manque de carnage
5 décembre 2010




Green Gloves (The National, Boxer, 2007)


L’ennui : manque de carnage. Dans les bonnes époques, il est une préparation.

Henri Michaux (Passages, Notes au lieu d’actes’


Je me frotterais bien aux angles durs de cet immeuble, histoire de voir ce qu’il restera de ma peau, et de mes maladies, de mes langages trop souvent usés, histoire de voir ce qui sortira vivant en tout cas ; et si rien, je comprendrais, mais je n’accepterais pas.

D’ennuis en ennuis (je veux dire : d’habitudes en habitudes), il m’arrive de me dire que ce qui brisera l’ennui en sera une part. Une volonté moins bornée, une sorte de faiblesse concédée qui ne sera pas différente des retards annoncés des trains — on reste une heure au milieu des paysages, on attend, et puis le train démarre de nouveau, les deux femmes sur les sièges à côté continuent de râler (contre quoi ?), le train arrivera. On n’a jamais vu un train ne pas arriver. Mais on voudrait que le retard réoriente les directions. On voudrait que la nausée se change en colère. On voudrait aller plus loin que soi.

Le contraire du vertige ressemblerait à cela — cet ennui des arrivées prévues. Mais ça ne durera pas. Le carnage arrive, il est déjà là. Il grandit à mesure dans la tête, dans le ventre. Il mord sur chaque instant. Il est l’instant qui vient. Il est dans le pas qui va sur l’instant déjà perdu. Il est plus près de moi que la route que je prends, mais chaque pas le repousse. Chaque pas jusqu’à le rejoindre, et je serai là aussi pour l’emporter avec moi, mon pas qui l’accomplira, le sèmera.

arnaud maïsetti - 5 décembre 2010

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