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JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)
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Si tu écoutes « l’époque », tu apprendras qu’elle te dit à voix basse,
non pas de parler en son nom, mais de te taire en son nom.
Maurice Blanchot, L’Écriture du désastre
Devant l’échec, il n’y a souvent qu’une réponse : y répondre en intensifiant ce qui a produit l’échec. C’est imparable : une difficulté surgit, qui semble insurmontable — écrire cette page, bâtir un gouvernement, vivre —, on l’affronte malgré tout, malgré soi, on échoue évidemment ; on l’affronte encore, et pour cela (c’est là la beauté), on répète ce qui avait échoué une première fois, mais avec plus de vigueur encore, dans la conviction inébranlable qu’il suffira d’échouer davantage pour ne pas échouer. L’ultrasolution ainsi nommée par Watzlawick a ceci pour elle que l’échec ne se contente pas d’échouer, il réussit continuellement à le faire. Elle requiert une patience de tous les diables, une ferveur : l’amateur renonce dès le premier échec, parfois même il trouve une solution ; mais nous autres, opiniâtres, n’abandonnerons jamais avant que l’échec soit si total qu’il nous survive. Nous en sommes là : la page de l’ordinateur noircie d’encre, si seulement j’écrivais à l’encre, et qui me dévisage : pas un mot ne parvient à rester droit, et tous m’échappent ; la vie et son effondrement ; les gouvernements indignes se succèdent.
Ce qui afflige : on ne parvient plus à caricaturer le monde, les tyrans et le réel, tant ils sont tous leur propre caricature et au-delà — comment avoir prise sur ce qui ne peut être défiguré ?
L’homme au téléphone dans la rue, qui hurle (je l’entends de l’autre côté du rond-point) : « Non, mais, le silence, c’est bien aussi ! »
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Le monde est redevenu extérieur, bien extérieur, exclusif, nettement partagé en catégories. Le chatouillis des lumières, des sons, des couleurs est là, avec leurs renseignements habituels. Surfaces, surfaces, pas de danger qu’on les traverse, qu’on soit en elles ou elles en vous. Faites pour rester superficielles, aux émissions superficielles pour capteurs superficiels. L’étrange, est qu’il soit redevenu si peu étrange, si fréquentable, commode, aisé à reconnaître, à décoder.
Henri Michaux, « Lendemains », Déplacements, dégagements
« Nous allons tous mourir, mais tous, nous ne vivons pas » — je note la phrase arrachée à la radio alors que je conduis, la saisis sur le téléphone, néglige l’orthographe, chercherais plutôt à prendre avec les mots le ton par lequel les mots sont dits, et je manque bien sûr le grain de la voix, la force grave de la dignité sans plainte, l’arrogance même mais sans surplomb, le terrible du sourire qui l’achève (c’est un prisonnier américain condamné à mort depuis plus de vingt ans qui dit cela — le journaliste lâche évidemment l’expression abjecte « couloir de la mort », alors que ce couloir est une pièce de six mètres carrés avec une fenêtre, cruauté, qui donne sur le parking de la prison). Je roule vers Aix et passerai à hauteur de la centrale de Luynes comme presque chaque jour, le ciel est impeccablement bleu et j’éteins la radio au moment où la voix de l’homme se tait et qu’on m’annonce qu’il fait déjà dix-huit à Périgueux.
Comment est-on passé du vandale au vendu, s’interroge à haute voix l’artiste en arts urbains, c’est la question ; sur la gare Saint-Charles, on voudrait aussi écrire les murs pour dire — mais quoi, je garde le stylo en l’air, de toute façon le mur de pierre n’accueille pas l’encre et je n’écris plus à la main depuis le début du siècle.
J’ouvre de nouveau la radio (c’est quelques jours plus tard), visiblement, l’homme dans le poste n’a pas vraiment l’habitude — comment lui en vouloir ? C’est ceux qui maîtrisent l’outil qui me sont plus suspects —, et il lâche, confus dès le dernier mot posé, qu’en période de paix, c’est l’économie le nerf de la guerre ; peut-être qu’il s’en veut, déjà, ou peut-être que non, qu’il ne pense pas à Gaza mais déjà à la Riviera, qu’il ne pense à rien, on est d’ailleurs déjà passés à autre chose (le journaliste lance, non pas la météo cette fois, mais une perche à son collègue pour — peu importe, l’image du nerf de la guerre planté sur les décombres suffit pour que j’éteigne, pour de bon cette fois, ces bavardages ignobles et dérisoires, rien en tous cas que la voix de Dylan ne saurait venger d’un mot).
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Dans les flammes flambe une flamme,
Si nous savions celle-là
Nous pourrions savoir le feu
Nous brûlerions l’air l’eau la terre
Et dans l’ardeur de la totalité
Le rien se réduirait jusqu’en
Cette cendre ultime qui n’est
Qu’appréhension d’une existence.
(Paris, 14 septembre 1974)
André Pieyre De Mandiargues, « Flamme essentielle », L’Ivre Œil (1979)
Mais nous ne savons rien, et dans ce rien logeons tout ce qui permet de l’agrandir jusqu’à lui donner la dimension du trou noir par où se faufila l’étincelle qui précéda ce qui précéda la première seconde — juste avant l’explosion ultime d’où les poussières d’étoiles sont nées et ne finissent pas de mourir depuis. Alors les certitudes ahuries des plateaux télévisés, alors les plateformes d’action, alors les sermons de chaire et d’os mal rongés, tout ce qui s’effondre : tout. Rien que la beauté du geste, te donne raison sur ce que tu détestes (disait à peu près la chanson). Ce matin, les deux vieilles femmes, mauvaises au café, parlaient : l’actualité, il n’y a plus d’actualité, il n’y a que de la déconfiture. J’ouvre le dictionnaire : déroute, fiasco, désastre, ratage, naufrage, insuccès, défaite, échec, banqueroute, faillite, écrasement, revers, chute, raté, capitulation, perte, retraite, infortune, avortement, non-réussite, mauvaise fortune. L’actualité loge dans ce trou noir qui ne cesse de s’agrandir aussi.
La mer autrefois vivante comme le ciel est maintenant réduite à ne sombrer que dans son reflet.
Je lis ces quelques mois d’hiver où Kafka trouvait refuge dans une minuscule mansarde que louait sa sœur Ottla — à la sortie du travail harassant, vers cinq heures du soir, il traversait Prague et se posait à la petite table de travail (Ottla avait pris soin de mettre du feu dans le vieux poêle à bois quelques heures plus tôt), et voilà la nuit qui s’ouvrait : tout pouvait être possible : le Médecin de campagne naitrait là, et les autres. Je pense au geste qu’il devait faire, au moment où il rangeait les papiers en désordre, qu’il sortait, refermait la porte. Ce geste-là, de refermer cette porte de la Ruelle d’or (en français dans le texte) du Château de Prague, au 22 Zlatá ulička, et je consulte Street View pour trouver en bonne place la nuée de touristes. Un tourniquet est placé à l’entrée de la ruelle : je suis de l’autre côté, du mauvais côté — pas différent peut-être du touriste, mais sans billet. Je possède pourtant en moi l’image, comme un talisman, de ce geste qu’il faisait, ces mois d’hiver 1917, de tourner la clé, et de jeter un regard de défi, de compassion et de fraternité aux étoiles.
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Ceci aussi : je suis persuadé qu’il faut écrire en dessous de sa puissance.
Ne pas chercher sa pensée en écrivant.
Penser d’abord sans doute… Écrire beaucoup plus tard ensuite.
Laisser rouler du haut de la montagne.
Et, en somme, d’abord, moins encore avoir pensé qu’avoir été.
Francis Ponge, « Pages bis » (VI), Proèmes (1943)
Le monde atteint sa perfection quand il pose sur son visage atroce un masque ridicule qui le rend plus haïssable encore — qu’en le regardant dans les yeux, on est embarrassé, et l’on aimerait simplement, poliment, passer à autre chose enfin. Alors on échange quelques banalités, on pense déjà à la meilleure manière de prendre congé : il ne faudrait pas en plus humilier. Sauf que ses manières, brutales et arrogantes, piquent : on est couvert de honte d’être mêlé à cela. On regarde autour de soi, espérant que personne ne passera qui redoublerait la honte. Le monde continue, vitupère, hurle, se donne en spectacle. On regarde sa montre, on se surprend soi-même à devenir brutal et à hausser la voix, à dire des choses aussi ridicules que « cela suffit ». Vraiment, on voudrait seulement ne pas trop tarder, éviter les heures de pointe dans le métro, garder des forces pour ce qui importe : la page à écrire ce soir. Oui, déjà on s’échappe de la conversation, rêve ntérieurement à la manière de composer à partir de cette scène navrante le plus beau théâtre jamais écrit.
Je n’ose fermer à clé le placard qui ferme mal : les chaussures, là, si elles se trouvaient enfermées, comment sortir ? Les rois ne touchaient pas aux portes — curieuses superstitions — ni aux armoires. Je ne sais pourquoi (je ne suis pas roi, et suis peut-être ce qui s’écarte le plus d’un roi). Alors je regarde, en frère, les portes et les armoires qui ferment mal et prends déjà mon parti d’aller, un jour prochain, pieds nus par la ville.
Trois heures cet après-midi sur quelques pages ouvertes en désordre à savoir si un tel livre peut tenir là : je souffle sur les pages, il ne tient pas, pas encore peut-être, ou jamais. Je souffle encore davantage : certains mots seuls s’arriment — les mots de cadavre, celui de dieu bien sûr, l’image d’un crucifix qui balance dans le vent et qu’à toute force une foule voudrait faire tomber.
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Dans la chambre de ton esprit, croyant te faire des serviteurs,
c’est toi probablement qui de plus en plus te fais serviteur.
De qui ? De quoi ? Eh bien, cherche. Cherche.
Henri Michaux, Poteaux d’angle (1981)
Vingt-sept jours plus tard, et puis rien. On construit des tours avec des mots, empile les promesses comme autant de briques creuses, croit bâtir ce qu’on lève qui organise l’effondrement. Les réunions se succèdent dans ces salles aux lambris dorés, ça parle de stratégie et de responsabilité, de plateforme d’action : on insulte le langage avec les mêmes façons qu’on crache sur nous autres. La main qui croit saisir ne tient que du vent et le vent s’échappe. Quelqu’un dit ne plus comprendre, on parle d’acharnement. À quoi ? À tenir debout le vent ? Dans les coulisses, ceux là qui attendent, ont pour eux la patience. Quand la tour vacille, que les langues se confondent, il y a ceux qui se tiennent prêts à ramasser les décombres et bâtir sur les ruines un ordre de fer. Serviteurs croient servir l’ordre, et ne sont esclaves que de ceux qui se nourrissent du chaos, forces brunes tapies guettent l’heure.
La brutalité garde les portes, la violence les fait voler — seule la seconde fait lever le jour.
Ce soir, dans le ciel de Marseille des colonnes de fumée et de cendre montent depuis les collines, lentes, épaisses, et s’effacent dans le bleu qui les avale. Elles portent tous les morts de la veille, et ceux du lendemain, ceux dont les noms brûlent dans l’air sans qu’on les nomme. Les cendres ne savent pas d’où elles viennent, ni vers où elles vont : jusqu’à nous. Elles montent, et c’est tout ce qu’elles savent faire — montent vers un ciel qui ne les attend pas, ni ne les recueille, les laisse se perdre dans le vide qui est leur seul abri, mémoire de ce qui brûle toujours.
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Pour qui les Matins sont synonymes de Nuits,
Que doivent-être — les Minuits !
Emily Dickinson, Poèmes brefs (63) [1864-1865]
Chercher au fond de soi le milieu de nulle part comme si on roulait un jeudi soir sous la pluie fine dans un sous-bois, dans le bruit battu d’essuie-glaces agonisants, les phares qui ne percent qu’à peine le rideau glacé d’eau, — que la route est étroite et qu’on prie qu’un autre ne vienne en face, que la mince brume monte du ruisseau tout près, qu’il n’y a bientôt plus d’essence, qu’il n’y aura bientôt plus d’essence, que la nuit tombe comme un cadavre, que la radio ne capte qu’un grésillement lointain, que les lignes blanches s’effacent dans le noir, et qu’enfin , soudain, une bête traverse et qu’il est trop tard pour freiner, qu’on va percuter sans avoir même le temps de crier.
Dans un monde fondé sur le mythe, comprendre c’est déjà trahir — il suffit du geste d’écarter, lentement, comme des persiennes ajourées, tout ce sur quoi le monde repose, et d’aller plus avant.
Le soleil fait le mort, et il le fait si bien, qu’on le sait complice de tout ce qu’il éclaire.
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Je vis parmi des oiseaux coupés de leur bec. Les oiseaux sont entourés de chiens et les chiens de forçats. Quelque fois, au matin, on voit les barreaux. Mais toujours, à tout heure, des mains tendues ou crispées. Le chien s’écorche aux rires de la mort et l’oiseau à l’heureux temps des guillotine. J’écris, dans le sang, sous leur dictée.
Edmond Jabès, « Le sel noir » (‘Au coeur de la vue’), Le Seuil (1943-1951)
La lumière peine à franchir la fenêtre, septembre retient déjà ses forces. Dans la chambre, l’oud d’Anouar Brahem baigne lentement ce qui m’entoure, la poussière et ses ombres, la patience et la solitude, le travail qui défile sur l’écran – lire, toute la journée, prendre des forces, chercher les passages secrets, arracher les mots où ils se cachent. Le travail sans écrire : organiser la pensée comme le pessimisme porte même exigence, même tension dans les corps caverneux du silence, même colère froide, qui prend forme dans le désœuvrement. Les heures s’accumulent comme des couches de silence couvertes et recouvertes de vacarmes intérieurs.
Sous la dictée des oiseaux mutilés, des chiens enchaînés : de quoi d’autres aujourd’hui ? Écrire dans le sang de qui, de quoi ? Celui du jour s’écoule sans trace, ces heures perdues à l’organisation du temps. Barreaux qu’on voit au matin — peut-être ceux de la fenêtre qui filtre la lumière avare des avant-gardes de l’automne, ou ceux plus intérieurs qui séparent le travail de l’écriture, la préparation de l’acte. Le nom de Gaza dans cette lumière là.
Le oud continue. Brahem ne dicte rien, il accompagne cette vie comme on accompagne les morts en emportant leur souvenir qui peindra la surface du monde.
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« Simplicités des lunes anciennes, vous êtes de savants mystères pour nos yeux injectés de lieux communs. »
André Breton & Philippe Soupault, « Éclipses », Les Champs magnétiques (1919)
Les hauteurs de San Blas quand on plonge le regard vers la Plaza de Armas qu’on ne fait que deviner, ou dans l’Albaicín en cherchant l’Alhambra tout près invisible le soir, ou qu’on contourne le Thống Nhất Park sous la pluie qui dissout Hanoï sans rien effacer de sa plainte, ou celle des dunes de Mazurga en lisière du village chleuh Ait Atta perdu dans le noir — un dimanche soir comme celui-ci, qu’en reste-t-il, en dehors des pensées aussi perdues qu’un chien dans Campagne Pastré que son maître appelle en vain depuis trois jours chaque soir ? Je ne sais pas, alors je pense aux hauteurs de Graça et à la vue qu’elle donne sur le Tage, à l’angle que fait Christopher Street quand elle vient heurter West Street vers le pier 45, à la couleur de l’eau devant Penetanguishene ou sur la baie du Tonnerre, à tous ces hurlements de coyote dans les forêts intérieures qui manquent à cette vie.
J’achète le journal : sur chaque page, le dégoût qui prend la forme de la honte, lentement, d’être mêlé à ça, de près ou de loin, quoi qu’on fasse.
Le tronc échoué face à la mer semblait tendre encore tout son être vers le large, d’où il venait, où il désirait retourner : j’allais dire : rentrer — la mer est le cimetière de la jungle, et la rumeur des vagues leurs prières : l’écume, la sève quand elle est pleurée.
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« L’hiver où, ma sœur partie, il me sembla qu’un grand nombre de feux avaient été allumés où l’on brûlait sans fin et les morts et les vêtements des morts.
« Et, si ç’avait été de la folie, je l’aurais reconnue dans les yeux des morts ; mais ce n’était pas de la folie, c’était bien les morts que l’on brûlait — et qui éclairaient la nuit — et qui me jetaient sur le visage toute cette lumière. »Éric Vuillard, « Printemps », Tohu (2005)
« On sait à peu près ce qu’il faudrait détruire de ce monde pour le rendre vivable » — sans bien savoir comment. Peut-être une ruade, ou seulement fermer les yeux, cela suffirait : ça ne suffit pas. Par exemple les routes. On sait bien qu’il faudrait placer les trottoirs au milieu. Ou la ville : qu’il faudrait d’autres formes dans le cœur. Le bruit que fait la pluie sur le sol est le même qu’on entendait au paléolithique inférieur, mais elle est recouverte par tant de siècles. Pour rendre vivable cette vie, c’est peut-être cela qu’il faudrait : apprendre à compter autrement qu’en ajouts, mesurer le temps en battements, et découvrir que la lenteur n’est pas l’opposé de la vitesse mais son secret.
Le ciel bleu après l’orage : plus cruel encore, plus indifférent à la mort, ou plus semblable à elle que la mort elle-même.
Duras faisait son lit avant d’écrire, et j’essaie de me souvenir ce que nous disait alors FM quand il évoquait cela (plusieurs fois, au cours du semestre, cette image lui revenait, motif récurrent dans ses cours qu’il menait comme un solo de jazz, improvisation libre, et cette image comme d’autres lui servaient d’accords de passage, points d’appui pour ses variations — chaque séance, un chorus différent sur les mêmes grilles harmoniques), je ne sais plus, peut-être : « comme si on n’allait plus retrouver son corps », mais ce n’était pas cela.
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Les yeux sont entourés des restes d’une espèce de larme.
Pascal Quignard, Petits Traités I, 1977
Le soleil tombe comme si c’était de la pluie : par hasard et quand il heurte le sol, c’est trop tard. Dimanche heurte la surface des pensées sans les entamer, en profondeur passe des formes trop vagues pour qu’on puisse les saisir, aveugles et sourdes, dérivant à même la vase sans jamais rejoindre quoi que ce soit, bientôt avaler par un monstre sans nom. D’immenses épaves deviennent des coquillages. Le bruit qu’il fait ici n’a pas d’importance. Les larmes salées se confondent avec le monde ; elles font sur les plaies des douleurs qu’on ne peut pas dire, sauf dans les rêves, quand on est seul.
La capacité d’acceptation de l’image : infinie. On les reçoit comme si c’était de la lumière et qu’on était un arbre : on est un arbre, et la lumière tombe aussi, plus féroce que la pluie, plus lente que l’eau, et on regarde alors : le monde qui se fabrique ainsi image après image, hurlant.
À quoi bon de nouvelles lois qui décrivent comment les corps tombent, si seules importent les lois qui prescrivent comment tomber à genoux : les mots de Brecht, ce jour-là, tombèrent encore plus lourdement que la pluie, que dimanche et ses larmes, que la lumière et la nuit ensemble.








