscience de Simon, ses émotions de ses sensations, rien ne sépare dans l’écriture errante du récit, la projection de l’immanence.

C’est dans ce cadre de flux émotionnel qu’un subtil jeu de points de vue se met en place, vers lequel converge le spectacle de cette presqu’île, horizon et désir embrassés d’un regard. Le conteur et le personnage sont comme fondus en une seule voix : le il n’est là que pour désigner le territoire du récit, comme le passé de la narration. Mais le texte abolit les distances qui sépare l’être de l’écrit, en faisant coïncider récit, descriptions, actions, pensées, souvenirs, dans une seule parole dont on ne saurait dire si elle est celle du narrateur ou la voix indirecte de Simon.

Le monde ainsi passe de conscience en conscience : de celle de Simon à celle du conteur, de celle du narrateur à celle du lecteur. Variations de tons, fêlures et subtils changements d’état d’esprit ne sont provoqués que par les simples détails de la promenade.

Si l’expérience et l’existence du monde sont placées dans le regard d’un seul personnage, d’une seule conscience que l’écriture dessine, à laquelle l’écriture est subordonnée, c’est pour qu’à la crête de cette imaginaire les formes du monde, les angoisses, les paysages intérieures et les paysages réels se construisent sans rupture, en se nourrissant les uns les autres. « Ma journée vire constamment avec les couleurs de l’heure et de la saison » avait écrit Julien Gracq : voici la trame unique de ce récit, ou de ce poème : de ce texte qui occupe tout l’espace qu’il trouve devant lui.

« Le récit est un refus de hasard pur, la poésie négation de tout vouloir-écrire défini et prémédité »

Trois states dépendant les unes des autres composent les profondeurs du texte, et se fondent dans l’écriture : le temps, celui qui passe, celui qu’il fait ; le lieu que l’on traverse ou qui s’éloigne ; les émotions, celles que l’on ressent, celles que l’on subit. Elles battent entre elles contre les mots, selon la pulsation secrète du récit : celui de la terre, et celui du cadran. Le temps se mesure avec les caprices du ciel, et les variations de lumière, les vibrations de l’air. Le temps avance qui finit par rejoindre le temps qui arrive – celui qui bientôt ne sera plus.

« Il sentait contre son poignet le trottinement de l’aiguille qui mangeait les secondes une à une. Il en percevait derrière le bonheur de la minute, la piqûre aigue. Si lentement ?... Si vite ? Qui peut le dire ? Tout est mêlé, tout est ensemble, dans cette fuite acharnée. Mais déjà une porte bat derrière la porte : quelqu’un va venir. ».

Un rapport se tisse entre le temps de la conscience et celui de l’horloge, dont les rappels fréquents scandent le texte, lui donnant ses points d’arrêt où le sentiment du temps tout à coup s’aiguise : points d’alerte, et non allure de base, qui accentuent la perception vive du temps ; vibration émotive de cette prise de conscience. Car le temps n’est pas détaché du ciel, ni du corps : il n’accomplit rien d’autre que son avancée dans le temps des secondes et des heures qui se déposent au fond de la conscience pour y demeurer sans raison, toutes serrées les unes aux autres dans l’attente qu’elles finiront bien par faire arriver quelque chose – ou quelqu’un.

Le récit se construit ainsi, de fil en aiguille, comme de lui-même, « sans composition autre que musicale » comme le dit Duras ; sans plan de bataille, mais par subtiles modifications de l’imaginaire, et par modulations des songes sur les mots accomplies sous les changements souples de l’atmosphère. La durée n’est qu’une kyrielle d’instants que le soleil, le vent, et les nuages dispersent, faisant de l’effusion du temps une expérience du corps, conjuguant l’homme et la terre aux heures.

L’interdépendance du temps et de l’espace se lit explicitement dans la marée qui monte, et arrive comme le temps, à sa manière implacable, vivante, répétée, monumentale, mais invisible. Pourtant où est la cause de la marée ? Est-ce le temps qui la provoque, ou est-ce elle qui commande au temps sa progression, le flux et le reflux des heures ? Simon achète le journal local pour y consulter les heures des marées, comme on lit les horaires d’un train, ou comme on se renseigne sur l’heure qu’il est : comme si les marées devenaient la seule horloge valable sur cette terre de retard et d’attente, seul horloge capable de faire avancer les aiguilles, et de les faire s’arrêter au milieu du ressac qui s’essouffle, qui prend son élan avant de dévorer la terre.

Le rythme du voyage (partir, s’arrêter, repartir) ne peut se révéler nécessaire qu’en regard de ce paysage d’arrêt et d’élan qui lui donne sens, le porte, et le protège. Et finalement, c’est l’acte d’écrire qui s’incarne et trouve sens dans ce cheminement. « Rien ne le distingue du lieu dans lequel il est, du temps qu’il traverse ». Chaque lieu est saisi dans la lumière exacte de l’instant qui lui donne une véritable signification : l’état du moi n’est jamais séparé de l’état du monde.

Il y a le rideau de la mer et de l’horizon qui soudain s’ouvre sur une scène de théâtre dévastée et qui coulisse sur l’onde, transportant le regard sur des rochers jusqu’alors invisibles : il y aussi le monde qui dans ces instants, « change de clé ». Et il y a encore tout une campagne quotidienne, pauvre, lumineuse, un crabe qui coure sur les fibrilles de l’eau « pareil à un rôdeur de grève », et des herbes folles, et des maisonnettes de marins pêcheurs ou de paysans. Et au dessus de quelques promeneurs solitaires qui traversent le hasard, il y a ce ciel d’automne infini, bras de mer qui l’enserrent et terminent le monde. L’écriture saisie des sensations, croise avec le spectacle du paysage le passage des heures, et en révèle les mystères de leurs correspondances.

Un vide ouvert au cœur de l’impatience. L’élan anxieux qui mène vers la mer, puis vers la gare, tourne le dos à la rencontre puis la rejoint, n’est ainsi que la correspondance d’un élan plus cosmique qui porte la mer à rejoindre la terre, puis à repartir. La marée. Récit qui s’arrête et recommence, ne trouve son unité que dans un regard qui lui aussi connaît des moments d’arrêt et de départ ; un regard qui se confond aussi avec la parole.

Les variations des émotions, et les modulations de l’âme

"La Presqu’île" est un récit mouvant, qui gravite au grès du vent et des paysages, autour de plusieurs sentiments contradictoires modulés comme autant de dièses sur une partition qui s’improvise, cherche la sensible, la note perdue qui résonne partout autour de soi et demeure introuvable. Simon bascule sans cesse de l’euphorie à l’inquiétude ou à l’abattement, de la confiance au doute, du désir à l’indifférence. Les sentiments n’existent que dans cette pluralité d’échange où rien n’est jamais réellement donné, ni rien définitivement dérobé.

Ces multiples tensions dessinent de cette manière le tissu de l’œuvre : entre le désir de voir cette femme, et la peur que suscite cette rencontre ; entre le temps qui tarde à passer et celui qui se précipite ; entre la mer, la terre, le ciel, le trajet du soleil et celui de la voiture : l’horizon n’est pas la ligne de partage, il est un point de convergence de ces contraires que la phrase tente de rendre dans leur simultanéité.

"La Presqu’île" tente de cette façon d’établir une coïncidence parfaite du moi et du monde qui l’entoure. Le corps fait exister le monde par le seul pouvoir de la sensation ; il ne se l’approprie qu’en acceptant de se laisser déborder par lui, qu’en permettant que la frontière devienne un lieu à part entière d’échange, de conscience et d’abandon.

L’abandon devenu désir.

A partir de cet abandon, le récit suit un va-et-vient. Tente d’y creuser des rapports avec l’état de l’âme. C’est dans ce rapport qu’il y puise les ressorts de l’action, non dans les objets inertes offertes en victimes à la description : l’action n’est dépendante d’aucun mouvement descriptif semblable à l’action du temps au fond de la mer sur une coque de bateau naufragé. Gracq conçoit la description comme une représentation vivante et subjective qui se projette, comme une relation de choses et d’actions qui fait surgir de l’expérience une l’émotion, et en aucun cas qui la neutralise. : « La description c’est le monde qui ouvre des chemins, qui devient chemin, où déjà quelqu’un marche ou va marcher ». De ce chemin métaphorique, le récit ici s’empare au sens propre : la description comme sujet et le rythme.

Le monde est un immense théâtre à l’intérieur duquel le décor planté ne distingue plus l’action de la conscience. Dans cette écriture de l’émotion, de le relation, le réel ne peut pas être séparé de l’imaginaire : un théâtre d’ombres surgit de l’intérieur de la conscience pour s’établir partout, attendant le moment où le spectateur va monter sur la scène, déchirer le rideau qui sépare la vie de sa représentation – qu’elle soit écrite par le narrateur, ou imaginée sans cesse par le personnage. La sensation vécue, et l’expression de la cérémonie du monde sont indissociables, parce qu’elles s’échangent tous deux dans la conscience de Simon sans qu’on puisse vraiment distinguer ce qui tient de l’une et ce qui tient de l’autre.

« Le monde toujours, le monde toujours panique – toujours alerté, alertant – le monde comme quelqu’un derrière la fenêtre qui vous tourne le dos, qui regarde ailleurs, et dont on voit seulement la nuque obsédante qui, par instant bouge. »

L’imagination et l’écriture glissent tout naturellement sur la pente des paysages et celle des heures. Pentes qui sont à la fois une déclivité de l’espace, une direction du temps, et le versant secret de l’émotion.

« Ce silence, il ne le percevait pas, mais quand il roulait seul en voiture – si intensément il vivait à l’écoute du paysage -, pareil à un sourd qui lit sur les lèvres, il l’épelait distinctement dans la grisaille immobile des nuages, dans l’herbe des bas-côtés et les branchettes figées qui faisaient la haie, étrangères, au long du petit cyclone assourdi. La campagne se tournait tout entière vers le voile opaque, la nouvelle lente qui coulissait sur elle, respirant déjà immobile l’odeur de la pluie. ».

Pendant la traversée de la presqu’île, il arrive que cette immobilité se mette en branle, que ce silence s’affaisse sous le poids d’un monde qui soudain ébauche l’esquisse d’un mouvement. Soudain alors, un « souffle opéradique disperse les limites du foyer » (Rimbaud) :

« Les lumières dans les rues avait changé, presque aussi rapidement que sous le jeu d’orgues d’un théâtre. ».

« La campagne devenait un théâtre où un doigt de feu, délicatement venait toucher et allumer la touffe de gui d’un pommier isolé dans sa pâture, l’ardoise mouillée d’une gentilhommière au creux de sa chênaie : tout devenait embuscade, apparition, flamboiement aussitôt éteint qu’allumé. Mais déjà, au bord de la route, passaient çà et là des mares songeuses, endormies entre leurs lentilles d’eau, où la nuit tapie attendait l’heure de monter et de s’élargir. « Il faudrait que cette heure ne finisse jamais se dit [Simon], […] parce qu’elle celle-ci et nulle autre et surtout parce qu’elle vient avant. ».

L’usure du désir, la fin d’écrire

Quand le soir arrive, aussi incroyablement que cela puisse paraître, au milieu de la solitude, de cette magie du désir qui semblait ne jamais se rompre, il apporterait avec lui Irmgard.

« Le soir était si uni, si recueilli , si tranquille , qu’on eût dit qu’il excluait de toute sa plénitude le coup de gong énorme si proche maintenant qui allait fracasser ce calme : l’arrivée d’Irmgard. »

La joie, se change ainsi en peur : « j’ai peur, se dit-il. Non pas peur qu’elle ne soit pas là ! Peur de la rejoindre », comme si Simon pressentait la fin du désir, maintenant qu’approchait l’heure de trouver le corps où se réaliser. Les deux sentiments – la joie, la peur – à contretemps de la réalité, formule l’hiatus d’une émotion qui ne correspondrait jamais au désir de la vivre.

« Il en allait pour lui comme de ces images d’Epinal dont les taches colorés ne viennent jamais meubler que très approximativement le contour des silhouettes, l’émotion ne coïncidait jamais tout à fait avec la cause : c’était avant ou après – avant plutôt qu’après. ».

La narration en se jouant du souvenir et du désir – son contraire – anticipe constamment un évènement, celui de la rencontre amoureuse des corps, qu’elle ne racontera pas, parce que cet événement est déjà passé avant d’avoir lieu, passé dans l’imagination de Simon, dans le désir des mots d’ouvrir le monde avant même sa traversée. « Une minute, il pensa qu’il était profondément heureux, c’est-à-dire qu’il allait cesser d’être ».

Au moment où le désir est sur le point de se réaliser, loin de ressentir une dernière poussée de désir, une angoisse triste et avide le remplit tout entier. « On attend personne, songea-t-il […]. Le monde n’attend rien. Jamais rien. ». Et dans cette superbe indifférence, Simon voit le reflet de sa propre attente, qui semblait là pour lui donner la sensation puissante de la vie, du désir - et qui n’était que le vague sentiment du temps. L’obstacle qui se dresse devant le désir est ainsi au cœur du désir lui-même : au contact d’un monde qui résiste – la nécessité de lui faire violence, lui faire dire les mots de son propre désir ; et c’est alors précisément que ce désir s’use…

Toute la journée il avait vécu par anticipation, il avait imaginé cette journée avec Irmgard, et elle n’allait arriver que maintenant ; c’est-à-dire, trop tard. Le possible avait pris corps dans le monde, et s’était réalisé dans le temps, hors de l’imagination : il n’y a de place désormais que pour la déception que ne tardera pas à apporter, à coup sûr, le réel. L’accord avec le monde n’est pas donné, il est acquis – ou à jamais refusé. Et dans l’attente de voir s’accomplir le monde avec une femme, il y a ce risque de tout perdre, de se perdre dans ce désir qui va s’user, inexorablement.

« Il ne faudrait qu’attendre, pensa-t-il encore. Seulement attendre. Mais il y a quelque chose de défendu à attendre cela. (…) Le monde ne parle pas, songea-t-il, mais, à certaine minutes, on dirait qu’une vague se soulève du dedans et vient battre tout près, éperdu, amoureuse, conter sa transparence, comme l’âme monte quelquefois au bord des lèvres. »

L’aventure de Simon épouse la courbe d’un désir qui s’élève et s’effondre au moment d’atteindre son acmé, épouse la courbe de l’écriture : « un épisode de notre vie (…) est clos. Et c’est le livre qui y a mis fin, qui l’a épuisé. » écrira ainsi Julien Gracq, plus tard, racontant ce qu’est pour lui la tâche d’écrire, pénible et enivrante.

« Détester arriver »

Une écriture éprouve ici son éternelle vie de départ, elle meurt d’arriver. Semer la solitude derrière soi, pour la retrouver au devant, dans les traits de cette figure absente que l’on désire : cette femme qui arrive, différente de celle qui sera là. L’heure nous presse, nous serre, nous encercle, nous cerne : elle va sonner l’heure fatidique où quelque chose va arriver. Car la vie qui se réveille avec le soir a peu à voir avec celle de la journée : fantomatique, désirable, incertaine, pleine de surprises, souvent décevante, sans cesse renouvelée.

Maintenant : le moment où le froid monte et où la nuit descend, le moment où la nuit recouvre tout, confond terre et mer.

Il y a dès lors ce besoin de jeter l’ancre : cet amour qu’on ne reconnaît plus, ce désir qui navigue et échoue, remonte en lambeaux. La basse continue de la journée : une peur et un désir qui s’emmêlent et se traînent jusqu’au soir, vide, n’en pouvant plus d’attendre, et attendant seulement que le temps se décide enfin à passer pour lui apporter ce désir enfin réconcilié avec la terre, l’air, le ciel, la chair fatiguée qui va réapprendre à vivre au contact de sa chair. Et pourtant rien n’arrive que l’échec, l’impossible réunion des êtres. La nuit, le temps perd de sa coulée pour agir par à coup sur l’homme et sa pensée ; la nuit, la face de la terre n’est qu’une immense torpeur.

À la fin, le désir ne parvient pas à surmonter la vie.

« Le monde sans craquement et sans écho, comme s’il eût été tapissé de neige […] un monde non pas mort, non pas même sommeillant, mais secoué, ressuyé de l’homme, balayant ses traces, étouffant ses bruits. »

Indépendance laissée aux images, aux mots, à la chair vivante du langage, fusion des mouvements et des corps, et du temps et de l’espace qui n’existent que liés les uns aux autres par le désir d’une conscience de faire advenir ses souvenirs et ses attentes : une promesse majuscule faite au monde. Vibrations des désirs érotiques, scripturales.
Un voyage au bord de la terre, au bord de la mer, au bord du récit et de l’écriture, de l’absence de cette femme à la promesse de lui appartenir, bientôt. Au fil de l’eau et des routes.

Ecrire comme marcher, comme attendre : « Écrire dans l’absence de tout souci d’intrigue ; à l’aventure, sans plan, sans organisation. Une expérience sans repère, sans jalons » (Gracq) Une écriture buissonnière.

Et lire, comme partir, revenir ; comme écrire, ensuite.

Rouler au rythme du soleil : entre éblouissement et deuil. La lumière sur le bocage fait baisser les yeux. Les rayons de l’air qui remplissent le monde de couleurs et de vies. Et puis soudain, le temps passe, un nuage devant le soleil, et tout s’éteint au milieu de ce qui resplendissait. Le repli partout sur ces bandes désolées de terre, de boue salée ; un marais remplit l’horizon.

J’ai lu ces pages dans cette ombre, en plein milieu du soleil.
J’ai cru lire cette écriture comme la forme pure de la traversée du temps et des lieux. La terre comme la mer, ou comme le soleil, ne sont là que de passage ; ils passent dans le rêve que fait l’écriture, au dessus du monde et des hommes. Et l’écriture elle-même se laisse aller à son propre rêve dans cette terre de passage tendue entre ces deux rendez vous. C’est une langue qui naît de cette errance. J’ai cru que je n’oublierai pas ce visage d’Irmgard, et j’ai perdu son nom, mais j’en ai gardé le désir intact, prêt à fondre sur la terre.

Une errance : plus qu’une succession de visions, et de sensations lâches : le récit d’une attente, d’un désir qui prend la forme d’une errance, d’une écriture qui va. D’un désir qui ne s’abolit jamais.

« Cinq heures vingt. Comme les chevaux qui se rameutent et piétinent derrière la starting-gate : tout se rassemble dans l’imminence derrière la corde tendue qui va se rompre ; une barre se forme dans la gorge qui ne cédera plus. Plus rien qu’une poussée dévorée : marche – marche ! »
arnaud maïsetti - 15 avril 2005

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