autoportrait aux yeux fermés
26 juin 2012


c’est mon visage dans le noir que je suis seul à regarder tant je ne le reconnais pas, c’est mon visage devant la laideur du réel, la honte d’être celui qui regarde le mendiant mendier auprès de moi l’argent que je n’ai pas et que je lui refuse, la honte devant l’ignoble chaque soir rue des ***, chaque soir les filles qui demandent que la honte vienne sur eux et le regard qui tombe, là, quelque part où je ne le trouverai pas, c’est mon regard devant la lâcheté des coups qui ne viennent jamais que dans le rêve, mon regard de yeux fermés sur les carnages qui font dormir, les regards des enfances intérieures mille fois violées sur ce qui ne se dira jamais qu’en silence au moment du dernier mot, et qu’il faudra fermer les yeux, oui, mais cette fois, non pour ne pas voir, mais parce que le monde au dehors aura lui aussi baissé pavillon, oh, le jour viendra comme des crachats de sang d’oiseau sur la blancheur des voiles de marins partis depuis mille ans et qui cherchent la terre, et la trouvent, c’est mon visage de grands départs, aux mondes anciens les anciennes hontes, mon visage de fer quand autour le monde est trop vieux pour mourir désormais et qu’il faut en trouver un autre qui pourrait dire, c’est ici que tu pourras naître, ton visage d’enfant neuf qui peut ouvrir les yeux et nommer ainsi sont chaque chose de nouveau


arnaud maïsetti - 26 juin 2012

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